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28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 11:04

Rédigée par un ami de longue date, une chronique des événements très récents...

 

Sème ta zad
graine d'espoir.
écoute le son des bottes d'un peuple de boue,
refuse le bruit des bottes d'un état qui vacille.

 
Samedi 13 avril 2013, Notre dame des Landes.
Plusieurs milliers ( environ 2013?) de jardiniers bottés comme à l'habitude on convergé vers la zone d'autonomie définitive (ZAD), l'endroit de l'ex futur aéroport du grand ouest. Une fine pluie continue et traditionnelle accompagnait ce spectaculaire cortège.  Equipés de fourches, de bêches, de grelinettes, de plants et d'arbustes, les jardiniers se sont répartis dans les différents collectifs où des actions de jardinage avaient été organisées. Ainsi et malgré l'hostilité de la météo, de nombreuses serres ont poussé, des dizaines de buttes, des espaces agricoles ont été défrichés, la terre travaillée, des potagers clôturés, des centaines de mètres de drains creusés, des ateliers pour emmancher des dizaines d'outils et affuter les serpes, les faux, les sécateurs, planter des arbres. Habitué à des chantiers collectifs, je n'en avais jamais vu d'une telle ampleur. Cette journée d'actions fut une réussite magnifique. Des débats, des repas, des concerts et de la très bonne bière "semtazad" ont accompagné et terminé cette journée d'espoir. Les projets agricoles fleurissent sur la zad et témoignent concrètement de l'enracinement d'une lutte, de ses conséquences et ses ramifications fertiles. Un grand chantier d'expérimentation sociale et néo rurale est en cours dans le bocage breton. Dans sa durée, ses composantes, ses objectifs, il dépasse incontestablement la problématique des paysans du Larzac il y a 40 ans. La question de l'utopie est dépassée (on topos, non lieu) car plusieurs dizaines de collectifs occupent des lieux de manière durable. Une conscience s'est éveillée concernant l'impact des zadistes sur le milieu, les écosystèmes fragiles de ces milieux humides. Une connaissance naturaliste se développe peu à peu sur 2013( ?) hectares. Elle révèle l'extrême richesse d'une zone écologique fragile (ZEF). Batraciens, insectes, oiseaux, mammifères et plantes ont intégré désormais la lutte, le processus et leur voix comptent. Elle révèle aussi une démarche agro écologique qui prend en compte et respecte l’écosystème dans lequel elle s'intègre.

Dimanche 14 avril.
(RAS) Rayon Apparent du Soleil. Le sourire aux lèvres envahit la zad qui vit son premier jour de printemps. Tout le monde glande et profite, récupère de la veille. Un dimanche à la campagne, un pique nique organisé au carrefour de la Saulce rassemble quelques centaines de personnes. Ce check point délaissé durant le week end par la petite compagnie de gendarmes mobiles est l'objet d'un débat : faut il se le réapproprier pour éviter les humiliations quotidiennes ? L'hélicoptère de la gendarmerie (environ 2013€/heure) fait du surplace juste au dessus, comme un faucon crécerelle et doit se poser la même question.

Lundi 15 avril.
Graines de violence, nouvelles du front. zone à défendre (zad)
Au chant du premier rossignol nocturne et du crapaud accoucheur, endormi dans une grange, j'ai été réveillé par des explosions particulièrement sonores. A peine éveillé, je me disais que la carrière était bien proche et les dynamiteurs bien matinaux. Dès 7 heures du matin, plusieurs escadrons de gendarmes mobiles ont réinvesti les lieux, affrontant une jeunesse désenchantée et radicalisée. La guerre dans les champs et les forêts proches du carrefour s'est prolongée jusqu'a 2 heures de l'après midi. Des échauffourées d'une grande violence ont provoqué plusieurs blessés du côté gendarmes mobiles et du côté des jeunes, ainsi que  quelques arrestations. Des bombes assourdissantes, des grenades lacrymogènes et des tirs de flashball ont ponctué toute la matinée. Une tension extrême s'est installée chez tous les zadistes. Nous avons essayé de calmer cette jeunesse inquiète, déterminée et agitée face la violence de cette répression désorganisée et illégitime. Nous étions un peu comme les grands frères de cette diversité des enfants perdus. Nous avons passé l'après midi à bâcher une serre face à un champ où étaient déployés des colonnes de gendarmes mobiles. Un ancien a récolté dans les champs et les bois une carriole de cartouches de grenades. Il avait la haine, et nous aussi. Il se joue ici quelque chose qui ressemble au jeu de la guerre. Elle peut faire des blessés, des morts et des futurs terroristes. Le pouvoir n'a pas de stratégie, il panique. Les outils de jardin sont des armes pacifiées, je préfère imaginer qu'une armée de jardiniers se met en marche. « Les générations sont des tentatives ». Nous avons l'imagination et l'intelligence collective avec nous.   
Jean Luc Danneyrolles, 20 avril 2013

 Ps : il m’apparait utile que des médecins alternatifs et bénévoles visitent les zadistes. Les conditions extrêmes de (sur)vie épuisent le moral et la santé des troupes.

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Published by Blogue-note de Jean Klépal