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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 20:34

Avec son aîné Hokusai, Hiroshige est l’un deux phares historiques et complémentaires de l’estampe japonaise. Les éditions Taschen viennent de rééditer le bel ouvrage précieusement présenté qu’elles ont consacré aux Cent vues célèbres d’Edo, devenu Tokyo en 1868 dix ans après le décès d’Hiroshige.

Dans cette très importante suite l’artiste s’est employé à brosser une fresque de la vie quotidienne, une sorte de reportage très apprécié d’entrée de jeu. Il s’agissait d’une manière de se projeter par le biais des estampes dans un voyage pas toujours aisément réalisable.

Montrées à Paris en 1893, ces œuvres ont tout particulièrement suscité l’enthousiasme de Pissarro et de quelques autres.

On trouve leur influence directe chez Van Gogh (ses Japonaiseries), comme chez l’anglais Whistler (Le vieux pont de Battersea).

Aujourd’hui encore on ne peut manquer d’être frappé par le savant dégradé des couleurs, à propos duquel les maîtres imprimeurs sont certainement autant à saluer que l’auteur lui-même. Réaliser des estampes où les tons nettement affirmés contrastent avec des nuances progressives et des ombrages qui vont du bleu au noir, n’est pas à la portée du premier venu. Le nombre des passages à la presse pour les obtenir peut être aussi considérable que délicat.

L’ouvrage s’efforce d’en rendre assez suffisamment compte pour que l’on puisse rêver aux originaux. Il permet en tout cas de s’arrêter aux angles de vue inhabituels ainsi qu’aux audaces de composition, que tempère parfois une note d’humour.

Les vues d’oiseau incitent au regard baladeur dans l’espace proposé, naturel ou urbain. La découverte progressive est comparable à celle que nous effectuons lorsque nous sommes face à un vaste paysage où aucun point particulier ne capture la vision. Il convient de parcourir plan après plan le panorama qui s’offre à nous pour en scruter peu à peu chacun des éléments et goûter l’harmonie d’ensemble.

Les perspectives linéaires, très proches de celles du point de fuite de l’art occidental, introduisent le vérisme du reportage sur le vif. Il s’agit le plus souvent de scènes de rue, de la vie qui va.

Enfin, interviennent parfois des motifs de premier plan, coupés par les bords du format ils produisent un effet de loupe, un seuil commandant l’accès à l’image. Effets novateurs très saisissants apparemment simples, en fait très construits, repris plus tard avec les premières BD.

A voir tout cela on comprend le choc qu’ont pu ressentir les artistes de l’orée du XXe siècle lorsqu’ils découvrirent cette suite en même temps que les Mangas d’Hokusai. Aujourd’hui encore la maîtrise de l’espace, du format et du jeu des points de vue sidère.

Un beau livre abondamment documenté qu’il serait dommage d’ignorer.

(Hiroshige - Cent vues célèbres d’Edo –Taschen, éd. 2013, 272 p., sous coffret, 29,99 €.)

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Published by Blogue-note de Jean Klépal - dans Hokusai -Hiroshige - Estampes - Japon
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lolo 21/05/2013 15:10

Je suis de l'avis de Marie-Jeanne (est-ce la nôtre ?), quel est ton secret? Je connaissais certes Hiroshige, mais l'analyse que tu fais de son fabuleux travail permet assurément d'entrer dans ses couleurs et sa lumière. Merci, Jean

Alain Sagault 18/05/2013 16:15

Je suis toujours frappé et enchanté par Hiroshige, découvert il y a un peu plus de trente ans, à un moment où on trouvait encore quelques-unes de ses estampes à des prix accessibles.
La fraîcheur et la subtilité des couleurs, suggérées plus qu’appliquées, l’audacieuse justesse des points de vue et la sobriété des lignes créent une sorte de « synthèse analytique » qui recrée l’âme d’un paysage habité à partir d’un minimum de détails. Cette sobriété évocatrice, cette approche épurée mais non désincarnée, d’autant plus incarnée au contraire que réduite à l’essentiel, c’est le « presque rien » après quoi je cours. Comme tout véritable artiste, Hiroshige ne décrit pas, il évoque.
D’où cette paix en mouvement qui irradie tant de ses créations.
Quand j’ai besoin de me laver les yeux, et ça arrive souvent, je regarde ses estampes…
Merci, Jean, de le partager avec nous.

marie jeanne 18/05/2013 15:13

de l'art roman aux ... estampes japonaises, et bien d'autres sujets encore, mais Jean quel est ton secret? merci en tout cas de nous faire partager ton savoir.
Une élève attentive mais pas forcément au top ! bises

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