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31 août 2015 1 31 /08 /août /2015 06:45

« Je trouve intéressante la distinction que l'on veut établir entre les migrants économiques, à savoir ceux dont la pauvreté tient à la pauvreté physique du pays dont ils sont issus, et ceux dont la pauvreté est générée par une organisation déplorable », m’écrit un correspondant toujours prompt à commenter l’actualité.

Il apparait en effet depuis peu qu’un souci majeur se fait jour chez les analystes témoins du fait quotidien : alors que l’afflux de personnes fuyant leur pays d’origine, en quête de sécurité, donne lieu à de véritables scènes d’horreur aux marges de l’Europe, une préoccupation sémantique revêt tout à coup une importance de première grandeur. Comment nommer et distinguer ces infortunés ? Migrants, réfugiés (politiques ou économiques), clandestins ?

Face à une situation dépassant les capacités de réaction des gouvernements européens, face à l’impuissance généralisée, débattre du mot le plus convenable pour désigner et répertorier les malheureux en perdition est évidemment un bon moyen pour gagner du temps, minorer l’atrocité des situations, et dégager notre responsabilité. Bel exemple de déni.

Il est évidemment plus intéressant de distinguer les uns des autres que de mettre en œuvre des mesures d’urgence pour leur porter assistance.

Le journal Libération titrait le 28 août : « Migrants et réfugiés : des mots aux frontières bien définies. » Ainsi savoir nommer permettrait d’avancer vers la résolution de la question. Puérile naïveté offensante, ou cynisme effronté.

Les frontières ne sont pas que lexicales...

Cette confortable confusion marque le recul terrifiant de la conception que nous nous faisons aujourd’hui de l’importance des droits élémentaires propres à tout être humain. Nous sommes loin, bien loin, de ce que nos ancêtres nous ont inculqué.

La préoccupation langagière éloigne, et redouble l’étrangeté des personnes en cause. Migrant n’est pas immigrant, c’est-à-dire destiné à s’établir en un nouveau lieu de résidence. Migrant signifie l’errance à jamais, aucun espoir de stabilisation n’est envisageable. Dès lors, la réponse la plus forte à leur opposer n’est que l’érection de barrières de plus en plus sophistiquées, car, bien entendu, aborder le traitement des causes du phénomène n’est nullement de notre ressort.

Piteux, pitoyable, misérable !

Quant aux réfugiés, qu’ils soient politiques (les plus dangereux, sans doute) ou économiques (les plus encombrants, à coup sûr), souvenons-nous du sort qui fut réservé à leurs aînés en provenance d’Espagne dans les années 36-39 du siècle précédent. Des camps d’internement attendirent rapidement ceux que l’on assimilait à des délinquants, alors qu’ils fuyaient la dictature et la guerre.

Sic transit gloria mundi.

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Ainsi, il ne s’agit plus dans bien des cas que de querelles d’apothicaires, tandis que Néron s’autorise à déclamer alors que Rome brûle, et que le Premier Ministre, toujours martial et déterminé, depuis la tribune de La Rochelle appelle à accueillir en France les migrants qui « fuient la guerre, les persécutions, la torture, les oppressions (...) Chaque demande d’asile doit être examinée, rapidement », a-t-il ajouté. Les migrants « doivent être traités dignement, abrités, soignés », a-t-il poursuivi. « Notre devoir, c’est de trouver des réponses durables, fondées sur des valeurs : humanité, responsabilité, fermeté. » (Le Monde 30/08/2015) Puissent ces belles résolutions trouver un écho... au sein du gouvernement !

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28 août 2015 5 28 /08 /août /2015 10:45

Au tournant des siècles 19 et 20, une série d’attentats et d’attaques à main armée défrayèrent la chronique politique et judiciaire.

On se souvient aujourd’hui encore de François Ravachol (1859-1892), de Jules Bonnot (1876-1912) et sa bande, comme d’Auguste Vaillant (1861-1894) lançant une bombe dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale, ou de Sante Geronimo Caserio (1873-1894) l’assassin du Président Sadi Carnot, à Lyon.

Les uns et les autres sont des laissés pour compte, ayant connu une enfance très perturbée, totalement paumés, très influencés par la lecture de textes anarchistes dans lesquels ils ont trouvé une justification à leur révolte ainsi que des voies pour mener une lutte radicale contre une société injuste qu’ils abhorrent.

Certains d’entre eux sont devenus après leur mort symboles d’une révolte désespérée contre la société et l’Etat qui la défend, ils ont même parfois revêtu une apparence mythique au-delà des milieux anarchiques. Le cinéma, la chanson, se sont emparés de l’un ou l’autre.

« Voilà pourquoi j’ai commis les actes que l’on me reproche et qui ne sont que la conséquence logique de l’état barbare d’une société qui ne fait qu’augmenter le nombre de ses victimes par la rigueur de ses lois qui sévissent contre les effets sans jamais toucher aux causes » a déclaré Ravachol lors du procès qui le conduisit à la peine capitale.

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Curieux parallèle avec ce que nous connaissons aujourd’hui. Étonnement que personne apparemment n’ait jusqu’à présent établi le rapprochement. On glose sur les ismes et la nécessité du renforcement de la sécurité, rien de plus. Naïveté ou erreur d’interprétation, j’aimerais bien recueillir des avis là-dessus.

Plus d’un siècle plus tard, les mêmes causes, misère, chômage, inculture, exclusion, rigidité des principes, produisent semble-t-il les mêmes effets. Si cela est vrai chez nous, ça l’est également aux États-Unis où les tueries succèdent aux tueries, à intervalles rapprochés.

Révolvers et kalachnikov d’une part, répression d’autre part, font office d’antiseptique social. Les apparences de la démocratie reculent chaque jour un peu plus, cela suscite à peine des commentaires.

Rien n’a vraiment changé, attentats ciblés ou aveugles, djihadisme et islamisme ont simplement remplacé anarchisme. Ils permettent d’évacuer on ne peut mieux les causes profondes des dérives que nous savons. Ces causes sont si profondes, leur traitement remettrait de manière si radicale les fondements de l’organisation sociale, que s’y attaquer véritablement parait non seulement hors de portée, mais tout à fait hors de pensée.

Deux discours extrémistes, celui des ennemis irréductibles de la société actuelle, comme celui de ses défenseurs acharnés, s’annihilent l’un l’autre.

Le progrès est nul, l’acharnement à ne rien modifier au-delà des apparences est totalement suicidaire.

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2 août 2015 7 02 /08 /août /2015 22:02

Créée par Médiapart et les Editions La Découverte, la Revue du Crieur – ainsi nommée en hommage à François Maspero – se propose de publier « des enquêtes et des reportages, sur les sujets les plus variés, mais toujours dans un esprit incisif, quitte à faire vaciller certains magistères... ».

Trois numéros par an sont annoncés.

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Dans le numéro Un, Enzo Traverso – historien de la modernité, universitaire – propose une fort intéressante réflexion sur les « Spectres du Fascisme (et) Les métamorphoses des droites radicales au XXIe siècle. » Son texte éclaire utilement le fonctionnement de la société dans laquelle nous évoluons.

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L’évocation ou la citation de certains éléments du texte de référence, sans autre commentaire personnel que les choix faits, devraient permettre au lecteur d’aller plus avant, d’affuter son point de vue, et d’accroitre sa vigilance critique.

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Le vocable fascisme effectue un retour en force, parfois commode, pour désigner ce qu’on ne sait pas nommer dans le langage courant. Ce terme sert à désigner aussi bien la montée des droites radicales un peu partout en Europe, que le « califat » de Daech et sa barbarie, ou encore les actes terroristes récemment commis en France, en Tunisie, ou ailleurs. Ainsi s’installe une déroutante cacophonie qu’il est nécessaire d’explorer.

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La montée des droites radicales représente l’un des aspects les plus marquants de la crise européenne actuelle, tant à l’Ouest qu’à l’Est. La résurgence de l’ascension des droites radicales réveille bien entendu la mémoire des années 30 et des désastres consécutifs.

La nécessité d’une approche comparative conduit à hésiter à parler de « fascisme » (sauf dans le cas d’Aube dorée, en Grèce, ouvertement néo-nazie, ou de Jobbik, en Hongrie). Il s’agirait plutôt d’un « post fascisme », c’est-à-dire d’une réalité nouvelle, transformation du fascisme historique. « En 1974, Pier Paolo Pasolini observait l’avènement d’un nouveau fascisme fondé sur le modèle anthropologique consumériste du capitalisme néolibéral vis-à-vis duquel le régime de Mussolini apparaissait irrémédiablement archaïque... »

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Dépourvu de l’élan de ses ancêtres, le post fascisme est marqué par l’effondrement des espérances du XXe siècle. « Au lieu de faire rêver le peuple, il veut le convaincre (d’) exprimer sa protestation contre les puissants qui le dominent et l’écrasent, tout en promettant le rétablissement de l’ordre... ». Ainsi le post fascisme est-il profondément conservateur, réactionnaire même.

L’évocation rituelle des menaces qui pèsent sur la démocratie (terrorisme islamique) masque le fait historique que la démocratie peut être détruite de l’intérieur.

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Mutations

Ce post fascisme se nourrit des conséquences de la crise économique, du délabrement des démocraties libérales, et des politiques d’austérité, composantes poussant les classes populaires à l’abstention généralisée. Il surgit dans un monde marqué par l’effondrement des espérances utopiques du XXe siècle. Plus de mythes collectifs pour faire rêver, simplement l’orchestration de protestations contre les puissants et la promesse du rétablissement d’un ordre antérieur, économique, social, moral.

Le fascisme originel trouvait sa principale raison d’être dans la lutte contre le communisme. Son renouveau actuel a recours à des spots télévisé et des campagnes publicitaires, il n’a plus besoin de défilés de troupes en uniforme. Lorsque des foules sont mobilisées, elles le sont selon des codes empruntés à la gauche libertaire, la « Manif pour tous », opposée au mariage homosexuel, en est un exemple.

Les droites radicales exercent désormais une sorte de monopole de la critique du « système ». La menace bolchevique a disparu, multinationales et banques voient leurs intérêts très bien défendus par la BCE, le FMI et la Commission de Bruxelles. Seul l’effondrement de l’Union européenne permettrait d’instaurer un état général d’instabilité rappelant celui de l’Italie des années 20 ou de l’Allemagne des années 30. L’absence totale de vision et d’ambition des dirigeants européens, leur renonciation à tout changement, leur soumission au pouvoir de l’argent, leur mépris pour l’expression populaire (le cas de la Grèce en est un terrible exemple), nous exposent à ce type de risque.

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Racisme et islamophobie

La xénophobie est un trait commun aux post fascismes, des mouvements néonazis aux partis moins extrémistes. L’étranger et surtout un ennemi de l’intérieur. Si les Européens, Roms mis à part, ne sont plus visés, les minorités d’origine africaine, celles de religion musulmane, font les frais de cette « altérité négative ».

L’immigré musulman a remplacé le juif d’antan. Toutefois, s’il n’a pas trouvé d’expression politique ou électorale, l’antisémitisme demeure, perpétré par des représentants d’une minorité exclue et opprimée contre une autre minorité aujourd’hui bien intégrée, quoique porteuse d’une mémoire de l’exclusion et de la persécution. « ... droites radicales et terrorisme islamique s’alimentent réciproquement. »

L’islam, notion globalisante correspondant à un préjugé culturaliste distinguant l’Europe judéo-chrétienne du monde musulman, regroupe « une religion, l’immigration, des minorités, le terrorisme, etc. ». «... l’islam permet aujourd’hui de retrouver (...) une identité française perdue ou menacée par la mondialisation » (dont Alain Finkielkraut est l’un des chantres).

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Héritage colonial

Les racines de l’islamophobie procèdent du colonialisme, qui avait inventé la distinction entre citoyen et indigène, et instaurait ce faisant des hiérarchies socio-politiques. C’est ainsi que le migrant postcolonial devenu citoyen français se transforme en corps étranger. Le stigmate colonial permet la création d’une catégorie particulière : celle des Français « issus de l’immigration » - « ... nous sommes passés d’une attitude conquérante à une posture défensive (...) la supériorité du libérateur exige le rétablissement d’une barrière sécuritaire vis-à-vis de l’esclave libéré. »

Défaite historique du communisme et décolonisation correspondent au passage du fascisme au post fascisme.

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Cas de l’islamo-fascisme

En dépit de sa barbarie, l’islamo-fascisme fascine une faible partie de la jeunesse musulmane d’Europe. La force de cette option réside dans son opposition radicale à la domination de l’Occident. La barbarie fondamentaliste se fonde en grande partie sur un mimétisme : Guantanamo, scènes de torture à la prison d’Abou Ghraïb, invasion de l’Irak, etc. La violence de l’Occident se retourne contre lui.

La condamnation morale, les défilés de protestation, sont totalement inefficaces ; ils ne répondent pas à la nature atroce du problème posé, soigneusement évité.

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Le national-populisme

Le national-populisme irrigue les droites radicales. Il s’agit de mobiliser le peuple pour provoquer un sursaut bénéfique.

Autrefois, le « bon peuple » était celui de la ruralité, opposé à la dangerosité de la classe ouvrière citadine. Aujourd’hui, le « mauvais peuple » va des immigrés, des musulmans, aux drogués et marginaux de tout poil, défenseurs des altérités sexuelles, écolos contestataires, etc. Le « bon peuple » ressemble beaucoup au « Beauf » décrit par Cabu : machiste, homophobe, antiféministe, raciste, hostile à l’écologie, etc.

En stigmatisant toute opposition populaire à leur politique, les oligarchies au pouvoir en Europe manifestent leur mépris du peuple, dont elles cherchent à éradiquer tous les corps étrangers (immigrés, musulmans, contestataires, déviants, etc.).

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Quelle sera l’évolution ?

Quelles dérives politiques extrêmes ?

Le danger est considérable.

Nous sommes sans doute à une croisée des chemins.

Le regard critique et la vigilance s’imposent, d’urgence !

Le premier numéro de la Revue du Crieur est paru en juin dernier
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18 juillet 2015 6 18 /07 /juillet /2015 07:42
Exposer à l’Abbaye de Silvacane, en Provence

La Provence s’honore de l’existence de trois abbayes cisterciennes, dites les trois sœurs.

Le Thoronet, abritée au cœur d’une forêt méditerranéenne, à l’arrière du Massif des Maures, entre Brignoles et Draguignan ; Sénanque, nichée dans un vallon près de Gordes, entre Luberon et Monts du Vaucluse ; Silvacane, au bord de la Durance, face au versant sud du Luberon, qui accueille des concerts du festival de piano de La Roque d’Anthéron, ainsi que des expositions de peinture.

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Cet été, Serge Plagnol y présente en majesté une « Suite pour Silvacane ».

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Exposer à Silvacane n’est pas une mince affaire tant le lieu impose son austère sobriété.

Il ne saurait aisément s’agir de se satisfaire d’y présenter des peintures comme dans quelque autre endroit plus ou moins neutralisé. Bien sûr la transgression provocatrice à la mode est toujours possible ; son incongruité ne manquerait pas alors d’éclater au grand jour du si fréquent chaos contemporain.

La beauté de Silvacane tient à sa rigueur ascétique, source de perfection et fruit d’un désir d’absolu. Ici, un dépouillement volontaire semble requis. Le Cistercien exige de lui-même, mais aussi de qui le côtoie. La confrontation à l’édifice est toujours saisissante. Elle impose à chaque fois un temps de silence respectueux, un moment de repli sur soi nécessaire à une acclimatation à la fréquentation de l’essentiel, quelque brève qu’elle puisse être. Ce n’est qu’après cela qu’il devient possible d’entrer pour progressivement habiter les espaces successifs. L’approche minérale commande la discrétion de la présence humaine.

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Lorsque la proposition d’exposer ici lui fut exprimée, Plagnol perçut immédiatement l’importance de l’enjeu. Un choix radical lui est immédiatement apparu nécessaire. Certes, il lui faudrait sélectionner des peintures compatibles avec l’endroit, mais aussi surtout en concevoir spécialement quelques-unes. Un défi très stimulant.

Comprendre pour s’approprier. Pour cela, d’abord écouter l’important équilibre du silence des espaces offerts, le dialogue muet entre le bâti et l’environnement naturel. Comment s’y prendre autrement que par des repérages minutieux propres à débattre avec le génie du lieu ?

Ses carnets de croquis, nombreux, ses relevés de situations, ont permis au peintre de saisir peu à peu les données du défi à relever. Il a renoué avec ce temps d’avant où art et architecture étaient appelés à se rencontrer pour dialoguer. L’Italie abonde en exemples de ces bienheureuses conjonctions. Plagnol est méditerranéen, profondément ancré dans l’histoire de la peinture, italienne notamment.

D’abord des toiles verticales très sobres. Un chromatisme dépouillé, des blancs, des gris, des noirs, pour une saisie de l’impassible rigueur de l’édifice, et aussi du renoncement à toute ornementation. Toute distraction est bannie. Ce qui pose d’emblée la question de l’esthétique en art.

L’austérité force le brillant coloriste que l’on sait à un exercice inusité. Il explore et choisit de se soumettre au-delà de ses champs habituels. Il s’efforce et parvient. Fort honorable combat au service de la peinture et de l’architecture.

Vient ensuite un temps où l’humain périssable mais éternel habite le sacré de sa présence discrète. Se présentent alors des peintures colorées, signes furtifs d’une occupation humaine, légendaire et divinisée. Ces peintures sont parfois à deviner, leur retenue force l’attention du visiteur attentif. Celle-ci participe de la gloire de l’intemporel.

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(J.K. – Texte de présentation de l’exposition)

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Une exposition à ne pas manquer :

Jusqu’au 30 septembre, tous les jours, de 10 h à 18 h.

Abbaye de Silvacane – La Roque d’Anthéron, Bouches du Rhône.

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14 juillet 2015 2 14 /07 /juillet /2015 14:34

Extraites de « Blanqui l’enfermé », par Gustave Geoffroy*, p. 209, ces quelques lignes (L’Amourier éditions, réédition 2015 d’un texte paru en 1897, 591 p. – 26 €) :

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Le 22 mars, proclamation aux Clubs démocratiques de Paris.

Il y est dit que la République serait un mensonge si elle ne devait être qu’une substitution de forme. Elle doit être l’émancipation des ouvriers, l’avènement d’un ordre nouveau. La devise : « Liberté, Egalité, Fraternité » ne doit pas être une vaine décoration d’opéra. Il n’y a pas liberté, quand on manque de pain. Il n’y a pas égalité, quand l’opulence fait scandale à côté de la misère. Il n’y a pas fraternité, quand l’ouvrière, avec ses enfants affamés, se traîne aux portes des palais. Du travail et du pain ! L’existence du peuple ne peut rester à la merci des frayeurs et des rancunes du capital. »

C’est, en 1848, le développement, par les faits, des idées de Blanqui en 1834.

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Chômage endémique en France et en Europe, économies dévastées, lois sécuritaires successives, migration périlleuse de populations éprouvées, « jungle » de Calais, centre de tri à Lampedusa, naufrages en Méditerranée, attentats, montée de la xénophobie donc du racisme, non lieux à répétition dans des affaires financières impliquant des dirigeants politiques haut de gamme, un détachement de la police ouvrant le défilé parisien du 14 juillet, humiliation délibérée et asservissement de la Grèce...

Que d’avancées, que de progrès en un peu plus d’un siècle et demi !

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*journaliste, critique d’art, historien et romancier, l’un des fondateurs de
l’Académie Goncourt
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11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 17:07

L'urgence commande, les choses s'accélèrent.

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Dans une tribune publiée le 10 juillet par le journal britannique The Guardian, Yanis Varoufakis, le tout récent ancien ministre grec des finances, estime que l’Allemagne utilise la crise grecque pour imposer à tous les partenaires son modèle d’une zone « euro disciplinaire » (modèle soutenu par les États luthériens de l’Europe du Nord, ainsi que par la Pologne).

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Et si donc le vote définitif, à la hussarde, de la « Loi Macron », extraordinaire fourre-tout de mesures drastiques imposées à coups de 49-3 répétitifs, avait à voir avec la situation de la Grèce selon l’équation suivante :

Économie moribonde + taux de chômage élevé + important endettement public + tensions avec la Commission = volonté de donner des gages à Bruxelles, et au magistère de Berlin.

Qui oserait parler de reddition en rase campagne (une fois de plus) ?

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Alors que les balles leur sifflent aux oreilles, alors qu’ils cherchent à cacher le péril auquel la France elle-même est confrontée, Hollande et Valls empruntent le chemin de Canossa, ils font pénitence devant la Curie bruxelloise.

Pour tenter de masquer cette évidence, ils cherchent malgré tout à exister et à conjurer le sort en s’activant en coulisses auprès des Grecs réduits à quia.

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Le monstre broyeur est en marche, est-il encore possible de l’arrêter ?

Quels soubresauts pour cette Europe à nouveau fratricide ?

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9 juillet 2015 4 09 /07 /juillet /2015 10:01

Grecque est la Tragédie !

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Je ne possède aucune compétence en économie.

Je ne m’apparente nullement à quelque politicien que ce soit.

Je ne suis qu’un citoyen attentif, un humain parmi des milliards.

Cependant...

Ce qui se passe avec et à-propos de la Grèce me parait absolument terrifiant.

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Imaginer l’Europe amputée de la Grèce revient tout simplement à nier l’existence même de l’Europe. Européens, nous sommes tous héritiers de la Grèce, dont nous procédons, bien avant que l’on puisse parler de judéo-christianisme.

La Grèce est notre creuset, notre berceau commun. La Grèce est notre origine.

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Ce qui se joue en ce moment, sous nos yeux, est une véritable tragédie.

Un petit peuple se bat pour sa survie face à l’aveugle monstruosité de puissances infernales totalement dénuées de sentiment, mêlant l’hypocrisie la plus vile au cynisme le plus odieux.

Ce qui se joue en ce moment, sous nos yeux, s’apparente aux grands cycles épiques de l’Antiquité.

Un petit peuple est confronté au Mythe de la Dette, puissance aveugle et impitoyable. Les serviteurs de cette puissance infernale apparaissent comme autant de Cyclopes dont il convient de déjouer les mensonges et les maléfices.

Une action d’une grande noblesse est menée par une poignée de combattants déterminés. Nous ne savons pas quelle sera la fin ultime de cette redoutable aventure. Nous savons que les péripéties se haussent au niveau du Mythe. Pour cette poignée de combattants, échos fidèles du petit peuple, la charge s’apparente aux travaux d’Hercule. Ces combattants ne possèdent que leur courage et leur farouche volonté de ne pas céder. Ils n’ont que la Catharsis des votes successifs en leur faveur à opposer. Ils tiennent jusqu’à présent. Jusqu’à quand ? Ils luttent pour nous tous. Ils révèlent nos égoïsmes.

Et c’est notre bonne mère l’Europe, véritable Médée siégeant en son Olympe bruxelloise, qui inflige ces épreuves à l’un de ses enfants, qu’elle tente de dévorer !

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Horreur, horreur absolue !

Il faut que cela cesse !

Sus aux hypocrisies et aux cynismes européens !

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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 07:25

Il y a tout juste un mois, le 6 juin 2015, je publiais un premier billet pour attirer l’attention sur le mauvais sort fait par la municipalité à la Maison verte de Marseille, dite Maison du Vallon.

Une pétition est en cours, elle sera bientôt remise à ses destinataires, mais entre-temps la situation s’est sensiblement dégradée. Le dernier Conseil municipal en apporte la preuve, misérable.

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La scène se déroule aux rives du Lacydon, dans la seconde ville de France. L’Olympe phocéen est réuni en grand Conseil des demi-dieux, sous l’autorité de Jupiter, un Jupin vieillissant, jovial, méprisant et parfaitement cynique.

La séance s’étire, il y a déjà plus de cinq heures qu’elle a commencé. Visiblement fatigué, pressé d’en finir sans aucun doute, le dieu président égrène la liste des rapports soumis à l’assemblée. Voilà un peu plus de vingt ans qu’il est Maire de Marseille, la mécanique est parfaitement huilée.

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- JUPIN (mécanique, puis légèrement décontenancé)

... 326, 327 ... 330, 331, il y a une question orale, il y en a une ou il y en a deux ?... Il y en a une, c’est quoi alors, ça ?

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(Une voix dans l’hémicycle)

- La Maison du Vallon...

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- JUPIN (surpris)

Bon, qu’est ce qui fait la question orale, là ?

(Regard furtif à l’entourage immédiat)

J’ai la réponse ?

(Une main empressée lui tend un papier)

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- (un intervenant, demi ou quart de dieu, lit d’une voix mal assurée)

Le groupe socialiste exprime ses inquiétudes quant à l’avenir de la structure d’accueil de jeunes enfants dite Maison du Vallon, qui occupe depuis plus de 25 ans un local au 17 rue de Lodi. Ce local appartenant au CCAS vient d’être vendu à un opérateur privé sans qu’une solution satisfaisante de relogement soit proposée à l’Association Maison du Vallon. Cette structure d’accueil, de prévention et d’écoute a reçu plus de 5 000 enfants et leurs parents cette année, et son rôle est reconnu par tous les partenaires sociaux.

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- JUPIN (fougueux)

(...) Il n’y a pas de débat, là. Il y a la réponse ! Alors je fais d’abord la réponse et si vous la considérez comme incomplète, n’hésitez pas.

(Magistral, il lit le papier qu’on vient de lui transmettre, et qu’il découvre probablement à mesure de sa lecture)

« La Direction de l’Action Sociale et de la Solidarité participe à la recherche de locaux adaptés en préconisant à l’association une mutualisation des locaux avec d’autres associations œuvrant dans le domaine, pour réduire les coûts.

[D’emblée, le seul aspect quantitatif est mis en avant ; cette pseudo solution est en fait quasi impossible, des matériels et des équipements permanents occupent une partie de l’espace, ils sont nécessaires au fonctionnement quotidien de la Maison, et ne peuvent par conséquent être sans cesse démontés, remontés.]

La Maison du Vallon est une association accueillie dans les locaux du CCAS onze-treize rue de Lodi. Elle y gère une Maison Verte. Or, dans un avis de la Chambre Régionale des Comptes, celle-ci a estimé que les activités au sein de cet immeuble ne contribuaient pas vraiment au but social de l’établissement. Et qu’il convenait que le CCAS engage une procédure de cession de ce bien.

[Ce charabia constitue une véritable condamnation de la Maison du Vallon]

Une promesse de vente a été passée avec le futur propriétaire en novembre 2014. L’acte authentique devrait être signé en septembre-octobre 2015. La Direction de l’Action Sanitaire...de l’Action Sociale et de la Solidarité, en liaison avec le Service Famille est à la recherche d’un lieu d’accueil permettant soit de regrouper plusieurs acteurs associatifs dans la Maison du Vallon accueillant les mêmes publics, soit un relogement spécifique dans des conditions locatives adaptées à cette association.

[Paroles, paroles, où comment noyer le poisson]

La difficulté pour trouver un nouveau site d’accueil dans le même secteur a conduit la Direction de l’Action Sociale et de la Solidarité à élargir le périmètre de la recherche. Des solutions sont à l’étude et nous devrions obtenir des éléments de réponse courant juillet, que je ne manquerai pas de vous faire parvenir. »

[Le flou de ce baratin ne peut satisfaire que qui est assez naïf pour y prêter attention. Il suffit d’ailleurs de lire la suite des interventions pour se convaincre du grossier mensonge]

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(Trois Harpies, divinités de la vengeance divine et de la dévastation, invulnérables et caquetantes, elles dévorent tout sur leur passage –la mythologie l’affirme -, vont alors prendre la parole tour à tour. Chacune d’entre elles est adjointe au Maire. L’une à l’Action Sociale et aux Centres sociaux, l’autre à la Famille, la troisième à la Petite enfance et aux crèches.)

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- HARPIE 1 (d’abord doucereuse, s’affermissant peu à peu)

(...) effectivement nous avons décidé de mettre en vente ce bien par rapport au problème budgétaire et financier que tout le monde connait (...) cet immeuble coûte de l’argent au CCAS et donc nous n’avons pas le rôle de bailleur social (...) tout à fait ce que nous dit la Chambre Régionale des Comptes.

[L’Action sociale est bien proche des fameux « Plans sociaux », si chers aux entreprises. On dégraisse]

Par ailleurs, cette association a été informée de la vente il y a plus de trois ans et donc nous lui avons demandé de commencer, il y a plus de trois ans, à chercher des locaux, et ils ont toujours refusé de chercher des locaux. Avec un loyer de 300 euros par mois, effectivement il est difficile de trouver mieux ailleurs.

[Deux remarques : - c’est évidemment au locataire expulsé de trouver à se reloger, le bailleur n’a aucune responsabilité « sociale » là-dedans ; - un faible loyer accordé à une association, cela s’appelle ailleurs une subvention de fait]

(...) nous sommes toujours en train de trouver des solutions, mais je demande expressément aux responsables de la Maison du Vallon de faire des efforts aussi également et d’essayer de trouver des locaux par eux-mêmes parce que nous n’avons pas une obligation de leur trouver des locaux par ailleurs (...)

[Quelles solutions est-on en train de trouver en permanence ? N’y aurait-il pas là comme un aimable mensonge ?]

Comme par hasard cette affaire ressort quand il y a tout le temps des échéances politiques qui arrivent. C’est ressorti pour les municipales, c’est ressorti pour les départementales, ça ressort pour les régionales (...)

[Ces gens qui demandent des comptes aux élus ne sont que d’infâmes gêneurs, des malpolis, des voyous. Ils ne méritent aucune considération]

Donc maintenant, il faudrait que chacun prenne ses responsabilités. Nous n’avons pas un rôle de bailleur social à jouer pour ces associations, d’autant plus que nous sommes garants de l’argent public et que cet immeuble coûte énormément d’argent au CCAS.

[La raison d’être d’un Centre Communal d’Action Sociale est clairement d’assurer la gestion financière d’un patrimoine bâti, l’intérêt à porter à la petite enfance et le rôle d’insertion et de prévention des troubles du comportement que jouent les Maisons Vertes ne sont qu’un aspect très secondaire. On ne peut pas être plus clair]

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- HARPIE 2 (avec suavité, puis énervement progressif)

(...) on a été aux petits soins pour cette association. (...) Nous n’avons jamais eu un merci, et même quand on est allés sur place ... on n’a pas eu de merci, au contraire ! (...) On a fait le maximum, on a mobilisé... on s’est tous mobilisés. (...) qu’on vienne nous resservir ça en question au moment du Conseil Municipal, je trouve ça particulièrement déplacé.

[Conclusion : l’affaire est entendue, d’ailleurs ces gens ne valent pas la peine, ce sont de grossiers goujats. La petite enfance ? De quoi s’agit-il, inutile d’en parler !]

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- HARPIE 3 (avec le ton d’un témoin important)

Je voudrais juste dire que ... nous avons proposé une solution ... et que cette solution n’a pas été acceptée parce que c’était toujours très compliqué. Alors que, quand même, on a vraiment fait tout ce qu’il fallait.

[Fermez le ban, la cause est entendue, la question est celle de notre relation avec des individus de sac et de corde ; il ne leur arrive que ce qu’ils méritent ! La petite enfance on s’en fout, l’objet n’est que d’affirmer notre pouvoir !]

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- JUPIN (il sort de sa léthargie et se souvient qu’il est avant tout Jupiter tonnant. Il va administrer une belle leçon à ses thuriféraires, flirtant avec le ton de la prosopopée antique)

Euh, c’est ma conclusion de ce matin : attention mes chers collègues ! C’est vous qui êtes élus du peuple ! C’est vous qui représentez le peuple ! Tous ceux et toutes celles qui veulent se substituer à nous sous forme associative, contestataire, etc. ou qui occupent même des lieux qui sont à nous, avec des avantages financiers qui ont été évoqués, qu’ils fassent un peu attention !

(...) Ne vous laissez pas dépasser. Les élus c’est nous. Et ce n’est pas toute la vie associative, même si nous avons un grand respect... Elle ne peut pas se substituer à nous.

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CETTE LEÇON DE TOTALITARISME ET CES MENACES TOTALEMENT CONTRAIRES A UN EXERCICE DÉMOCRATIQUE DU POUVOIR ONT ÉTÉ PROFÉRÉES DU HAUT DE SA CHAIRE MUNICIPALE PAR MONSIEUR LE MAIRE DE MARSEILLE, AU TERME DE LA SÉANCE DU CONSEIL MUNICIPAL DU 29 JUIN 2015.

UNE RÉACTION A LA MESURE DE LA PROVOCATION SE FERA-T-ELLE JOUR ?

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(Les citations des interventions proviennent du décryptage de l’enregistrement audio-visuel de la séance, que l’on peut consulter sur Google – séance du Conseil municipal de Marseille du 29/06/15 – à partir de 5h17)

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25 juin 2015 4 25 /06 /juin /2015 22:32

Emmanuel Todd Qui est Charlie ? – sociologie d’une crise religieuse – Seuil, 2015, 247 p., 18 €

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Dès sa parution ce livre qui va bien au-delà d’une étude sur les événements tragiques du début janvier 2015 a déclenché un torrent d’indignations polémiques. Il est vrai que Todd ne mâche pas ses mots et ne ménage pas grand monde. Dès lors, mettre en coupe réglée sa méthode d’analyse, peut-être discutable, permet d’éviter le débat de fond. Les attaques dont le livre et son auteur ont fait l’objet témoignent surtout d’une lecture partielle, sinon délibérément partiale du texte.

Des passages fulgurants, lucides donc destructeurs, des mises en question imparables, n’ont pu qu’engendrer une hostilité quasi générale. Ce phénomène m’a paru suffisamment suspect pour que j’aie eu envie de lire attentivement cet objet de répulsion unanime. Et je suis arrivé à la conclusion que le scandale tient moins au contenu du livre lui-même qu’aux commentaires indignés qu’il a suscités. Il est évidemment beaucoup plus facile de s’acharner sur le doigt lorsqu’il montre une lune que l’on a choisi d’ignorer depuis si longtemps...

Il me faut toutefois convenir que le titre choisi l’emporte beaucoup trop sur le sous-titre, révélateur du champ véritable des réflexions proposées.

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Au fil des pages

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Dès la première phase de son Introduction, E. Todd dégaine.

« Nous savons désormais, avec le recul du temps, que la France a vécu en janvier 2015 un accès d’hystérie. » La seule lecture de cette énonciation a suffi à beaucoup pour jeter le bébé avec l’eau du bain. Dommage, car dès la seconde page, un constat terrifiant justifie l’affirmation à l’emporte-pièce : « Tout refus par un lycéen d’observer la minute de silence décidée par le gouvernement était interprété comme une apologie implicite du terrorisme et un refus d’adhérer à la communauté nationale. Vers la fin janvier nous apprenons que certains adultes en étaient venus à adopter des comportements répressifs stupéfiants : des enfants de huit ou neuf ans auditionnés par la police. Un flash totalitaire. »

Difficile à avaler sans doute, mais hélas bien réel.

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Un rappel de la grande révolte des banlieues en 2005 est l’occasion de souligner combien la peur panique ne l’a pas emporté, et combien il était peut-être encore alors possible de se livrer à une analyse critique de la situation. Il permet également de considérer que les frères Kouachi et Amedy Coulibali, les assassins déments de 2015, « produits de la société française », ne sont que « le reflet inversé, pathologique en quelque sorte, de la médiocrité morale de nos chefs élus... ». En décidant d’une manifestation de masse à laquelle furent conviés des politiciens plus que douteux, les représentants de l’Etat, son chef en tête, ont pris le risque d’une « sacralisation négative du mal par l’autorité », donc d’une « aggravation des tensions religieuses à l’intérieur de notre société comme dans notre rapport au monde. »

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« Ce livre est aussi un essai sur le mensonge », lire l’introduction suffit donc à quelques-uns, d’autant plus que l’auteur fustige le PS, « désormais ancré à droite », et remarque combien « la droite flotte dans l’espace français sans trop savoir ce qu’elle est. »

On comprend dès lors pourquoi notre Premier Ministre a cru bon de se prononcer publiquement en dénonçant les « impostures » (sic) de Todd.

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Charlie comme point de départ à une étude de la crise religieuse qui sape notre apparente démocratie.

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Remarque liminaire

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« L’islamophobie ... est cause autant qu’effet du terrorisme. »

La crise du catholicisme, et l’effondrement religieux qui l’accompagne, entrainent des poussées xénophobes. Depuis les années 60, la crise (estimée terminale) du catholicisme engendre des poussées terroristes au Canada, en Espagne et en Irlande, ainsi que de fortes tensions en Belgique, voire en Italie. La transition vers la laïcité ne se passe pas en douceur.

En France, la notion d’égalité se trouve très fragilisée, jusqu’à constituer une zone de fracture au sein de la nation. En Europe, avec le traité de Maastricht, nous sommes passés « du Dieu unique à la monnaie unique », et depuis les oppositions entre les élites et le peuple n’ont cessé de se creuser. Le reflux de la religion a fait place à l’idéologie de la création d’une idole monétaire. Le mépris du vote populaire à l’occasion du traité de Lisbonne n’a bien sûr fait qu’entériner ce redoutable état de fait.

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Chute de la pratique religieuse, chute consécutive du Parti communiste, la perte de croyance installe un monde dépourvu de sens livré à des humains dénués de projet. Pour trouver un équilibre, la France incroyante a besoin d’un adversaire structurant, la diabolisation de l’islam y répond.

Maastricht, fruit d’un idéal de hiérarchisation entre nations inégales, pourrait être considéré comme produit d’un catholicisme vichyssois, adepte des valeurs d’autorité et d’inégalité. Défiler en masse le 11 janvier 2015 serait alors l’expression d’une violence rentrée, celle de l’affirmation d’un pouvoir social dominateur.

Interprétation hardie, difficile cependant à rejeter d’un méprisant revers de main.

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Poursuivons

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« L’injustice du monde remplit les prisons », et le bloc hégémoniste des classes moyennes, des personnes âgées, et des catholiques zombies (bloc MAZ, pour l’auteur) « continue d’exprimer de merveilleuses valeurs européennes et universelles, mais il accepte en pratique un fantastique durcissement interne de la société », tout en en niant la réalité.

Ce n’est pas le vote tout récent de la loi sur le renseignement qui nous permettra de penser qu’Emmanuel Todd pousse trop loin le bouchon.

Il ajuste la banderille : « peut-on vraiment qualifier de social un Etat dont la gestion économique assure, sur la longue période, structurellement, un taux de chômage destructeur de vie supérieur à 10% ? ». Question d’autant plus insupportable pour la nomenklatura qu’elle se prolonge du constat que « la France, c’est aussi le pays où l’Etat, à travers toutes sortes d’activités et de programmes, avantage spécifiquement les couches déjà favorisées. »

Pour lui, le modèle français se caractérise par la dualité « superstructure doctrinale libérale et égalitaire venue du passé, infrastructure mentale autoritaire et inégalitaire du présent. » Pas étonnant dans ces conditions que nous assistions à une désagrégation sociale et politique conduisant au communautarisme et au racisme. Cela d’autant plus que « la crise de l’égalité est un phénomène mondial », et que permettre au marché de décider seul du sort de millions d’humains ne peut que détruire la société.

Parallèlement à la régression de la religion, l’effondrement du Parti communiste a totalement dissipé les effets d’une machine culturelle qui entretenait dans les milieux populaires la foi dans le progrès et dans l’éducation. Le pessimisme actuel trouve pour partie son origine dans ce déclin dramatique. Ce pessimisme marque de son empreinte l’Europe entière.

Le rapport de la France aux deux populations qui lui ont posé le plus de problèmes durant le 20e siècle, les Allemands et les Arabes, a insensiblement évolué jusqu’à faire de l’Allemagne un modèle à imiter, et du monde arabe un ensemble inférieur à reléguer. Désormais des xénophobies se superposent. « Au stade actuel, en France ... l’élite est russophobe de manière presque homogène. Le PS, officiellement aime tout le monde, sauf les Russes. L’UMP est européenne et islamophobe, mais moins stricte dans sa russophobie. Le Front national est europhobe, islamophobe mais russophile. »

L’afflux des immigrés en Europe se projette sur ce fond de scène. Et pourtant, remarque Todd, « les immigrés ... ont pour destin ... de devenir des citoyens du lieu ... tout homme ... aspire par-dessus tout à devenir un homme parmi les hommes. » Voilà une réflexion capitale, qui ne peut que nous remuer au plus profond et nous faire nous interroger sur les politiques en vigueur.

« Pour faire le mal, il suffit le plus souvent de détourner les yeux », ajoute-t-il.

Il est évident que de tels propos sont difficilement pardonnables.

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Pour faire bonne mesure

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« Un François Hollande gardant une trace de croyance en la monnaie unique ... une vague idée que l’entrée des enfants d’immigrés dans la nation n’est pas la priorité, ce n’est pas grand-chose. Mais cinq cent mille François Hollande ...un million ou même plusieurs millions ? » Voici comment vanité, insignifiance, absence de réflexion et obstination peuvent conduire le pays à l’état de délabrement moral que nous connaissons.

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Venons-en clairement au cas des musulmans.

Il a fallu le nazisme pour que les juifs européens, qui avaient pour beaucoup perdu la conscience de leur identité religieuse jusqu’aux années 30, retrouvent le sens d’une appartenance ancestrale.

Jusqu’à un passé très récent, la catégorie musulman de France n’existait pas. « Coller sur cette diversité humaine l’étiquette musulman est, tout simplement, un acte raciste, comme poser l’étiquette commune juif sur l’intellectuel bourgeois de Vienne et le juif du shtetl de Pologne fut un acte raciste. »

Soumis à la discrimination, par le chômage notamment, « l’homme peut trouver un ultime point d’appui dans une foi religieuse qui lui donne des lois et une espérance. »

Pour Todd, l’assimilation est en marche, ce sont les statistiques concernant les mariages mixtes, c’est-à-dire l’exogamie, qui nous le disent. Seule « la stagnation économique est responsable des difficultés actuelles », c’est l’oppression économique qui conduit de jeunes Français (ou Occidentaux) au terrorisme, quoi qu’affirment les idéologues les plus tonitruants (Zemmour, Finkielkraut).

Le djihadisme apparait comme un horizon offert à la soif d’aventure d’une jeunesse laissée pour compte.

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Briser cet engrenage infernal

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Parvenir à réfléchir sereinement à ce que la religion peut apporter, serait une piste intéressante à suivre.

Un islam affadi comme l’est le catholicisme (zombie) pourrait sans doute « contribuer à un rééquilibrage de la culture politique française », un accommodement serait à trouver avec lui, plaide l’auteur, qui affirme « ce que l’on exige aujourd’hui des musulmans ne fut jamais obtenu des catholiques, malgré plus de cent ans de conflits violants, incluant les 200 000 morts de la guerre de Vendée. »

Près de conclure, il déclare « l’islam est bien le bouc émissaire d’une société qui ne sait plus quoi faire de son incroyance et qui ne sait plus si elle a foi en l’égalité ou en l’inégalité. »

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Le futur prévisible est duel. Soit la confrontation, qui ne saurait réduire les oppositions, mais au contraire les exacerberait, nourrirait un racisme tous azimuts, et aboutirait au naufrage de la France. Soit un accommodement dont les voies sont à inventer, qui renforcerait le pacte républicain sur lequel il est impossible de transiger.

Affaire de longue haleine...

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Le livre d’Emmanuel Todd, certainement discutable, constitue à coup sûr un bel apport à l’indispensable réflexion qui fait ici de plus en plus défaut, et qui ne saurait se satisfaire d’anathèmes.

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6 juin 2015 6 06 /06 /juin /2015 17:47

En 1979, Françoise Dolto crée à Paris la première Maison verte, lieu d’accueil et d’écoute des tout jeunes enfants accompagnés par leurs parents ou ceux qui s’en occupent habituellement. C’est un point de socialisation et de prévention consacré à la petite enfance. En effet, selon F. Dolto, les enfants présentant des symptômes de difficultés sont amenés trop tardivement en consultation ; une prise en charge plus précoce aurait souvent évité des troubles graves.

C’est ainsi que de très jeunes enfants (zéro à quatre ans) peuvent en rencontrer d’autres, et qu’une parole libre circule entre parents, accompagnants et accueillants (psychologues et psychanalystes).

C’est en 1986, avec l’aide attentive de Françoise Dolto, que La Maison du Vallon – Maison verte de Marseille – fut créée au vallon des Aufes (d’où son nom). Elle s’installa en plein cœur de ville en 1990, dans un ancien ouvroir devenu propriété du Centre Communal d’Action Sociale (CCAS), dont le Maire de Marseille est président statutaire.

Voici donc près de trente ans qu’existe à Marseille un endroit d’accueil et de réflexion d’un type très particulier voué à la petite enfance. Voici près de trente ans que des centaines d’enfants de toutes origines et leurs très proches peuvent se rencontrer tout au long de l’année, cinq après-midi par semaine, reçus à chaque fois par une équipe différente de trois accueillants.

La fréquentation est régulière, soutenue, marquée par une très réelle satisfaction. La Maison du Vallon est très appréciée par ceux qui la fréquentent, elle répond à un réel besoin, elle est inscrite dans le paysage.

Toutefois...

Marseille est une ville pauvre.

Marseille est une ville aux charges financières importantes.

Les travaux pharaoniques mis en œuvre au stade vélodrome et les querelles relatives à leur amortissement pèsent lourdement sur le budget.

Les investisseurs sont à l’affût de bonnes affaires à réaliser.

La municipalité est sensible au chant des sirènes.

Dès lors, la ville vend peu à peu les biens patrimoniaux qu’elle détient.

La bâtisse ancienne qui abrite la Maison du Vallon comprend un petit jardin arboré, comme souvent à Marseille. Un immeuble flambant neuf, soigneusement bétonné, vendu à la découpe, ne demanderait qu’à s’y substituer, sans souci du maintien d’un paysage urbain traditionnel.

Il faudrait être bien mal intentionné, peu soucieux des finances publiques et de la gestion municipale, pour oser s’opposer à un tel projet.

Un promoteur avide de plus-value rachète donc l’ensemble et... la Maison du Vallon va être mise à la porte sans qu’aucune offre valable de relogement ne lui soit présentée par la Municipalité et son CCAS, auxquels la petite enfance importe peu.

Le Président du CCAS, Maire de Marseille, précise clairement dans un éditorial que « Le Centre Communal d’Action Sociale de la Ville de Marseille ...a pour mission principale la mise en œuvre de la politique sociale que la Ville définit en direction des personnes âgées, dépendantes, et celles qui se trouvent en situation de précarité économique ou d’exclusion sociale. » Ces objectifs sont louables, constatons simplement que la petite enfance, et la jeunesse en général, n’entrent pas dans les préoccupations premières de Monsieur le Maire.

La Vice-présidente de cet organisme ne vient-elle pas de déclarer de façon quelque peu cynique : « le lieu n’est pas rentable (il) doit être vendu pour résoudre ses difficultés budgétaires... » (La Marseillaise, 21 avril 2015).

On ne saurait être plus clair, le lien social ne tient pas, face à l’imperturbable logique comptable.

Le Centre Communal d’Action Sociale, est en fait un Centre Comptable d’Affairisme et de Sabotage.

La Maison du Vallon est quasiment condamnée à disparaitre, si un très important sursaut ne se produit pas.

La spéculation immobilière va-t-elle l’emporter une fois de plus ?

Une résistance s’organise. Il faut reloger d’urgence la Maison du Vallon, dans des conditions lui permettant de poursuivre l’action qu’elle mène depuis trois décennies !

Une pétition commence à circuler, une situation d’urgence existe, pour se joindre à la demande de relogement convenable de La Maison du Vallon, il suffit à chacun de suivre le lien suivant :

Lien web pétition des amis, membres et comité de soutien de La Maison du Vallon.

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