Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
17 mai 2015 7 17 /05 /mai /2015 09:41

Dans le Diplo du mois de mai, un article de Gérard Mordillat à signaler et à méditer urbi et orbi.

En quelques paragraphes, il enfonce un peu plus le clou, on ne tapera jamais assez.

L’essentiel de son propos tient en quelques remarques de bon sens, que je traduis à ma manière.

- Il est clair depuis longtemps qu’il n’y a généralement RIEN A VOIR dans les productions les plus vantées, les plus à la mode.

MAIS il faut considérer ce rien comme la forme la plus aboutie de l’art, et se soumettre sans la moindre hésitation à la règle imposée, profèrent les marchands du Temple et leurs mandataires respectueusement asservis. Toute forme de scepticisme ne peut émaner que de gougnafiers.

- La peinture est aujourd’hui totalement ignorée par les Pouvoirs Publics, méprisée par la critique. Persister à se déclarer peintre, et en profiter pour peindre, relève d’un incompréhensible acharnement mortifère propre à ne séduire que des attardés.

- L’Art Contemporain c’est avant tout l’art de bâtir des fortunes avec du vent. Il existe des maîtres pour cela, ils sont encensés par les plus hautes instances de l’État, depuis plusieurs décennies, en parfait accord avec quelques spéculateurs-mécènes hautement révérés.

L’autorité absolue du succès financier a engendré une nouvelle forme d’expression artistique, le Financial Art, qui balaie tout sur son passage.

>

>

Contempler une toile, la regarder attentivement, engage l’être tout entier. La démarche, la prise de possession par le regard, est d’abord profondément physique. L’émotion précède évidemment le raisonnement, l’intellectuel. Le sensible prime, tout véritable amateur connait cela.

Un seul regard peut entrainer un bouleversement propre à transformer la vision que nous avons du monde. Et cela n’a pas de prix.

Mordillat aborde cela dans son article. Il a profondément raison.

>

>

Nicole Esterolle est un pseudonyme sous lequel se cache, fin bretteur, un redoutable analyste de l’AC. Cette impitoyable Nicole publie depuis 2009 une lettre mensuelle dont la saveur et la pertinence retiennent l’attention - www.nicole-esterolle.com. Elle vient de publier un recueil de ses chroniques les plus marquantes : « La bouffonnerie de l’art contemporain - ses malheureuses victimes, ses bienheureux bénéficiaires »

S’y reporter est non seulement roboratif, mais aussi très riche d’enseignements.

Je ne saurais résister au plaisir d’en citer la conclusion :

« La dictature de cet « art contemporain », qui détruit la création réelle, est l’inévitable corollaire de la dictature de la finance mondiale qui détruit l’économie réelle et qui ruine des pays entiers...Alors oui, résistons à cette bouffonnerie ubuesque destructrice d’humanité ! »

>

Bonne lecture à chacun ! Tenons l’œil en éveil !
L’Art contemporain (AC pour les initiés), une fois encore...  Vanitas vanitatum, et omnia vanitas (citation anonyme et apocryphe d'une quelconque agent du Ministère de l'Inculture)
Repost 0
11 mai 2015 1 11 /05 /mai /2015 09:15

Noël 2014.

Face à cette montagne ardéchoise piquetée de hameaux, la question des origines s’impose. La seule qui vaille sans doute en ce moment, en ce lieu.

D’où venaient-ils, qui étaient-ils, ceux qui les premiers bâtirent, ceux qui nous précédèrent en ces parages ? Mais aussi qui sommes-nous, nous qui avons entrepris ce retour au désert, passée la mi-temps probable de notre vie ?

1975, mon choix du Grand Luberon demeuré alors le plus sauvage ; 2014, un neveu, son choix de l’Ardèche profonde.

A chaque fois un balcon sur la montagne. Alors que le paysage semble fini, il s’ouvre le plus largement à l’imaginaire. Le monde n’est pas limité puisqu’il y a quelque chose à découvrir au-delà de la ligne de crêtes. L’horizon n’est jamais une extrémité.

-------------

Ardèche, Luberon, les dragons du Roy chassèrent sans merci les parpaillots infâmes. Terres de résistance et d’affirmation de soi. Farouches et déterminés, leurs traces affleurent partout. Ils demeurent, ils se perpétuent ; leurs bourreaux ne sont plus que vague souvenir.

-------------

Deux pays coexistent, celui des médias, l’officiel, et celui du plus lointain.

A celui-ci ne parviennent que des rumeurs. Là on prête l’oreille, attentif cependant au cours des saisons, aux variations de climat. On lit couramment autre chose. L’anecdote y a peu de place.

Les plis du terrain, obstacles révérés, retardent la modernité dévastatrice.

Liaisons autoroutières, pistes d’envol, usures précoces programmées, tout cela est su, parfois expérimenté, toujours tenu à distance.

Juste ce qu’il faut pour entretenir la rudesse du véritable.

Un retour à des sources fantasmées, d’autant plus nécessaires qu’embrumées.

A la recherche de la beauté simple des choses élémentaires.

Vitalité radicale du dépouillement fruit de la distance.

Il faudrait toujours trouver un bout du monde pour s’établir au plus près de soi.

--------------

Déjà préalable, un long détour par la campagne normande, plaisir du jardinage, des plantations, de la nature véritable, celle qui exige des savoir-faire simples et décisifs, travaux manuels sans recours, ceux dont mon grand-père et un oncle maternels me firent le témoin attentif de mon enfance puis de ma jeunesse. Souvenirs latents à l’affût d’une occasion pour resurgir. Régal de la fatigue physique et de l’accomplissement de gestes élémentaires si nécessaires à un équilibre. Gestes issus d’un amont immémorial, aussi imprécis que fascinant.

Quoi de plus navrant qu’un individu tristement emprunté ?

--------------

Vint ensuite le Luberon et la bienfaisante explosion de ses découvertes. Des bouffées d’oxygène permettant de se tenir à distance raisonnable de l’habituel commun.

Au pays d’Apt, la route joue à saute-colline, elle lorgne la Voie Domitienne et ses Bégudes. Hannibal et ses éléphants, César Jules et ses légions, ont tutoyé ces pentes.

Une « Maison d’art avec paysage », des allées et venues d’amis artistes, expositions, lectures, musique ; en contre-bas un jardin, sorte de porte ouverte sur la vie et la création. Disponibilité à ce qui se présente, la joie simple et profonde de parvenir à s’offrir sa propre vie.

Jardiner, c’est comme écrire, qui est comme peindre.

Semer, planter, biffer, élaguer, greffer, déplacer, replanter, arracher, protéger, entretenir, conserver.

--------------

Puis Marseille. La ville sans nom, la non ville, la ville patchwork, la ville autre monde. Mer, vent, soleil, rochers, collines, chaque soir les oiseaux jouent avec la lumière.

Les rocailles qui enserrent la ville, la tiennent à l’écart, et l’orientent vers le large, incitent au vagabondage des idées.

--------------

Printemps 2015.

La terrasse requiert quelques soins. Notes anciennes oubliées et retrouvées dans un dossier poussiéreux, les bacs laissés à eux-mêmes fécondent des surprises. Les reprendre, relire leur fouillis, découvrir, nettoyer, barrer, biffer, compléter, modifier pour questionner le regard. Il y a à faire, beaucoup à faire.

Quelque chose s’accomplit. J’ose reprendre le jardinage de mes délaissés. L’horizon se déplace légèrement.

Repost 0
Published by Blogue-note de Jean Klépal - dans Voltaire ; Ardèche ; Luberon ; Marseille
commenter cet article
4 mai 2015 1 04 /05 /mai /2015 10:13
Connaissez-vous l’âge de faire ?

En ces temps où les raisons de désespérer abondent, celles de ne pas baisser les bras et de refuser le pessimisme total ne manquent pas, cependant. Il m’arrive d’évoquer dans ce blogue des initiatives heureuses, des témoignages de résistance, l’importance des effets réseaux que l’on rencontre un peu partout en France. J’aborde également souvent des aspects du monde de l’art hors des sentiers battus de la mode, affirmant haut et fort la valeur et la pertinence de pratiques nourries des enseignements du passé, appuyées sur de réels savoir-faire et revendiquant une tradition tout à fait porteuse de nouveautés enrichissantes. J’ai cité des démarches souvent associatives, des productions, des lieux, des artistes. Il n’est que de grappiller dans la liste des articles publiés.

----------------------------------

C’est aujourd’hui un journal mensuel édité à partir des Alpes de Haute-Provence (un département où il se passe beaucoup de choses, depuis longtemps) que je me plais à signaler : L’âge de faire.

----------------------------------

Voici comment il se présente sur son site internet (lagedefaire-lejournal.fr) :

« L’âge de faire témoigne des expériences alternatives en matière de réappropriation de l’économie, de création de lien social, d’écologie et d’engagement citoyen. Son credo : offrir à ses lecteurs des outils qui leur permettront de mettre en œuvre leurs idées. Il tire à 30 000 exemplaires, est distribué au niveau national et compte près de 11 000 abonnés.

Diffusion
L’âge de faire ne dépend que de ses lecteurs ! Son indépendance financière (ni subventions, ni publicité) repose sur un mode de diffusion original. Depuis son lancement, des particuliers, magasins, associations… achètent chaque mois un certain nombre d’exemplaires, qu’ils revendent parmi leurs connaissances, déposent dans un commerce ou un lieu public. Il est aussi vendu sur les foires et salons par un réseau de sympathisants. C’est grâce à ces soutiens que L’âge de faire s’est fait connaitre et a fidélisé ses lecteurs. Nous cherchons aujourd’hui à organiser et consolider ce réseau de distribution, en couvrant le territoire de façon plus homogène.

Une entreprise coopérative

Fondé en 2005 par l’association L’âge de faire, présidée par Alain Duez, le journal a été repris en septembre 2011 par une Sarl Scop (Société coopérative de production). Les six salariés détiennent la majorité des voix et du capital au sein de l’entreprise. Ils décident ensemble du contenu et de la gestion du journal. »

----------------------------------

Sommaire du numéro de mai 2015 :

- Eau : Remunicipalisation – Retour vers une gestion publique, phénomène mondial.

- Une jeunesse qui ne rêve pas – Des jeunes des quartiers populaires parlent de leur sentiment d’injustice dans un livre intitulé « Ils ne savent pas ce qu’on pense.

- Nos maraîchers : ces héros – Le petit maraîchage diversifié a encore un avenir.

- Conte d’herboriste – Visite à un herboriste de Chambéry.

Et puis aussi des échos sur l’EPR de Flamanville, la crise grecque, la résistance des paysans au Paraguay, comment bâtir une serre avec des bouteilles de plastique, etc.

----------------------------------

Ce journal intelligent et dynamique a besoin de soutiens, tout nouvel abonné est bienvenu.

Abonnement annuel, 11 numéros, 20 € à l’ordre de Scop L’âge de faire-Le journal, 9 chemin de Choisy, 04200 Peipin (le premier numéro de l’abonnement est livré en double exemplaire pour permettre une mini diffusion).

Repost 0
28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 08:03
En librairie le 5 mai 2015 - Émergences, regards sur la ville

Alain Nahum (photographies) - Jean Klépal (texte)

Livre aux Éditions Parenthèses, 22,5 x 24 cm, 120 p., 106 photographies, 2015 / 28 €

ISBN 978-2-86364-302-0

__________________________________________________

--------------------------------------------------------------------------------

Un cinéphotographe jette un regard intrépide sur la Ville

Réalisateur de cinéma, dessinateur et photographe, Alain Nahum consacre beaucoup de temps à regarder la ville, pour débusquer ce que nous ne voyons pas habituellement. Un très beau livre venant de paraitre aux éditions Parenthèses illustre ce propos.

Puisqu’il y vit, le cinéphotographe a choisi Paris pour atelier. Fouineur aux aguets, il traque les marques improbables et souvent méprisées d’une très révélatrice histoire quotidienne minuscule :

Érosion des passages piétons ; messages discrètement collés çà et là ; traces et reflets insolites des activités humaines ; beauté surprenante de déchets minables abandonnés au trottoir...

Nahum se montre braconnier nomade du non-vu. L’ensemble de ses images se situe hors des codes habituels de la photographie. Hors de la posture documentariste si fréquente. L’effort de dévoilement du réel auquel nous sommes conviés procède du désir de rendre signifiantes les images, à distance de la représentation et de la narration anecdotiques.

Son approche est celle d’un archéologue de l’éphémère.

Fruit d’un long compagnonnage, le texte d’accompagnement précise la genèse du projet artistique ; il éclaire les thématiques développées.

La première présentation publique de ce livre aura lieu le vendredi 5 juin, à 19 heures, à la librairie Histoire de l’œil, 25 rue Fontange, 13006 Marseille.

________________________________________________________________

Rappel

Secrets d’alcôve – Jean Klépal – Serge Plagnol - 144 pages, 24x16 cm

Éditions Area/Descartes & Cie, 2013

Une relation passionnée à la peinture. Les œuvres de Serge Plagnol sont l’occasion d’un dialogue serré avec l’art.

ISBN 9 78244 462268 / 20 €

________________________________________________________________

Repost 0
Published by Blogue-note de Jean Klépal - dans Photographie ; Paris ; Insolite
commenter cet article
11 avril 2015 6 11 /04 /avril /2015 09:05

La faillite de notre système d’enseignement est une tarte à la crème, bonne pour les discussions de salon. Un de ces sujets dont on semble s’offusquer, alors qu’on en prend son parti avant de passer à autre chose. Un monstre du Loch Ness auquel on prête un regard tendrement amusé.

Et pourtant. Le Ministère reconnait, dit-on, 18% de quasi-analphabètes à l’entrée en sixième. Presque autant à l’issue de la troisième.

Résultat : l’enseignement de l’ignorance (Jean-Claude Michéa, éd. Climats, 1999) est une affaire qui marche. La Fabrique des incultes tourne à plein régime.

Les réformes de l’enseignement se succèdent, elles masquent la profonde impuissance de l’Administration à se remettre vraiment en question, donc l’absence de volonté politique réelle. Ces réformes sont comme les trains, l’une peut en cacher une autre. Rien de plus dangereux que les passages à niveau. Il n’y a pas que la SNCF pour les supprimer...

Attention à ne pas se faire happer par la confusion permanente du changement apparent, garant d’une perpétuation immuable. Pour que rien ne change, il faut changer souvent, c’est bien connu.

On peut comprendre qu’un enseignant héritant d’élèves profondément lacunaires, comptable par ailleurs d’un programme qu’il se doit de respecter, puisse déclarer qu’il « n’est pas là pour rattraper les lacunes » accumulées au fil des années antérieures.

Mais alors ? Les jeunes naufragés sont-ils condamnés à jamais ?

Alors que la jeunesse est évidemment la richesse primordiale d’un pays, que signifie ce dédain quasi officiel, sinon une méfiance viscérale à l’égard de forces en devenir ?

------------------------

Depuis plusieurs mois, je donne des répétitions à une élève de seconde, aussi désorientée que démunie. Attentive, sa mère a su discerner la nécessité de lui apporter de l’aide :

- Allo... C’est pour ma fille, elle pleure, elle a un devoir de français, elle ne comprend pas... Le Cid... C’est Elvire, acte III, scène 3...

- Bon, je vous rappelle dans dix minutes, le temps de prendre le texte, et nous en parlerons.

Une traduction commentée en français actuel, au téléphone, un dépannage instantané.

---------------------------

Que se passe-t-il ? Comment aller plus loin ? Proposer à A. de faire le point avec elle, voir s’il est possible de l’aider, quelles sont ses difficultés ?

---------------------------

Dès notre première rencontre, découverte d’un effarant manuel d’histoire de la littérature française censé couvrir la période du XVIIe au... XXIIIe siècle, coquille garantie ! Ce manuel s’apparente au catalogue de La Redoute. Des articles différents sont présentés les uns à la suite des autres, sans relation apparente. Du fatras, un véritable souk.

Une scène du Cid voisine avec Aristophane, quelques répliques des Plaideurs précèdent un extrait d’une nouvelle de Maupassant, Jean Genet se profile entre les pages, lui succède une scène de Ruy Blas, deux pages d’un roman de Zola, et Molière qui passe par là avec une scène du Tartuffe ou des Fourberies de Scapin. Le tout entrelardé de vagues aperçus sur le classicisme, l’art baroque, et la peinture au XIXe siècle, principalement illustrée par Caillebotte et ses raboteurs de parquet. En fin de volume de brèves notices sur les auteurs principaux, ainsi que des considérations générales sur le roman, l’écriture, le style, occasion de glisser des termes abscons tout à fait propres à rebuter le lecteur.

Comment un élève non spécialement motivé peut-il s’y retrouver dans cet invraisemblable méli-mélo où aucun guide sérieux à la compréhension n’apparait ? Quasiment pas de repères, un déballage général où tout est présenté sur le même plan, aucune vision d’ensemble, encore moins de synthèses. Rien pour asseoir des connaissances à acquérir. Pas étonnant alors que François 1er puisse devenir le père de Louis XIV, et que Victor Hugo soit un penseur du XVIIIe siècle.

Des exercices sont proposés, souvent ineptes parce que ne portant que sur des détails. La description l’emporte constamment sur la réflexion, le commentaire de texte prime, l’amorçage du débat d’idée est très nettement relégué à un rang mineur. Il ne fait l’objet que de considérations techniques de mise en forme, sans appui concret.

Ce manuel scolaire s’apparente à une commande de télévision, il est bâti sur le modèle du zapping. Dès lors, comment faire qu’un élève mette de l’ordre dans ses connaissances ? Comment espérer qu’il puisse fixer son attention sur un thème particulier ?

L’immense gâchis de ces richesses à fertiliser que sont nos enfants, de même que celui des moyens éducatifs mis en œuvre, apparait en pleine lumière. C’est à se demander s’il ne s’agirait pas plutôt d’organiser et d’entretenir une confusion intellectuelle propre à développer le panurgisme adolescent et la soumission de ceux qui les ont en charge.

-------------------------

Un lent effort de reconstruction est en cours avec la jeune A., qui, semble-t-il prend doucement conscience de la nécessité de travailler par soi-même pour accéder à une réflexion personnelle. Le jour où elle y prendra quelque plaisir, nous aurons fait un grand pas.

Il s’agit patiemment d’abord de s’arrêter sur le vocabulaire, ce qui lui fait le plus défaut. Rechercher le sens des mots, les expliquer pour en comprendre l’usage. Procéder à des analogies pour illustrer et faire comprendre. Établir des mises en relation élémentaires pour identifier le contexte de certaines situations - histoire, géographie, mœurs -, et faire ainsi apparaître l’importance novatrice ou critique de certains écrivains du passé. Par exemple, la force du Tartuffe contestant la dévotion omnipotente alors que le souverain est l’envoyé de Dieu sur la terre, et qu’il n’y a pas si longtemps un cardinal, puis un autre présidaient aux destinées du pays ; l’opposition vertigineuse de Victor Hugo à la peine de mort, qui ne sera abolie qu’en 1981 ; la vision de Zola décrivant l’irruption des grandes surfaces commerciales, annonçant l’aliénation qu’entretiennent aujourd’hui les Super et autres Hyper.

Des relations insoupçonnées s’établissent ainsi avec la vie courante. Elles s’appuient sur les vestiges du passé rencontrés en permanence dans la ville ; les traces de l’urbanisation haussmannienne et la volonté politique de maintien de l’ordre qu’elles affirment, entre autres.

Reprendre le cahier de cours, faire expliciter ce qui a été pris en notes, solliciter en permanence une expression personnelle, moyen de recouvrer quelque confiance en soi et d’enrichir la pensée.

Chercher à comprendre ce qui fonde les appréciations du professeur.

Apprendre à construire un plan de réponses à élaborer, à partir de l’identification d’une question posée.

Et puis, et surtout, aider à mettre de l’ordre dans le fouillis de connaissances en vrac, totalement inorganisées. Tenter une vision synoptique des périodes abordées. C’est-à-dire tout simplement élaborer des mises en perspective.

--------------------------

Sans secours, sans efforts parallèles, sans initiatives particulières, il est clair que l’inculture ne peut que progresser, favorisée par l’aveuglement têtu de cette incroyable machinerie qu’est l’Educastration Nationale.

Repost 0
7 avril 2015 2 07 /04 /avril /2015 15:21

Un livre récent présente une tentative de description argumentée des méfaits du Ministère de la Culture alors qu’il s’est constitué en ministère de la Création, à partir de 1982-1983.*

Bien que de construction assez maladroite, l’ouvrage fourmille d’indications précieuses pour illustrer et comprendre comment peu à peu nous sommes passés en trente ans d’un ordre strictement bureaucratique à l’instauration d’une « barbarie financière ». Autrement dit, comment les grands marchands et les grands collectionneurs se sont arrogés le droit de décider « de ce qui est de l’art ou n’en est pas ». Comment peinture, sculpture, gravure, ont été progressivement occultées.

On y voit disparaître par volonté délibérée l’enseignement de la peinture et du dessin, jusqu’à faire des peintres une espèce en voie de disparition, de même que nous assistons à l’emprise progressive de la nouveauté pour la nouveauté, grâce à une efficace culture de la « communication ». Ce qui se traduit par l’anémie totale de la notion d’art au profit de la gadgetisation, sorte de vapeur ambiante.

Aujourd’hui la politisation des questions artistiques est telle que le parallèle avec l’art officiel dogmatique des commissaires soviétiques ne parait nullement abusif. L’Art Contemporain, celui de l’avant-gardisme institutionnel, vampirise les lieux traditionnels de conservation et de monstration que sont les musées ou les palais nationaux.

Les attributions de crédits, l’emploi de l’argent public, sont opaques, les conflits d’intérêt sont monnaie courante avec la centration des pratiques sur les marchands et les institutions, et non pas sur les artistes. On fabrique de la valeur financière à partir d’un élevage intensif d’artistes officiels jetables, volaille qui ne peut exister qu’à force de soumission et de servitude.

« Pour des raisons administratives en France, et financières dans le reste du monde, l’art a perdu son autonomie .. . (alors qu’)à la Renaissance la peinture était parvenue à acquérir, de haute lutte, la même noblesse que les arts libéraux, malgré l’usage servile de la main... ».

Les lignes de conclusion méritent d’être citées intégralement, elles donnent la tonalité générale de l’ouvrage :

« S’il y a consensus pour reconnaître l’utilité d’un ministère ayant pour mission de veiller sur le patrimoine et de mettre la culture à la portée de tous les citoyens, en revanche des voix s’élèvent, de plus en plus nombreuses, pour dénier à ce ministère un droit qu’il s’arroge avec de plus en plus d’autorité depuis trente ans : celui de diriger la création.

Nous voulons un art libre. »

-------------------------------------

* Aude de Kerros, Marie Sallantin, Pierre-Marie Ziegler : 1983-2013 Années noires de la peinture ; Pierre-Guillaume de Roux, éd., 2013 ; 210 p., 23 €

Une tentative de mise à mort bureaucratique de la peinture – Récit –
Repost 0
27 mars 2015 5 27 /03 /mars /2015 07:54

Un document qui m'est parvenu, que je ne saurais garder pour moi seul...

Un document
Repost 0
Published by Blogue-note de Jean Klépal - dans Commune de Paris ; élections
commenter cet article
19 mars 2015 4 19 /03 /mars /2015 11:24

Julien Gracq dénonce dès 1950 dans « La littérature à l’estomac » la dérive marchande que nous ne connaissons que trop aujourd’hui. Il s’insurge également contre le magistère sartrien dont l’essai « Qu’est-ce que la littérature ? » est l’emblème.

Un dramatique changement d’échelle des connaissances a induit dès ce moment un double mouvement dans le public, lecteur ou non.

Ce mouvement se caractérise à deux niveaux par :

- une dépendance commandant la recherche de cautions spécialisées pour se prononcer sur une œuvre, donc la perte de toute liberté de jugement à partir d’appréciations personnelles ;

- une soumission à l’autorité établie, entraînant des comportements de bête domestique acceptant la nourriture qu’on veut bien lui donner.

Gracq moque le spectre infra littéraire fait de braderies, congrès, vernissages, expositions, salons, rencontres diverses et séances de signatures, avec son corollaire la promotion du vedettariat des têtes d’affiche.

Etre une figure de l’actualité importe davantage que l’intérêt de l’œuvre. Avoir lu un auteur n’est plus un préalable requis pour s’autoriser à en parler.

De nos jours, passer à la télé confère une incontestable autorité.

Plus de soixante ans après ces considérations, pouvons-nous encore parler de littérature ?

A quoi s’apparentent tous ces pisseurs de copies partout présents en têtes de gondoles ?

-------------------------

-------------------------

Culture, un des mots les plus galvaudés qui soient. Un Ministère de la culture, qui compte des Directions régionales des « affaires culturelles » peut-il être autre chose qu’un Ministère de la police chargée de régenter son domaine ?

Les affaires culturelles sont les affaires, il est donc naturel que la logique du marché prévale en toutes occasions, comme en tous lieux. Les propositions exigeantes n’intéressent plus aucun officiel, la plupart du temps d’ailleurs totalement démunis de compétences.

L’opposition entre « élitisme » et culture populaire se constitue en piège majeur tendu par des incultes prétentieux en position de décideurs.

La culture populaire, populacière devrait-on dire, ne peut aller que dans le sens de la facilité et de la démagogie. Le football et une « grande » exposition se situent désormais au même plan. Rénover un stade peut mobiliser un maximum de capitaux au détriment d’actions en faveur d‘activités artistiques.

Cette culture au rabais s’oppose à toute création, comme à toute recherche, estimées injustifiables par nature et inutilement onéreuses. Elle industrialise le déjà vu, le déjà connu ; elle favorise la censure en entretenant, voire en honorant, la paresse intellectuelle.

La remarque d’Hannah Arendt selon laquelle la diffusion massique de la culture commercialisée ne peut en rien améliorer le niveau culturel général est d’une redoutable actualité.

Cependant, la culture, celle que l’absurdité du langage institutionnel qualifie élitiste ou surannée pour mieux la désavouer, stimule l’esprit en prenant le risque de tentatives dans des voies nouvelles, tout en prolongeant les acquis du passé. Rejetée, voire niée par les castrateurs officiels, elle ne peut évidemment aujourd’hui que s’installer dans le refus et la résistance.

Paul Klee remarquait que la dimension du tableau n’en fait pas la grandeur. Ce ne sont ni le nombre de spectateurs, ni l’affluence des visiteurs qui permettent à eux seuls de décider de l’intérêt d’un spectacle ou d’une exposition, pas plus que le chiffre des ventes d’un ouvrage.

Vérité hélas fort loin d’être reconnue par les tenants du Pouvoir, quelle que soit leur fond de teint politique.

Dernier point : ne pas confondre savoir en vrac, et culture. C’est-à-dire constitution patiente de repères personnels, apprentissage du regard, d’une grammaire, d’une langue, mise en mouvement et mobilité mentale.

Ajouter à cela la part de l’indicible.

----------------------------

----------------------------

Écrire est souvent comparé à dessiner.

Cela peut paraitre juste, si l’on s’en tient au geste de tracer et à l’habileté faite d’application et d’aisance corporelle qu’il requiert. L’analogie est surtout d’apparence, c’est-à-dire superficielle. Elle ne s’applique qu’à un type d’activité, qui est déposer une empreinte volontaire sur une surface.

Plus profondément, écrire au sens de composer un texte pour s’exprimer s’accorde d’avantage à peindre. Dans l’un et l’autre cas le geste qui consiste à déposer des couleurs ou des mots sur une surface n’est que le résultat d’une intention bien plus vaste.

Peindre c’est avant tout appliquer du temps sur une toile qu’il convient de nourrir patiemment touche après touche, à la recherche de complémentarités et d’équilibres.

Peindre exclut l’instantané comme le geste hâtif, réclame de la distance et de la réflexion. Au contraire de la vacuité chatoyante de la bimbeloterie hors de prix, dont on raffole dans certains milieux.

Un étrange parallèle existe donc entre l’acte de peindre et celui d’écrire.

Au départ, une idée le plus souvent vague. Des mots couleurs s’avoisinent, un certain recul permet une première évaluation, puis vient le temps de la décantation, du repos préalable à des reprises, des mises au point parfois délicates, des ajouts, des retraits ou un abandon définitif, fruits de patients allers et retours. Sans cesse sur le métier...

Quand peut-on dire d’une toile qu’elle est terminée, qu’un texte est au point ? Il s’agit de labeur. Écrire, peindre, sont des activités physiques contraignantes.

L’inspiration ou le don ?

La page écrite d’un jet, la toile réalisée d’un seul mouvement ?

Jolie fable pour amateurs de music-hall. Bien sûr, il existe quelques cas « historiques », mais ils demeurent fort rares.

La réalité c’est plutôt poser, reculer, apprécier, évaluer, attendre, reprendre, soumettre et achever... temporairement.

Les manuscrits et les carnets de croquis témoignent de ce labeur opiniâtre.

C’est sans doute parce qu’il n’est jamais vraiment satisfait qu’un peintre continue à chercher, c’est vraisemblablement pour une raison similaire qu’un écrivant soutient son effort.

En observant avec attention nous constatons que l’un comme l’autre ne font que décliner une seule et même chose à longueur de vie. Les obsessions de chacun sont inscrites dès les origines. Elles n’ont pas de cesse.

Peindre et écrire ont à voir avec le mythe, quelque soient l’époque et les circonstances.

Repost 0
13 mars 2015 5 13 /03 /mars /2015 08:05

1999, les Bouddhas de Bamiyan sont détruits

2003, le musée de Bagdad est dévasté et pillé

2012, les mausolées de Tombouctou sont détruits

2015, Mossoul, Nimroud, Hatra, villes antiques, d’Irak, sont dévastées

-------------

Barbarie sauvage et monstrueuse

A chaque fois le patrimoine de l’humanité est attaqué, mis à sac, et anéanti.

La mémoire du monde, la mémoire de chacun, est une cible délibérée.

La volonté d’éradiquer les racines de l’histoire provoque d’incroyables catastrophes.

Ils s’attaquent non seulement au vivant, qu’ils massacrent allègrement, mais aussi au passé. La rage meurtrière ne connait aucune limite. La pensée doit être anéantie, sous quelque forme qu’elle se présente, témoignage, occasion de savoir et de réflexion, production de l’esprit.

Les nazis assassinaient, détruisaient, brûlaient les livres et s’attaquaient à « l’art dégénéré ».

Des fous furieux, des monstres, réincarnation du nazisme, réitèrent l’horreur.

Il s’agit de décérébrer pour imposer un ordre dictatorial.

-------------

Barbarie à visage humain (mais oui, mais oui !)

De manière très sournoise, beaucoup moins voyante, mais sans doute à terme tout aussi efficace, que font de très différent chez nous les libéraux-nazis au pouvoir depuis plusieurs décennies ?

-------------

S’attaquer au vivant ? Non tout de même, vous n’y pensez pas !

Bien sûr on n’égorge pas à tout va à chaque coin de rue, ou au détour de quelque chemin de traverse. On se contente seulement de continuer à polluer impunément la planète, de transformer l’agro-alimentaire en une industrie mortifère avec l’invention de complexes d’élevage et de culture hors de toute proportion.

On entretient le chômage ou la création de sous-emplois, on s’attaque au droit du travail. La loi de la jungle est le bréviaire officiel.

On discrimine et on expulse à qui mieux-mieux (familles démantelées, élèves scolarisés jetés dehors).

On n’hésite pas à breveter le vivant en cherchant à éradiquer les espèces traditionnelles, à réglementer la commercialisation des semences, et à créer des espèces génétiquement modifiées condamnant les producteurs à recourir sans cesse à quelques fournisseurs régentant la planète.

Au Japon, après Fukushima, « malgré l’hostilité de l’opinion, la relance du nucléaire est acquise » titre Le Monde en ce mois de mars 2015. Pourquoi un gouvernement devrait-il se soucier de sa population ? Quelle incongruité ce serait ! Chez nous, le nucléaire est présenté comme une solution d’avenir, suffisamment maitrisée pour lui faire confiance.

Des laboratoires pharmaceutiques peuvent des années durant commercialiser des médicaments ou des prothèses que l’on sait nocifs.

------------

Anéantir la pensée ? Allons donc, soyons sérieux !

Qu’une fraction non négligeable du personnel politique brille par son inculture n’échappe à personne. Président comme ministres ont d’autres chats à fouetter que la culture. C’est de gestion qu’il s’agit avant tout ! Circulez, il n’y a rien à voir ! Lire, écrire, réfléchir, créer, comme c’est ringard et non rentable. Devenez millionnaire, conseille à la jeunesse un jeune ministre de l’économie et des finances. Les affaires sont les affaires ! Aux orties Madame de Clèves, et tout ce qui s’ensuit !

Cette inculture hautement revendiquée est transmise, organisée et entretenue. S’attaquer à la culture, c’est préparer l’asservissement collectif. Dans les manuels scolaires, rien pour favoriser l’acquisition de références solides propres à nourrir esprit de réflexion et sens critique. L’enseignement de la littérature est exemplaire à ce sujet. On butine, on broute, on jargonne, aucune vision d’ensemble, du superficiel uniquement. Entraîner les élèves à approfondir est évidemment proscrit, ils pourraient aborder à des rives interdites, uniquement réservées à la tranquillité des détenteurs de positions dominantes. Un métalangage pseudo scientifique (les « sciences de l’éducation » !) permet aux auteurs de manuels comme aux concepteurs de programmes de se mettre hors de portée de toute critique.

Pour ce qui est des arts, la marchandisation et la financiarisation comme seuls critères d’appréciation informent suffisamment sur le mépris dans lequel on les tient.

Téléréalité et jeux incessants représentent les meilleurs outils de mise en condition des esprits pour se garder de toute déviance possible.

-----------

Aucune complaisance n’est admissible envers le fanatisme habillé des oripeaux de la religion ou de quelque idéologie que ce soit. En prévenir les méfaits, le combattre, sont une nécessité absolue. Question de vie ou de mort de la civilisation humaine.

Oui, les monstres sont à neutraliser sans aucune hésitation.

Ils ne sont pas que d’un seul côté. Nous en comptons de beaux spécimens chez nous aussi.

Une indignation sélective n’est pas supportable. Feutrer la nocivité ne l’atténue en rien.

L’horreur est tranquillement installée, elle a pignon sur rue, elle a ses entrées dans les ruelles d’un pouvoir complaisant. Elle gangrène la planète entière. Elle n’est pas la spécialité exclusive de telle ou telle communauté de fous délirants. Véritable caméléon elle s’adapte au milieu ambiant pour mieux se dissimuler. Le processus électoral, qui pousse nombre de citoyens à voter malgré des procédures illusoires et mensongères, lui convient assez bien (postulat encore communément admis : il faut voter parce que nous sommes appelés à voter !). Comment se fait-il que cela puisse encore marcher ? Faut-il que l’anesthésie de la pensée soit forte, et soigneusement entretenue la crédulité par de nauséabonds mirliflores.

------------

D’un côté, l’abjection d’immondes cinglés, de l’autre, le cynisme de délinquants et criminels en costume cravate, fleurons de la démocratie "libérale".

Repost 0
6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 10:34

L’exposition Depardon au MuCem ferme dans quelques jours. Il était temps d’y aller voir.

Un très rafraichissant bain de couleurs, douces et chaleureuses. Il y a de la joie, du bonheur, dans ces 137 images allant de la fin des années 50 à aujourd’hui. Curieusement cela est même vrai pour les vues de guerre. L’horrible morbidité jouissive si fréquente dans ce genre en est absente.

La ferme de son enfance, l’Amérique latine, l’Afrique, le Proche-Orient, la Polynésie (Honolulu, qu’une image de plage sordide dissuade de visiter), et Marseille sont joliment représentés.

Dès l’entrée, une photo grand format nous prévient : tranquillement allongé sur un lit de fortune, dans une pièce dépouillée, aux murs pastel, un homme lit un document. Journaliste (des sacoches disent le photographe), autoportrait ? Il est clair que nous ne pourrons pas échapper à son regard. Il est clair également que son attention flottante ne saurait constituer un obstacle à notre visite. Il sait que nous sommes-là, nous savons qu’il est là. Equilibre et respect mutuels.

Immédiatement apparait l’extrême intelligence de l’accrochage, où des images dialoguent souvent.

Le jeu de la lumière, donc le silence, cisèle de nombreuses photos.

Deux superbes portraits en clair-obscur (années 50) renvoient immédiatement à Rembrandt. Un coin de table de ferme habillée d’une très banale toile cirée prétentieuse se détache clairement sur un sol de dalles soigneusement lavées, aux reflets admirables. Un détail qui magnifie l’œil qui l’a saisi. « Donner à voir », écrivait Paul Eluard.

Parfois une impression de collages, les personnages semblent rapportés sur le fond (plages ou scènes de rue à Glasgow). Le surréalisme vient évidemment à l’esprit.

Et puis, comme des notes majeures...

- De nombreuses photos de zones arides, Afrique, des groupes de personnages, des contrastes de couleurs avec la présence de la tache blanche des vêtements tutoyant par exemple la couleur sombre soutenue d’un tronc d’arbre érigé. Les orientalistes du 19e trouvent ici la permanence d’un lointain écho.

- Quatre hommes très concentrés sur un document tenu par l’un d’entre eux, un paysage aride, rocheux, dominé par les ocres, une grande profondeur de champ, je pense à Carpaccio et à sa Sainte Conversation exposée au Musée du Petit Palais, à Avignon.

- A Glasgow, dans une tout autre lumière, une vue composée de trois plans horizontaux superposés, parait tout à fait notable. Bande du bas, au centre, un enfant dirige la poussette de son petit-frère sur une prairie soigneusement tondue. Bande médiane, le vallon d’où est prise la photo nous fait découvrir un véritable plan de ville à l’ancienne. Une cheminée d’usine fait le lien avec le bandeau supérieur, où les nuages composent une manière d’implantation céleste. Quel cadrage !

- Prise à Harar, en Ethiopie, une image est particulièrement saisissante. Une rue pavée, des devantures d’un rouge étincelant composent un castelet de Guignol. Deux personnages attablés à une terrasse, l’un regarde en souriant, il n’est pas dupe. Un passant indifférent, et, figure centrale, éclatant dans la blancheur de son costume occidental trop grand pour lui, chaussures également immaculées, cravate rose, pochette au veston, un homme avance à grande enjambée. Visiblement apprêté, il se prend au sérieux, trop. Quel cliché !

- Une scène prise sur le vif à Marseille montre deux jeunes femmes perchées sur des échasses à semelles compensées. L’une s’amuse de ce qu’elle voit de la ville, l’autre s’examine attentivement dans le miroir d’une vitrine, à la recherche d’un désagréable bouton à évincer. Moment d’universelle vérité. Saisir la vérité du monde...

- Plusieurs intérieurs sobrement meublés, vides de personnages, disent la présence quotidienne d’une absence temporaire. Parfois des photos de cuisinières à l’ancienne, étincelantes, témoignent d’une activité ménagère laborieuse. A d’autres moments, un jeu de miroir établit la relation entre le dedans et le dehors. Hopper peut-être, mais aussi Leonardo Cremonini auquel des scènes de plage peuvent également faire penser.

La perfection des images, leur précision dans les détails évoquent souvent la figuration narrative de Peter Klasen, Jacques Monory ou Gérard Fromanger. Des peintres sous influence.

Cette récurrente évocation de références picturales dont cette visite est l’occasion devient une gêne. Elle fait obstacle.

Cette belle exposition, bien accrochée, fort intéressante, pose une fois de plus la question de la photo en tant qu’art à part entière. Question régulièrement présente et jamais résolue aux Rencontres d’Arles.

Quelle est véritablement l’identité de ce mode d’expression. En a-t-il une, peut-il en avoir, à quel prix ?

Rares paraissent les photographes ayant réellement opté pour le choix d’une expression singulière, autonome. Lorsque se produit la différenciation d’avec la peinture, la rencontre devient passionnante, car elle ouvre sur des champs nouveaux. Un livre à propos du travail d’Alain Nahum, cinéaste photographe, le montrera bientôt (Emergences, Alain Nahum photographies, texte Jean Klépal, éditions Parenthèses, parution annoncée courant mai).

Souvent, trop souvent, la photographie se complait dans l’anecdote ou le simple constat. Cela peut être fort esthétique, cependant la maîtrise technique et la froideur de la perfection formelle ne sauraient suffire. L’image est là, remarquable, bon, et après ? Qu’a-t-elle à nous dire ?

La photo a tout à perdre à se confronter à la peinture, qu’elle ne sera jamais. Seules les transgressions peuvent apporter. Nous savons cela depuis Dada et le Surréalisme.

Repost 0

Présentation

  • : Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal
  • Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal
  • : Remarques, réflexions, parti-pris et jets de vapeur sur la vie qui va et ses détours.
  • Contact

Recherche