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21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 09:46

Une exposition en deux volets (Aix et Marseille) s’intéresse au laboratoire de la modernité que fut le Midi, de la Catalogne à la Ligurie en passant par la Provence, entre la fin du 19e et la seconde moitié du 20e siècle. Belle occasion de revoir ou de découvrir des œuvres magistrales provenant de collections et d’horizons divers.

Le Musée Granet, à Aix en Provence, propose un parcours intitulé de Cézanne à Matisse, tandis que le Palais Longchamp, à Marseille, en présente un second, de Van Gogh à Bonnard.

Le propos est clairement de montrer une quête de la lumière, des couleurs et des formes dans le sillage de quelques maîtres.

Cette exposition est honorable et intéressante, elle est cohérente.

Nous y rencontrons notamment Monet, Signac, Braque, Modigliani, de Staël, et bien d’autres, dont un Dubuffet dont on se demande ce qu’il fait là, et la bavarde et prétentieuse « Pêche au thon » de Dali. Mais aussi et surtout quelques superbes Cézanne, de sublimes Matisse, de bien étonnants Dufy, des pièces majeures de de Staël, quelques toiles dévoilant la tendresse permanente de Picasso à l’égard de ses sujets, etc.

Cependant… elle est insatisfaisante à deux titres :

  • elle laisse supposer, puisque non complétée par une suite, que la peinture s’est arrêtée vers le mitan des années soixante-dix ;
  • elle cède à la facilité de toujours montrer les « valeurs » établies.

Le public est invité à voir ce qu’il connaît déjà. L’audace n’est décidemment pas le fait des conservateurs et autres commissaires d’expositions.

Quelle place est-elle faite dans la programmation de ce Marseille-Provence 2013 à la création actuelle ? Quasiment aucune.

A quoi tient cette ignorance du travail des artistes au travail depuis trente ou quarante ans ? Serait-ce simple mépris à leur égard ou aveuglement historicisé des préposés à la culture ?

Pourquoi ne jamais montrer, ne jamais vraiment s’intéresser sans doute, à ces artistes si nombreux qui œuvrent dans le vaste périmètre du « Midi » ? La capitale de la culture n’a absolument pas mis ses pendules à l’heure, elle joue délibérément la facilité. On pourra me rétorquer « voyez la friche de la Belle de Mai, ou bien le MAC, à la Pointe rouge », mais là il s’agit de tout autre chose puisqu’il est essentiellement question de la « mode » et des dérives du marché, ou d’une certaine confusion entre art et ethnographie.

On ne les montre pas, ou pas assez ? Eh bien, citons en quelques-uns, âges et valeurs confondus, vivants ou décédés, dont certains jouissent cependant d’une réelle notoriété (liste non exhaustive bien entendu).

Parmi les artistes plasticiens, peintres, graveurs et dessinateurs :

Mario Prassinos, Vincent Bioulès, Gérard Traquandi, Serge Plagnol, Eric Rolland, Sylvie Pic, Mark Alsterlind, Olivier Huard, Alain Diot, Anne-Marie Pécheur, Giuseppe Caccavale, Mr Post, Denys Fine, Louis Cane, Gabriel Delprat, Hassan Musa, Ionas, Jean-Jacques Ceccarelli, Martine Lafon, Gérard Depralon…

Parmi les sculpteurs :

Bernard Pagès, Jean-François Coadou…

Parmi les photographes :

Jean-Pierre Sudre, Denis Brihat, Olivier Menanteau, Susanne Hetzel…

Il y aurait là de quoi monter une série d’expositions propres à piquer la curiosité du public, à montrer que le vedettariat en art n’est pas le seul critère, que la peinture est loin d’être morte. Propre à montrer que la vie artistique est bien plus florissante et fréquentable qu’on ne le suppose et qu’elle nous concerne en permanence.

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Published by Blogue-note de Jean Klépal
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commentaires

huardolivier 01/10/2013 10:00

je suis passé voir l'expo à Aix (Cézanne-Matisse); j'y ai vu une très belle nature morte de Matisse sur nappe à carreaux, un Bram Vandevelde étonnant tendance "expressionniste", et un grand et Matisse nature morte, Bram, magnifique de Staêl avec des mats de bateaux...mais, une fin d'expo en tire bouchon, un thème très risqué les peintres qui ont travaillé dans le Sud, la lumière, etc...ça sent le hamster dans sa cage!!Les comissaires d'expo devrait se creuser un peu plus la caboche pour interresser le plus grand nombre on peut aussi faire des choses interressantes,aventureuses.

Laude f 22/09/2013 17:26

Je me souviens de l'exposition de 13 artistes marseillais au mois de mai 2013 dans la galerie P. Bartoli, sue Sainte à Marseille. L'initiative voulait relever que parmi le grand nombre de manifestations se succédant à Marseille, pratiquement aucun artiste marseillais n'avait été convié. Cette exposition en forme d'interpellation n'avait pas l'intention d'être un repli, ni une exposition régionaliste. Elle soulignait un fait et tentait de le réparer , avec pertinence et humour. Si ce n'était pas pour faire connaître Marseille, alors, pourquoi organiser une année MP ! C'était une grande absurdité qui poussait à s'interroger sur la décentralisation et les intentions de ce genre de grand projet culturel... du bluff? Bref, il me semble que la galerie Bartoli et les 13 artistes ont eu une réaction qui allait dans le sens de ce que je viens de lire. Je voudrais appuyer sur deux points, d'une part le manque d'expositions soutenues et médiatisées accueillant des artistes vivants ! Je suis bien d'accord pour penser que les expositions citées en manquaient. Les artistes vivants méritent d'être exposés! Il faut leur donner la parole, leur proposer de s'exprimer et de créer des débats ....on en manque bien aujourd'hui, les artistes ne sont-ils plus des "penseurs", des ferments dans la société? L'autre point est qu'en proposant au public des expositions qui invitent toujours les mêmes "grands", on définit dans la tête du public, à force de matraquage, ce qu'il faut regarder ... On expose ce qui fait rêver ... ce que l'on ne pourra pas se payer ... ce qui est vraiment hors d'atteinte ! On apprend aux gens à regarder avec confiance et convoitise ce qu'ils ne pourront jamais s'offrir et non pas ce qui est disponible et abordable ...Les musées n'ont jamais été aussi fréquentés. On démocratise l'accès aux musées, mais pas l'accès à l'art, car il n'y a rien de démocratique à créer et institutionnaliser une élite d'artistes à ce point fermée. Pour démocratiser l'accès à l'art, il faudrait démocratiser l'accès des artistes et de leurs œuvres aux musées et là je rejoins ce que j'ai lu de J. Klépal, S. Plagnol et A. Paire. A l'époque de la reproduction des œuvres, les gens achètent des reproductions d'œuvres de grands artistes et non de vrais œuvres d'artistes "moins connus". Ce qui veut dire que les gens ne déplacent pas leur envie d'une œuvre inabordable vers une œuvre abordable, ils n'achètent pas de vraies œuvres, mais des copies ... la copie ayant valeur d'œuvre? On est dans la confusion. Cela est bon pour les boutiques des musées ! mais pas pour certaines galeries, ni pour les artistes. Les musées de Province avaient autrefois la mission de montrer des artistes locaux ( je dis cela sans intention péjorative, car j'aime découvrir justement des artistes de ce type lorsque je voyage) ... les expositions d'envergure internationale proposées par le musée Granet ces derniers temps ( avec des artistes du cru, si ! Cézanne, Picasso, Matisse) ont tourné le dos à cette mission. C'est bien dommage...

alain paire 22/09/2013 08:24

Lisant les réflexions de Jean Klepal et de Serge Plagnol, je suis tenté d'aller dans plusieurs directions. D'abord la note pessimiste, écrire que tout est énormément difficile : je suis bien placé pour surenchérir, je ferme ma galerie à la fin de l'année.

Cependant ni Klepal ni Plagnol n'ont baissé les bras. Il faut persévérer, défricher, s'inscrire autrement. L'histoire de l'art, il faut continuer de l'écrire. Nous ne sommes pas tout seuls, il y a d'autres personnes dans le Midi qui continuent de retrousser les manches. Pour parler de ma corporation, celle des "critiques d'art", malgré la disparition de Jean-Louis Marcos, il y a en Provence des écrivains de première envergure, par exemple Frédéric Valabrègue, Emmanuel Loi ou bien Hervé Castanet .... Serge Plagnol sait aussi à quel point Alain Avila, autrefois toulonnais, avec ses éditions Arera continue de faire un travail magnifique.

Quant au soi-disant blockbuster de l'Atelier du Midi, la sanction est en train de tomber. Messieurs les communicants, les agences de tourisme ont bêtement cru que cela ferait un gros succés. Non et non, le musée Granet totalise aujourd'hui, fin septembre, 126.000 visiteurs : ce chiffre est vérifiable, on se garde bien de le faire circuler. Il y en avait autant pour Alechinscky en 2008 ; en 2009 pour Picasso-Cézanne ils étaient plus de 300.000. Cela s'appelle une dégringolade, c'est sincèrement triste, je ne peux pas m'en réjouir.

Quel avenir ? Plagnol a raison, il faudrait de gros moyens. Et puis surtout de l'invention et de l'imagination, ce dont les musées d'Aix ou de Marseille pendant les dernières années se sont montrés trop rarement capables. Par contre, il y a actuellement des choses très positives - pourtant moi aussi, je ne suis pas du tout un "affreux libéral" - dans deux initiatives privées : près de la Cride et de Puy Sainte Réparade, le vignoble du Château Lacoste où les réalisations artistiques sont magnifiques. De même, à Marseille sur le toit du Corbusier, dans le gymnase rénové, le Mamo où Xavier Veilhan dont je n'avais pas du tout aimé les chevaux de Versailles, a très bien réussi son coup.

Alain Paire

plagnol 21/09/2013 17:18

quelques remarques encore à propos de cet "atelier du midi"
les artistes du début du 20e siècle qui ont réinventés la peinture l' ont fait dans des lieux qui étaient des petits ports de pêche ( Collioure , Saint Tropez , L' Estaque , ) ou des petites villes de province à cette époque (, Avignon ...) avec des moyens très réduits , presque austères et pauvres : un peu de toile et pigments , quelques chutes de papiers ... collés pour le cubisme ; 3 , 4 tubes de couleurs pour le fauvisme ....même Picasso plus tard va peindre à Antibes avec quelques vieux pots de ripolin trouvés , c' était au lendemain de la guerre et le beau matériel était encore rare ... Même Matisse aussi à la chapelle de Vence crée avec quelques bouts de fusain et du simple papier ........évidemment Van Gogh et Cézanne dans les petites villes d' Aix et Arles qui n' étaient pas encore dans l' expansion touristique donc économiques . Donc une économie de moyens ..Aujourd'hui la situation n' est plus la même : les jeunes artistes vont à Berlin , à Dresde , à Weimar , à Milan , New York, voire Changaî ou Dubaî .............Penone est à la tête d' une véritable entreprise à Turin pour créer ses bronzes de 8 m de haut ( très beaux !) , Kiefer occupe de ateliers gigantesques à Barjac ou dans la banlieue parisienne , Baselitz des châteaux .......bref je veux dire que les échelles ne sont plus les mêmes . Pourquoi , les peintres allemands occupent ils autant le terrain des musées français et européens : d' une part leurs talents et cette manière qu'ils ont d' assumer , de revendiquer leur histoire propre , celle de l' Allemagne et de ses tragédies et ils l' inscrivent dans leur peinture , , d' autre part ils sont portés , soutenus par une économie , c' est à dire des galeries , des collectionneurs , des conservateurs qui y mettent le prix!!!.....( faire des bronzes de 8mètres coutent un peu plus qu' une gouache ..) . Donc ne pas se leurrer le développement de l' art à toujours à voir avec les possibilités économiques et un marché ( cela sans passer pour un affreux jojo libéral !) . Bref l'atelier du midi était encore dans un certain type de lieux , d' ambiances . Les ateliers européens d' aujourd'hui sont dans une nébuleuse complètement différente : voir l' enthousiasme légitime des étudiants des beaux arts lorsqu'ils partent avec Erasmus ( très bonne chose ) dans les grandes villes des pays européens .....c' est le grand atelier européen ....L' atelier du Midi d' aujourd'hui serait peut être celui des 2 rives de la Méditerranée ,ses enjeux , ses tragédies ,ses beautés , ses économies , ses mélanges artistiques et culturels . Difficile !

Plagnol 21/09/2013 16:08

Effectivement l' atelier du Midi se termine sur les années soixante : de Stael à Aix et aujourd'hui avec un seul peintre vivant et une seule oeuvre deViallat à Marseille ( c' est court !!) . Problème : les années soixante voit un basculement géoartistique de grande ampleur . Les lieux historiques de L' Atelier du Midi n' existent plus en tant que foyers de création : Ceret , Collioures , L'Estaque , La Sainte Victoire , Saint Tropez , lieux historiques d' un travail pictural sur la forme ,la lumière , la couleur . Ces lieux sont devenus des lieux de musées et de tourisme . La géoartistique c' est déplacée , l' espace a explosé ( la dite "mondialisation ") , les enjeux de la majeure partie des jeunes artistes se déplacent . seul reste Nice avec l' ombre de Matisse très présent dans la ville . Les artistes niçois de support/surface sont assez loin des questions de lumière , de couleur , de rapport au paysage ....Ils sont dans la déconstruction du tableau , de la peinture et ses codes traditionnels . cela dit quelques uns des supports-surfaciens ont en eux cet héritage d' une lumière , d'un vécu méditérranéen , Bioulès et ses fenêtres roses à St tropez , héritage direct des fenêtres matisiennes , Viallat et son motif répétitif renvoie au Matisse des papiers découpés , Louis Cane à Picasso . Les monochromes bleus d' Yves Klein font écho aussi aux grands bleus de Matisse , de Dufy : la Méditerranée ...Tout cela aurait pu être repris , montré par les commissaires d' expo de l' atelier du Midi ( la simple référence du Viallat jaune en hommage au jaune de VanGogh est bien sûr ridiculement insuffisant ; Viallat lui même n' étant pas en cause , il est simplement " instrumentalisé" comme caution officielle , cela malgré lui ) . Bref le mnde change .... Pourtant , en ce qui me concerne , des années soixante et soixante dix jusqu'à aujourd'hui même je continue à fréquenter en visiteur le musée Picasso d' Antibes , avec les magnifiques sculptures de Germaine Richier ( pourquoi n' est elle pas dans l' atelier du Midi , à nouveau ,effacement , négation d' une partie de l' art français !); je revoie la Chapelle de Vence de Matisse ( pourquoi aucune allusion à ce chef d' oeuvre dans l' expo ) ou à Mougins , Vallauris , la guerre et la paix , l' homme au mouton de Picasso . tant d' autres qui constitue ma mémoire artistique , mon vécu ...... Mais voilà tout ceci c' est de l' art moderne et non pas de " l' art contemporain !!!!" . Essayez donc de parler à un étudiant d' une école d' art d' aujourd'hui d' un papier collé de Braque , d' une baigneuse de Cezanne et de les mettre en perspective avec leurs recherches , l' expérience peut être douloureuse et le " vieux prof sympa " devenir vite un "gentil ringard " ... Il y a une vingtaine d' années je co organise et participe à une exposition près de Toulon à une exposition intitulée " La Méditerranée l' Inspiratrice" avec la présence de certains peintres cités par klepal . Le questionnement semble resté sans suite ... En 1984 Alin Avila monte une exposition avec les artistes de la région Provence Cote d' Azur au festival d' Avignon , titre : "Midi et Demi " ...... grande expositon qui reste sans suite . En 1986 j' expose au musée de Toulon une grande peinture " Méditerranée" , une autre , avec pour titre " femme assise , l' algérienne" en écho sans doute à la Gitane de Matisse et celle de VanDongen , toutes deux au musée de l'Annonciade à Saint Tropez . En 2001 je participe à une exposition inaugurale à Toulon " Méditerranée 1 , Lanneau , Costantini , Pages et moi même ; des peintres et sculpteur travaillant entre Nice et Toulon et ravaillant explicitement avec la lumière , la couleur , dans une certaine ambiance et culture méditerranéenne ..... Il n' y a aura pas de " Méditerranée 2 !!:" Le "concept parait sans doute dépassé , inactuel , voire radoteur , voire racoleur , sans doute ringard .et "régionaliste " .... Le lieu continuera à monter dans de beaux accrochages des grands noms de la peinture européenne : Tapies , Kounellis , Baselitz et d' autres qui eux ,soit dit en passant ,ne refusent pas leurs fonds culturels , catalan , grec ou germanique ..
Les dernieres braises de l' Atelier du Midi s' éteignent donc peu peu .Une nouvelle génération d'artistes hétérogènes ,hybrides , sans identité trop fixée , mondialisés ,apparait ; souvent plus cyniques , jouant de la dérision et s' appuyant sur le grand père Duchamp qui semble avoir momentanément gagner la partie ( d' échecs!) .
L' art devient L' Art contemporain . " L' Atelier du Midi ", lui est passé dans l' histoire ancienne celle de l' art moderne .Certains peintres continuent à l' intégrer à leur propre histoire et à en assumer la filiation historique et culturelle . C' est mon cas , mais je pense que nous sommes " les derniers indiens !"

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