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2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 12:23

Ce mois de janvier 2015 est bien vite passé, tellement chargé, tellement brutalisé, tellement suffocant, mais peut-être pas si surprenant.

Plus que tout, ce sont les manifestations spontanées du mercredi 7 au soir qui m’impressionnent. Inorganisées, sans mot d’ordre, elles sont apparues dans l’ensemble du pays, issues des profondeurs d’une émotion et d’une appréhension considérables. La brutalité du choc fut motrice, là et sans doute seulement là un véritable partage, une union dénuée de calculs face à l’horreur s’est révélée, une manifestation de deuil. Indiscutablement un véritable rejet, fort, profond, authentique, marque d’un incoercible besoin d’un autre climat. Quelque chose comme l’instantané d’une explosion.

Vint ensuite le dimanche suivant le temps d’une manifestation de consensus entre proches, mobilisation assez confuse patronnée par un État récupérateur (comme il se doit). Un slogan d’identification aux victimes (toutes les victimes ?) - « Je suis Charlie » -, sorte d’impératif introduisant un formidable quiproquo idéologique, source semble-t-il de désarroi aujourd’hui.

Que faire ? Où en sommes-nous ?

Une vision pseudo-consensuelle, très floue, parait survenir dans cette République ségrégationniste qui est la nôtre, où la méfiance (c’est peu dire) vis-à-vis d’une fraction de la population estimée dangereuse domine. Il convient de reconnaître à ce propos la force et la rareté de la parole d’un Premier Ministre osant dire l’existence de fait d’un apartheid social en des lieux où l’Égalité et la Fraternité n’ont jamais existé.

Moment d’indiscutable lucidité, parviendra-t-il à en faire autre chose qu’une envolée oratoire ?

L’État et l’ensemble de son personnel, les appartenances politiques, les statuts, importent peu à ce moment, sauront-ils impulser autre chose que des mesures répressives, contre-productives si elles ne sont pas accompagnées d’une réflexion et de décisions conduisant à une remise en question radicale de nos pratiques et de nos modes de vie en commun ? Il ne semble pas que pour le moment nous en prenions le chemin, alors que des enfants sont soumis à la question policière et qu’obligation a été faite de se soumettre au rituel imposé d’une minute de silence dont le non-respect serait un quasi délit. Qui peut raisonnablement croire qu’une obligation non éclairée d’une discussion approfondie puisse convenir à des adolescents dont les conduites de contre-dépendance sont une des caractéristiques, en tout temps, en tous lieux ?

Quelques remarques anodines dont la prise en compte ne l’est sans doute pas :

- Il ne s’agit pas seulement de 17 victimes mais de 20 morts (17 victimes + 3 assassins), tous français. Les assassins sont issus de notre système éducatif.

La prise en compte de la diversité immémoriale des origines des constituants de la Nation française est urgente. Non, les Gaulois ne sont pas nos ancêtres communs. Non, le Christianisme n’est pas notre unique berceau.

Une remise en question fondamentale des programmes et des pédagogies s’impose.

La laïcité est autre chose qu’un slogan de combat, une réflexion approfondie à son sujet est une nécessité absolue.

- Que propose d’autre aujourd’hui notre société au plan de l’idéal, de l’idéologie, sinon le culte du seul quantitatif ? Le capitalisme tel qu’il est devenu, créateur infini de nouveaux besoins, nouveaux et incessants gadgets, entraîne un terrible repli sur soi, une indifférence mortifère à l’autre, parfois franchement de la haine. Seule une écoute et une parole véritablement partagée peuvent tenter de modifier peu à peu l’horreur de cette situation.

L’aveuglement officiel, la pusillanimité des gouvernants de tous bords, face aux conséquences de la mondialisation et aux désastres écologiques en cours, conduit à la catastrophe.

Comment un monde dans lequel le rapport entre population globale et répartition de la richesse est totalement inadmissible peut-il ne pas aller à sa perte ?

Songeons que le Global Wealth Report établi par le Crédit Suisse publié en 2014 donne les proportions suivantes :

0,7% de la population mondiale possède 44% de la richesse (biens financiers),

10% de la population possède 90%,

et 70% de la population ne possède que 2,9% de cette même richesse.

Le monde va si mal que le Pape, fait inouï, en arrive à admonester publiquement la Curie. A-t-on jamais vu ça ?

La dérive est globale, la décrépitude universelle. Le djihadisme est la seule idéologie mobilisatrice disponible sur « le marché ».

Aucune mesure cosmétique adoptée le nez à la vitre ne pourra jamais convenir à quoi que ce soit.

Tout cela ne peut qu’immanquablement déboucher sur une violence de plus en plus forte.

Hier, à la radio, une phrase saisie au vol a retenu mon attention :

« Voguer sur de l’espérance inassouvie »

Quelle perspective pour qui veut ou aspire à gouverner !

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Published by Blogue-note de Jean Klépal - dans Attentats ; Enseignement ; Idéologie
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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 17:25

Amalgames, confusions, émotions, risques de propos intempestifs, extrême difficulté d’y voir clair, les événements récents requièrent un temps de réflexion.

Jihad au Moyen-Orient, jihad en France, est-ce comparable, y a-t-il à distinguer ?

Constatations et hypothèses :

- Au Proche et au Moyen-Orient, le chaudron est brûlant depuis longtemps, plus particulièrement depuis la fin de la première guerre mondiale, avec les mandats britannique et français sur certains territoires aux frontières arbitrairement dessinées. Le chaudron est brûlant car les querelles tribales n’ont de cesse depuis lors. L’interminable conflit israélo-palestinien dure depuis soixante ans, la désastreuse intervention étasunienne de 2003 a ouvert une brèche béante dans un édifice profondément lézardé. Les Émirats n’existent que grâce à leurs pétrodollars, ils rivalisent dans une mégalomanie les conduisant à adopter les excès les plus invraisemblables de la société capitaliste moderne, ce qui ne peut que développer une opposition chez les plus radicaux des fondamentalistes. Plus rien n’est maitrisé, plus rien ne parait maitrisable.

Rancœurs, contradictions, luttes fratricides, volonté de restaurer une grande nation arabe pour laquelle la notion d’États indépendants n’a aucune signification, interventions intempestives et maladresses d’un Occident dominateur et donneur de leçons, ont créé un appel d‘air extrêmement puissant dans lequel s’est engouffrée la prétention de retrouver identité et racines en restaurant un mythique califat répondant à un imaginaire archaïque. Il est clair que pour une poignée de fanatiques hallucinés seule une impitoyable lutte armée peut accomplir cet objectif.

Le communisme et le fascisme ont fait faillite au 20e siècle, de même que les tentatives d’introduction d’un nationalisme arabe laïc. Puisque les tentatives d’instaurer un Paradis sur terre se sont toutes révélées vaines, quelle autre réponse que la religion peut-on trouver pour affronter les angoisses inhérentes à la vie et à la mort ? La porte est désormais ouverte aux excès du fanatisme.

Comme vient de le déclarer l’un de nos meilleurs penseurs, le Jihad est devenu la seule idéologie disponible sur le marché...

- La France compte parmi les siens une très forte proportion de la population pour laquelle l’Histoire officielle (les Gaulois, Jeanne d’Arc, etc.) ne suscite aucun écho. Pour ceux-là, l’histoire de leurs origines se situe ailleurs. Alors que la France s’est constituée en tant que nation par agrégation de populations hétérogènes (les Provinces et les apports extérieurs) ayant chacune sa culture propre, quelle place est faite dans l’enseignement primaire et secondaire à l’étude de cette pluralité des racines ? Où est le récit commun ? Si celui-ci n’existe pas, comment s’étonner qu’une relation bienveillante à l’autre soit si difficile ?

Notons au passage que les Musulmans sont présents en Europe depuis fort longtemps, n’oublions pas les préjugés de l’Occident médiéval chrétien vis-à-vis de l’Islam (les Croisades).

Quand reconnaitra-t-on que la France est une nation multiculturelle (Bretons, Auvergnats, Provençaux, etc., mais aussi provenances plus lointaines) ?

Or, quelles sont les références culturelles de nos dirigeants mises à part la culture du PIB et de la dette, ainsi que celle du dernier sondage ?

Dès lors, que l’enseignement laisse tant d’élèves sur les bas-côtés de la route n’a rien de surprenant. Que certains d’entre eux se radicalisent en adoptant une idéologie à leur portée, leur procurant une illusion de revanche, ne l’est pas davantage. Inculture et fanatisme vont aisément de pair.

Les assassins s’étant manifestés en France depuis l’affaire Mehra sont tous de jeunes français passés par la filière de l’Éducation Nationale. Joli succès de notre système éducatif. Le fiasco est total.

Que faire lorsque la religion, qui devrait normalement relever uniquement de l’espace privé, fait irruption dans un espace public totalement laissé en déshérence ? Il est bien tard pour parler de laïcité.

Faire rentrer un torrent furieux dans son lit n’est pas une mince affaire. Il ne s’agit de rien d’autre que de se donner les moyens de changer les mentalités. Énorme chantier exigeant courage et conviction.

C’est sans doute d’abord sur la pédagogie et l’enseignement (pluridisciplinarité et ouverture à des perspectives dépassant l’hexagone) qu’il faut d’abord concentrer les efforts. En a-t-on les moyens ? Tenter de reconstruire, avec d’autres visées, sur d’autres bases. Il y a trop longtemps qu’un clivage existe pour se contenter de mesures homéopathiques et d’effets de manchettes, les blessures sont très profondes, à vif. Une remise en question fondamentale s’impose, d’urgence mais sans précipitation.

Les injonctions (minutes de silence et Marseillaise obligatoires) ou la répression, pour nécessaire qu’elle puisse s’avérer parfois, seules, ne peuvent qu’être contreproductives.

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18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 12:35

Plusieurs médias américains, notamment le New York Times, CNN et l'agence Associated Press ont refusé de montrer la dernière une de Charlie Hebdo avec Mahomet.

Que penser de la pusillanimité de certains médias US, demande un de mes correspondants.

Bah, comme la plupart des gens incultes, sans foi ni loi, sans véritables repères, ils sont prêts à toutes les compromissions, comme à tous les excès. Comme la plupart des « braves gens », ils sont adeptes du « juste milieu » et du « moindre mal ».

Bien des étasuniens estiment souvent être l’alpha et l’oméga d’un monde où leur nombril et leur portefeuille sont l’unique référence. Fanatiques eux-mêmes, leurs dirigeants sont aussi dangereux que ceux qu’ils ont très largement contribué à faire éclore. Chez eux aussi la religion est capable d’engendrer les pires déviances, le Ku Klux Klan est dans toutes les mémoires, de même que la virulence de feu le cardinal Spellman (1889-1967), et plus près de nous l’aveugle folie belliciste de GW Bush.

In God we trust ! Allah akbar !

Les bombes d’Hiroshima et de Nagasaki furent très certainement bénies avant d’être larguées.

Charlie n’a jamais été ma tasse thé. Je suis allergique à ce type de dessins, de même qu’aux outrances... outrancières, leur reconnaissant toutefois un réel bien fondé. C’est le mode d’expression qui ne me convient pas, le fond au contraire est souvent loin de me laisser indifférent.

Quoi qu'il en soit, un dessin, une caricature, ne sont jamais ce qu’ils prétendent représenter, de même que le mot n’est jamais la chose. S’abuser là-dessus c’est tomber dans l’idolâtrie, c’est-à-dire confondre images (idoles) et divinité en soi. Voltaire a raison, qui traite Polyeucte de crétin (Voltaire dit sot) parce qu’il s’attaque aux idoles.

Cela étant, personne n’a jamais été contraint d’acheter ce journal qui, d’ailleurs, a connu une passe très difficile sous le proconsulat de Philippe Val, avec son soutien à l’État raciste et terroriste d’Israël et son attirance immodérée pour les US. On se souvient de la controverse et de la crise engendrées par le licenciement de Siné taxé d’antisémitisme parce qu’ayant eu l’audace de moquer le mariage du fils Sarkozy avec l’héritière de l’empire Darty (« Jean Sarkozy ... vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d'épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit ! »).

Alors que le journal diffusait assez peu, l’emballement émotionnel actuel (on parle de 7 millions d’exemplaires du premier journal d’après) me terrifie. Acmé du panurgisme. C’est comme une ola universelle dans le grand stade du nez à la vitre.

Où que ce soit la liberté ne saurait se détailler. Totale ou inexistante, en tout cas jamais bancale. Critiquer, se moquer, refuser, conchier, et alors ? Quelque religion que ce soit, y compris celle du laïcisme débile, est un poison redoutable. Je n’irai cependant jamais m’opposer à un pratiquant du moment qu’il ne viendra pas tenter de m’imposer sa foi. Refuser, ignorer, me satisfont, et me suffisent. Mais surtout, qu’on ne vienne pas me dicter ce que je dois être.

Donc je ne suis pas Charlie, par contre je suis très concerné par chacune des victimes, quelle que soit son origine, son statut, ou son appartenance (journaliste, employé, policier, client d‘un supermarché...).

Pas seulement celles que l’on compte à domicile, qui n’émeuvent qu’en raison de leur proximité, mais aussi toutes celles qui tombent chaque jour, sont emprisonnées, souvent torturées, au Proche-Orient, en Afrique, à Guantanamo, en Europe même, et ailleurs.

Quels qu’ils soient, d’où qu’ils proviennent, les bourreaux sont tous toujours d’infâmes salauds, mais aussi de parfaits crétins. Tandis que ceux qui les arment, les inspirent, les justifient et les commanditent sont de véritables monstres à mettre hors-jeu, d'urgence.

L’Occident en compte largement autant que l’Orient. Quelques-uns d’entre eux ont brièvement battu le pavé parisien l’autre dimanche.

Face à cela, comme le prétendent quelques ténors sur le déclin, il faudrait de nouveaux dispositifs juridiques ? Réponse ridicule et simplement démagogique.

Comment peut-on raisonnablement penser qu’un renforcement des règles en vigueur, tel qu’une mesure d’indignité nationale, ou bien la menace d’interdiction d’entrée sur le territoire pour les binationaux, aient la moindre influence dissuasive auprès de fanatiques prêts à mourir pour la cause et la jouissance paradisiaque ?

Il est très probable que l’arsenal juridique soit suffisant, à condition que sa mise en œuvre soit réelle ; sans doute « simple » question d’organisation et d’optimisation des moyens existants, de coordination efficace entre services. La surenchère verbale, les mines résolues et autres coups de menton, les effets de manchette, ne sont rien d’autre que cacher la poussière sous le tapis pour tenter de sauvegarder les apparences.

Tout cela ne peut que servir le jeu manipulatoire des assassins dans lequel nous risquerions de nous laisser prendre.

C’est d’une réflexion approfondie, exigeant le temps de l’analyse et de la maturation, que nous avons besoin. C’est au fond qu’il faut consacrer tous les efforts, pas aux apparences du vite-décidé-pour-satisfaire-l’opinion. Tout est à reprendre rapidement, mais avec sérénité, dans les articulations d’un ensemble qui fait que de jeunes français issus de notre système éducatif puissent aussi dramatiquement dériver.

Pas de lois supplémentaires, pas de Patriot Act à la française, pas de proclamation d’une illusoire union nationale, mais l’application résolue des mesures déjà prises, et la réduction prioritaire des déficits de mise en œuvre.

Quel défi pour nos politiques ! Sauront-ils être à la hauteur ?

A nous, à nos exigences, à notre vigilance, à notre intransigeance, de les y contraindre. Rappelons-leur qu'ils ne sont rien sans notre assentiment. Cessons d'être complices consentants de leurs lacunes et de leurs magouilles.

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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 09:04

Préambule

(au cours d’une consultation chez un médecin spécialiste, 12 janvier 2015)

Spécialiste (cherchant sans doute à établir un « contact humain » avec son patient, actualité oblige)

- Les délinquants... on devrait les renvoyer dans leur pays.

Moi

- Mais... leur pays, c’est la France !

Spécialiste

- Alors, il faut les renvoyer dans le pays de leurs parents !

Moi

- Vous réalisez ce que vous dites ?

Spécialiste (visiblement surpris de l’audace du propos)

- ...

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Boulevard Voltaire, dimanche 11 janvier, défilé bras dessus-dessous de la fine fleur des représentants de gouvernements responsables d’atrocités depuis des décennies, du goulag à la bombe atomique, en passant par la guerre d’Irak, etc., sans parler des atteintes répétées à la liberté d’opinion.

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Dans un courriel un de mes correspondants se réfère à Voltaire.

Voltaire ? Tiens, tiens, bonne idée, allons y voir et reprenons un article de son Dictionnaire philosophique.

Article « Fanatisme », Voltaire, Dictionnaire philosophique, 1764


« Le fanatisme est à la superstition ce que le transport est à la fièvre, ce que la rage est à la colère. Celui qui a des extases, des visions, qui prend des songes pour des réalités, et ses imaginations pour des prophéties, est un fanatique novice qui donne de grandes espérances ; il pourra bientôt tuer pour l'amour de Dieu.

Barthélemy Diaz fut un fanatique profès. Il avait à Nuremberg un frère, Jean Diaz, qui n'était encore qu'enthousiaste luthérien, vivement convaincu que le pape est l'antéchrist, ayant le signe de la bête. Barthélemy, encore plus vivement persuadé que le pape est Dieu en terre, part de Rome pour aller convertir ou tuer son frère : il l'assassine ; voilà du parfait : et nous avons ailleurs rendu justice à ce Diaz.
Polyeucte, qui va au temple, dans un jour de solennité, renverser et casser les statues et les ornements, est un fanatique moins horrible que Diaz, mais non moins sot. Les assassins du duc François de Guise, de Guillaume prince d'Orange, du roi Henri III, du roi Henri IV, et de tant d'autres, étaient des énergumènes malades de la même rage que Diaz.

Le plus grand exemple de fanatisme est celui des bourgeois de Paris qui coururent assassiner, égorger, jeter par les fenêtres, mettre en pièces, la nuit de la Saint-Barthélemy, leurs concitoyens qui n'allaient point à la messe. Guyon, Patouillet, Chaudon, Nonotte, l'ex-jésuite Paulian, ne sont que des fanatiques du coin de la rue, des misérables à qui on ne prend pas garde : mais un jour de Saint-Barthélemy ils feraient de grandes choses.

Il y a des fanatiques de sang-froid : ce sont les juges qui condamnent à la mort ceux qui n'ont d'autre crime que de ne pas penser comme eux ; et ces juges-là sont d'autant plus coupables, d'autant plus dignes de l'exécration du genre humain, que, n'étant pas dans un accès de fureur comme les Clément, les Chastel, les Ravaillac, les Damiens, il semble qu'ils pourraient écouter la raison.
Il n'est d'autre remède à cette maladie épidémique que l'esprit philosophique, qui, répandu de proche en proche, adoucit enfin les mœurs des hommes, et qui prévient les accès du mal ; car dès que ce mal fait des progrès, il faut fuir et attendre que l'air soit purifié. Les lois et la religion ne suffisent, pas contre la peste des âmes ; la religion, loin d'être pour elles un aliment salutaire, se tourne en poison dans les cerveaux infectés. Ces misérables ont sans cesse présent à l'esprit l'exemple d'Aod qui assassine le roi Églon ; de Judith qui coupe la tête d'Holopherne en couchant avec lui ; de Samuel qui hache en morceaux le roi Agag ; du prêtre Joad qui assassine sa reine à la porte aux chevaux, etc., etc., etc. Ils ne voient pas que ces exemples, qui sont respectables dans l'antiquité, sont abominables dans le temps présent : ils puisent leurs fureurs dans la religion même qui les condamne.

Les lois sont encore très impuissantes contre ces accès de rage : c'est comme si vous lisiez un arrêt du conseil à un frénétique. Ces gens-là sont persuadés que l'esprit saint qui les pénètre est au-dessus des lois, que leur enthousiasme est la seule loi qu'ils doivent entendre.

Que répondre à un homme qui vous dit qu'il aime mieux obéir à Dieu qu'aux hommes, et qui en conséquence est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ?

Lorsqu'une fois le fanatisme a gangrené un cerveau, la maladie est presque incurable. J'ai vu des convulsionnaires qui, en parlant des miracles de saint Pâris, s'échauffaient par degrés parmi eux : leurs yeux s'enflammaient, tout leur corps tremblait, la fureur défigurait leur visage, et ils auraient tué quiconque les eût contredits.

Oui, je les ai vus ces convulsionnaires, je les ai vus tendre leurs membres et écumer. Ils criaient : « Il faut du sang ». Ils sont parvenus à faire assassiner leur roi par un laquais, et ils ont fini par ne crier que contre les philosophes.

Ce sont presque toujours les fripons qui conduisent les fanatiques, et qui mettent le poignard entre leurs mains ; ils ressemblent à ce Vieux de la montagne qui faisait, dit-on, goûter les joies du paradis à des imbéciles, et qui leur promettait une éternité de ces plaisirs dont il leur avait donné un avant-goût, à condition qu'ils iraient assassiner tous ceux qu'il leur nommerait. Il n'y a eu qu'une seule religion dans le monde qui n'ait pas été souillée par le fanatisme, c'est celle des lettrés de la Chine. Les sectes des philosophes étaient non seulement exemptes de cette peste, mais elles en étaient le remède ; car l'effet de la philosophie est de rendre l'âme tranquille, et le fanatisme est incompatible avec la tranquillité. Si notre sainte religion a été si souvent corrompue par cette fureur infernale, c'est à la folie des hommes qu'il faut s'en prendre. »


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10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 18:44

Alain Sagault vient de confier le texte ci-dessous à son blog. Sa pertinence me commande de le relayer.

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"Si Dieu existe, j'espère qu'il a une excuse"

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L’émotion, la compassion.

Oui, naturellement. J’ai pleuré, il y avait de quoi.

L’indignation. La colère.

Bien sûr. Envie de tuer les tueurs, œil pour œil, et tout le koulchi, comme disaient autrefois mes élèves marocains…

ET APRÈS ?

L’union sacrée ? Comme en 1914, alors ? L’indéfectible union des loups et des moutons, l’union sacrée des combattants et des planqués, des engagés et des profiteurs ?

Très peu pour moi. Tous unanimement confits dans la déploration, les uns en toute sincérité, tant d’autres parce que moutons, et que mouton doit bêler avec le troupeau si le berger le demande, et puis les hypocrites, les politiques, ceux qui leur crachaient dessus depuis des années, et qui soudain les embaument.

Des héros, bientôt des saints !

On va voir naître la Légende Dorée de Charlie Hebdo, un comble…

Des héros, oui – maintenant. Bien contre leur gré, je vous assure ! Non, les gars de Charlie n’étaient pas des petits saints, heureusement, et nous sommes nombreux à pouvoir en témoigner, comme du fait qu’ils se trompaient parfois de cible et qu’il leur arrivait d’avoir tort, et même de ne pas le reconnaître. Les hommes engagés ne sont pas plus infaillibles que les autres, mais ils s’engagent, ça change tout. C’étaient des hommes engagés, des amoureux de la vie, de vrais vivants. C’est bien pour ça qu’il fallait les tuer.

Ils témoignaient. De la vraie vie, la seule, celle qui vaut la peine d’être vécue.

Au fait, autour de quoi, l’union sacrée ? Pour le Bien (nous tous, bien entendu) contre le Mal ?

Oui, le Mal existe, mais se limiterait-il par hasard aux sinistres crétins qui ont cru avoir tué l’esprit d’indépendance parce qu’ils ont décimé la rédaction d’un des très rares médias réellement indépendants qui subsistent dans notre si admirable démocratie ?

Je ne crois pas que l’équipe de Charlie aurait apprécié la « belle unanimité » proclamée urbi et orbi par les grands-prêtres de notre irréprochable démocratie. Et je suis sûr que s’ils ont par hasard découvert que leur athéisme était infondé (ce dont je doute quelque peu), ils ont dû se poiler grave en entendant sonner, pour les bouffeurs de curés jamais rassasiés qu’ils étaient, les cloches de Notre-Dame !

Posons-nous la vraie question : pour qui sonne le glas ? Et pourquoi sonne-t-il ?

Je ne lis pas beaucoup Michel Onfray, mais il est le seul intervenant que j’aie entendu aujourd’hui sur France-Inter parler avec intelligence et justesse de ce qui est en train de se passer, le seul à n’avoir pas parlé pour ne rien dire, à n’avoir pas agité les grands mots creux sortis pour l’occasion des malles disloquées du grenier moral poussiéreux où on les conserve à toutes fins utiles, soigneusement embaumés.

Car « cette bande de joyeux déconneurs », comme les définit de façon si commodément réductrice un Thomas Legrand parfois mieux inspiré, ne faisait pas que s’amuser. Journal satirique, Charlie Hebdo était tout autant un journal politique, dimension que les besoins d’une unité nationale aussi spontanée que factice exigent d’occulter le plus soigneusement possible.

Charlie ne s’attaquait pas qu’aux religions, ou plutôt il s’attaquait à toutes les religions, à la religion du fric tout particulièrement, à la religion de la consommation, à l’adoration forcenée du pouvoir, à la religion libérale de l’exploitation de l’homme par l’homme.

Parce que, tout de même, la violence, c’est seulement les attentats terroristes ? C’est

seulement la violence physique ? Pour ne prendre que cet exemple, il y en aurait bien trop, les salariés de France-Télécom qu’on a bien gentiment poussés au suicide pendant des années, c’est quoi ? Je ne me souviens pas d’avoir jamais entendu Robert Badinter, cette référence morale pesamment obligatoire, cette conscience chatouilleuse à géométrie variable, s’émouvoir de l’état actuel du monde, où l’immense majorité se voit pourtant condamnée par une violence économique et financière toujours plus ouvertement impitoyable à ne vivre que pour survivre, et encore…

Stéphane Hessel avait tort de dire « Indignez-vous ! ». Si, passé le premier moment, elles n’entraînent pas à l’action, l’indignation, comme la compassion, se font complaisantes et deviennent vite le refuge des spectateurs plus ou moins volontairement impuissants que nous sommes trop souvent. Ce que nous devons nous dire, c’est : « Réveillons-nous ! »

Parce que, Monsieur Badinter, désolé, il n’y a pas d’unité nationale possible quand 1% de salauds volent depuis des années à la nation et à ses citoyens le fruit de leur travail ; pas d’unité nationale possible quand on cautionne la scandaleuse, l’injustifiable croissance des inégalités.

C’était formidable de faire abolir la peine de mort en matière judiciaire, mais combien d’êtres humains notre modèle de développement a-t-il dans le monde littéralement condamnés à mort et exécutés depuis la fin de la Seconde guerre mondiale ?

Posons-nous la question : Sommes-nous vraiment libres ? Sommes-nous vraiment Charlie ?

C’est bien beau de dire : « Je suis Charlie », mais si ça n’engage pas à agir pour que ça change, ce ne sont que des mots creux, les cache-misères d’une bonne conscience qui est la plaie de « notre belle civilisation occidentale », cette bonne conscience inoxydable qu’un Charb ou qu’un Oncle Bernard dénonçaient autant qu’ils la brocardaient.

Aujourd’hui, dans l’élan, nous sommes Charlie. Et demain ?

J’ai lu les derniers textes d’Oncle Bernard, je n’avais pas envie de réfléchir, mais je n’ai pas pu m’empêcher de réfléchir, ni de sourire, ce dont j’avais encore moins envie.

J’ai regardé un dessin de Charb. Je n’avais pas du tout envie de rire, mais je n’ai pas pu m’empêcher de rire.

C’était ça, Oncle Bernard, c’était ça, Charb, et ça restera ça, morts ou vifs.

Tant qu’un texte de Maris m’obligera à réfléchir en souriant, j’entendrai sa voix et je me saurai vivant.

Tant qu’un dessin de Charb me forcera à rire, je me sentirai libre et je le saurai vivant.

Les gars, vous êtes immortels. Continuez.

Alain Sagault 9 janvier 2015

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7 janvier 2015 3 07 /01 /janvier /2015 23:54

D’abord l’impossibilité de mettre des mots, la crainte de trop vite parler de l’horrible nouvelle : l’assassinat d’un journal. Le silence s’est tout de suite imposé comme une nécessité, voire comme une tentation.

Un long échange en forme de veillée organisé par Médiapart a réuni de nombreux journalistes d’horizons différents, Le Figaro compris. Cette soirée impromptue est à l’honneur de la presse si souvent justement décriée. Elle témoigne de la permanence d’une réflexion et d’une conscience des responsabilités de cette profession que l’on peut hélas souvent croire bien amenuisée.

Nous sommes confrontés à un événement sans précédent dont les conséquences sont encore indiscernables. Que sera demain ? Un commando de gangsters a commis un crime intentionnel : le massacre de personnes nommément désignées. Ce qui n’a rien à voir avec un attentat aveugle.

Nous sommes confrontés non seulement à une atteinte à la liberté, mais aussi à un crime contre l’humanité.

Cette monstruosité a immédiatement été perçue puisque de nombreuses manifestations spontanées ont eu lieu en de nombreuses villes, en France et aussi à l’étranger. Des citoyens se sont réunis hors de toute organisation préparée pour manifester leur attachement à la liberté. La nécessité de se rencontrer et de parler les a mis en mouvement.

Très vite des dirigeants religieux ont pris position pour dénoncer la barbarie. Aucune religion ne peut être mise en cause, aucun amalgame ne peut être admis. Des assassins, véritables fous furieux ne peuvent en aucun cas être confondus avec les adeptes d’une religion particulière. La stigmatisation serait un piège comparable à celui dans lequel sont tombés les États-Unis après le 11 septembre 2001. Nous en connaissons les conséquences, l’Irak, Guantánamo, etc., dont nous sommes loin d’être sortis.

La haine identitaire ne peut qu’entretenir une haine obsessionnelle, source d’une névrose guerrière. Ne nous laissons pas entraîner dans cette terrible dérive.

C’est la liberté de chacun qui est en jeu. Le combat pour la liberté, pour l’égalité, constitue le seul objectif susceptible de résistance à la gangrène de la haine. Nous sommes tous solidaires, quelle que soit notre origine. Être différents, avoir des divergences, l’insolence, l’ironie, la satire, fondent notre liberté. Celle-ci constitue à coup sûr la cause commune qu’il nous faut refonder. C’est la défense acharnée de cette liberté de penser différemment qui peut s’opposer à la terreur et à ses conséquences mortifères.

Une surenchère du type Patriot Act mis en place par l’administration Bush ne pourrait qu’alimenter le conflit latent dont souffre notre pays depuis des années. Puissions-nous nous en garder. Ni les violences policières, ni le déploiement théâtral de militaires dans l’espace public ne peuvent rien empêcher.

La réflexion sur une réinvention de la politique s’impose à chacun comme une nécessité absolue. C’est la poursuite de notre humanité qui est en jeu. Puisse la presse victime d’un terrible assassinat se ressaisir et nous accompagner dans ce combat.

Il y aura nécessairement un après 7 janvier 2015.

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21 décembre 2014 7 21 /12 /décembre /2014 23:36

(Les réflexions qui suivent ne sont que le fruit d’un ressenti et d’échanges par-ci par-là, donc très subjectives. Il se pourrait néanmoins qu’elles correspondent à une navrante réalité.)

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En 2013 Marseille fut Capitale de la culture.

Un an après la clôture de cette année particulière, la question se pose de repérer ce qu’elle a pu apporter. Mis à part le succès incontestable de la création du MuCem, devenu l’un des hauts lieux de la ville, et la réussite du Musée d’Histoire, il ne semble pas que la vie culturelle locale ait été durablement modifiée par l’événement, bien au contraire.

Pour une fois Marseille ne serait pas à part, elle se situerait à l’image de la France.

D’un côté les discours officiels, de l’autre la primauté des enjeux personnels, dans un climat d’ignorance ou de très faible intérêt pour ce que pourrait signifier le concept de Culture, terme générique regroupant des données hétérogènes, sinon incompatibles. En l’absence de vision officielle, que ce soit à Marseille ou au plan national, il est permis de se demander aujourd’hui où se trouve la volonté politique en faveur d’activités dont les retombées économiques sont délibérément ignorées bien que potentiellement très importantes. Serait-ce à cause de leur faible impact électoral, à court terme ?

A ce manque de volonté politique s’ajoute à l’évidence une pathétique absence de connaissances de la part des élus, pour ne pas parler d’ignorance crasse, parfois prétentieuse. Être élu rend légitime à parler à tort et à travers de tout et de rien. Rôle épiphanique de l’onction électorale.

Après le lyrisme des envolées malruciennes concernant la célébration du patrimoine universel, puis la poétique déclinaison languienne d’un catalogue de produits culturels tout venant destinés à saupoudrer la société, nous avons eu droit à une gestion au coup par coup, de plus en plus malingre.

Certes les moyens financiers sont très réduits. En a-t-il jamais été autrement ? Souvenons-nous de l’objectif ministériel de l’obtention de 1% du budget national, pour exister et fonctionner.

La différence principale tient depuis des années au désengagement progressif au plus haut niveau de l’État. Il fut un temps où s’exprimait, même limitée, une réelle volonté politique en faveur de la Culture. De Gaulle, puis Mitterrand, y étaient l’un et l’autre fort attachés. Depuis, il ne s’agit plus que de gestion boutiquière à court terme, une réflexion sur les enjeux fondamentaux est totalement exclue, sinon devenue impossible par manque de compétence. Les nominations aux postes clés semblent constituer le principal souci des ministres successifs.

Droite et pseudo gauche développent un discours analogue. La soumission aux industries dites culturelles mondialisées tient lieu de politique. On ne cherche plus qu’à mollement défendre une certaine exception...

Ministère de la Culture et services locaux dédiés, où que ce soit, ont progressivement perdu toute crédibilité. Leurs représentants sont allégés de toute influence politique. Ils ne sont généralement plus que les relais de ce qu’imposent quelques potentats du monde de la finance. Si bien qu’il est permis de s’interroger sur la raison d’être de ce Ministère gadget. L’ambition fait totalement défaut, la Culture n’est désormais qu’un slogan publicitaire auquel personne ne croit plus vraiment. La structure gonflable dégonflée de la Place Vendôme et la présence de Jeff Koons à Beaubourg n’arrangent pas l’affaire. Elles illustrent à merveille la décrépitude du système.

Il en fut, il en est ainsi à Marseille, sauf pendant la période du mandat de Robert Vigouroux (1986-1995), successeur de Gaston Defferre à la Mairie. Sans doute contestable à bien des égards, R. Vigouroux avait des ambitions dans ce domaine, et il a su s’entourer de compétences, aujourd’hui disparues.

Dès lors, plus rien, sinon du verbiage et de l’affichage en trompe l’oeil. L’état des musées et les expositions qu’ils proposent éventuellement clament la déshérence la plus profonde.

Depuis l’automne 2013, la ville ne compte plus qu’un seul cinéma labellisé Art et Essai.

2013, l’année capitale, a superbement ignoré la création artistique locale et régionale. Les acteurs impliqués dans la vie culturelle, dans leur grande majorité, ont été tenus à l’écart. Il semblerait que l’ensemble des opérations se soit soldé par un gâchis financier. Des associations porteuses d’initiatives, des groupes d’artistes, des projets, sont en grande difficulté. Des appels à l’aide se multiplient, la survie de structures diverses pose question. Loin d’avoir été vivifiée, la Culture s’appauvrit par manque total d’intérêt de la part des responsables institutionnels.

Alors que la ville compte des acteurs importants de la recherche, de la création et de la diffusion de la musique contemporaine, alors qu’elle abrite des initiatives exemplaires en faveur du livre et de la lecture, le peu d’attention que suscite cette richesse dans les cercles du pouvoir local continue à surprendre.

Après tout, cela n’est pas grave. On enchaîne.

Marseille a été désignée Capitale européenne du sport en 2017. Comme les trains en gare, une capitale peut en cacher une autre. Les appels à projets sont d’ores et déjà lancés. La Municipalité peut se réjouir, faire parler de soi à l’extérieur est évidemment essentiel. Peu importe ce qui se passe intra-muros. Plus belle la vie...

Allez, bon Noël et Joyeuses Pâques !

Marseille demeure fascinante comme le souligne mon récent papier sur ce blogue (7 décembre), Marseille, une image différente.

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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 18:02

Un livre est en cours d'écriture en liaison avec Alain Sagault. J'en ai déjà parlé sur ce blogue le 25 septembre 2014. Il proposera des éclairages et des points de vue radicalement différents de la doxa officielle. Il s'agira de l'art, de sa fréquentation assidue, et de ce qui s'ensuit au plan personnel. Il s'agira de cela seul qui importe vraiment, l'art, la vie, et l'intime. L'ouvrage devrait paraitre courant 2015.

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Certains artistes sont visiblement à la recherche d’eux-mêmes. Ils sont souvent fascinants ; leur peinture déborde largement du cadre. Elle envahit et entraine voluptueusement dans son vagabondage. Aucun critère objectif ne peut évidemment justifier l’impression inouïe ainsi développée. Seul le saisissement suscité au plus profond de chacun, parfois heureusement partageable, agit comme garant.

D’autres, virtuoses incontestables, se consacrent quasi exclusivement à l’affirmation et à l’enrichissement de leur maitrise. Si l’effet produit n’est pas le même, un intérêt plus intellectuel qu’émotionnel existe à coup sûr. Le discours l’emporte alors sur l’émotion.

La différence siège parfois sur une tête d’épingle.

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De nos jours, Pierre Soulages fait système du noir comme piège à lumière. Il s’attache à la lumière pour elle-même, comme matière essentielle de sa peinture, et aussi comme sujet. Peut-être n’avons-nous là qu’une très habile utilisation d’une trouvaille technique propre à l’illusion.

Cependant, une exposition au Musée des Beaux-Arts de Nantes, en 1989, m’est demeurée en mémoire.

La monumentalité de l’installation des peintures, leur apparente monotonie, l’impression d’un très grand savoir-faire artisanal, tenaient à distance et nourrissaient la perspicacité. Néanmoins, le jeu des pièges régulièrement tendus me procura une satisfaction dont je me souviens encore.

Il en fut de même quelques années plus tard, lors de la visite de l’Abbaye de Conques dont les vitraux se prêtent au plaisir très subtil d’une harmonie silencieuse au service d’un édifice prestigieux.

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Merveilleux trouble engendré par la fréquentation de l’art.

Regarder, dévisager la peinture, comme lire ou écrire, c’est ouvrir béantes les portes lumineuses du silence et s’aventurer doucement à la découverte de l’inconnu.

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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 18:17

Cette ville n’est que villages, à visiter patiemment, à deviner, à déguster. Ses enclaves de silence s'additionnent et se savourent, qu’elles soient calanque, jardin ou parc.

La nature est présente : collines et rochers, mer, plages discrètes, vent du large, oiseaux de mer. Contrainte par la montagne, la cité affronte la mer. Des goélands moqueurs, gabians cousins du mythique Jonathan, survolent les parages. D'un point haut, posés l'instant d'un regard souverain, on entend leurs rires, qui se mêlent à ceux des enfants.

Cette ville si pauvre procède d'un lointain passé dont elle a toujours englouti les traces, elle n'offre que très peu de vestiges. Le souvenir n’est pas son fort. De longue date elle a digéré et réemployé son patrimoine, les monuments ne comptent pas ici. Point de passages, séjour de marchands, lieu d’échanges et de mixité, elle n'a jamais cessé de s'édifier.

Aux encoignures croissent les petites vivaces, à l'abri du regard. Humbles, elles fleurissent le bitume. Laiteron, pariétaire, fausse camomille, pied de pigeon, figuier, misère, lierre, chrysanthème inodore sont quelques-uns de leurs noms.

Comme les dents d'un peigne fin ordonnant les allées et venues, les ruelles voisines, sources jamais taries, drainent le quartier Plaine-Cours Julien et abreuvent l'espace d'une faune colorée, cosmopolite. On se côtoie, on se mêle. Cabotage urbain, chaque terrasse est un ponton. On y accoste un moment, pour se détendre, pour regarder, pour rien, pour être simplement bien, pour repartir bientôt, stimulé.

Passé le surprenant Vallon des Auffes, l’anse de la Pointe rouge abrite une plage très populaire. Il fait bon s’y rendre en fin de journée pour contempler le coucher du soleil bien loin au large. Des couples et des familles sont là. Les enfants s’ébattent, courent, sautent, rient, remuent sable et eau. Parfois un ballon s’égare, on sourit. Le jour décline, des nageurs profitent des derniers moments, des embarcations légères glissent tranquilles. Au loin des navires, deux ou trois, s’acheminent vers le port ou en sortent. D’où viennent-ils, où vont-ils, Maghreb, Corse, ailleurs ?

Le château d’If et les îles du Frioul poussent délicatement leurs premiers feux tandis que l’Estaque enfile son collier de lumières orangées. Notre Dame de la Garde luit, indifférente et lointaine au faîte de son rocher.

Existe-t-il quelque autre endroit en France où l’on puisse dîner en famille à deux pas des premières vagues ?

Nous sommes à Marseille dans le huitième arrondissement. Nous sommes aussi bien en Inde du Sud quelque part vers Trivandrum, là où les gens se rendent pour célébrer le cosmos, pour goûter l’instant, et ressentir un bien-être collectif léger et rassurant.

L’agitation du monde est marginale, presque oubliée. Ici se trouve un territoire humain hors du temps et de l’espace. Nous touchons à la simplicité de l’évidence. Rentrer chez soi en longeant la corniche, goûter la fraîche tiédeur de la brise nocturne, instants réparateurs. Marseille n’est décidément pas une ville.

La mémoire lui importe-t-elle ? Elle se délecte d’un style de vie qui la fait unique depuis les origines.

On devient marseillais sitôt qu’on y arrive ou bien on décampe sans demander son reste.

Partout des tentatives, des espoirs, des projets, des énergies et des frustrations, jamais rien d’abouti. Ainsi va la ville sans souvenir, qui fut un temps « Ville sans nom », digérant sans retenue les traces d’un amont dont elle se repaît, riche d’ambiances colorées, toujours prête à s’inventer, immuable, grouillante d’une incroyable diversité. Ville de coexistences, de rencontres, ville de proximité, ville d’étrangeté totale. Ville de contrastes et d’excès où le tohu-bohu et l’incivilité côtoient sans cesse silence et délicatesse inattendus.

En d’autres lieux on contemple le paysage, ici c’est lui qui nous irrigue, qui nous emplit comme le fait une peinture.

Le bleu du ciel est par-dessus les toits, avec le regard, avec les sourires.

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 19:15

Admiration

S’en méfier, elle n’est souvent que le fruit d’une trop grande confiance ou de l’ennui.

Argent

Ne raisonner qu’en termes financiers fait rarement du bien aux bénéficiaires de largesses.

Art contemporain

Label couvrant un ensemble de produits jetables provenant d’élevages soigneusement contrôlés.

Les ouvriers de l’industrie culturelle s’appliquent aux recettes éprouvées, rusent, et font semblant d’innover.

Artiste

Être artiste relève de tout autre chose qu’une simple orientation professionnelle.

Aujourd’hui la confusion est soigneusement entretenue par les éleveurs et les maquignons de l’art-dit-contemporain.

Un véritable artiste ne peut pas faire autrement que de prendre le risque d’engager pleinement sa vie dans la voie choisie, quelles qu’en soient les conséquences.

Banlieues

Là où se conjugue la double humiliation de la misère et de la laideur (d’après Albert Camus).

Zones de stockage des rebuts urbains.

Bêtise

Elle n’a aucune limite, tandis que le génie cherche les siennes.

Bonne foi

Produit passe-partout, très souvent invoqué faute d’argument valable disponible.

Une définition satisfaisante en est-elle envisageable ? Quels critères d’évaluation retenir ?

Citoyen

Désigne des personnes auxquelles le Pouvoir fait prendre les vessies pour des lanternes. On parle alors moins de citoyens que d’électeurs. C’est-à-dire de personnes acceptant de se soumettre à des gardes chiourme.

Démocratie

Bobard absolu, fortes ventes dans les magasins de farces et attrapes.

Toujours balbutiant, le mythe d’un pouvoir exercé par le peuple s’est peu à peu diffusé depuis le 19e siècle, comme un immense rideau de fumée. Il a rapidement pris la forme d’un mensonge dont une mise en œuvre parfois chaotique s’est implantée dans certains pays. On parle alors de « démocratie représentative », pour occulter le fait qu’il s’agit en réalité d’oligarchie. N’oublions pas qu’on a même pu parler de « démocratie populaire » et de « dictature du prolétariat ».

L’organisation socio-politique désignée par cette galéjade est plus ou moins la même depuis les origines, sa capacité de mutation et de résistance est considérable.

Écrire

« J’écris pour que les gens continuent à lire. » (Claude Simon à l’occasion d’une interview ?)

Élections

Hallucinogène en vente libre.

Finance

Une manière très répandue de concevoir les choses de la vie.

Qui ne connait d’aristocratie que celle de l’argent, qui se définit uniquement par ses biens, s’en préoccupe exclusivement, en fait l’alpha et l’oméga de ses décisions, ne peut évidemment qu’attirer un mépris sans réserve, voire le dégoût.

Foi et croyances

Des contrepoids, des prothèses.

Gargarismes

Comprimés solubles à l’eau tiède : culturel ; démocratique ; développement durable ; principe de précaution ; autodétermination ; liberté, égalité, fraternité...

Langage politique

Outil de séduction totalement dépassé. Attrape mouches.

Art du non-dire, pour tenter de survivre parmi les morts-vivants.

Langues mortes

Le hollandais, le fabiusien et le solférinien sont les plus récentes.

Lecture

Besoin vital, hygiène essentielle, activité majeure.

Louanges

Laisser dire, il n’y a rien d’autre à faire.

Mensonge

Outil multi usages, manié avec virtuosité par quelques têtes de gondole, vieilles carnes du music-hall politique.

Plus il est répété, plus il est enjolivé, plus il a de chance d’accéder au statut de Vérité révélée.

Moindre mal

En politique, théorie névrotique de l’abandon, de la soumission, de l’aliénation consentie.

Programme de Gouvernement

La lutte contre le chômage, ainsi que celle contre l’évasion fiscale s’apparentent à la construction de la Grande Muraille de Chine : il y a partout des trous.

Révolte

Attitude tout à fait normale, à la stricte mesure de l’homme.

Révolution

Le plus court chemin pour aboutir à la démesure barbare de la terreur.

Silence

Du plein en décharge, tandis que le bruit et le bavardage sont du plein en surcharge.

Théorie de l’évolution

Lénine si tu savais : la Gauche est devenue le Stade suprême du Capitalisme.

Venise

Y aller, pour découvrir ce qui est hors de ce qui est à voir.

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