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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 10:57

Accommoder

 

Accommoder une sauce revient à la rallonger en l’aménageant.

Aménager par une nouvelle mise en forme – une réforme – est le plus sûr moyen de faire durer l’existant au plus près de son origine et de son identité.

C’est ainsi que la Réforme désigne l’Eglise protestante perpétuant le christianisme.

 

 

 

Au fil du temps

 

Alors que passent les années, rien ne change, seulement ça et là quelques disparitions de ce qui fut considéré indispensable ; inutile de s’affliger de la marche du temps, la nostalgie n’est pas de mise, gardons-nous en, elle nous empêcherait de considérer avec toute l’efficacité critique nécessaire ce qui dans le présent est parfois regrettable.

 

Et si nous nous demandions face à chaque nouveauté technologique de quoi elle risque de nous priver, de quelle part de nous-mêmes elle tente de nous amputer, ou bien au contraire quelle part de nouveau insoupçonné elle pourrait solliciter en nous ?

 

Renoncer à l’imbécillité ambiante commencerait par un sevrage sélectif de radiovision, donc diminution progressive mais radicale d’ingestion des caquetages, radotages et bêlements artificiels, parfois prétentieusement indicés culturels, propres à l’élevage intensif de crétins satisfaits de leur soumission à une constante perfusion anesthésiante.

 

Malgré l’incontestable faillite de ses faux calculs, de ses prévisions et de ses préconisations  erronées, le discours économique domestique les individus plus sûrement que les utopies totalitaires du siècle passé, qui ne tenaient aucun compte des hommes. Ce galimatias est beaucoup plus insidieux car il attente d’abord à l’esprit.

Les corps devenus dociles se rendent d’eux-mêmes grâce à la puissance uniformisatrice de la mode et des marques. Beaucoup moins besoin de schlagues et de matraques, l’économie est plus efficace, elle dissout l’individu dans une soupe globale totalement allégée de la notion de solidarité.

 

 

 

Commentaires

 

Grâces soient rendues à ma note de lecture sur le Petite Poucette de Michel Serres. Que ce séducteur juvénile de 80 printemps suscite des réactions ne peut que me plaire, mais aussi m’inquiéter. Je remarque en effet que les agitateurs d’idées les plus discutés sont pour la plupart loin d’être des perdreaux de l’année. Outre Michel Serres, je pense à Edgar Morin et à Stéphane Hessel. Où est vraiment la relève ? J’espère que personne n’aura le front de me parler de Michel Onfray, encore moins de Bernard-Henri Lévy ou d’Alain Finkielkraut.

Parmi les lecteurs fidèles de ces Epistoles improbables, l’un tire à boulets rouges sur Michel Serres. A boulets tellement rouges qu’ils arrivent fondus à destination. La controverse, oui absolument, mais la véhémence polémique, non ; sachons laisser cela aux échotiers du Figaro sans tomber tête baissée dans leurs ornières. Serres est mondain, parfois vain, sans doute, je n’en persiste pas moins à apprécier son côté vibrionnant de mouche du coche et d’enfonceur de portes tellement ouvertes qu’on finit par en oublier l’existence.  

Il n’aborde pas la question de l’art comme le remarque dans Télérama Olivier Céna, relayé par un artiste ami s’interrogeant avec raison sur l’impact réel dans ce domaine des nouvelles technologies. Il a parfaitement raison. Jamais l’apparition de techniques nouvelles n’a immédiatement modifié la création artistique, elle en a simplement bousculé l’expression et la pratique. Pensons notamment à la peinture à l’huile, à l’apparition de la notion de perspective, au conditionnement des couleurs en tubes, à l’émergence de la photographie, à celle des techniques audio-visuelles ou électro-acoustiques. Si l’expression artistique évolue en fonction des évolutions sociotechniques, qu’elle intègre jusqu’à les digérer, la fonction de poinçonnage du réel par l’art est atemporelle.

 

 

 

Noël

 

Combien étranges ces regards fixés sur l’enfant qui ne sait par où commencer le déballage des paquets de tous formats accumoncellés devant lui. Au grand dam des adultes comparables à des escargots qui dégorgent leurs cadeaux rivaux, il finira par ne s’intéresser qu’au plus dérisoire des objets peu à peu révélés.

 

Souvenirs de Noëls ailleurs : Ecosse Edimbourg, une party chez des musiciens de jazz où chacun apportait sa bouteille pour des mélanges détonants bière whisky ; Egypte Le Caire, une fête arménienne tout à fait inattendue, sur fond de conflit avec Israël ; en route pour l’Inde, attente interminable dans un hôtel parisien après annulation d’un vol ; Inde encore à plusieurs reprises, entre autres un long déplacement en bus chaotique et une réception dans une famille bling-bling du Kerala ; Angleterre du côté de Cambridge, un séjour très chaleureux chez un couple depuis longtemps hélas perdu de vue ; Népal, une crémation aux alentours de Katmandou le jour anniversaire de La Naissance Mirobolante, puis fumette déroutante dans un temple ; Afrique du Sud Cape Town, table ouverte à tout un chacun sur fond de libération imminente de Nelson Mandela, partout des sapins de Noël en plein été ; Italie Bari, dans une famille des Pouilles, arrivée d’un Père Noël terrifiant le plus jeune des enfants ; en mer, rien, quelque part entre Egypte et Algérie sur un méchant rafiot ; Sénégal Saint-Louis, passage express par l’insupportable messe de minuit sur fond de « Morts pour la Patrie » 14/18 et 39/45 ; Mexique Oaxaca, fiesta de los rabanos (fête des navets) et intervention surprise des Mariachi au restaurant ; Grèce Delphes, la neige sur la Tholos, personne d’autre sur le site, magique ; ski de fond dans le Queyras ou dans les Pyrénées, ainsi qu’au Canada Montréal, en famille, neige et froid comme dans les récits de voyage dont il fallait vérifier la véracité.

 

 

 

Perfusion

 

Vaccins préventifs du risque viral de diffusion de la pensée :

- les magazines de salles d’attente avec leurs images de bonheurs colorés légendés de mots simples à comprendre ;

- la musique d’ascenseur ou de supermarché prête à injecter à domicile ;

- la radiovision, surtout avec ses journaux et ses divertissements.

 

 

 

Qu’en termes galants…

 

Juif, youtre, youpin, niaquoué, bougnoule, fellouze, crouillat, raton, arbi, melon, homo, pédale, tapette, pédé, gay, négro, black, islamiste, racaille, terroriste, etc.

 

Vive le Christ Roi !

 

 

 

Rénovation urbaine

 

Plans d’occupation des sols, règles de construction et programmes d’urbanisme, engendrent des tumeurs métropolitaines à l’origine des métastases que sont les infrastructures routières et aéroportuaires.

Les bactéries humaines fermentent et s’entassent se croyant à l’abri des dangers potentiels d’une nature de plus en plus technicisée, une techno nature. Elles sont en fait sous le contrôle permanent des deux pinces du pouvoir cancérisé que sont les dealers et les CRS.

 

 

 

Rompre

 

Exercice très difficile à réussir. Nécessite une très forte détermination, ce qui n’est généralement pas le propre des politiques.

Mourir pour des idées chantait Brassens. Oui, à condition de prendre son temps, rien ne presse.

Les maîtres à penser jouissent de la longévité, mises à part des situations extrêmes.

 

 

 

Vœux

 

Que faire de tous ces vœux qui se répètent d’année en année, inutiles, bavards et aussi creux que de vieux radis fibreux ? Bonheur, prospérité, santé, des mots pour ne rien dire, du bavardage, des mots en solde.

Une occasion de faire signe à ceux que l’on a un peu trop tendance à négliger ? Sans doute, mais il devrait y avoir bien d’autres occasions tout au long de l’année.

 

La presse nous indique que le Pape prie pour la paix en Syrie, voilà qui est autrement efficace que l’attentisme critique des gouvernants de tous bords. Pourquoi l’ONU ne siège-t-elle pas au Vatican ?

Dans le cadre de l’aide au logement, la prison des Baumettes à Marseille va être dératisée. Qu’aurait tiré Jean Genet de cette nouvelle sensationnelle ? Marseille promue Capitale européenne de la Culture en cette année 2013. Qu’aurait tiré Pagnol de cette fatrasie ? 

Significatif et rassurant, on nous précise que le Président est au travail, que les ministres ne prennent pas de vacances.

Nous avons la chance d’être en de bonnes mains. Honnis soient les forcenés qui se permettraient d’en douter.

 

 

 

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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 22:05

 

Michel Serres, Petite Poucette – Le Pommier éd., 2012, 82 p., 9,50 €

 

Quelle belle santé, quelle belle vigueur d’esprit l’auteur nous donne-t-il en partage avec cet écrit clair, court et tonique, fort bienvenu en ces temps de morosité et de peur généralisée.

Un livre utile, roboratif, chaleureux, ouvert à la compréhension de ce qui se joue actuellement et nous échappe en majeure partie. Tout à l’opposé de la position des maîtres à penser ronchons de la radiovision.

 

En trois temps (Petite Poucette en personne, l’Ecole, la Société) Michel Serres pose un regard aiguisé sur le bouleversement radical auquel nous sommes confrontés depuis environ quarante ans. Il précise avec une tranquille lucidité, parfois avec gourmandise, comment désormais tout est à réinventer : le vivre ensemble, les institutions et le mode d’existence à notre condition humaine.

 

Petite Poucette (son nom tient à la dextérité avec laquelle elle pianote sur son téléphone mobile, ainsi qu’au fait que les jeunes femmes sont peut-être plus déterminées que leurs homologues masculins) représente la génération citadine récemment éclose, qui n’habite plus la même terre et n’a plus le même rapport au monde que ses aînées. Tout a changé : le rapport au corps et les comportements induits (la souffrance physique est désormais minorée grâce aux avancées de la science, l’espérance de vie va croissant) ; la généalogie et l’histoire personnelle (contrôle des naissances et familles recomposées pulvérisent les cadres de référence traditionnels) ; le multiculturalisme et le métissage imposent l’hétérogène comme règle commune.

« N’habitant plus le même temps, ils vivent une tout autre histoire. »

 

Depuis les années 1970 un nouvel humain est apparu, il écrit et parle autrement, sa langue est en constante mutation.

Alors que nous vivions d’appartenances (culturelles, géographiques, politico-sociales) les liens collectifs ont presque tous disparus, de nouveaux liens sont à inventer.

Nous sommes confrontés à l’une des plus profondes mutations de l’histoire de l’humanité. Un saut comparable à ce que fut le passage de l’oral à l’écrit dans l’Antiquité (il fallait tout garder en mémoire, d’où la nécessité de têtes bien pleines), puis de celui-ci à l’imprimé à la Renaissance (ce qui permit de conserver dans des bibliothèques les livres de référence, d’où la préférence accordée par Montaigne aux têtes bien faites).

Le passage de l’imprimé aux nouvelles technologies entraine une véritable métamorphose de l’espèce dont certaines capacités intellectuelles, la mémoire en particulier, s’externalisent dans l’ordinateur. De nouvelles connections neuronales vont surgir.

La notion de Savoir ainsi que les conditions de sa transmission en sont si profondément chamboulées que nos institutions les plus traditionnelles, Ecole, Institutions politiques, si elles luisent encore ne le font plus que comme des astres morts.

 

« Les nouvelles technologies obligent à sortir du format spatial impliqué par le livre et la page », elles brisent la relation entre une forme unique imposée et des usagers obligés de s’y soumettre.

Notons au passage que ce format est reproduit par la salle de cours (la chaire professorale face aux rangées d’élèves), ainsi que par  les impératifs de l’architecture et de l’urbanisme géométriques (passages et usages obligés), comme aussi bien les habitacles des transports en commun, qui font que les passagers sont dépendants d’un pilote).

Avec le développement des modalités techniques actuelles apparaît une « autonomie nouvelle des entendements », liée à des comportements refusant la contrainte, d’où un brouhaha permanent au sein duquel chacun cherche à se libérer de la soumission imposée par les souverains détenteurs de la connaissance.

Le savoir magistral à l’ancienne n’a plus lieu d’être puisqu’il est désormais disponible sur la Toile où Petite Poucette peut conduire à son aise sa recherche de connaissances. Le chaos assez primitif des comportements scolaires et universitaires implique sans doute la fin de l’obéissance aux « porte-voix » de la culture, donc à celle des experts décideurs que sont notamment les politiques.

La pédagogie est complètement à revoir.

Avons-nous toujours autant besoin d’en passer par les concepts ? La hiérarchie entre théorie et pratique, entre sciences dures et molles, la séparation en domaines étanches les uns aux autres, sont confrontées aux modalités du possible et au développement des singularités.

 

Au plan de la société, nous assistons à un renversement exigeant réciprocité entre puissants et sujets dépendants.

L’ennui si répandu au travail résulte d’un « vol de l’intérêt » par des décideurs loin du terrain, si bien que Petite Poucette cherche à imaginer une société qui ne soit plus structurée que par le seul travail. A cela pas encore de réponse.

La réflexion se poursuit autour de l’émergence de nouvelles compétences, de la multiplicité des expressions et de l’apparition du pouvoir hallucinogène des masses de données disponibles.

 

Ce qui apparait comme une redoutable fatalité aux yeux de certains, ce qui engendre donc au minimum beaucoup de pessimisme, excite la curiosité et l’intérêt de Michel Serres. Loin de les dénigrer ou de s’opposer à eux, il s’efforce de comprendre les mutants qui sont d’ores et déjà parmi nous.

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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 10:25

LA VOIX DU VENT

Semences de transition

(film documentaire, 90 mn - 2012 - Carlos Pons, Jean-Luc Danneyrolles)

  

Un jardinier passionné, ardent défenseur de la biodiversité, et un observateur attentif des mouvements sociaux alternatifs, très sensible aux questionnements agro-écologiques, se sont rencontrés dans le Luberon.

Après quelques semaines de travail partagé au « Potager d’un curieux » ils décident d’un voyage de découverte les menant du pays d’Apt en Provence, jusqu’à Grenade l’andalouse, à la rencontre de personnes impliquées dans la mise en œuvre d’autres modes de vie que celui de la consommation triomphante. Un film rendra compte de leur équipée.

Ils convainquent un cameraman de se joindre à eux et entament une aventure qui en trois semaines de février 2012 leur permettra d’aller au devant de  personnes vivant intensément, seules ou en collectivité, leur volonté active de démontrer qu’un autre monde est possible, ici et maintenant.

 

Plusieurs mois après, le film existe, ponctué d’images souvent magnifiques, scandé d’échanges de graines, symboles de la puissance indomptable de la vie vivante. Les sachets que l’on partage, que l’on vide, que l’on remplit, sont comme la partition d’une ode célébrant la diversité de la nature et la recherche d’une harmonie indispensable entre elle et nous.

 

La pérégrination nous offre la vision de modes de vie différents. Elle nous invite chez des utopistes réalistes, pas toujours nécessairement ruraux, et réanime avec un rare bonheur des souvenirs de rêves que l’on pouvait croire à jamais perdus.

Malgré la volonté de multinationales désireuses de breveter le vivant, ce film totalement dénué de polémique nous montre par l’évidence du témoignage que rien n’est perdu et qu’il est toujours possible d’imaginer et de vivre une réponse alternative à ce qui semble inéluctable.

 

Le pas de côté ne dépend que de chacun et personne ne peut en décider pour autrui.

 

Ni L’an 01, film culte auquel contribuèrent Jacques Doillon, Gébé, Alain Resnais et Jean Rouch, ni les Libres enfants de Summerhill, chers au psychanalyste et éducateur A-S Neill, ni la recherche d’harmonie avec la nature propre à la communauté de Findhorn, au nord de l’Ecosse, ne sont aujourd’hui surannés. Ce qui a été ensemencé alors se prolonge avec une surprenante et insolente vivacité.

 

Oui, un autre monde est possible, à condition d’en être conscient, de le vouloir vraiment, d’oser cultiver son jardin, et de savoir en partager tous les fruits.  

 

De manière exemplaire, la réalisation de ce documentaire a été en grande partie rendue possible grâce à des contributions financières coopératives franco-espagnoles.

 

 

Pour se procurer le film, le visionner, en organiser la projection, connaître sa diffusion, etc. consulter   http://lavoixduvent.org/

 

 

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 10:54

Capitaux

La fuite des capitaux est l’un des marronniers de la presse écrite ou orale. Si elle est avérée et aussi répandue que certains l’affirment, comment se fait-il qu’elle existe depuis si longtemps et que rien de sérieux n‘ait jamais été entrepris pour mettre fin à l’existence de paradis fiscaux à nos portes mêmes ? Cette complaisance ne serait-elle qu’un involontaire oubli ou un simple fait de hasard ?

 

Et si la réponse était à chercher dans la confusion devenue totale entre la haute finance et le pouvoir politique, au point que celui-ci soit totalement assujetti à celle-là, comme l’affirment quelques journalistes d’investigation ?

Dès lors pourquoi s’indigner que de grosses fortunes choisissent ouvertement l’exil ?

Evitons de ne dénoncer que quelques privilégiés amoraux qui tirent parti avec le plus parfait cynisme de lacunes soigneusement entretenues par un pouvoir complice.

 

L’obscénité, car obscénité il y a, est aussi très largement du côté de ces échotiers qui sous couvert d’information nous parlent d’abondance de chefs d’entreprise (collectionneurs d’art contemporain ou non), ainsi que de grosses vedettes du show biz, en présentant leur installation en Belgique ou en Suisse comme un fait divers des plus banals, par conséquent des plus admissibles. 

Intervenant à France-Inter après de trop longs instants consacrés à un comédien naguère talentueux devenu méprisable voyou, Philippe Geluck, le papa du Chat, a su apporter l’autre jour le nécessaire contre-point en déclarant qu’après tout l’attrait de la Belgique se révèle très favorable au développement de la fabrication des coffres-forts dans ce pays.

Voilà un bon moyen de relancer l’industrie de l’acier et de contribuer à la lutte contre le chômage en Europe !

 

 

 

Collection

Il est fréquemment question de collection et de collectionneur à l’occasion de telle ou telle exposition médiatisée. Le collectionneur est devenu une figure majeure du jeu de l’art actuel, il se constitue fréquemment en figure de référence quant au « marché ».

 

Posséder des œuvres d’art fait-il de qui les détient un collectionneur ? Je ne le crois pas.

Collectionner suppose un dessein arrêté : constituer un ensemble cohérent, le plus complet et représentatif possible d’un champ déterminé, l’art de telle période, les artistes de telle origine, une thématique précise, tel type d’objets, etc. La collection est un but en soi. Le collectionneur est alors toujours à la recherche de la pièce manquante, celle qui enrichira l’ensemble en le complétant. Il scrute en permanence ce qui fait défaut et mobilise son énergie pour le repérer et le posséder. Il y a du systématisme en lui. Son besoin est de répétition et de complétude.

 

Par opposition, l’amateur est animé avant tout par un désir de jouissance, par ses goûts et ses émotions. Il est beaucoup plus fidèle à ses appétences qu’à la raison, il est avant tout perpétuellement disponible à la surprise de l’inattendu. Il butine. Peu lui importent les manques et les béances, ainsi que la réputation de la pièce acquise. Il n’a pas le souci de construire un ensemble cohérent, peut-être pas même celui d’une collection, qui n’apparaît le plus souvent que comme un résultat d’autant plus surprenant qu’inattendu.

Toutefois, l’amateur peut se trouver réputé collectionneur malgré lui par un entourage mû par le besoin de nommer, de catégoriser, donc de limiter la part d’imprévisible que ce fou furieux totalement déraisonnable porte en lui.

 

 

 

Colonisation

Le phénomène d’expansion géographique et d’appropriation territoriale existe depuis la plus haute Antiquité, il concerne chaque continent. Il fut le fait marquant de l’Europe dominante à partir du Moyen-âge et à la Renaissance, l’économie en fut le principal moteur.

Au prétexte de la diffusion du progrès technoscientifique et des idéaux humanistes de la Révolution de 89, la Troisième République lui donna un coloratur supplémentaire, celui de l’Empire colonial français unificateur et généreux, apparemment différent de celui des Anglais avec leur Commonwealth officiellement respectueux des particularismes, mais néanmoins prédateur et soucieux d’allégeance.

 

Nous connaissons aujourd’hui un renversement des situations et nous voyons des nations anciennement soumises à l’imperium européen, Inde, Chine, Japon, Emirats arabes, s’implanter chez nous (et avoir même le culot, comme le Qatar, de prétendre nous aider à résoudre nos problèmes ; quel cynisme !) ou bien en Afrique noire (Inde, Brésil, Chine, notamment).

Il est évident que l’inversion des règles du jeu est une insupportable offense : elle ne tient aucun compte des fondements de la Morale séculaire.

 

 

 

Conscience

Quoi de plus extravagant qu’un président de la République s’autorise à suggérer, même s’il revient ensuite sur ses propos, qu’un maire pourrait évoquer une clause de conscience pour ne pas appliquer une nouvelle loi ne lui convenant pas, en l’occurrence le mariage pour tous ?

La porte est subrepticement ouverte à toute déviance possible, à la remise en question de la primauté du pouvoir législatif au nom d’une souveraine intimité.

Si son adoption mérite toujours un indispensable débat contradictoire, dans lequel la liberté de conscience trouve nécessairement sa place, une fois votée la loi s’impose à tous, dura lex, sed lex, nul n’est censé l’ignorer. Ce qu’a fait une loi, seule une autre loi peut le défaire.

 

Personne n’est obligé de solliciter un mandat électif, si l’application d’une disposition légale pose problème à l’officier d’état civil qu’est un maire, celui-ci peut toujours démissionner de sa fonction ; le laisser libre d’objecter au nom de ses convictions personnelles serait admettre que l’application de la loi soit soumise en dernier ressort à une morale d’essence religieuse, ce serait donc entériner le délitement du principe d’une république laïque, une et indivisible.

Induire par ce biais une telle controverse nous assimile à ce que certains reprochent aux musulmans intégristes pour lesquels le Coran prévaut sur toute législation civile.

La république et la démocratie sont décidément en peine.

 

 

 

Contagion

Ces malades rancis, racornis, avides de pouvoir personnel, aveuglés, ivres de prétention, totalement dénués de tout bon sens, nous renvoient une effrayante image de nous-mêmes.

Ils ont gouverné, ils gouvernent, ils prétendent pouvoir le faire à nouveau, ils décident et parlent en notre nom, ils trouvent des arrangements entre eux, et nous, inconscients du péril de la contagion, nous nous intéressons à eux, et les commentaires, et les hypothèses, pleuvent à qui mieux-mieux.

La petite monnaie du bavardage, comme dit Baudouin de Bodinat à propos de ce qu’on lit dans le journal, des images de la télé, ou bien des ragots et révélations propres à nous donner de quoi parler sans avoir rien à dire.

Le cas de ces morts vivants est désespéré, nul doute à cela, mais qu’en est-il de nous qui acceptons de nous en remettre à eux ?  

Ne s’agirait-il que de seulement nous prononcer sur le choix de nos dirigeants et d’ensuite nous conformer aux règles qu’ils choisissent ?

Quelle sinistre pantalonnade !

 

Refuser cela avec vigueur, s’opposer aux truquages et aux accommodements, exclure toute idée de moindre mal, signe le dynamisme d’une espérance.

L’espérance de changements à venir, même à très long terme. L’espérance de l’utopie opposée au cynisme mortifère du constat résigné, du pessimisme accablé de ceux qui ne font que remarquer qu’il en a toujours été ainsi.

L’espérance de l’utopie du refus, seul à même de nous éviter de vivre couchés, seul à même de rendre l’art indispensable au maintien de la vie.

 

  

Immobilier

Le Journal du Dimanche nous l’apprend (13/12/2012) :

Courant octobre une église construite en 1950 est mise en vente à Vierzon par l’Archevêché de Bourges. Un agent immobilier est chargé de la recherche d’acquéreurs éventuels. Il a suscité des propositions pour la transformer en commerce, habitation, ou même en un dancing. Une organisation musulmane a manifesté son intérêt pour la transformer en mosquée (elle resterait donc lieu de culte). Emoi immédiat dans le landerneau catholique, une confrérie a aussitôt publié un communiqué intitulé "Non pour une mosquée dans l'église de St Eloi", il s’agirait d’une profanation.

 

Au fait, connaît-on les échos rapportés par la presse d’alors lorsque la grande Mosquée de Cordoue est devenue Cathédrale chrétienne au 13e siècle ?

 

 

 

Nécrologie

Parfois soucieux d’un écho de l’immédiat après comme je l’ai écrit dans mon Carnet de l’indifférence (Gros textes éd., 2005), je consulte de temps à autre les nécros, moins souvent qu’auparavant il est vrai, pour vérifier que je n’y suis toujours pas.

Il fallait que ça arrive, c’est sur Google que je viens de découvrir un surprenant avis de décès à mes nom et prénom.

La surprise initiale passée et lecture attentive faite de la rubrique, j'ai constaté que l’identité de la veuve du susdit ne correspond nullement à celle de la mienne. Il s’agit donc d’un autre moi, d’un doublon en quelque sorte. Curieuse impression que de se trouver confronté à un autre soi dont je n’ai jamais soupçonné la possible existence.

Rien à voir avec Plutarque et Les vies parallèles. Cela ne peut que rendre humble.

 

Ancien mineur, ouvrier métallurgiste, médaillé du travail, ce respectable homonyme est décédé à Vendin-le-Vieil (je ne connais rien de cette commune), le 23 juillet 2012, à l’âge de 74 ans. Des funérailles religieuses ont été célébrées le 26 juillet 2012.

Mis à part le nom et le prénom, rien ne coïncide, ni l’âge, ni le nombre d’enfants, ni la mention d’un frère, ni bien entendu les obsèques religieuses.

Ces incohérences m’ont décidé à poursuivre ma route sans chercher à découvrir où se situe notre commune racine, de toute façon il serait trop tard.

 

 

 

Récurrence

La répétition, la redite, la rengaine, la conformité, tout cela s’institue comme caractéristique majeure du discours politique qui, tel un vieux serpent affamé, se mord la queue et ne trouve que la satisfaction d’un spasme tautologique avant l’extinction finale.

 

Le Proche-Orient, la dette à rembourser, la croissance, la sécurité, l’immigration, l’emploi, l’Europe, l’euro, les banques, les énergies fossiles, l’écologie, le réchauffement climatique, reviennent en permanence. Thèmes sans cesse repris par les mêmes, avec les mêmes mots, dans les mêmes débats. Les invariants font l’alpha et l’oméga.

Jamais n’affleure l’hypothèse d’une alternative, jamais ne sont tentés un détour de la pensée solidement établie sur les autoroutes de raisonnements figés, ni même une modeste escapade équivalent à la traversée d’une pelouse interdite pour tenter une voie et des perspectives nouvelles.

 

Si d’aventure quelqu’un essaie de sortir du bunker des allant de soi et du rabâchage permanent, sa parole est vite étouffée par le bruit ambiant de l’information permanente.

De plus en plus le bruit tient lieu de raisonnement.

Heureux sourdingue suis-je devenu !

 

 

 

Repentance

Le repentir concerne une personne confrontée aux actes qu’elle a commis, il appartient au domaine religieux, donc à usage très spécifique.

Ce n’est que lorsque ce terme s’applique aux corrections apportées par un peintre à son œuvre, qu’il devient digne d’intérêt.

La culpabilité résulte d’un acte délictueux imputable à quelqu’un précisément identifié, c’est une notion juridique applicable à chacun.

Ces deux expressions sont couramment employées de manière interchangeable par les politiques face à l’histoire, surtout depuis qu’un récent Pape a fait acte de repentance au regard de quelques uns des crimes de l’Eglise. Joli coup d’éponge imprégnée d’eau bénite.

 

S’il est bien évident que nous ne saurions nous repentir, ni éprouver de la culpabilité, à propos d’actes auxquels nous n’avons pas pris part, que nous pouvons regretter par ailleurs,  il est non moins clair que nous devrions refuser le détournement de ces termes abusivement employés dans le seul but d’éviter les investigations historiques sérieuses de notre amont.

L’enseignement aussi objectif que possible de l’Histoire résulte du besoin de connaître le plus clairement qu’il se peut les données du passé, de manière à permettre à chacun de se forger un point de vue et d’en tirer des conséquences pour le présent.

 

Commémorations, journées du souvenir, discours et tentatives de réparation (illusion totalement pernicieuse, profondément inopportune), ne servent qu’à brouiller les pistes et à entretenir l’ignorance. Elles procèdent sans nul doute de la stupide notion de péché originel, qui voudrait que nous soyons comptables des actes de nos ancêtres.

 

Trois Pater et deux Ave ne nous dispenseront jamais du devoir de connaissance et de compréhension, pas plus qu’ils ne nous mettront à l’abri du retour des démons.

Dans ses Ecrits sous la potence, me souvient-il, avant d’être fusillé par les nazis Julius Fučík s’exclame Frères humains je vous aimais, veillez !


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7 décembre 2012 5 07 /12 /décembre /2012 15:20

Jean-Claude Dorléans, graphiste inventif, polémiste impénitent, directeur de feu Le Brouillon, mensuel malpoli édité par l’équipe du Garage Laurent, à Forcalquier, auquel je pris une part active dans les années ultimes du siècle dernier, vient de m’envoyer le texte d’une chronique qu’il a diffusée le 27 avril 1997 sur les ondes de Radio Zinzine dans le cadre de l’émission « Un livre, un jour ».

Il m’est apparu que garder ce texte pour moi seul serait du dernier inconvenant. Le voici donc in extenso, assorti seulement de quelques notes de bas de page relatives aux personnages cités.

 

Ça se présente mal

 

C’est un petit livre de 90 pages, à couverture grise, paru à l’automne 96 et qui a pour sous-titre Réflexions sur le peu d’avenir que contient le temps où nous sommes.

Aussi pessimiste que du Cioran, l’humour et la jubilation en moins. Réflexions sur un constat. Parce qu’il suffit de s’arrêter un instant de courir, dans cette fausse fuite en avant, pour réaliser l’étendue du désastre. Je suis tristement convaincu que nombre de nos contemporains, bouffis de certitudes, s’ils voulaient bien prendre le temps de lire ce livre, le taxeraient vite fait bien fait de passéiste. Le Petit Robert, qui ignore ce mot, avance que le passé est le contraire de l’avenir et qu’avoir le culte du passé c’est être conservateur, traditionnaliste.

Soit ! Mais notre actuel présent n’étant rien d’autre que notre futur passé, je ne suis pas certain du tout que le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui soit à l’image des espérances du passé, je suis même sûr du contraire.

D’une manière générale, l’homme est naïf, crédule. La preuve : il vote. Et depuis le début de ce siècle il s’est laissé berner au nom du progrès, des lendemains qui chantent, dans la perspective d’un avenir qui n’avait de sens que pour quelques rapaces avides de faire un maximum de profit à partir de tout et sans états d’âme. Delteil disait : Entre l’hippopotame dans son marigot, le lézard au soleil et l’homme au fond de sa mine, où est le progrès ? Et au nom du progrès encore, on a sorti l’homme de sa mine. Elle ne générait plus assez de profits, la mine. L’homme a pleuré parce qu’il n’avait plus de travail, donc plus d’argent, donc plus de vie. Alors, toujours au nom du progrès on a inventé Tchernobyl. Tchernobyl et La Hague, les pétroliers de cinq cent mille tonnes, les cités-dortoirs et les banlieues défavorisées, l’élevage intensif et le remembrement, les nitrates dans l’eau, les produits cancérigènes et la maladie de Creutzfeldt-Jacob, l’amiante, le sida et les hépatites A, B, C et D par transfusion sanguine, les chômeurs qui deviennent érémistes et ensuite sans domicile fixe ou non, la pollution de l’air, la pollution de l’eau, la pollution de la terre, la bombe A, la bombe H, le napalm, les mines anti-personnel, la déforestation, la désertification des campagnes et le saccage des vallées pour cause d’autoroutes et de TGV, la Bourse, les pétrodollars et les narcodollars, le trafic d’organes, le clonage… et quoi encore ?

Car bien sûr j’en oublie et nous ne sommes pas au bout de nos peines puisque nous entrons dans l’ère de la cyberculture. Cyberculture, mon cul ! Je hais cette époque et elle me le rend bien.

En 1929 René Crevel posait la bonne question : Êtes-vous fous ? Aujourd’hui, la réponse s’impose avec une évidence dramatique. Oui, nous sommes cinglés, et suicidaires de surcroît. Le progrès rend fou, et fou dangereux qui plus est. Nous sommes en train de scier la branche sur laquelle nous sommes assis et comme tous les idiots congénitaux nous affichons un sourire niais de satisfaction. On joue massacre à la tronçonneuse tous les jours, le public est content, il paie et il en redemande. Ah ! Masochisme quand tu nous tiens ! Nous nous sommes nous-mêmes condamnés pour crimes contre l’humanité à l’échelle planétaire, dès lors il n’est pas étonnant que les sectes de toutes obédiences fassent recette.

Du passé faisons table rase. Eh ben, voilà coco, c’est fait ! Seulement, à deux pas du déjà célèbre deuxième millénaire dont on nous rebat les oreilles à chaque fois qu’il s’agit de vanter l’avenir radieux, traînent encore ici et là quelques traces un peu jaunies auxquelles s’accroche un frisson de mélancolie.

Non, vous n’avez pas encore complètement tout effacé, tas d’ignobles salauds progressistes et le recouvrement programmé de la planète à grands coups de béton précontraint laisse apparaître ici ou là quelques débris d’une vie qui se voulait plus humaine mais trop fragile, trop vulnérable. Oh ! Ça ne va pas durer, vos bulldozers veillent et piaffent d’impatience. André Hardellet pouvait encore partir à la recherche de ces territoires en voie de disparition, non pas à la recherche du temps perdu mais du temps suspendu. En fouillant dans sa mémoire et en creusant l’imaginaire, il pouvait dire : Ce qui se trouve derrière moi, sur la ligne temporelle, me paraît aussi se situer dans l’avenir. Je m’en vais vers cela, je le projette dans le futur, comme s’il me fallait attendre encore pour en découvrir la véritable nature et l’aboutissement. Mais ceux qui ont vingt ans aujourd’hui, comme Hardellet en avait vingt en 1931, ceux-là n’auront rien à se mettre sous la dent pour plus tard. Pour eux la nostalgie ne sera forcément plus ce qu’elle était. Comment s’émouvoir au souvenir de cette quincaillerie de supermarket installée dans cet univers de pacotille déjà condamné à disparaître avant même d’avoir été imaginé. Tant pis pour eux, n’est-ce pas, le progrès est en marche et rien ne l’arrêtera. L’avenir de l’humanité vaut bien quelques sacrifices. Tu parles ! Évidemment, le livre de Baudouin de Bodinat ne contient pas l’ombre d’un soupçon de parcelle d’espoir. Il ne propose rien. Il ne dit pas : Il faudrait… Y’a qu’à… Faut qu’on… Si tous les gars du monde…ou pourquoi pas Demain on rase gratis… En résumé, ce n’est pas un programme électoral, seulement un constat. Après l’avoir lu, vous n’avez aucune chance de pouvoir vous dire comme Louis Pons : Ça va bien en ce moment, j’ai le moral qui remonte à zéro. Mais bon, on n’est pas sur terre pour rigoler !

Afin donc de vous inciter à vous rendre dans les meilleurs délais chez votre détaillant pour vous procurer la dose de strychnine nécessaire (plusieurs si vous lisez ce livre en famille), je me propose de vous lire quelques lignes de cet ouvrage chaudement recommandé par Michel Polac et moi-même.

On conviendra que les nouvelles d’aujourd’hui, entendues il y a vingt ans, nous auraient paru un absurde cauchemar, une mauvaise plaisanterie. Le journal de l’année prochaine ne nous semblerait pas moins inepte et déprimant. Nous le lirons pourtant de notre vivant. Lichtenbergdisait sa curiosité de savoir le titre du dernier livre qui serait imprimé. Je crois que personne n’a celle d’assister à l’ultime journal télévisé.

J’ai remarqué aussi combien nous impatiente la lecture des vieux livres. Nous voudrions les avoir lus pour l’espèce de consistance que cela donnerait sûrement à notre cervelle, que nos pensées s’en trouveraient plus nombreuses, nettement formulées et à propos. Mais ces volumes d’histoires surannées, de morales vieillottes et compassées, s’avèrent laborieux, d’une lenteur de résultat exaspérante alors que les événements se précipitent dans un affolement de soldes universels, une excitation de liquidation générale avec des pays entiers passant à l’équarrissoir avant d’être rayés de la carte du monde. On se fait par exemple un devoir d’entendre Montesquieu et son Esprit des lois, mais les heures qu’il faut pour venir à bout de ce fatras d’antiquités se traînent péniblement quand il y a dehors des vaches atteintes de Creutzfeldt-Jacob, des krachs boursiers par satellites, des engouements d’une semaine publiés par haut-parleurs, que des gloires instantanées clignotent dessus le vacarme des villes motorisées, durant qu’on maintient en animation suspendue le cadavre d’une femme enceinte, à tout hasard d’en extraire un fœtus viable et d’en étudier ensuite les bizarreries psychologiques. Un après-midi de congé, on s’assoit avec l’idée de prendre connaissance du Rameau d’or de Frazer, pourquoi pas. On tourne quelques pages avec application et puis l’on bat la campagne : le moyen de rester tranquille avec du thiabendazol dans le foie, apprenant le naufrage au large de nos côtes d’une cargaison de neurotoxiques destinée à l’agriculture sous-développée ; sachant que des ordinateurs spéciaux épluchent le génome humain et programment pour le prochain siècle les besoins de ce cheptel, que des virus sans copyright rôdent autour de nos défenses immunitaires ruinées.

Voici encore ce que je lis dans le journal : un fabricant d’aliments pour bébé retire de la vente sa récente production, l’analyse des compotes faisant état d’une concentration anormalement élevée de pesticides et de fongicides. Certes le nihilisme bourgeois n’est pas une vision tardive, n’est pas une nouveauté sous le soleil : c’est bien avant notre ère qu’un grand propriétaire mélancolisait que tout était vanité, poursuite de vent et folie, et le triste Khayamaprès lui, qui avait le vin rationnel. Mais il n’est pas égal, quoi qu’en disent les apologistes, de méditer ces mots à l’ombre d’une ziggourat ; ou que ce soit au volant de son automobile, apercevant depuis l’autoroute les tours de refroidissement d’une centrale nucléaire bâtie sur une faille sismique.

Voilà ce que j’ai pensé en me réveillant : chaque matin nous reprenons conscience dans un monde un peu plus étroit et confiné qu’il n’était la veille : les horizons se sont rapprochés et nous éprouvons que leur confusion se referme sur nous ; la voûte du ciel s’en est un peu plus solidifiée d’oxyde de carbone, de couloirs aériens, d’ondes hertziennes. Chaque matin la sonnerie du réveil nous ramène dans l’air irrespirable de ces pensées jamais renouvelées et ouvrant la fenêtre nous retrouvons le monde encore appesanti de magasins géants avec leurs parkings, de sorties d’autoroutes, de banques de données, d’ordures ménagères imputrescibles ; un peu plus encombré de télécopieurs, de caméras de surveillance, de guichets automatiques qui nous tutoient, de chaînes de télévision spécialisées, de fongicides mutagènes, de métaux lourds, d’herpès, de cancers du sein, d’hémorragies intestinales ; chaque matin nous ressuscitons à un monde taché de mazout qui perd ses arbres et se dessèche, où la nature sénile et délabrée égare ses typhons dans les zones tempérées, où les charters du tourisme de masse mettent en loques l’ozone stratosphérique, où des instituts stratégiques de prévision préparent la mise en exploitation de la Sibérie et du Canada grâce au réchauffement de la Terre, où des chalutiers informatisés se disputent, parmi les plastiques et toutes les merdes flottantes de l’avenir moderne réalisé, les derniers thons rouges dénoncés par des satellites d’observation.

Chaque matin nous nous réveillons dans un monde que la plupart n’ont jamais connu autrement que par ces jours sans lointains, sans l’espace terrestre devant eux pour une longue suite d’années où rien n’était inscrit encore ; que par ces jours où les générations futures débarquent constamment sans attendre que les anciennes aient laissé la place, parce qu’il n’y a plus d’avenir, de lendemains de l’humanité, et qu’il faut bien mettre tous ces gens quelque part.

Voici ce que j’ai vu d’autre : à la frange des villes il y a toujours de ces quartiers aigres et maladifs où il semble que la vie pousse en désordre, inutile, dénudée et bizarre comme dans ces terrains vagues tout mélangés d’ordures. Et chaque fois au gré de cette promenade rencontre-t-on, abandonné aux saletés et aux excréments du trottoir, un matelas qui exhibe au grand jour le mystère de sa face anonyme souillée d’écoulements. Et qui se dresse alors je ne sais comment devant les yeux de mon imagination comme L’authentique saint suaire de Turin de nos vies honteuses et bafouées.

JCD

 

 

Baudouin de Bodinat – La vie sur terre – L’Encyclopédie des nuisances éd. 1996, réédité en 2008, disponible en librairie

Joseph Delteil – 1894-1978 – poète écrivain

René Crevel -1900-1935 – écrivain dadaïste, puis surréaliste

André Hardellet – 1911-1974 – poète et romancier

Baudouin de Bodinat – vraisemblablement pseudonyme d’un philosophe et essayiste contemporain

Louis Pons – artiste singulier, dessinateur et écrivain contemporain

Frazer – 1854-1941 – anthropologue écossais

Omar Khayyâm – 1048-1131 - poète persan, mathématicien, astronome  

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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 19:55

Serge Plagnol m’a signalé la sortie toute récente en librairie de deux courts textes d’André Chastel, célèbre historien de l’art disparu en 1990.

Lecture faite, ils méritent le détour pour qui s’intéresse de près à l’art.

- L’Italie, musée des musées (inédit) éd. Liana Lévi, 61 p., 5 € ;

 

- Le tableau dans le tableau (reprise de deux études publiées en 1978) Flammarion éd., 100 p., 24 ill. n & b, 8 ill. couleur, 10 €.

 A partir d’une réflexion sur les différences entre la possession privée et secrète, celle du collectionneur conservant précieusement son trésor personnel, et la possession publique des œuvres qui abondent aussi bien dans les églises ou les palais que partout dans les villes et bourgades d’Italie, le premier de ces textes examine avec pertinence ce qui fait de l’Italie « le lieu par excellence du musée naturel » et lui confère le « privilège historique de la continuité ». C’est en Italie que « le soin mis au décor des cités … (conduisit) à traiter l’organisation urbaine comme une œuvre d’art » en permettant que la collection privée finisse par s’emboiter de manière exemplaire dans des édifices remarquables transformés en musées  au sein de chaque cité.

 

Il est assorti d’un bel hommage au précurseur des historiens de l’Art, Giorgio Vasari.

 Le second ouvrage traite dans sa première partie du passage de la consécration du réel à la subjectivisation radicale de la peinture.

A partir de la pré-Renaissance apparaissent les motifs récurrents du miroir, de la fenêtre ouverte et du tableau dans le tableau, commentaire de l’œuvre qui va évoluer peu à peu vers un éloge de l’art lui-même. Ceci nous amène à réfléchir sur la relation entre le réel et l’illusion dans la peinture, moyen employé par celle-ci pour proclamer sa souveraineté. Un point culminant est atteint avec L’Enseigne de Gersaint de Watteau, où le monde véritable puise sa grâce de la peinture. Au fil du temps s’instaure une « réfraction poétique » de la nature, voire de la peinture elle-même, notamment avec Van Gogh ou Gauguin, chez qui parfois « le tableau naît du tableau-dans-le-tableau ». Progressivement « le peintre se préoccupe moins de ce qu’il peint […] que du tableau même qu’il peint. »

Si je pense donc je suis (cogito ergo sum) caractérise l’écrivain, je représente donc je suis (fingo ergo sum) définit l’artiste.

La deuxième partie de l’ouvrage est consacrée au « rôle de la figure dans l’encadrement de la porte », plus particulièrement chez Velásquez qui « sécularise le merveilleux. » Les Ménines sont à l’évidence une somme picturale qui totalise les moyens et les motifs de la peinture et constituent l’aboutissement de l’art de Velásquez. Suit une intéressante réflexion sur les différences entre les flamands et les italiens dans leur manière d’exploiter les percées du décor.

Ces deux ouvrages ont le grand mérite d’illustrer ce que signifie l’apprentissage du regard pour tout amateur épris de peinture.

 

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18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 16:41

Denis Sieffert-Michel Soudais – Mélenchon et les médias – Politis éd., 2012 (90 p., 8 €)

 

Une réflexion dans le sillage de l’étude que Pierre Bourdieu a consacrée à la télévision en 1996.

 

La relation tumultueuse de Jean-Luc Mélenchon avec les médias sert de trame à un examen des conditions dans lesquelles la presse rend compte de la vie politique. Des exemples précis ponctuent l’examen des déformations coutumières à la pratique des journalistes, pas nécessairement malveillants a priori mais néanmoins producteurs d’idéologie.

Les « lunettes » qu’ils chaussent, l’angle sous lequel ils présentent les faits et les situations, sont souvent plus nocives qu’une simple volonté de nuire. Le formatage des journaux télévisés est exemplaire à ce sujet. La violence symbolique du système médiatique impose le primat de l’idéologie dominante, ce qui permet aux auteurs d’affirmer que « si Sarkozy a été battu, son discours (notamment sur le plan économique) n’a pas été anéanti. »

 

L’information est modélisée par la pub, les médias passent leur temps à exploiter les filons qui leur paraissent intéressants du point de vue de l’audience. Aucun souci de structurer les discussions n’est perceptible, les dirigeants politiques sont d’accord sur le fond des choses, et les médias avec eux, puisque dépendants de patrons de groupes industriels et financiers. Le consommateur est ciblé, bien plus que le citoyen.

« La limitation du temps (à la télévision) impose au discours des contraintes telles qu’il est peu probable que quelque chose puisse se dire » (Bourdieu). Il est clair que l’urgence imposée ne permet pas l’expression d’une pensée nuancée.

Faits divers et faits de société sont constamment confondus, ce qui interdit toute réflexion sociale et politique sérieuse. La question est alors licite de s’interroger sur le rôle de maintien du statu quo politique et social dévolu aux journalistes par les groupes de presse.

 

Dans sa grande majorité la presse écrite – principaux hebdomadaires et quotidiens - se soucie avant tout de la traduction politique d’un consensus social ignorant la violence imposée en permanence aux salariés, aux exclus, aux immigrés. Mélenchon avec sa propension à vilipender les journalistes et sa volonté de se référer à des temps forts de l’histoire cristallise naturellement les critiques de l’ensemble des éditorialistes en vogue, prompts à signaler ses sorties de piste. Bel exemple de ce que Bourdieu appelait « cacher en montrant » : l’anecdote érigée en élément principal d’information, l’amalgame ou l’insinuation, permettent le mensonge par omission sur le fonctionnement des systèmes en place. La soi-disant « neutralité » du journaliste masque alors sa complicité, sinon sa mauvaise foi.

 

Derrière la bataille politique s'en profile nécessairement une contre un système médiatique qui promeut en permanence une voie imposée par le groupe dominant (économie, Europe). Les éditorialistes multi médias, les chroniqueurs que l’on voit et entend partout, ne sont en fait que les commerciaux de la doxa libérale.

 

Le véritable journalisme ne peut être que d’opinion, une presse alternative forte est indispensable. On ne peut que plaider pour son émergence au grand jour et le développement de son audience.

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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 14:58

Auteurs

 

Rentrée littéraire, comme il est d’usage. A chaque fois les mêmes niaiseries, les mêmes faux semblants, les inutiles transes des pacotilles mondaines.

Cette année, rentrée littéraire ou pas, prix ou pas, trois bouquins à lire toute affaire cessante, trois livres d’écrivains authentiques, trois fortes approches de l’incontrôlable foisonnement de l’existence :

- Jérôme Ferrari, Le sermon sur la chute de Rome, la tragédie grecque réinventée sur fond de mastroquet corse ;

- Patrick Deville, Peste et choléra, la fabuleuse épopée d’Alexandre Yersin savant et aventurier, insatiable découvreur lié à la saga des Galilée pastoriens ;

- Olivier Adam, Les lisières, une exploration terriblement lucide et décapante des lignes de partage de notre monde.

 

 

 

Basta !

 

Le bla-bla, les défilés, les marchés, les agences de notation, le FMI, l’OMC, les lois sécuritaires, l’identité nationale, les mesures anti-tabac, la Ligue contre le cancer, les journées de solidarité, les partis, les syndicats, la journée de la femme, Emmaüs, le droit de vote ou pas, les restos du cœur, la Croixrouge, l’immigration, la compétitivité, le Secours catholique, la crise, la dette à rembourser, l’Euro, l’Armée du salut, les pétitions et le reste, tout ça se mord la queue, ne sert strictement à rien, sinon à dissimuler, à planquer les ordures sous le tapis de mensonges, à permettre de différer, de parler d’autre chose, de ne rien faire, d’attendre, de faire semblant d’espérer qu’un jour…, et conduit à ne plus croire à rien, à laisser tomber, à ne rien désirer changer, à se résigner.

 

 

 

Bouffonnerie

 

« Marseille-Provence capitale européenne de la culture 2013 », l’échéance approche et le projet ne cesse pas hélas de s’apparenter à une vaste bouffonnerie.

Le Maire et ses équipes, bientôt au terme d’un troisième mandat, n’ont jamais manifesté d’intérêt pour la vie culturelle d’une ville qui pourtant abonde de ressources. Pour eux, la culture c’est l’OM, puis l’OM et encore l’OM…

Et pourtant, la vie associative est considérable, totalement dénuée de moyens matériels ou financiers, elle ne cesse de proposer quantité d’événements.

 

Alors que les musées sont en léthargie permanente depuis plus de quinze ans, que la Friche de la Belle de Mai demeure difficilement accessible, que le festival de danse contemporaine (exceptionnellement soutenu, il est vrai, par le Maire) est bien peu médiatisé et ne parvient pas à se trouver un lieu stable, le manque de soutien officiel à la création, l’absence d’ambition et de vision à long terme, n’empêchent nullement les initiatives. Concerts, expositions, mini festivals de cinéma, ateliers chorégraphiques, rencontres et salons littéraires se succèdent à haut rythme toute l’année. Ils galèrent mais ils parviennent à se maintenir.

Des gisements considérables d’énergies diverses existent, dans tous les domaines. Cependant aucun élu ne manifeste un réel intérêt pour l’expression artistique, comment s’étonner des sourires las et de l’absence mobilisation pour l’aventure de 2013 ?

Un festival off semble se préparer activement, résolu à investir des lieux souvent délaissés et à préparer des irruptions en des endroits notables. Gageons que s’il réussit en quelques occasions, les officiels ne manqueront pas d’arborer ces succès au revers de leur tunique.

Des chantiers sont ouverts partout, on édifie avec quelque hâte des équipements, on tente d’aménager et de rénover, très bien, mais pour quel avenir, avec quelle vision ? S’agit-il d’autre chose que de la construction de décors ? Les ordures, les bagnoles partout, on s’en fout, le gâchis est immense, la ville dérive à l’abandon depuis trop longtemps.

 

Marseille-Provence s’intitule officiellement la manifestation. Illusion totale, il s’agit en fait de tentatives d’animation de trois pôles, Aix, Marseille et Arles, Toulon s’est désengagé depuis plusieurs mois. Outre l’absence de moyens de communication aisés pour se rendre de l’une à l’autre, les rivalités anciennes entre ces villes et leurs satellites sont loin d’être éteintes. Le territoire métropolitain n’existe pas, ce n’est encore qu’un agrégat artificiel. Le jeu collectif demeure ici totalement inconnu.

 

Quel bonheur ce serait d’être démenti et de devoir faire amende honorable…

 

 

 

Citoyenneté

 

« Tout homme né et domicilié en France, âgé de vingt et un ans accomplis ; tout étranger âgé de vingt et un ans accomplis, qui, domicilié en France depuis une année, - y vit de son travail – ou acquiert une propriété – ou épouse une Française – ou adopte un enfant – ou nourrit un vieillard ; tout étranger enfin, qui sera jugé par le Corps législatif avoir bien mérité de l’humanité – est admis à l’exercice des droits de citoyen français. » (article 4 de la Constitution de 1793)

 

 

 

Cumul des mandats

 

A propos de la réélection des constituants dans la future Assemblée législative, discours de Robespierre le 13 mai 1791 :

« Concevez-vous quelle autorité imposante donnerait à votre Constitution le sacrifice prononcé par vous-mêmes des plus grands honneurs auxquels vos concitoyens puissent vous appeler ? […] Nous n’avons ni le droit ni la présomption de penser qu’une nation de 25 millions d’hommes, libre et éclairée, est réduite à l’impuissance de trouver facilement 720 défenseurs qui nous vaillent. »

 

 

 

Droit de vote (à propos)

 

Le droit de vote est accordé à tout citoyen à partir de 18 ans révolus, l’éligibilité est fixée à 23 ou 30 ans selon la nature du mandat sollicité.

Si une limite basse se justifie, comment se fait-il que jamais personne n’ait évoqué l’absolue nécessité d’une limite haute ?

Il est un âge où on ne devrait plus avoir le droit d’engager un futur que l’on est quasi certain de ne jamais connaitre.

Il est un âge où le respect le plus élémentaire de nos successeurs et l’indispensable pudeur au regard de ce que nous leur léguons devraient commander de ne s’en remettre qu’à eux pour ce qui engage leur avenir. Il est un âge où l’on ne peut qu’être disqualifié, même si on a parfaitement le droit (et le devoir) de continuer à s’exprimer.

Qui aura le courage de le dire, qui aura le courage de poser la borne du droit de vote comme de l’éligibilité, 70, 75 ans (grand maximum) ?

 

 

 

L’Impossible

 

L’Impossible est un mensuel lancé en mars 2012, le n°8 est paru en octobre. De mois en mois il s’affirme, de mois en mois il confirme son intérêt. On le trouve en kiosques et dans un certain nombre de librairies. Il sera bientôt vendu à la criée, le soir, à Paris.

L’équipe qui l’anime s’efforce de réaliser un magazine intelligent, engagé dans le débat d’idées, se refusant au conformisme et aux allant de soi.

Il s’agit d’un périodique se démarquant des bavardages, pseudo révélations et radotages des échotiers habituels.

Y aller voir vaut le détour : www.limpossible.fr/  

 

 

 

Moindre mal

 

La règle du jeu pour qui considère le moindre mal comme un critère de choix politique : Pile, je gagne ; face, tu perds.

- Oui, et alors ?

- S’abstenir de jouer à ce jeu serait vraiment un moindre mal

 

 

 

[1] Cité par Eric Hazan, Une Histoire de la Révolution française – Ed. La fabrique, 2012 (cf. Brèves 5)

Idem

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4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 19:00

L'espace paysage si présent dans la peinture de Pompéi disparaît au Moyen-âge au profit de la figure humaine, centre du monde. Réapparition à la Renaissance avec les grandes découvertes et l'invention technique de la perspective. Remise en question (Cubisme, espace frontal de Fernand Léger) au XXe siècle avec la perte des certitudes et la multiplicité des regards.

La lumière et la couleur sont l’une et l’autre espace et profondeur. La peinture, qui représente souvent l'expérience que nous avons des choses, nous fait comprendre comment les choses se dévoilent à nous. Ce sont des jeux de rapports d'espaces et de couleurs qui nous donnent à voir à une certaine distance. Cette distance peut être choisie par le peintre, mais aussi par le spectateur lui-même.

Chez Matisse la ligne ne décrit pas le visible, elle le rend visible.

 

 

 

 

Picasso s'empare de la langue, de l'expression, de la culture de l'autre, pour comprendre puis créer du nouveau, pour rebondir sans cesse. Laborieux, sa vie durant il est parti d'esquisses, de dessins, pour asseoir ses découvertes, ses coups d'audace. En feuilletant ses carnets, nous passons de la démarche la plus traditionnelle, parfois naïve et de peu d'intérêt, à une création fulgurante. Variations et approfondissements sur un même thème, en quelques sketches, puis passage brutal à autre chose.

Cela était vrai pour lui à 50, 60 ou 70 ans... Humilité du génie qui sans cesse puise en ses origines.

 

 

 

 

La réalité c'est le flou, l'apparence. Le réalisme s'oppose au vérisme, qui tend à décrire ce que l'on sait et non pas ce qu'on perçoit.

La précision d'un fait ou d'un personnage ne peut être que légendaire.

Le tableau s'offre immédiatement au regard.

Cette immédiateté de la peinture la rend d’abord hermétique. En effet, entièrement présent d'un coup, le tableau peut laisser croire qu'il n'est rien d'autre que ce qu’il est.

Voilà pourquoi on n'en finit jamais avec la peinture.

Il peut arriver que le tableau ne soit que peint.

 

 

 

 

L'homme bien mis avec son chapeau melon marche dans sa tête. Sage très sage, il applique laborieusement les procédés de la peinture à la confection de ses images. Il représente avec une application faussement naïve les dérives de l'esprit. Si sa facture n'est pas exempte de maladresse, son propos est fulgurant. Voilà pourquoi cette imagerie tient aussi bien et frappe aussi fort.

La clarté évidente de la lecture ouvre sur des perspectives impensables : l'oiseau est tout entier un morceau de ciel ; les amoureux s'étreignent sans se voir, leurs visages sont masqués ; le fusil blessé dégouline du sang qu'il a répandu ; le peintre crée une figure féminine qui lui ressemble et ne tient que par son pinceau ; le paysage est dans le tableau qui est lui-même le paysage...

Magritte ferme toutes les portes à mesure qu'il les ouvre. Son travail est tellement abouti qu'aucune succession n'est possible. Il est allé au bout du chemin qu'il a inventé et exploré. Comparable en cela à Picasso.

 

 

 

 

Le Ministère des Finances, à Bercy, se présente comme une architecture digne de Louis le Magnifique. Dans la grande galerie du bâtiment A - sans doute celui des chefs -, de grands panneaux fixés au mur : Titus Carmel, Rebeyrolle, Alechinsky, Matta ... C'est très clean. Des  œuvres chloroformées, des décors sans vie, une galerie de glace. Que signifient ces présences, ici ?

A la Défense, entre la tour Coface et le Sofitel, des sculptures : Bernard Venet, etc.

C'est froid, c'est voulu, c'est bien élevé. C'est posé comme des bibelots, dans un monde minéral. Même le végétal est aseptisé, irréel, non crédible. Dans ce décor si construit ne sont que des objets rendus ridicules, comme du persil dans les naseaux d'une tête de veau.

Par contre, Calder et Miro sur la grande dalle, c'est autre chose. Des provocations toniques qui jurent et qui claquent.

 

 

 

 

La pratique de l’art invite à un effort conscient pour ne pas donner son consentement à l'ordre du monde tel qu’il apparaît, pour ne pas se résigner à la passivité intellectuelle et morale commune.

Pour véritablement apprécier la peinture, connaître le peintre. Chaque toile devient un jalon sur un parcours identifié. Une œuvre isolée a peu de signification. Pour le peintre vivant, la fréquentation de son travail ; pour le peintre du passé, la fréquentation de l'ensemble de ses traces, comme de son milieu.

L'art abstrait libère la peinture du langage. On ne peut plus dire à l'occasion d'un tableau c'est ceci ou c'est cela. L'art abstrait produit une réalité intérieure souvent difficile à verbaliser.

Peinture figurative ou abstraite ? Distinction pas toujours pertinente, bien des formes de la nature, arbres, paysages, lignes, volumes, existent sans pouvoir être précisément nommées.

Pour avancer, pour trouver, le véritable artiste recommence inlassablement, il creuse. A ce prix il peut parfois dépasser et ouvrir un champ nouveau. Le pasticheur ne dépasse jamais.

Il suffit d'avoir du talent pour se dire artiste. Etre un artiste exige de dominer son talent.

 

 

 

 

L'art ne va pas de soi, c’est évident. La vie non plus.

C’est parce que l'art exige un effort conscient et patient pour se déprendre des logiciels culturels grâce auxquels somnole l'unanimisme des non pensants, qu’il permet de ne pas donner un consentement benêt à l'ordre du monde.

Mais l'art peut aussi bien exercer un pouvoir d'intimidation, comme la vie. Dans ce cas, les jugements se forgent essentiellement à partir d'une classification des origines et des espèces. La pensée utilise ce faisant les prothèses figées d’un référentiel communément admis pour s'autoriser une illusion de fonctionnement et s’abuser elle-même.

 

 

 

 

Au réveil, ce matin, le soleil levant illumine la colline de Collioure face à l’hôtel, quelques brefs instants. Des plages de verts différents, de bruns roses. Ce que les Fauves ont vu, je le vois. Il n’y a aucun doute possible. Je suis dans le tableau.

Fin de journée, la lune se lève, rose orangée. Le ciel est d’un bleu profond. Accord merveilleux des teintes. Le château des Rois de Majorque découpe ses pierres noires et gris clair sur le vert perlé de la colline.

 

 

 

 

Saint-Michel de Cuxa, Serrabone, Elne, une visite de la sculpture romane catalane. De l’imaginaire inspiré de l’Orient (les lions valant pour les chevaux, lions ailés de Persépolis) à la description de scènes quotidiennes, le gothique apparaissant à Elne.

L’imaginaire roman avec ses bêtes fantastiques et ses scènes effrayantes sur fond de peurs millénaristes, préfigure nos horreurs et nos fictions hallucinées. On brûlait alors les méchants dans des chaudrons ou sur des bûchers, aujourd’hui les fours crématoires ou les lances flammes sont plus efficaces que les langues de feu des dragons.

 

 

 

 

Les toiles que je connaissais me semblaient laides, je les évitais. Otto Dix m’apparaît désormais comme un artiste majeur, traversé, transpercé par son temps. Réagissant à vif, insoumis, dénonciateur de tout ce qui abîme l’homme. Souvent prémonitoire (cette toile de 1920 avec un collage de journal Juden Raus), il pointe le côté mortifère de l’existence. Toujours les mêmes thèmes, mais (comble du désespoir ?) avec des habillages différents : Job, 1946 ; Crucifixion, 1962 ; Les souffrances du Christ, 1964.

Il est décédé en 1969.

 

 

 

 

Londres, National Gallery. La bataille de San Romano, ombres et lumières en aplats, feuillages et fruits (le Douanier Rousseau...), lances brisées à terre (Mondrian). Quantité de détails préfigurent des techniques ou des regards de notre époque. Une intense poésie sourd avec puissance de l'ensemble, cette œuvre bloque le regard, mobilise totalement l'esprit. Nous sommes à la jonction du gothique et du contemporain. Avec lui, nous sommes aujourd'hui quelque part entre 1430 et 1440.

Paolo Uccello est l'un de ces visionnaires dont parfois accouche l'histoire de la peinture ou de la pensée.

 

 

 

 

A la Galerie Borghèse, portrait de Pauline Bonaparte. Le matelas est étonnant de vérité. La femme dévêtue n'est qu'une statue en marbre.

Du savon ! Canova ne devait pas s'intéresser beaucoup à la belle Pauline.

 

 

 

 

Comme la culture Mc. Donald, l'art officiel actuel est incontournable. Au musée d'art moderne de Rome il est insupportable.

Dans la première partie du musée, le futurisme. Dépassé, obsolète. Compte rendu de l'emploi de techniques aujourd'hui totalement assimilées, voire tombées dans l'oubli comme le machinisme mécanique, qui n’est que reportages au seul niveau de l'événement (contrairement à Fernand Léger, qui témoigne de l'état du monde). Œuvres aujourd'hui ringardes.

Années 60 et suivantes : les nouveaux matériaux (plastique, vidéo, peintures industrielles...), ça ne décolle pas, ça ne troue pas le temps. Simple emploi d'autres médiums pour dire autrement la même chose. Pas de discours sur le monde, pas de sens ajouté, de l'anecdote techniciste.

Arte povera, conceptuel, trans avant-garde, rien qu'un regard sur soi-même. Pas de propos sur l'homme, pas de projection sur l'avenir, pas d'ancrage sérieux.

A nouveau, l'une des nombreuses boites de Marcel Duchamp. A en voir trop, partout, elles deviennent irregardables.

Une rupture pour engendrer quoi ? Ennui.

 

 

 

 

Importance de l’objet livre. Le livre ne saurait se réduire au texte ; il est avant tout un support matériel chargé de sens. Le livre est à la fois un objet marchand, un objet d’art, d’artisanat ou d’industrie et un objet de culture, combustible de la pensée.

L’expression livre d’artiste est-elle judicieuse ? Texte ou pas texte ? Ne conviendrait-il pas mieux de parler d’édition singulière, hors des circuits traditionnels ? De quoi s’agit-il ? Utiliser la tradition (gravure, typographie, illustration, au service de l’actuel) ; procéder à un jeu créatif propice au renouvellement, au moins à une évolution (sinon simple artisanat d’art reproductif) ; privilégier l’amont (choix des matières, des papiers) ; proférer autrement quelques mots, des phrases, un texte, pour permettre un regard différent, un arrêt réflexif et émotionnel ; concevoir des écrins pour abriter l’invraisemblable et le rendre vraisemblable puisque existant ?

Tout cela par amour des textes, de l’expression graphique, des supports et des matières. Tout cela pour se situer dans le Faire.

A propos des livres objets : ne pas créer un objet, mais bâtir un livre. Je n’ai jamais réalisé de livres objets. Ça n’a pas de sens ça ! (Odette Ducare, compagne de Robert Morel).

Le retable de l’agneau mystique des frères Van Eyck exemple de livre objet.

 

 

 

 

La musique envahit l’espace, elle diffuse.

La musique est d’abord à vivre au moment, elle génère des émotions instantanées et bouleverse comme la parole. Fugace, elle impose des traces durables. Le vin se contemple et se hume autant qu’il se déguste. La musique se regarde autant qu’elle s’écoute. Incomparable plaisir des sens. Gastronomie de la musique

Plaisir intense des gestes à saisir. Gestes subtils du chef, mouvements des exécutants,  interprètes, chanteurs et choristes. Gestes et postures soulignent les intentions, illustrent une partition seconde, écrivent un paysage sonore. La mise en scène de la musique s’apparente à la mise en page d’un texte : qualité du papier ou du lieu ; composition et mise en place des interprètes ; choix des caractères et tenues vestimentaires ; mimiques ou illustrations, vignettes ou soli. D’une édition à l’autre, d’un concert à l’autre, des variantes à repérer, à humer, à apprécier, à palper.

Musique, peinture, lecture, dégustation, des affaires corporelles. S’immerger dans la musique et se mettre l’ouïe en joie, j’ouïr. La musique est essentielle.

En conserve, elle perd beaucoup de son charme, elle n’est plus qu’à écouter.

 

 

 

 

L’artiste se doit-il de laisser une trace ? Inscrire une œuvre dans le granit, travailler à l’horizon de quelques générations, ou bien se satisfaire du fugace ? Questions posées non seulement par rapport aux matériaux, pigments et supports utilisés, mais aussi pour ce qui touche aux émotions et aux témoignages. Y a-t-il quelque chose à transmettre, un travail, des interrogations, une démarche ? Palpitation ressentie à la vue d’un travail ancien, quelqu’un s’est exprimé ; nous le considérons aujourd’hui et nous tentons de nous situer grâce à lui. Sentiment d’être au monde, élément d’une chaîne multiple indénombrable.

Pour tenir, les pigments requièrent un liant fixatif, œuf, miel, cire, colle ou vernis protecteur. La chimie fait évoluer des composants dont on ne sait ce qu’ils peuvent devenir, ni comment ils peuvent faire évoluer le travail initial ; jusqu’où prévoir, jusqu’où se préoccuper ? Entretenir, comment, pourquoi ?

L’art aujourd’hui tend à ne considérer que l’événement, le temporaire, l’éphémère. L’ignorance de l’amont disqualifie l’aval, le choix des matériaux relève alors de l’actualité. Nous vivons une époque factuelle, mémoire et repères délités.

 

 

 

 

Au 17è siècle, le siècle d’or hollandais, la Réforme a sorti les bondieuseries de la peinture et des églises. Elle a fait entrer dans la peinture l’ordre et la discipline, le quotidien des paysages, des scènes d’intérieur et des travaux ménagers, ainsi que l’austère célébration des biens matériels et de la réussite sociale.

 

 

 

 

1435, Alberti écrit son traité De pictura. Il s’interroge sur l’origine de la peinture. Selon la tradition issue de Pline l’Ancien la peinture serait inscrite dans un passé ante-historique. Les tout premiers « peintres » auraient circonscrit les ombres portées dues au soleil. « J’ai pris l’habitude de dire à mes proches que l’inventeur de la peinture … fut ce Narcisse qui se vit changé en fleur, car si la peinture est bien la fleur de tous les arts, alors c’est toute la fable de Narcisse qui viendra merveilleusement à propos. Qu’est-ce donc que peindre, sinon embrasser avec art la surface d’une fontaine ? »

La peinture art floral, fleur des arts.

 

 

 

 

L’art est italien, la Toscane en est le berceau, ses paysages en sont les langes.

L’art fleurit en Italie, depuis l’Antiquité. Sans discontinuer. Tous les arts. Chaque ville, chaque village, chaque pierre, arbres, collines, ciels et légèreté de l’air, sont occasions d’art. Lorsqu’elle survient la pluie ravive les couleurs, de tout temps. Elégance et finesse, mariage subtil de la nature et de l’architecture. Intelligence et délicatesse à profusion.

Respect du patrimoine. Regards sur soi. Transmission.

Décérébré l’homme sans mémoire.

Sensible, l’Italie apporte bonheur et aisance. Partout elle se souvient.

 

 

 

 

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4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 18:49

Une fois de plus, peut-être la dernière avant longtemps, une tentative de prise de parole à propos du marasme politique qui se perpétue.

 

Réagir à ce qui se passe semble de plus en plus vain, voire totalement inutile, tant l’apathie  est manifeste, même si ça et là quelques timides réactions se dessinent.

Répéter ne sert à rien, montrer du doigt non plus puisque seul le doigt suscite l’intérêt.

Que faudrait-il pour que s’ouvrent les yeux, qu’entendent les oreilles et que se délient les langues ?

Que les limites de l’insupportable ne cessent de reculer ne rend pas illusoire le risque d’explosion, d’autant plus grave qu’elle aura tardé.

Même si son attentisme n’a rien de surprenant, qu’espère ce gouvernement avec ses atermoiements et ses incohérences ?

 

*

* *

 

Ce qui se passe à Notre-Dame-des-Landes est la marque de la très mauvaise conduite d’un projet fortement contesté :

- saccage d’une zone naturelle sensible pour l’installation d’un aéroport dont la justification économique est tout sauf démontrée ;

- entêtement forcené du gouvernement et complaisance funeste des écologistes devenus ministres partenaires ;

- ordres donnés aux forces de répression policière de pourchasser des citoyens exerçant pacifiquement un droit élémentaire de protestation ;

- situation de blocage liée au refus délibéré de toute discussion au prétexte que les décisions prises seraient irrévocables.

Nous assistons à la mise au rencart de tout espoir de concertation, modalité de rapports sociaux cependant érigée en principe majeur lors de la campagne présidentielle.

Comment ne pas évoquer, très redoutable parallèle, le souvenir des luttes menées à partir de 1971 contre l’implantation d’un camp militaire au Larzac, auxquelles un Président dit socialiste a su mettre heureusement fin en 1981 ?

 

Comment ne pas s’insurger contre la timidité des réformes fiscales destinées à taxer les revenus des capitaux au même titre que ceux du travail ? A quand la mise en chantier de l’indispensable remise à plat de la fiscalité ? Où sont passées les proclamations du candidat en campagne ?

 

Comment ne pas s’insurger alors que des grands patrons mènent ouvertement la Fronde contre un gouvernement qu’ils intimident par un ultimatum et comment admettre que la notion aberrante d’un coût excessif du travail soit relayée par les ministres eux-mêmes, sans que le coût incontrôlé de la rétribution du capital soit jamais remis en cause ? La rétribution normale du travail est depuis longtemps jugée trop élevée, non seulement par la droite mais aussi par la gauche dite socialiste, alors que la répartition des dividendes est admise comme parfaitement justifiée, totalement libre d’affectation.

Le gouvernement se tire une balle dans le pied en montant le cheval de bataille de la droite et de la mauvaise foi patronale lorsqu’il accepte d’alimenter le débat sur la compétitivité des entreprises : les revenus du capital ne contribuent qu’à hauteur de 2% aux ressources de la protection sociale ; le coût horaire du travail est peu différent entre la France et l’Allemagne (rapport du Haut Conseil du financement de la protection sociale, remis au Premier Ministre le 31 octobre 2012 – source Médiapart, 4 novembre 2012).

 

Comment ne pas s’insurger du report à une date inconnue de l’interdiction des licenciements boursiers ? Autre point fort de la campagne…

 

Comment ne pas s’insurger contre l’abandon en rase campagne de la renégociation du traité budgétaire européen ? Ce fut pourtant l’un des fleurons de la campagne présidentielle…

 

Comment ne pas s’insurger alors que le Président de la République française manifeste un manque de fermeté dans la nature de ses relations avec le représentant de l’Etat d’Israël, colonialiste, liberticide, délibérément ignorant des résolutions de l’ONU ?

En accompagnant à Toulouse le premier ministre israélien venu se recueillir en un lieu confessionnel où un tragique fait-divers impliquant un tueur musulman français et des victimes juives françaises s’est déroulé cet automne, le Président a transgressé le principe de la laïcité républicaine ainsi que celui de la citoyenneté. Le désir de recueillement d’un citoyen juif étranger à l’égard de coreligionnaires peut se comprendre, mais seulement à titre privé et nullement en tant que Chef d’Etat hôte officiel de la République. 

 

Comment ne pas s’insurger contre la poursuite acharnée de la chasse aux Roms, très loin de résoudre les questions posées et de calmer le jeu de la dénonciation d’un bouc émissaire ? Quand et où une logique strictement répressive est-elle jamais parvenue à imposer sa loi, sinon dans un Etat totalitaire ?

D’un ministre de l’Intérieur à l’autre où se situe la véritable différence ?

 

Comment ne pas s’étonner de l’extradition soudaine en Espagne d’une militante d’un parti autorisé en France et comment ne pas s’interroger sur ce que cela révèle de la poursuite de pratiques antérieures ?

 

Alors que depuis 1981 le PS n’a de cesse de prôner l’élargissement du droit de vote des étrangers aux élections locales, alors que cet engagement a été repris au cours de la campagne électorale, comment ne pas s’insurger du renvoi de son examen aux calendes grecques ? La question mériterait d’être clairement tranchée une fois pour toutes, indépendamment de misérables calculs d’arithmétique parlementaire.

 

Bien sûr quelques avancées existent, bien sûr le climat n’est plus tout à fait le même qu’auparavant, mais cela est très loin de suffire.

Six mois sont déjà passés, le courage de la prise de décisions nettes et tranchées, s’il a été envisagé, n’est pas loin d’être émoussé.

 

*

* *

 

La lecture de l’ouvrage récemment paru d’Eric Hazan Une histoire de la Révolution française (La fabrique 2012) permet de prendre la mesure de l’extraordinaire foisonnement de mesures radicales intervenues en France entre le printemps de 1789 et l’automne de 1791, brève période pendant laquelle les choses se sont accélérées d’autant plus que le Pouvoir où ce qu’il en demeurait tergiversait, sur fond de troubles, d’émeutes et surtout de courage :

1789 - Etats Généraux, création d’une Assemblée Constituante à Versailles, serment du Jeu de Paume, prise de la Bastille, nuit du 4 août, Déclaration des droits ;

1790 – Transfert de la Constituante à Paris, développement d’une presse de libre expression, Constitution civile du clergé, réorganisation administrative et judiciaire (création des départements, cantons et communes ; juges de paix, comparutions immédiates, instauration de jurys, abandon de la torture (la Question), présence obligatoire d’avocats, procès publics) ;

1791 - Chute de la royauté avec la fuite à Varennes.

 

Evidemment toute analogie est sujette à caution, oui l’Histoire ne saurait se répéter, il n’empêche qu’elle suggère des enseignements.

 

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