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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 10:54

Capitaux

La fuite des capitaux est l’un des marronniers de la presse écrite ou orale. Si elle est avérée et aussi répandue que certains l’affirment, comment se fait-il qu’elle existe depuis si longtemps et que rien de sérieux n‘ait jamais été entrepris pour mettre fin à l’existence de paradis fiscaux à nos portes mêmes ? Cette complaisance ne serait-elle qu’un involontaire oubli ou un simple fait de hasard ?

 

Et si la réponse était à chercher dans la confusion devenue totale entre la haute finance et le pouvoir politique, au point que celui-ci soit totalement assujetti à celle-là, comme l’affirment quelques journalistes d’investigation ?

Dès lors pourquoi s’indigner que de grosses fortunes choisissent ouvertement l’exil ?

Evitons de ne dénoncer que quelques privilégiés amoraux qui tirent parti avec le plus parfait cynisme de lacunes soigneusement entretenues par un pouvoir complice.

 

L’obscénité, car obscénité il y a, est aussi très largement du côté de ces échotiers qui sous couvert d’information nous parlent d’abondance de chefs d’entreprise (collectionneurs d’art contemporain ou non), ainsi que de grosses vedettes du show biz, en présentant leur installation en Belgique ou en Suisse comme un fait divers des plus banals, par conséquent des plus admissibles. 

Intervenant à France-Inter après de trop longs instants consacrés à un comédien naguère talentueux devenu méprisable voyou, Philippe Geluck, le papa du Chat, a su apporter l’autre jour le nécessaire contre-point en déclarant qu’après tout l’attrait de la Belgique se révèle très favorable au développement de la fabrication des coffres-forts dans ce pays.

Voilà un bon moyen de relancer l’industrie de l’acier et de contribuer à la lutte contre le chômage en Europe !

 

 

 

Collection

Il est fréquemment question de collection et de collectionneur à l’occasion de telle ou telle exposition médiatisée. Le collectionneur est devenu une figure majeure du jeu de l’art actuel, il se constitue fréquemment en figure de référence quant au « marché ».

 

Posséder des œuvres d’art fait-il de qui les détient un collectionneur ? Je ne le crois pas.

Collectionner suppose un dessein arrêté : constituer un ensemble cohérent, le plus complet et représentatif possible d’un champ déterminé, l’art de telle période, les artistes de telle origine, une thématique précise, tel type d’objets, etc. La collection est un but en soi. Le collectionneur est alors toujours à la recherche de la pièce manquante, celle qui enrichira l’ensemble en le complétant. Il scrute en permanence ce qui fait défaut et mobilise son énergie pour le repérer et le posséder. Il y a du systématisme en lui. Son besoin est de répétition et de complétude.

 

Par opposition, l’amateur est animé avant tout par un désir de jouissance, par ses goûts et ses émotions. Il est beaucoup plus fidèle à ses appétences qu’à la raison, il est avant tout perpétuellement disponible à la surprise de l’inattendu. Il butine. Peu lui importent les manques et les béances, ainsi que la réputation de la pièce acquise. Il n’a pas le souci de construire un ensemble cohérent, peut-être pas même celui d’une collection, qui n’apparaît le plus souvent que comme un résultat d’autant plus surprenant qu’inattendu.

Toutefois, l’amateur peut se trouver réputé collectionneur malgré lui par un entourage mû par le besoin de nommer, de catégoriser, donc de limiter la part d’imprévisible que ce fou furieux totalement déraisonnable porte en lui.

 

 

 

Colonisation

Le phénomène d’expansion géographique et d’appropriation territoriale existe depuis la plus haute Antiquité, il concerne chaque continent. Il fut le fait marquant de l’Europe dominante à partir du Moyen-âge et à la Renaissance, l’économie en fut le principal moteur.

Au prétexte de la diffusion du progrès technoscientifique et des idéaux humanistes de la Révolution de 89, la Troisième République lui donna un coloratur supplémentaire, celui de l’Empire colonial français unificateur et généreux, apparemment différent de celui des Anglais avec leur Commonwealth officiellement respectueux des particularismes, mais néanmoins prédateur et soucieux d’allégeance.

 

Nous connaissons aujourd’hui un renversement des situations et nous voyons des nations anciennement soumises à l’imperium européen, Inde, Chine, Japon, Emirats arabes, s’implanter chez nous (et avoir même le culot, comme le Qatar, de prétendre nous aider à résoudre nos problèmes ; quel cynisme !) ou bien en Afrique noire (Inde, Brésil, Chine, notamment).

Il est évident que l’inversion des règles du jeu est une insupportable offense : elle ne tient aucun compte des fondements de la Morale séculaire.

 

 

 

Conscience

Quoi de plus extravagant qu’un président de la République s’autorise à suggérer, même s’il revient ensuite sur ses propos, qu’un maire pourrait évoquer une clause de conscience pour ne pas appliquer une nouvelle loi ne lui convenant pas, en l’occurrence le mariage pour tous ?

La porte est subrepticement ouverte à toute déviance possible, à la remise en question de la primauté du pouvoir législatif au nom d’une souveraine intimité.

Si son adoption mérite toujours un indispensable débat contradictoire, dans lequel la liberté de conscience trouve nécessairement sa place, une fois votée la loi s’impose à tous, dura lex, sed lex, nul n’est censé l’ignorer. Ce qu’a fait une loi, seule une autre loi peut le défaire.

 

Personne n’est obligé de solliciter un mandat électif, si l’application d’une disposition légale pose problème à l’officier d’état civil qu’est un maire, celui-ci peut toujours démissionner de sa fonction ; le laisser libre d’objecter au nom de ses convictions personnelles serait admettre que l’application de la loi soit soumise en dernier ressort à une morale d’essence religieuse, ce serait donc entériner le délitement du principe d’une république laïque, une et indivisible.

Induire par ce biais une telle controverse nous assimile à ce que certains reprochent aux musulmans intégristes pour lesquels le Coran prévaut sur toute législation civile.

La république et la démocratie sont décidément en peine.

 

 

 

Contagion

Ces malades rancis, racornis, avides de pouvoir personnel, aveuglés, ivres de prétention, totalement dénués de tout bon sens, nous renvoient une effrayante image de nous-mêmes.

Ils ont gouverné, ils gouvernent, ils prétendent pouvoir le faire à nouveau, ils décident et parlent en notre nom, ils trouvent des arrangements entre eux, et nous, inconscients du péril de la contagion, nous nous intéressons à eux, et les commentaires, et les hypothèses, pleuvent à qui mieux-mieux.

La petite monnaie du bavardage, comme dit Baudouin de Bodinat à propos de ce qu’on lit dans le journal, des images de la télé, ou bien des ragots et révélations propres à nous donner de quoi parler sans avoir rien à dire.

Le cas de ces morts vivants est désespéré, nul doute à cela, mais qu’en est-il de nous qui acceptons de nous en remettre à eux ?  

Ne s’agirait-il que de seulement nous prononcer sur le choix de nos dirigeants et d’ensuite nous conformer aux règles qu’ils choisissent ?

Quelle sinistre pantalonnade !

 

Refuser cela avec vigueur, s’opposer aux truquages et aux accommodements, exclure toute idée de moindre mal, signe le dynamisme d’une espérance.

L’espérance de changements à venir, même à très long terme. L’espérance de l’utopie opposée au cynisme mortifère du constat résigné, du pessimisme accablé de ceux qui ne font que remarquer qu’il en a toujours été ainsi.

L’espérance de l’utopie du refus, seul à même de nous éviter de vivre couchés, seul à même de rendre l’art indispensable au maintien de la vie.

 

  

Immobilier

Le Journal du Dimanche nous l’apprend (13/12/2012) :

Courant octobre une église construite en 1950 est mise en vente à Vierzon par l’Archevêché de Bourges. Un agent immobilier est chargé de la recherche d’acquéreurs éventuels. Il a suscité des propositions pour la transformer en commerce, habitation, ou même en un dancing. Une organisation musulmane a manifesté son intérêt pour la transformer en mosquée (elle resterait donc lieu de culte). Emoi immédiat dans le landerneau catholique, une confrérie a aussitôt publié un communiqué intitulé "Non pour une mosquée dans l'église de St Eloi", il s’agirait d’une profanation.

 

Au fait, connaît-on les échos rapportés par la presse d’alors lorsque la grande Mosquée de Cordoue est devenue Cathédrale chrétienne au 13e siècle ?

 

 

 

Nécrologie

Parfois soucieux d’un écho de l’immédiat après comme je l’ai écrit dans mon Carnet de l’indifférence (Gros textes éd., 2005), je consulte de temps à autre les nécros, moins souvent qu’auparavant il est vrai, pour vérifier que je n’y suis toujours pas.

Il fallait que ça arrive, c’est sur Google que je viens de découvrir un surprenant avis de décès à mes nom et prénom.

La surprise initiale passée et lecture attentive faite de la rubrique, j'ai constaté que l’identité de la veuve du susdit ne correspond nullement à celle de la mienne. Il s’agit donc d’un autre moi, d’un doublon en quelque sorte. Curieuse impression que de se trouver confronté à un autre soi dont je n’ai jamais soupçonné la possible existence.

Rien à voir avec Plutarque et Les vies parallèles. Cela ne peut que rendre humble.

 

Ancien mineur, ouvrier métallurgiste, médaillé du travail, ce respectable homonyme est décédé à Vendin-le-Vieil (je ne connais rien de cette commune), le 23 juillet 2012, à l’âge de 74 ans. Des funérailles religieuses ont été célébrées le 26 juillet 2012.

Mis à part le nom et le prénom, rien ne coïncide, ni l’âge, ni le nombre d’enfants, ni la mention d’un frère, ni bien entendu les obsèques religieuses.

Ces incohérences m’ont décidé à poursuivre ma route sans chercher à découvrir où se situe notre commune racine, de toute façon il serait trop tard.

 

 

 

Récurrence

La répétition, la redite, la rengaine, la conformité, tout cela s’institue comme caractéristique majeure du discours politique qui, tel un vieux serpent affamé, se mord la queue et ne trouve que la satisfaction d’un spasme tautologique avant l’extinction finale.

 

Le Proche-Orient, la dette à rembourser, la croissance, la sécurité, l’immigration, l’emploi, l’Europe, l’euro, les banques, les énergies fossiles, l’écologie, le réchauffement climatique, reviennent en permanence. Thèmes sans cesse repris par les mêmes, avec les mêmes mots, dans les mêmes débats. Les invariants font l’alpha et l’oméga.

Jamais n’affleure l’hypothèse d’une alternative, jamais ne sont tentés un détour de la pensée solidement établie sur les autoroutes de raisonnements figés, ni même une modeste escapade équivalent à la traversée d’une pelouse interdite pour tenter une voie et des perspectives nouvelles.

 

Si d’aventure quelqu’un essaie de sortir du bunker des allant de soi et du rabâchage permanent, sa parole est vite étouffée par le bruit ambiant de l’information permanente.

De plus en plus le bruit tient lieu de raisonnement.

Heureux sourdingue suis-je devenu !

 

 

 

Repentance

Le repentir concerne une personne confrontée aux actes qu’elle a commis, il appartient au domaine religieux, donc à usage très spécifique.

Ce n’est que lorsque ce terme s’applique aux corrections apportées par un peintre à son œuvre, qu’il devient digne d’intérêt.

La culpabilité résulte d’un acte délictueux imputable à quelqu’un précisément identifié, c’est une notion juridique applicable à chacun.

Ces deux expressions sont couramment employées de manière interchangeable par les politiques face à l’histoire, surtout depuis qu’un récent Pape a fait acte de repentance au regard de quelques uns des crimes de l’Eglise. Joli coup d’éponge imprégnée d’eau bénite.

 

S’il est bien évident que nous ne saurions nous repentir, ni éprouver de la culpabilité, à propos d’actes auxquels nous n’avons pas pris part, que nous pouvons regretter par ailleurs,  il est non moins clair que nous devrions refuser le détournement de ces termes abusivement employés dans le seul but d’éviter les investigations historiques sérieuses de notre amont.

L’enseignement aussi objectif que possible de l’Histoire résulte du besoin de connaître le plus clairement qu’il se peut les données du passé, de manière à permettre à chacun de se forger un point de vue et d’en tirer des conséquences pour le présent.

 

Commémorations, journées du souvenir, discours et tentatives de réparation (illusion totalement pernicieuse, profondément inopportune), ne servent qu’à brouiller les pistes et à entretenir l’ignorance. Elles procèdent sans nul doute de la stupide notion de péché originel, qui voudrait que nous soyons comptables des actes de nos ancêtres.

 

Trois Pater et deux Ave ne nous dispenseront jamais du devoir de connaissance et de compréhension, pas plus qu’ils ne nous mettront à l’abri du retour des démons.

Dans ses Ecrits sous la potence, me souvient-il, avant d’être fusillé par les nazis Julius Fučík s’exclame Frères humains je vous aimais, veillez !


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7 décembre 2012 5 07 /12 /décembre /2012 15:20

Jean-Claude Dorléans, graphiste inventif, polémiste impénitent, directeur de feu Le Brouillon, mensuel malpoli édité par l’équipe du Garage Laurent, à Forcalquier, auquel je pris une part active dans les années ultimes du siècle dernier, vient de m’envoyer le texte d’une chronique qu’il a diffusée le 27 avril 1997 sur les ondes de Radio Zinzine dans le cadre de l’émission « Un livre, un jour ».

Il m’est apparu que garder ce texte pour moi seul serait du dernier inconvenant. Le voici donc in extenso, assorti seulement de quelques notes de bas de page relatives aux personnages cités.

 

Ça se présente mal

 

C’est un petit livre de 90 pages, à couverture grise, paru à l’automne 96 et qui a pour sous-titre Réflexions sur le peu d’avenir que contient le temps où nous sommes.

Aussi pessimiste que du Cioran, l’humour et la jubilation en moins. Réflexions sur un constat. Parce qu’il suffit de s’arrêter un instant de courir, dans cette fausse fuite en avant, pour réaliser l’étendue du désastre. Je suis tristement convaincu que nombre de nos contemporains, bouffis de certitudes, s’ils voulaient bien prendre le temps de lire ce livre, le taxeraient vite fait bien fait de passéiste. Le Petit Robert, qui ignore ce mot, avance que le passé est le contraire de l’avenir et qu’avoir le culte du passé c’est être conservateur, traditionnaliste.

Soit ! Mais notre actuel présent n’étant rien d’autre que notre futur passé, je ne suis pas certain du tout que le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui soit à l’image des espérances du passé, je suis même sûr du contraire.

D’une manière générale, l’homme est naïf, crédule. La preuve : il vote. Et depuis le début de ce siècle il s’est laissé berner au nom du progrès, des lendemains qui chantent, dans la perspective d’un avenir qui n’avait de sens que pour quelques rapaces avides de faire un maximum de profit à partir de tout et sans états d’âme. Delteil disait : Entre l’hippopotame dans son marigot, le lézard au soleil et l’homme au fond de sa mine, où est le progrès ? Et au nom du progrès encore, on a sorti l’homme de sa mine. Elle ne générait plus assez de profits, la mine. L’homme a pleuré parce qu’il n’avait plus de travail, donc plus d’argent, donc plus de vie. Alors, toujours au nom du progrès on a inventé Tchernobyl. Tchernobyl et La Hague, les pétroliers de cinq cent mille tonnes, les cités-dortoirs et les banlieues défavorisées, l’élevage intensif et le remembrement, les nitrates dans l’eau, les produits cancérigènes et la maladie de Creutzfeldt-Jacob, l’amiante, le sida et les hépatites A, B, C et D par transfusion sanguine, les chômeurs qui deviennent érémistes et ensuite sans domicile fixe ou non, la pollution de l’air, la pollution de l’eau, la pollution de la terre, la bombe A, la bombe H, le napalm, les mines anti-personnel, la déforestation, la désertification des campagnes et le saccage des vallées pour cause d’autoroutes et de TGV, la Bourse, les pétrodollars et les narcodollars, le trafic d’organes, le clonage… et quoi encore ?

Car bien sûr j’en oublie et nous ne sommes pas au bout de nos peines puisque nous entrons dans l’ère de la cyberculture. Cyberculture, mon cul ! Je hais cette époque et elle me le rend bien.

En 1929 René Crevel posait la bonne question : Êtes-vous fous ? Aujourd’hui, la réponse s’impose avec une évidence dramatique. Oui, nous sommes cinglés, et suicidaires de surcroît. Le progrès rend fou, et fou dangereux qui plus est. Nous sommes en train de scier la branche sur laquelle nous sommes assis et comme tous les idiots congénitaux nous affichons un sourire niais de satisfaction. On joue massacre à la tronçonneuse tous les jours, le public est content, il paie et il en redemande. Ah ! Masochisme quand tu nous tiens ! Nous nous sommes nous-mêmes condamnés pour crimes contre l’humanité à l’échelle planétaire, dès lors il n’est pas étonnant que les sectes de toutes obédiences fassent recette.

Du passé faisons table rase. Eh ben, voilà coco, c’est fait ! Seulement, à deux pas du déjà célèbre deuxième millénaire dont on nous rebat les oreilles à chaque fois qu’il s’agit de vanter l’avenir radieux, traînent encore ici et là quelques traces un peu jaunies auxquelles s’accroche un frisson de mélancolie.

Non, vous n’avez pas encore complètement tout effacé, tas d’ignobles salauds progressistes et le recouvrement programmé de la planète à grands coups de béton précontraint laisse apparaître ici ou là quelques débris d’une vie qui se voulait plus humaine mais trop fragile, trop vulnérable. Oh ! Ça ne va pas durer, vos bulldozers veillent et piaffent d’impatience. André Hardellet pouvait encore partir à la recherche de ces territoires en voie de disparition, non pas à la recherche du temps perdu mais du temps suspendu. En fouillant dans sa mémoire et en creusant l’imaginaire, il pouvait dire : Ce qui se trouve derrière moi, sur la ligne temporelle, me paraît aussi se situer dans l’avenir. Je m’en vais vers cela, je le projette dans le futur, comme s’il me fallait attendre encore pour en découvrir la véritable nature et l’aboutissement. Mais ceux qui ont vingt ans aujourd’hui, comme Hardellet en avait vingt en 1931, ceux-là n’auront rien à se mettre sous la dent pour plus tard. Pour eux la nostalgie ne sera forcément plus ce qu’elle était. Comment s’émouvoir au souvenir de cette quincaillerie de supermarket installée dans cet univers de pacotille déjà condamné à disparaître avant même d’avoir été imaginé. Tant pis pour eux, n’est-ce pas, le progrès est en marche et rien ne l’arrêtera. L’avenir de l’humanité vaut bien quelques sacrifices. Tu parles ! Évidemment, le livre de Baudouin de Bodinat ne contient pas l’ombre d’un soupçon de parcelle d’espoir. Il ne propose rien. Il ne dit pas : Il faudrait… Y’a qu’à… Faut qu’on… Si tous les gars du monde…ou pourquoi pas Demain on rase gratis… En résumé, ce n’est pas un programme électoral, seulement un constat. Après l’avoir lu, vous n’avez aucune chance de pouvoir vous dire comme Louis Pons : Ça va bien en ce moment, j’ai le moral qui remonte à zéro. Mais bon, on n’est pas sur terre pour rigoler !

Afin donc de vous inciter à vous rendre dans les meilleurs délais chez votre détaillant pour vous procurer la dose de strychnine nécessaire (plusieurs si vous lisez ce livre en famille), je me propose de vous lire quelques lignes de cet ouvrage chaudement recommandé par Michel Polac et moi-même.

On conviendra que les nouvelles d’aujourd’hui, entendues il y a vingt ans, nous auraient paru un absurde cauchemar, une mauvaise plaisanterie. Le journal de l’année prochaine ne nous semblerait pas moins inepte et déprimant. Nous le lirons pourtant de notre vivant. Lichtenbergdisait sa curiosité de savoir le titre du dernier livre qui serait imprimé. Je crois que personne n’a celle d’assister à l’ultime journal télévisé.

J’ai remarqué aussi combien nous impatiente la lecture des vieux livres. Nous voudrions les avoir lus pour l’espèce de consistance que cela donnerait sûrement à notre cervelle, que nos pensées s’en trouveraient plus nombreuses, nettement formulées et à propos. Mais ces volumes d’histoires surannées, de morales vieillottes et compassées, s’avèrent laborieux, d’une lenteur de résultat exaspérante alors que les événements se précipitent dans un affolement de soldes universels, une excitation de liquidation générale avec des pays entiers passant à l’équarrissoir avant d’être rayés de la carte du monde. On se fait par exemple un devoir d’entendre Montesquieu et son Esprit des lois, mais les heures qu’il faut pour venir à bout de ce fatras d’antiquités se traînent péniblement quand il y a dehors des vaches atteintes de Creutzfeldt-Jacob, des krachs boursiers par satellites, des engouements d’une semaine publiés par haut-parleurs, que des gloires instantanées clignotent dessus le vacarme des villes motorisées, durant qu’on maintient en animation suspendue le cadavre d’une femme enceinte, à tout hasard d’en extraire un fœtus viable et d’en étudier ensuite les bizarreries psychologiques. Un après-midi de congé, on s’assoit avec l’idée de prendre connaissance du Rameau d’or de Frazer, pourquoi pas. On tourne quelques pages avec application et puis l’on bat la campagne : le moyen de rester tranquille avec du thiabendazol dans le foie, apprenant le naufrage au large de nos côtes d’une cargaison de neurotoxiques destinée à l’agriculture sous-développée ; sachant que des ordinateurs spéciaux épluchent le génome humain et programment pour le prochain siècle les besoins de ce cheptel, que des virus sans copyright rôdent autour de nos défenses immunitaires ruinées.

Voici encore ce que je lis dans le journal : un fabricant d’aliments pour bébé retire de la vente sa récente production, l’analyse des compotes faisant état d’une concentration anormalement élevée de pesticides et de fongicides. Certes le nihilisme bourgeois n’est pas une vision tardive, n’est pas une nouveauté sous le soleil : c’est bien avant notre ère qu’un grand propriétaire mélancolisait que tout était vanité, poursuite de vent et folie, et le triste Khayamaprès lui, qui avait le vin rationnel. Mais il n’est pas égal, quoi qu’en disent les apologistes, de méditer ces mots à l’ombre d’une ziggourat ; ou que ce soit au volant de son automobile, apercevant depuis l’autoroute les tours de refroidissement d’une centrale nucléaire bâtie sur une faille sismique.

Voilà ce que j’ai pensé en me réveillant : chaque matin nous reprenons conscience dans un monde un peu plus étroit et confiné qu’il n’était la veille : les horizons se sont rapprochés et nous éprouvons que leur confusion se referme sur nous ; la voûte du ciel s’en est un peu plus solidifiée d’oxyde de carbone, de couloirs aériens, d’ondes hertziennes. Chaque matin la sonnerie du réveil nous ramène dans l’air irrespirable de ces pensées jamais renouvelées et ouvrant la fenêtre nous retrouvons le monde encore appesanti de magasins géants avec leurs parkings, de sorties d’autoroutes, de banques de données, d’ordures ménagères imputrescibles ; un peu plus encombré de télécopieurs, de caméras de surveillance, de guichets automatiques qui nous tutoient, de chaînes de télévision spécialisées, de fongicides mutagènes, de métaux lourds, d’herpès, de cancers du sein, d’hémorragies intestinales ; chaque matin nous ressuscitons à un monde taché de mazout qui perd ses arbres et se dessèche, où la nature sénile et délabrée égare ses typhons dans les zones tempérées, où les charters du tourisme de masse mettent en loques l’ozone stratosphérique, où des instituts stratégiques de prévision préparent la mise en exploitation de la Sibérie et du Canada grâce au réchauffement de la Terre, où des chalutiers informatisés se disputent, parmi les plastiques et toutes les merdes flottantes de l’avenir moderne réalisé, les derniers thons rouges dénoncés par des satellites d’observation.

Chaque matin nous nous réveillons dans un monde que la plupart n’ont jamais connu autrement que par ces jours sans lointains, sans l’espace terrestre devant eux pour une longue suite d’années où rien n’était inscrit encore ; que par ces jours où les générations futures débarquent constamment sans attendre que les anciennes aient laissé la place, parce qu’il n’y a plus d’avenir, de lendemains de l’humanité, et qu’il faut bien mettre tous ces gens quelque part.

Voici ce que j’ai vu d’autre : à la frange des villes il y a toujours de ces quartiers aigres et maladifs où il semble que la vie pousse en désordre, inutile, dénudée et bizarre comme dans ces terrains vagues tout mélangés d’ordures. Et chaque fois au gré de cette promenade rencontre-t-on, abandonné aux saletés et aux excréments du trottoir, un matelas qui exhibe au grand jour le mystère de sa face anonyme souillée d’écoulements. Et qui se dresse alors je ne sais comment devant les yeux de mon imagination comme L’authentique saint suaire de Turin de nos vies honteuses et bafouées.

JCD

 

 

Baudouin de Bodinat – La vie sur terre – L’Encyclopédie des nuisances éd. 1996, réédité en 2008, disponible en librairie

Joseph Delteil – 1894-1978 – poète écrivain

René Crevel -1900-1935 – écrivain dadaïste, puis surréaliste

André Hardellet – 1911-1974 – poète et romancier

Baudouin de Bodinat – vraisemblablement pseudonyme d’un philosophe et essayiste contemporain

Louis Pons – artiste singulier, dessinateur et écrivain contemporain

Frazer – 1854-1941 – anthropologue écossais

Omar Khayyâm – 1048-1131 - poète persan, mathématicien, astronome  

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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 19:55

Serge Plagnol m’a signalé la sortie toute récente en librairie de deux courts textes d’André Chastel, célèbre historien de l’art disparu en 1990.

Lecture faite, ils méritent le détour pour qui s’intéresse de près à l’art.

- L’Italie, musée des musées (inédit) éd. Liana Lévi, 61 p., 5 € ;

 

- Le tableau dans le tableau (reprise de deux études publiées en 1978) Flammarion éd., 100 p., 24 ill. n & b, 8 ill. couleur, 10 €.

 A partir d’une réflexion sur les différences entre la possession privée et secrète, celle du collectionneur conservant précieusement son trésor personnel, et la possession publique des œuvres qui abondent aussi bien dans les églises ou les palais que partout dans les villes et bourgades d’Italie, le premier de ces textes examine avec pertinence ce qui fait de l’Italie « le lieu par excellence du musée naturel » et lui confère le « privilège historique de la continuité ». C’est en Italie que « le soin mis au décor des cités … (conduisit) à traiter l’organisation urbaine comme une œuvre d’art » en permettant que la collection privée finisse par s’emboiter de manière exemplaire dans des édifices remarquables transformés en musées  au sein de chaque cité.

 

Il est assorti d’un bel hommage au précurseur des historiens de l’Art, Giorgio Vasari.

 Le second ouvrage traite dans sa première partie du passage de la consécration du réel à la subjectivisation radicale de la peinture.

A partir de la pré-Renaissance apparaissent les motifs récurrents du miroir, de la fenêtre ouverte et du tableau dans le tableau, commentaire de l’œuvre qui va évoluer peu à peu vers un éloge de l’art lui-même. Ceci nous amène à réfléchir sur la relation entre le réel et l’illusion dans la peinture, moyen employé par celle-ci pour proclamer sa souveraineté. Un point culminant est atteint avec L’Enseigne de Gersaint de Watteau, où le monde véritable puise sa grâce de la peinture. Au fil du temps s’instaure une « réfraction poétique » de la nature, voire de la peinture elle-même, notamment avec Van Gogh ou Gauguin, chez qui parfois « le tableau naît du tableau-dans-le-tableau ». Progressivement « le peintre se préoccupe moins de ce qu’il peint […] que du tableau même qu’il peint. »

Si je pense donc je suis (cogito ergo sum) caractérise l’écrivain, je représente donc je suis (fingo ergo sum) définit l’artiste.

La deuxième partie de l’ouvrage est consacrée au « rôle de la figure dans l’encadrement de la porte », plus particulièrement chez Velásquez qui « sécularise le merveilleux. » Les Ménines sont à l’évidence une somme picturale qui totalise les moyens et les motifs de la peinture et constituent l’aboutissement de l’art de Velásquez. Suit une intéressante réflexion sur les différences entre les flamands et les italiens dans leur manière d’exploiter les percées du décor.

Ces deux ouvrages ont le grand mérite d’illustrer ce que signifie l’apprentissage du regard pour tout amateur épris de peinture.

 

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18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 16:41

Denis Sieffert-Michel Soudais – Mélenchon et les médias – Politis éd., 2012 (90 p., 8 €)

 

Une réflexion dans le sillage de l’étude que Pierre Bourdieu a consacrée à la télévision en 1996.

 

La relation tumultueuse de Jean-Luc Mélenchon avec les médias sert de trame à un examen des conditions dans lesquelles la presse rend compte de la vie politique. Des exemples précis ponctuent l’examen des déformations coutumières à la pratique des journalistes, pas nécessairement malveillants a priori mais néanmoins producteurs d’idéologie.

Les « lunettes » qu’ils chaussent, l’angle sous lequel ils présentent les faits et les situations, sont souvent plus nocives qu’une simple volonté de nuire. Le formatage des journaux télévisés est exemplaire à ce sujet. La violence symbolique du système médiatique impose le primat de l’idéologie dominante, ce qui permet aux auteurs d’affirmer que « si Sarkozy a été battu, son discours (notamment sur le plan économique) n’a pas été anéanti. »

 

L’information est modélisée par la pub, les médias passent leur temps à exploiter les filons qui leur paraissent intéressants du point de vue de l’audience. Aucun souci de structurer les discussions n’est perceptible, les dirigeants politiques sont d’accord sur le fond des choses, et les médias avec eux, puisque dépendants de patrons de groupes industriels et financiers. Le consommateur est ciblé, bien plus que le citoyen.

« La limitation du temps (à la télévision) impose au discours des contraintes telles qu’il est peu probable que quelque chose puisse se dire » (Bourdieu). Il est clair que l’urgence imposée ne permet pas l’expression d’une pensée nuancée.

Faits divers et faits de société sont constamment confondus, ce qui interdit toute réflexion sociale et politique sérieuse. La question est alors licite de s’interroger sur le rôle de maintien du statu quo politique et social dévolu aux journalistes par les groupes de presse.

 

Dans sa grande majorité la presse écrite – principaux hebdomadaires et quotidiens - se soucie avant tout de la traduction politique d’un consensus social ignorant la violence imposée en permanence aux salariés, aux exclus, aux immigrés. Mélenchon avec sa propension à vilipender les journalistes et sa volonté de se référer à des temps forts de l’histoire cristallise naturellement les critiques de l’ensemble des éditorialistes en vogue, prompts à signaler ses sorties de piste. Bel exemple de ce que Bourdieu appelait « cacher en montrant » : l’anecdote érigée en élément principal d’information, l’amalgame ou l’insinuation, permettent le mensonge par omission sur le fonctionnement des systèmes en place. La soi-disant « neutralité » du journaliste masque alors sa complicité, sinon sa mauvaise foi.

 

Derrière la bataille politique s'en profile nécessairement une contre un système médiatique qui promeut en permanence une voie imposée par le groupe dominant (économie, Europe). Les éditorialistes multi médias, les chroniqueurs que l’on voit et entend partout, ne sont en fait que les commerciaux de la doxa libérale.

 

Le véritable journalisme ne peut être que d’opinion, une presse alternative forte est indispensable. On ne peut que plaider pour son émergence au grand jour et le développement de son audience.

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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 14:58

Auteurs

 

Rentrée littéraire, comme il est d’usage. A chaque fois les mêmes niaiseries, les mêmes faux semblants, les inutiles transes des pacotilles mondaines.

Cette année, rentrée littéraire ou pas, prix ou pas, trois bouquins à lire toute affaire cessante, trois livres d’écrivains authentiques, trois fortes approches de l’incontrôlable foisonnement de l’existence :

- Jérôme Ferrari, Le sermon sur la chute de Rome, la tragédie grecque réinventée sur fond de mastroquet corse ;

- Patrick Deville, Peste et choléra, la fabuleuse épopée d’Alexandre Yersin savant et aventurier, insatiable découvreur lié à la saga des Galilée pastoriens ;

- Olivier Adam, Les lisières, une exploration terriblement lucide et décapante des lignes de partage de notre monde.

 

 

 

Basta !

 

Le bla-bla, les défilés, les marchés, les agences de notation, le FMI, l’OMC, les lois sécuritaires, l’identité nationale, les mesures anti-tabac, la Ligue contre le cancer, les journées de solidarité, les partis, les syndicats, la journée de la femme, Emmaüs, le droit de vote ou pas, les restos du cœur, la Croixrouge, l’immigration, la compétitivité, le Secours catholique, la crise, la dette à rembourser, l’Euro, l’Armée du salut, les pétitions et le reste, tout ça se mord la queue, ne sert strictement à rien, sinon à dissimuler, à planquer les ordures sous le tapis de mensonges, à permettre de différer, de parler d’autre chose, de ne rien faire, d’attendre, de faire semblant d’espérer qu’un jour…, et conduit à ne plus croire à rien, à laisser tomber, à ne rien désirer changer, à se résigner.

 

 

 

Bouffonnerie

 

« Marseille-Provence capitale européenne de la culture 2013 », l’échéance approche et le projet ne cesse pas hélas de s’apparenter à une vaste bouffonnerie.

Le Maire et ses équipes, bientôt au terme d’un troisième mandat, n’ont jamais manifesté d’intérêt pour la vie culturelle d’une ville qui pourtant abonde de ressources. Pour eux, la culture c’est l’OM, puis l’OM et encore l’OM…

Et pourtant, la vie associative est considérable, totalement dénuée de moyens matériels ou financiers, elle ne cesse de proposer quantité d’événements.

 

Alors que les musées sont en léthargie permanente depuis plus de quinze ans, que la Friche de la Belle de Mai demeure difficilement accessible, que le festival de danse contemporaine (exceptionnellement soutenu, il est vrai, par le Maire) est bien peu médiatisé et ne parvient pas à se trouver un lieu stable, le manque de soutien officiel à la création, l’absence d’ambition et de vision à long terme, n’empêchent nullement les initiatives. Concerts, expositions, mini festivals de cinéma, ateliers chorégraphiques, rencontres et salons littéraires se succèdent à haut rythme toute l’année. Ils galèrent mais ils parviennent à se maintenir.

Des gisements considérables d’énergies diverses existent, dans tous les domaines. Cependant aucun élu ne manifeste un réel intérêt pour l’expression artistique, comment s’étonner des sourires las et de l’absence mobilisation pour l’aventure de 2013 ?

Un festival off semble se préparer activement, résolu à investir des lieux souvent délaissés et à préparer des irruptions en des endroits notables. Gageons que s’il réussit en quelques occasions, les officiels ne manqueront pas d’arborer ces succès au revers de leur tunique.

Des chantiers sont ouverts partout, on édifie avec quelque hâte des équipements, on tente d’aménager et de rénover, très bien, mais pour quel avenir, avec quelle vision ? S’agit-il d’autre chose que de la construction de décors ? Les ordures, les bagnoles partout, on s’en fout, le gâchis est immense, la ville dérive à l’abandon depuis trop longtemps.

 

Marseille-Provence s’intitule officiellement la manifestation. Illusion totale, il s’agit en fait de tentatives d’animation de trois pôles, Aix, Marseille et Arles, Toulon s’est désengagé depuis plusieurs mois. Outre l’absence de moyens de communication aisés pour se rendre de l’une à l’autre, les rivalités anciennes entre ces villes et leurs satellites sont loin d’être éteintes. Le territoire métropolitain n’existe pas, ce n’est encore qu’un agrégat artificiel. Le jeu collectif demeure ici totalement inconnu.

 

Quel bonheur ce serait d’être démenti et de devoir faire amende honorable…

 

 

 

Citoyenneté

 

« Tout homme né et domicilié en France, âgé de vingt et un ans accomplis ; tout étranger âgé de vingt et un ans accomplis, qui, domicilié en France depuis une année, - y vit de son travail – ou acquiert une propriété – ou épouse une Française – ou adopte un enfant – ou nourrit un vieillard ; tout étranger enfin, qui sera jugé par le Corps législatif avoir bien mérité de l’humanité – est admis à l’exercice des droits de citoyen français. » (article 4 de la Constitution de 1793)

 

 

 

Cumul des mandats

 

A propos de la réélection des constituants dans la future Assemblée législative, discours de Robespierre le 13 mai 1791 :

« Concevez-vous quelle autorité imposante donnerait à votre Constitution le sacrifice prononcé par vous-mêmes des plus grands honneurs auxquels vos concitoyens puissent vous appeler ? […] Nous n’avons ni le droit ni la présomption de penser qu’une nation de 25 millions d’hommes, libre et éclairée, est réduite à l’impuissance de trouver facilement 720 défenseurs qui nous vaillent. »

 

 

 

Droit de vote (à propos)

 

Le droit de vote est accordé à tout citoyen à partir de 18 ans révolus, l’éligibilité est fixée à 23 ou 30 ans selon la nature du mandat sollicité.

Si une limite basse se justifie, comment se fait-il que jamais personne n’ait évoqué l’absolue nécessité d’une limite haute ?

Il est un âge où on ne devrait plus avoir le droit d’engager un futur que l’on est quasi certain de ne jamais connaitre.

Il est un âge où le respect le plus élémentaire de nos successeurs et l’indispensable pudeur au regard de ce que nous leur léguons devraient commander de ne s’en remettre qu’à eux pour ce qui engage leur avenir. Il est un âge où l’on ne peut qu’être disqualifié, même si on a parfaitement le droit (et le devoir) de continuer à s’exprimer.

Qui aura le courage de le dire, qui aura le courage de poser la borne du droit de vote comme de l’éligibilité, 70, 75 ans (grand maximum) ?

 

 

 

L’Impossible

 

L’Impossible est un mensuel lancé en mars 2012, le n°8 est paru en octobre. De mois en mois il s’affirme, de mois en mois il confirme son intérêt. On le trouve en kiosques et dans un certain nombre de librairies. Il sera bientôt vendu à la criée, le soir, à Paris.

L’équipe qui l’anime s’efforce de réaliser un magazine intelligent, engagé dans le débat d’idées, se refusant au conformisme et aux allant de soi.

Il s’agit d’un périodique se démarquant des bavardages, pseudo révélations et radotages des échotiers habituels.

Y aller voir vaut le détour : www.limpossible.fr/  

 

 

 

Moindre mal

 

La règle du jeu pour qui considère le moindre mal comme un critère de choix politique : Pile, je gagne ; face, tu perds.

- Oui, et alors ?

- S’abstenir de jouer à ce jeu serait vraiment un moindre mal

 

 

 

[1] Cité par Eric Hazan, Une Histoire de la Révolution française – Ed. La fabrique, 2012 (cf. Brèves 5)

Idem

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4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 19:00

L'espace paysage si présent dans la peinture de Pompéi disparaît au Moyen-âge au profit de la figure humaine, centre du monde. Réapparition à la Renaissance avec les grandes découvertes et l'invention technique de la perspective. Remise en question (Cubisme, espace frontal de Fernand Léger) au XXe siècle avec la perte des certitudes et la multiplicité des regards.

La lumière et la couleur sont l’une et l’autre espace et profondeur. La peinture, qui représente souvent l'expérience que nous avons des choses, nous fait comprendre comment les choses se dévoilent à nous. Ce sont des jeux de rapports d'espaces et de couleurs qui nous donnent à voir à une certaine distance. Cette distance peut être choisie par le peintre, mais aussi par le spectateur lui-même.

Chez Matisse la ligne ne décrit pas le visible, elle le rend visible.

 

 

 

 

Picasso s'empare de la langue, de l'expression, de la culture de l'autre, pour comprendre puis créer du nouveau, pour rebondir sans cesse. Laborieux, sa vie durant il est parti d'esquisses, de dessins, pour asseoir ses découvertes, ses coups d'audace. En feuilletant ses carnets, nous passons de la démarche la plus traditionnelle, parfois naïve et de peu d'intérêt, à une création fulgurante. Variations et approfondissements sur un même thème, en quelques sketches, puis passage brutal à autre chose.

Cela était vrai pour lui à 50, 60 ou 70 ans... Humilité du génie qui sans cesse puise en ses origines.

 

 

 

 

La réalité c'est le flou, l'apparence. Le réalisme s'oppose au vérisme, qui tend à décrire ce que l'on sait et non pas ce qu'on perçoit.

La précision d'un fait ou d'un personnage ne peut être que légendaire.

Le tableau s'offre immédiatement au regard.

Cette immédiateté de la peinture la rend d’abord hermétique. En effet, entièrement présent d'un coup, le tableau peut laisser croire qu'il n'est rien d'autre que ce qu’il est.

Voilà pourquoi on n'en finit jamais avec la peinture.

Il peut arriver que le tableau ne soit que peint.

 

 

 

 

L'homme bien mis avec son chapeau melon marche dans sa tête. Sage très sage, il applique laborieusement les procédés de la peinture à la confection de ses images. Il représente avec une application faussement naïve les dérives de l'esprit. Si sa facture n'est pas exempte de maladresse, son propos est fulgurant. Voilà pourquoi cette imagerie tient aussi bien et frappe aussi fort.

La clarté évidente de la lecture ouvre sur des perspectives impensables : l'oiseau est tout entier un morceau de ciel ; les amoureux s'étreignent sans se voir, leurs visages sont masqués ; le fusil blessé dégouline du sang qu'il a répandu ; le peintre crée une figure féminine qui lui ressemble et ne tient que par son pinceau ; le paysage est dans le tableau qui est lui-même le paysage...

Magritte ferme toutes les portes à mesure qu'il les ouvre. Son travail est tellement abouti qu'aucune succession n'est possible. Il est allé au bout du chemin qu'il a inventé et exploré. Comparable en cela à Picasso.

 

 

 

 

Le Ministère des Finances, à Bercy, se présente comme une architecture digne de Louis le Magnifique. Dans la grande galerie du bâtiment A - sans doute celui des chefs -, de grands panneaux fixés au mur : Titus Carmel, Rebeyrolle, Alechinsky, Matta ... C'est très clean. Des  œuvres chloroformées, des décors sans vie, une galerie de glace. Que signifient ces présences, ici ?

A la Défense, entre la tour Coface et le Sofitel, des sculptures : Bernard Venet, etc.

C'est froid, c'est voulu, c'est bien élevé. C'est posé comme des bibelots, dans un monde minéral. Même le végétal est aseptisé, irréel, non crédible. Dans ce décor si construit ne sont que des objets rendus ridicules, comme du persil dans les naseaux d'une tête de veau.

Par contre, Calder et Miro sur la grande dalle, c'est autre chose. Des provocations toniques qui jurent et qui claquent.

 

 

 

 

La pratique de l’art invite à un effort conscient pour ne pas donner son consentement à l'ordre du monde tel qu’il apparaît, pour ne pas se résigner à la passivité intellectuelle et morale commune.

Pour véritablement apprécier la peinture, connaître le peintre. Chaque toile devient un jalon sur un parcours identifié. Une œuvre isolée a peu de signification. Pour le peintre vivant, la fréquentation de son travail ; pour le peintre du passé, la fréquentation de l'ensemble de ses traces, comme de son milieu.

L'art abstrait libère la peinture du langage. On ne peut plus dire à l'occasion d'un tableau c'est ceci ou c'est cela. L'art abstrait produit une réalité intérieure souvent difficile à verbaliser.

Peinture figurative ou abstraite ? Distinction pas toujours pertinente, bien des formes de la nature, arbres, paysages, lignes, volumes, existent sans pouvoir être précisément nommées.

Pour avancer, pour trouver, le véritable artiste recommence inlassablement, il creuse. A ce prix il peut parfois dépasser et ouvrir un champ nouveau. Le pasticheur ne dépasse jamais.

Il suffit d'avoir du talent pour se dire artiste. Etre un artiste exige de dominer son talent.

 

 

 

 

L'art ne va pas de soi, c’est évident. La vie non plus.

C’est parce que l'art exige un effort conscient et patient pour se déprendre des logiciels culturels grâce auxquels somnole l'unanimisme des non pensants, qu’il permet de ne pas donner un consentement benêt à l'ordre du monde.

Mais l'art peut aussi bien exercer un pouvoir d'intimidation, comme la vie. Dans ce cas, les jugements se forgent essentiellement à partir d'une classification des origines et des espèces. La pensée utilise ce faisant les prothèses figées d’un référentiel communément admis pour s'autoriser une illusion de fonctionnement et s’abuser elle-même.

 

 

 

 

Au réveil, ce matin, le soleil levant illumine la colline de Collioure face à l’hôtel, quelques brefs instants. Des plages de verts différents, de bruns roses. Ce que les Fauves ont vu, je le vois. Il n’y a aucun doute possible. Je suis dans le tableau.

Fin de journée, la lune se lève, rose orangée. Le ciel est d’un bleu profond. Accord merveilleux des teintes. Le château des Rois de Majorque découpe ses pierres noires et gris clair sur le vert perlé de la colline.

 

 

 

 

Saint-Michel de Cuxa, Serrabone, Elne, une visite de la sculpture romane catalane. De l’imaginaire inspiré de l’Orient (les lions valant pour les chevaux, lions ailés de Persépolis) à la description de scènes quotidiennes, le gothique apparaissant à Elne.

L’imaginaire roman avec ses bêtes fantastiques et ses scènes effrayantes sur fond de peurs millénaristes, préfigure nos horreurs et nos fictions hallucinées. On brûlait alors les méchants dans des chaudrons ou sur des bûchers, aujourd’hui les fours crématoires ou les lances flammes sont plus efficaces que les langues de feu des dragons.

 

 

 

 

Les toiles que je connaissais me semblaient laides, je les évitais. Otto Dix m’apparaît désormais comme un artiste majeur, traversé, transpercé par son temps. Réagissant à vif, insoumis, dénonciateur de tout ce qui abîme l’homme. Souvent prémonitoire (cette toile de 1920 avec un collage de journal Juden Raus), il pointe le côté mortifère de l’existence. Toujours les mêmes thèmes, mais (comble du désespoir ?) avec des habillages différents : Job, 1946 ; Crucifixion, 1962 ; Les souffrances du Christ, 1964.

Il est décédé en 1969.

 

 

 

 

Londres, National Gallery. La bataille de San Romano, ombres et lumières en aplats, feuillages et fruits (le Douanier Rousseau...), lances brisées à terre (Mondrian). Quantité de détails préfigurent des techniques ou des regards de notre époque. Une intense poésie sourd avec puissance de l'ensemble, cette œuvre bloque le regard, mobilise totalement l'esprit. Nous sommes à la jonction du gothique et du contemporain. Avec lui, nous sommes aujourd'hui quelque part entre 1430 et 1440.

Paolo Uccello est l'un de ces visionnaires dont parfois accouche l'histoire de la peinture ou de la pensée.

 

 

 

 

A la Galerie Borghèse, portrait de Pauline Bonaparte. Le matelas est étonnant de vérité. La femme dévêtue n'est qu'une statue en marbre.

Du savon ! Canova ne devait pas s'intéresser beaucoup à la belle Pauline.

 

 

 

 

Comme la culture Mc. Donald, l'art officiel actuel est incontournable. Au musée d'art moderne de Rome il est insupportable.

Dans la première partie du musée, le futurisme. Dépassé, obsolète. Compte rendu de l'emploi de techniques aujourd'hui totalement assimilées, voire tombées dans l'oubli comme le machinisme mécanique, qui n’est que reportages au seul niveau de l'événement (contrairement à Fernand Léger, qui témoigne de l'état du monde). Œuvres aujourd'hui ringardes.

Années 60 et suivantes : les nouveaux matériaux (plastique, vidéo, peintures industrielles...), ça ne décolle pas, ça ne troue pas le temps. Simple emploi d'autres médiums pour dire autrement la même chose. Pas de discours sur le monde, pas de sens ajouté, de l'anecdote techniciste.

Arte povera, conceptuel, trans avant-garde, rien qu'un regard sur soi-même. Pas de propos sur l'homme, pas de projection sur l'avenir, pas d'ancrage sérieux.

A nouveau, l'une des nombreuses boites de Marcel Duchamp. A en voir trop, partout, elles deviennent irregardables.

Une rupture pour engendrer quoi ? Ennui.

 

 

 

 

Importance de l’objet livre. Le livre ne saurait se réduire au texte ; il est avant tout un support matériel chargé de sens. Le livre est à la fois un objet marchand, un objet d’art, d’artisanat ou d’industrie et un objet de culture, combustible de la pensée.

L’expression livre d’artiste est-elle judicieuse ? Texte ou pas texte ? Ne conviendrait-il pas mieux de parler d’édition singulière, hors des circuits traditionnels ? De quoi s’agit-il ? Utiliser la tradition (gravure, typographie, illustration, au service de l’actuel) ; procéder à un jeu créatif propice au renouvellement, au moins à une évolution (sinon simple artisanat d’art reproductif) ; privilégier l’amont (choix des matières, des papiers) ; proférer autrement quelques mots, des phrases, un texte, pour permettre un regard différent, un arrêt réflexif et émotionnel ; concevoir des écrins pour abriter l’invraisemblable et le rendre vraisemblable puisque existant ?

Tout cela par amour des textes, de l’expression graphique, des supports et des matières. Tout cela pour se situer dans le Faire.

A propos des livres objets : ne pas créer un objet, mais bâtir un livre. Je n’ai jamais réalisé de livres objets. Ça n’a pas de sens ça ! (Odette Ducare, compagne de Robert Morel).

Le retable de l’agneau mystique des frères Van Eyck exemple de livre objet.

 

 

 

 

La musique envahit l’espace, elle diffuse.

La musique est d’abord à vivre au moment, elle génère des émotions instantanées et bouleverse comme la parole. Fugace, elle impose des traces durables. Le vin se contemple et se hume autant qu’il se déguste. La musique se regarde autant qu’elle s’écoute. Incomparable plaisir des sens. Gastronomie de la musique

Plaisir intense des gestes à saisir. Gestes subtils du chef, mouvements des exécutants,  interprètes, chanteurs et choristes. Gestes et postures soulignent les intentions, illustrent une partition seconde, écrivent un paysage sonore. La mise en scène de la musique s’apparente à la mise en page d’un texte : qualité du papier ou du lieu ; composition et mise en place des interprètes ; choix des caractères et tenues vestimentaires ; mimiques ou illustrations, vignettes ou soli. D’une édition à l’autre, d’un concert à l’autre, des variantes à repérer, à humer, à apprécier, à palper.

Musique, peinture, lecture, dégustation, des affaires corporelles. S’immerger dans la musique et se mettre l’ouïe en joie, j’ouïr. La musique est essentielle.

En conserve, elle perd beaucoup de son charme, elle n’est plus qu’à écouter.

 

 

 

 

L’artiste se doit-il de laisser une trace ? Inscrire une œuvre dans le granit, travailler à l’horizon de quelques générations, ou bien se satisfaire du fugace ? Questions posées non seulement par rapport aux matériaux, pigments et supports utilisés, mais aussi pour ce qui touche aux émotions et aux témoignages. Y a-t-il quelque chose à transmettre, un travail, des interrogations, une démarche ? Palpitation ressentie à la vue d’un travail ancien, quelqu’un s’est exprimé ; nous le considérons aujourd’hui et nous tentons de nous situer grâce à lui. Sentiment d’être au monde, élément d’une chaîne multiple indénombrable.

Pour tenir, les pigments requièrent un liant fixatif, œuf, miel, cire, colle ou vernis protecteur. La chimie fait évoluer des composants dont on ne sait ce qu’ils peuvent devenir, ni comment ils peuvent faire évoluer le travail initial ; jusqu’où prévoir, jusqu’où se préoccuper ? Entretenir, comment, pourquoi ?

L’art aujourd’hui tend à ne considérer que l’événement, le temporaire, l’éphémère. L’ignorance de l’amont disqualifie l’aval, le choix des matériaux relève alors de l’actualité. Nous vivons une époque factuelle, mémoire et repères délités.

 

 

 

 

Au 17è siècle, le siècle d’or hollandais, la Réforme a sorti les bondieuseries de la peinture et des églises. Elle a fait entrer dans la peinture l’ordre et la discipline, le quotidien des paysages, des scènes d’intérieur et des travaux ménagers, ainsi que l’austère célébration des biens matériels et de la réussite sociale.

 

 

 

 

1435, Alberti écrit son traité De pictura. Il s’interroge sur l’origine de la peinture. Selon la tradition issue de Pline l’Ancien la peinture serait inscrite dans un passé ante-historique. Les tout premiers « peintres » auraient circonscrit les ombres portées dues au soleil. « J’ai pris l’habitude de dire à mes proches que l’inventeur de la peinture … fut ce Narcisse qui se vit changé en fleur, car si la peinture est bien la fleur de tous les arts, alors c’est toute la fable de Narcisse qui viendra merveilleusement à propos. Qu’est-ce donc que peindre, sinon embrasser avec art la surface d’une fontaine ? »

La peinture art floral, fleur des arts.

 

 

 

 

L’art est italien, la Toscane en est le berceau, ses paysages en sont les langes.

L’art fleurit en Italie, depuis l’Antiquité. Sans discontinuer. Tous les arts. Chaque ville, chaque village, chaque pierre, arbres, collines, ciels et légèreté de l’air, sont occasions d’art. Lorsqu’elle survient la pluie ravive les couleurs, de tout temps. Elégance et finesse, mariage subtil de la nature et de l’architecture. Intelligence et délicatesse à profusion.

Respect du patrimoine. Regards sur soi. Transmission.

Décérébré l’homme sans mémoire.

Sensible, l’Italie apporte bonheur et aisance. Partout elle se souvient.

 

 

 

 

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4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 18:49

Une fois de plus, peut-être la dernière avant longtemps, une tentative de prise de parole à propos du marasme politique qui se perpétue.

 

Réagir à ce qui se passe semble de plus en plus vain, voire totalement inutile, tant l’apathie  est manifeste, même si ça et là quelques timides réactions se dessinent.

Répéter ne sert à rien, montrer du doigt non plus puisque seul le doigt suscite l’intérêt.

Que faudrait-il pour que s’ouvrent les yeux, qu’entendent les oreilles et que se délient les langues ?

Que les limites de l’insupportable ne cessent de reculer ne rend pas illusoire le risque d’explosion, d’autant plus grave qu’elle aura tardé.

Même si son attentisme n’a rien de surprenant, qu’espère ce gouvernement avec ses atermoiements et ses incohérences ?

 

*

* *

 

Ce qui se passe à Notre-Dame-des-Landes est la marque de la très mauvaise conduite d’un projet fortement contesté :

- saccage d’une zone naturelle sensible pour l’installation d’un aéroport dont la justification économique est tout sauf démontrée ;

- entêtement forcené du gouvernement et complaisance funeste des écologistes devenus ministres partenaires ;

- ordres donnés aux forces de répression policière de pourchasser des citoyens exerçant pacifiquement un droit élémentaire de protestation ;

- situation de blocage liée au refus délibéré de toute discussion au prétexte que les décisions prises seraient irrévocables.

Nous assistons à la mise au rencart de tout espoir de concertation, modalité de rapports sociaux cependant érigée en principe majeur lors de la campagne présidentielle.

Comment ne pas évoquer, très redoutable parallèle, le souvenir des luttes menées à partir de 1971 contre l’implantation d’un camp militaire au Larzac, auxquelles un Président dit socialiste a su mettre heureusement fin en 1981 ?

 

Comment ne pas s’insurger contre la timidité des réformes fiscales destinées à taxer les revenus des capitaux au même titre que ceux du travail ? A quand la mise en chantier de l’indispensable remise à plat de la fiscalité ? Où sont passées les proclamations du candidat en campagne ?

 

Comment ne pas s’insurger alors que des grands patrons mènent ouvertement la Fronde contre un gouvernement qu’ils intimident par un ultimatum et comment admettre que la notion aberrante d’un coût excessif du travail soit relayée par les ministres eux-mêmes, sans que le coût incontrôlé de la rétribution du capital soit jamais remis en cause ? La rétribution normale du travail est depuis longtemps jugée trop élevée, non seulement par la droite mais aussi par la gauche dite socialiste, alors que la répartition des dividendes est admise comme parfaitement justifiée, totalement libre d’affectation.

Le gouvernement se tire une balle dans le pied en montant le cheval de bataille de la droite et de la mauvaise foi patronale lorsqu’il accepte d’alimenter le débat sur la compétitivité des entreprises : les revenus du capital ne contribuent qu’à hauteur de 2% aux ressources de la protection sociale ; le coût horaire du travail est peu différent entre la France et l’Allemagne (rapport du Haut Conseil du financement de la protection sociale, remis au Premier Ministre le 31 octobre 2012 – source Médiapart, 4 novembre 2012).

 

Comment ne pas s’insurger du report à une date inconnue de l’interdiction des licenciements boursiers ? Autre point fort de la campagne…

 

Comment ne pas s’insurger contre l’abandon en rase campagne de la renégociation du traité budgétaire européen ? Ce fut pourtant l’un des fleurons de la campagne présidentielle…

 

Comment ne pas s’insurger alors que le Président de la République française manifeste un manque de fermeté dans la nature de ses relations avec le représentant de l’Etat d’Israël, colonialiste, liberticide, délibérément ignorant des résolutions de l’ONU ?

En accompagnant à Toulouse le premier ministre israélien venu se recueillir en un lieu confessionnel où un tragique fait-divers impliquant un tueur musulman français et des victimes juives françaises s’est déroulé cet automne, le Président a transgressé le principe de la laïcité républicaine ainsi que celui de la citoyenneté. Le désir de recueillement d’un citoyen juif étranger à l’égard de coreligionnaires peut se comprendre, mais seulement à titre privé et nullement en tant que Chef d’Etat hôte officiel de la République. 

 

Comment ne pas s’insurger contre la poursuite acharnée de la chasse aux Roms, très loin de résoudre les questions posées et de calmer le jeu de la dénonciation d’un bouc émissaire ? Quand et où une logique strictement répressive est-elle jamais parvenue à imposer sa loi, sinon dans un Etat totalitaire ?

D’un ministre de l’Intérieur à l’autre où se situe la véritable différence ?

 

Comment ne pas s’étonner de l’extradition soudaine en Espagne d’une militante d’un parti autorisé en France et comment ne pas s’interroger sur ce que cela révèle de la poursuite de pratiques antérieures ?

 

Alors que depuis 1981 le PS n’a de cesse de prôner l’élargissement du droit de vote des étrangers aux élections locales, alors que cet engagement a été repris au cours de la campagne électorale, comment ne pas s’insurger du renvoi de son examen aux calendes grecques ? La question mériterait d’être clairement tranchée une fois pour toutes, indépendamment de misérables calculs d’arithmétique parlementaire.

 

Bien sûr quelques avancées existent, bien sûr le climat n’est plus tout à fait le même qu’auparavant, mais cela est très loin de suffire.

Six mois sont déjà passés, le courage de la prise de décisions nettes et tranchées, s’il a été envisagé, n’est pas loin d’être émoussé.

 

*

* *

 

La lecture de l’ouvrage récemment paru d’Eric Hazan Une histoire de la Révolution française (La fabrique 2012) permet de prendre la mesure de l’extraordinaire foisonnement de mesures radicales intervenues en France entre le printemps de 1789 et l’automne de 1791, brève période pendant laquelle les choses se sont accélérées d’autant plus que le Pouvoir où ce qu’il en demeurait tergiversait, sur fond de troubles, d’émeutes et surtout de courage :

1789 - Etats Généraux, création d’une Assemblée Constituante à Versailles, serment du Jeu de Paume, prise de la Bastille, nuit du 4 août, Déclaration des droits ;

1790 – Transfert de la Constituante à Paris, développement d’une presse de libre expression, Constitution civile du clergé, réorganisation administrative et judiciaire (création des départements, cantons et communes ; juges de paix, comparutions immédiates, instauration de jurys, abandon de la torture (la Question), présence obligatoire d’avocats, procès publics) ;

1791 - Chute de la royauté avec la fuite à Varennes.

 

Evidemment toute analogie est sujette à caution, oui l’Histoire ne saurait se répéter, il n’empêche qu’elle suggère des enseignements.

 

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30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 10:08

Sept propositions pour un avenir meilleur

 - Faire étudier par le Ministère des Transports la mise en service progressive de TGV lents, susceptibles de permettre d’apprécier les paysages, d’avoir le temps de lire tranquillement, de relier différents points du territoire actuellement gommés par la vitesse.

- Supprimer les congés payés, qui ne font qu’entériner l’aliénation des travailleurs et leur soumission à l’obligation de migrations aussi humiliantes qu’inhumaines.

- Obtenir qu’une Directive européenne oblige la France à supprimer le défilé militaire du 14 juillet, car seuls les États totalitaires exaltent la force des armes et une véritable démocratie ne saurait se satisfaire de telle démonstration.

- Faire inscrire par le Ministère de l’Education Nationale dans les programmes d’enseignement l’apprentissage de la danse comme moyen efficace de maîtrise du corps, de reconnaissance de la complémentarité des sexes, de développement de l’attention à l’autre. Cette inscription entraînera obligatoirement la suppression du football dans les activités physiques et sportives pratiquées dans les établissements scolaires.

- Obtenir d’un Comité international des droits de la personne la dissolution des familles de manière à favoriser l’épanouissement individuel.

- Faire voter par le Parlement européen, dans le cadre de la lutte contre la pollution et le réchauffement de la planète, une disposition interdisant à tous les citoyens des Etats membres de prendre leur voiture pour faire le plein d’essence.

- Remplacer le long, coûteux et somme toute inutile processus électoral présidentiel par l’élection automatique du directeur général d’un institut de sondage jugé représentatif par le Président du Conseil constitutionnel.

 

 

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Jardiniers

Ceux qui binent le réel

Ceux qui sarclent les combines

Ceux qui savourent les simples

Ceux qui pensent ce qu’ils font

Ceux qu’éblouit l’ignorance

Ceux qui honorent le différent

Ceux qui échappent

Ceux qui cherchent

Ceux à qui on ne la fait pas

Ceux qui refusent

Ceux qui jouissent de l’insoutenable poétique

Ceux qui rêvent un autre monde

Ceux qui aiment

Ceux qui amis nombreux

Ceux qui gais et joyeux

Ceux qui triment

Ceux qui se délectent

Ceux qui à la tienne Etienne

Ceux qui donnent la main

Ceux qui mystèrent

Ceux qui écoutent

Ceux qui s’étonnent

Tous ceux qui ne s’en font pas une gloire

 

 

 

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 Langage

Victor Klemperer (LTI, la langue du IIIe Reich– Albin Michel Pocket 1998), Jean Clair (La barbarie ordinaire – Gallimard 2001), Eric Hazan (LQR, la propagande au quotidien – Raisons d’agir 2006) se sont tour à tour penchés sur l’infection des esprits due à la dénaturation du langage. De son côté, Jean-Claude Michéa (L’enseignement de l’ignorance – Climats 1999) s’est notamment attaché à la transformation de l’enseignement par le recours à la méthode des choix multiples (QCM) favorisant le conditionnement mental et la disparition de tout esprit critique, si dangereux pour le système en place. QCM, procédé pavlovien par excellence. Outil non négligeable de la formation des futurs médecins.

Euphémisation (atténuation), valorisation-dévalorisation par emploi du superlatif ou du péjoratif, faux sens et antinomies sont les principaux agents de la perte de substance du langage et de son remplacement par une bouillie verbale strictement réflexe, exempte de tout effort de pensée.

 

Quelques exemples :

 

Agriculteur devient Exploitant agricole

Assistance publique, Travail social

Aveugle, Non voyant

Bombardement, Frappe chirurgicale

Clochard, SDF, Rmiste

Connaissance, Compétences

Consumérisme, Ouverture des marchés

Cotisations sociales, Charges sociales

Destruction du patrimoine, Modernisation, Rénovation urbaine

Effet de mode, Programme culturel

Elève, Apprenant   

Etat de guerre, Plan de Paix

Financement du privé par secteur public, Partenariat

Gardiens de la Paix, Forces de l’ordre

Handicap physique, Mobilité réduite

Hégémonie, Dialogue Nord-Sud, Mondialisme, Modernité

Instruction civique, Education citoyenne

Licenciement collectif, Plan social

Main d’œuvre, Ressources humaines

Manœuvre balais, Technicien de surface

Massacres, Dégâts collatéraux

Pauvreté absolue, Voie de développement

Perte d’identité, Intégration

Récession économique, Phénomène d’ajustement

Refus d’orientation politique nouvelle, Lutte contre le déclin, la décadence

Répression des fraudes, Maîtrise des risques

Sauvagerie économique, Libéralisme

Seuil de tolérance, Rejet

Sourd, Mal entendant

Souveraineté, Préférence nationale

Veilleur de nuit, Agent de sécurité

Vieillesse, Troisième, Quatrième âge

 

 

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F.N.

La force du Front National tient à ce qu’il pointe les faux-semblants, mièvreries et dérobades de ses adversaires, ce qui lui permet de faire l’impasse sur lui-même. Il a beau jeu de dénoncer l’UMPS qu’il confond habilement dans un même ensemble. En louvoyant et en finassant ces formations politiques donnent des armes au FN qui se contente de les dénoncer à point nommé. De la dénonciation il tire sa force, ce qu’il décrit est vrai et cela le dispense de toute proposition.

A peu de frais le FN parait radical face à des matamores inconsistants, pleutres prêts à tous aménagements, à toutes renonciations.

L’UMP lui court après, le PS accumule les pas de clerc et court après une partie de l’électorat UMP, moyennant quoi le FN caracole et fustige.

Le courage serait de prendre des positions fermes, de les affirmer et de les assumer.

 

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20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 09:53

Démocratie

 L’un de ces cache-sexes commodes pour masquer bien des excès et des déviances. L’un de ces mots tellement usés qu’ils finissent par ne plus rien signaler d’autre qu’un simple tic de langage.

Il faut certainement beaucoup pratiquer l’humilité pour prétendre à un comportement démocratique. Savoir parvenir à respecter profondément l’Autre dans sa différence, l’admettre, l’écouter et tenter de faire siennes quelques une de ses propositions, comme un enrichissement possible.

La démocratie ne se décrète pas plus qu’elle ne s’impose, elle se pratique au quotidien. Toute volonté de prévaloir lui est antinomique.

Parler de démocratie associée au parlementarisme tel que pratiqué en France est une véritable tromperie. Démocratie et système parlementaire à la sauce actuelle sont parfaitement incompatibles. Qu’une majorité absolue d’où quelle soit issue puisse bloquer tout débat le temps d’une législature suffit à la démonstration. Comment concilier la nécessité de décisions de long terme avec le temps d'action limité de dirigeants dont l’urgence est d’effacer la marque de leur prédécesseur immédiat et d’assurer leur propre réélection ? Un tel état périme toute recherche de consensus, toute confrontation d’idées ; invoquer la légitimité du suffrage universel et s’en repaître ankylose la possibilité d’adaptation progressive au devenir. Notre démocratie parlementaire n’étant en rien représentative de la mosaïque sociale, le système, par son côté oppressif et répressif, est évidemment gros de tous les rejets possibles. Puisqu’elle ne peut pas se faire entendre à l’Assemblée où elle est vouée à l’échec, il est tout à fait normal que la contestation s’exprime dans la rue. Les règles en vigueur sont forcément grosses des menaces de dérapages qu’elles suscitent en permanence du fait de leur déséquilibre initial.

Piètre illusion que la démocratie républicaine, véritable soleil noir.

 

 

Dieu (ou ses substituts : idéologie, parti...)

Son existence supposée justifie les tueries par l’emploi permanent de son « Saint Nom ».

« Appeler à conduire les affaires humaines au nom du dieu ne peut qu’engendrer des fanatiques capables de tous les désastres » (Abdelwahab Meddeb, La maladie de l’Islam, éd. du Seuil, col. Essais 2005).

La démocratie à la sauce occidentale se montre fort tolérante à l’égard des meurtres et des atrocités génocidaires commis au nom du Créateur. Elle signe par là son inexistence absolue.

Les États-Unis, la Russie de Poutine et l’islam condamnent, massacrent et exécutent à tue et à toi sans aucune retenue ; la cause est entendue.

Le nazisme a si bien gagné les esprits que l’homme est devenu tranquillement capable de détruire l’humanité entière, ainsi que la planète.

 

 

Disponible

Attendre plein de désir le moment, l’événement, la rencontre, l’idée ; veiller, guetter, disponible pour accueillir ce qui se présente et en faire un miellat.

Butiner en permanence.

Raymond Queneau :

« Bon dieu de bon dieu que j’ai envie d’écrire un petit poème

Tiens en voilà justement un qui passe

Petit petit petit

... »

 

 

Hybridation

Il n’y a pas que les gaz à effet de serre pour polluer la planète et rendre l’air irrespirable, l’hybridation et le métissage culturel galopant corrodent sans appel coutumes, héritages et traditions. Ils dissolvent patiemment l’identité des peuples anciennement colonisés et longtemps méprisés au nom de la seule culture qui puisse compter, celle de l’homme blanc. Je me souviens d’une soirée au Kerala, qui n’avait rien à envier à TF 1. Nous étions assis sur des gradins naturels parmi une foule indienne plutôt jeune face à un étrange spectacle révoltant de stupidité, une sorte de « music hall » sans queue ni tête.

Sur les plages de la « petite côte », au sud de Dakar, les footballeurs vêtus de maillots au nom des vedettes internationales du ballon rond ne sauraient se compter.

La multiplication des nations souveraines depuis la décolonisation et la chute du mur de Berlin entraînent parallèlement à ce phénomène mondial d’appauvrissement culturel des revendications identitaires parfois sauvages, impitoyables même. Béances largement offertes aux intégrismes de toutes couleurs. Dans le meilleur des cas, nous ne naviguons qu’en pleine confusion. Les cartes sont brouillées, les références historiques, sociales, politiques, religieuses sont totalement inopérantes.

Deux courants antagonistes s’affrontent : d’une part, la globalisation uniformisante de l’homo cocaliensis entretenue par Le Marché et, d’autre part, l’affirmation véhémente de particularismes - niés surtout depuis l’époque des « grandes découvertes » et de la colonisation -, revendication accompagnant les « indépendances » souvent chèrement acquises.

Dans tous les cas l’Autre ment, par définition ; il fonde par son existence le suspect originel de toute altérité.

 

 

 Mort

L’au-delà de soi : la mort, son image, l’interrogation qu’elle pose, sont permanentes, partout présentes.

Mourir, en soi, n’est probablement rien, sinon le regret de ne jamais connaître la suite. C’est sans doute de l’idée de ce dommage qu’il est assez difficile de se satisfaire. Mais alors jusqu’où faudrait-il aller ? Après tout, il y eut bien un amont que nous n’imaginons que par ouï-dire, ce qui est tout aussi frustrant.

La seule chose qui importe vraiment tient aux conditions de l’événement. Pour bien s’y préparer, il n’est que de s’entraîner à bien vivre quelles que soient les déperditions progressives.

La mort n’entraîne de conséquences que pour les vivants, hallucinés de la mort d’autrui et abusés par les rituels qu’ils s’inventent.

 

  

Naïveté

Il en faut beaucoup pour confier une graine à la terre.

 

 

Politicien

Produit d’élevage, le politicien est un professionnel aguerri, très réactif.

Proche des zombies, il est à l’aise dans le futur simple, avant tout soucieux de l’acquisition et de la conservation du pouvoir dont son élection est le gage. Pour ce faire, il convient d’assurer un service minimum, en s’exprimant le moins précisément possible, en procédant par approximations, en veillant à ne pas trop déplaire.

Outre le fait qu’il estime normal de se dispenser des règles et des usages concernant le commun des mortels, le politicien est un homme de foi : il fait confiance à l’avenir pour faire évoluer les choses dans un sens favorable à ses intérêts.

 

 

Politique

Individu atypique fruit d’une mutation génétique favorisée par la survenue d’événements majeurs inopinés. Doué d’une réelle faculté d’analyse et d’une vision de synthèse, il envisage les évolutions à long terme qu’il met brillamment en perspective. Il n’hésite pas à s’exprimer, voire à heurter, il donne à réfléchir, fait preuve de courage et prend des risques personnels. Pour lui rigueur de pensée et cohérence priment sur la notion de carrière personnelle.

 

 

Sacré

Terme utilisé depuis la nuit des temps pour justifier ou légitimer la violence du puissant sur le faible.

 

  

Ville

Les panneaux volumen où s'enroulent et se déroulent des annonces publicitaires rivalisent avec leurs confrères à messages variables et lumineux. Il s'agit de « mobilier urbain ». Monsieur Propre, Odorono et sanisettes, les hygiénistes disent le prêt à porter de la pensée jetable.

Le décor dispense l'homme, la ville se modernise

Autoponts, échangeurs, souterrains, tunnels, chaussées surélevées, viaducs, giratoires, sens interdits, contre-allées, bateaux, emplacements réservés, vitesses imposées, ralentisseurs, passages protégés, sémaphores, feux clignotants, restrictions temporaires, réglementations, déviations, travaux, circulation alternée, axes prioritaires, caméras, radars, barrières, chicanes, bornes, couloirs réservés, pistes, voies rapides, écoulement du trafic, parcmètres, parkings, barrages, palissades, échafaudages, grillages, chantiers, ponts, passerelles, stationnement, distributeurs, bornes automatiques, enseignes.

Trottoirs, encombrements, détritus, déjections, poubelles, odeurs, pollution, plantations, herbes folles, secteurs piétonniers.

Vent, pluie, soleil, ombre, éclairages, température, oiseaux, animaux.

Voitures, bus, camions, camionnettes, fourgons, taxis, vélos, scooters, motos, rollers, skate boards, patinettes, piétons, vélos, semi-remorques, corbillards, fourgonnettes, engins de travaux, chariots élévateurs, dépanneuses, bennes, trolleys-bus, autobus, tramways, cars, véhicules prioritaires, ambulances, voitures de police, voitures de pompiers, trains, métros, navettes, funiculaire, ascenseurs, escaliers mécaniques, pannes.

A vendre – A louer – Bientôt à cet emplacement… – Pendant les travaux, la vente continue – Horaires d’ouverture – Fermé pour congés – Soldes – Recherche… – Permis de construire – Permis de démolir – Le cabinet est transféré… – Issue de secours – Réservé à la clientèle – Sans issue – Danger – Interdit au public – Port du casque obligatoire – Entrée des fournisseurs – X travaille pour vous...

Vu d’un point haut, le paysage des toits enfouit la ville sous sa carapace d’écailles et sa broussaille d’antennes.

Ça et là s’impose le minéral vitrifié.

Fenêtres, terrasses et balcons prennent le végétal en otage.

Excréments urbains, les zones commerciales, artisanales, industrielles et autres campus, les  banlieues aussi.

 

 

 

 

 

 

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 09:10

Agriculture

Agressive, elle est devenue une arme de destruction massive parvenant à masquer son existence et son emploi permanent. Cette arme procède d’un arsenal richement diversifié : engrais chimiques et pesticides ; culture d’O.G.M. ; emploi généralisé des matières plastiques ; surpâturages et élevage intensif ; déforestation, défrichage et hachis sauvage de haies ; suppression de chemins ; terrassements et apports exogènes ; arrosages intempestifs ; plantations publiques non entretenues, disparition d’espèces et de variétés ; monopolisation de semences ; mécanisation démesurée, constructions sauvages, etc.

La guerre mondiale du commerce assaille la terre et le vivant.

 

Communication

Ce méchant mot s’est infiltré dans le langage en y provoquant des ravages. La mise en commun de propos, d’idées, de préoccupations, de questionnements, d’hypothèses, bref de réflexions et de connaissances, s’est muée en une simple affaire de technique et d’habillage publicitaire destinés à entretenir l’existant et à faciliter la prise de pouvoir de l’économique sur la société tout entière.

Parer des mensonges et des contre vérités et les emballer dans une langue aux senteurs boisées pour masquer la puanteur de la propagandastafel est devenu un art d’excellence.

La Com’ tente d’imposer partout le mirage pour contourner la réalité.Communication et démocratie, un attelage pour le moins bancal.

 

Complaisance

Etonnante et peu supportable la tendance de certaines « minorités » au repliement sur soi. Juifs, homosexuels ou noirs manifestent souvent cet appétit, en général au nom de l’Histoire. Que celle-ci ait été fatale à leurs ancêtres comme à nombre de leurs aînés ne saurait souffrir la moindre contestation. Discriminations, pogroms, esclavage, autant de faits indiscutables. Pourquoi aujourd’hui les ériger en véritables fonds de commerce plaintivo-revendificatifs ? Pourquoi faut-il que juifs et homosexuels éprouvent tant le besoin de se proclamer tels (les noirs en sont dispensés, cela va de soi) alors qu’on ne leur demande rien ? La conduite victimaire possède quelque chose de profondément déplaisant, de même que l’entretien méticuleux d’une différence affichée, vestimentaire, alimentaire ou autre.

Comment peut-on avoir le front de reprocher à l’autre une attitude de différenciation alors que l’on fait une bannière offensive d’une altérité dont on se pare ?

Comment, humain, peut-on vouloir se distinguer de la commune humanité ?

En quoi les criminelles horreurs du passé peuvent-elles se trouver imputées à des interlocuteurs sans autre attache avec ce passé qu’une Histoire nécessairement commune ?

Perverse l’influence de la Bible avec ses affinités électives et ses malédictions selon que l’on soit issu du fils préféré de Noé, Sem, adorateur du Nom unique, ou du fils maudit, Cham, homme du pays chaud, voué à l’esclavage puisque noir de peau.

 

Concertation

Terme obscur qui appartient à la langue de bois la plus classique, généralement employé alors qu’une situation est bloquée et paraît sans issue. Il désigne soit ce qui aurait dû se pratiquer avant toute décision importante et qui n’a pas eu lieu (ce qui permet donc de continuer à s’affronter), soit ce qui est proposé après une décision intempestive malheureuse afin de démontrer la mauvaise foi de celui à qui on cherche à imposer ce qu’il ne veut pas. Une croyance assez répandue prête quelque vertu magique à ce vocable, d’où son emploi fréquent.

Ce mot s’origine curieusement dans une idée d’affrontement entre athlètes (concertatio : lutte).

 

Familles Les belles familles » – J. Prévert, Paroles)

Simulacre et double langage règnent en maître. On prétend ceci ou cela, on prend la pose et on fait des mines sous divers prétextes empruntés à la plus parfaite hypocrisie bien pensante. D’autant plus ignorées qu’elles hurlent leur existence, les différences et les inimitiés jamais ne se trouvent évoquées. L’alibi des liens familiaux, véritable tunique de Nessus, empoisonne irrémédiablement des relations tissées d’intérêts non compatibles.

Ce qui se trame en silence enchaîne en permanence. Personne n’en dit rien, chacun éprouve l’état de fait en un silence confit. Le langage ne sert qu’à cacher. Dire afin surtout d’éviter de dire ; le Verbe s’est fait Taire.

Faire comme si seul importe. Un terrifiant processus de destruction de soi agit dans l’obscurité d’une feinte bienséance.

Unique objet de sentiment, l’Avoir pudiquement évoqué permet une avide et cynique indécence, le regard doucereux porté ailleurs.

Tout est crypté, gestes, paroles, silences.

L’opacité de la langue si justement décriée chez les politiques trouve ici son terreau.

 

Gauche

Nom commun féminin (archaïque), terme d’emprunt synonyme d’illusion optique.

Dans le langage courant sert à désigner le fonds de commerce d’un escamoteur. Au sens figuré, politique de gauche : faire prendre des vessies pour des lanternes.

« J’ai toujours été affligé que, dans le meilleur des mondes possibles, il y eut des cailloux dans les vessies, attendu que les vessies ne sont pas plus faites pour être des carrières que des lanternes ; mais je me suis toujours soumis à la Providence » - (Voltaire, cité par Littré)

 

Gracq (Julien)

Avec La littérature à l’estomac il dénonce dès 1950 la dérive marchande qui nous ravage aujourd’hui.

Un dramatique changement d’échelle des connaissances a induit à cette époque un double mouvement dans le public lecteur ou non (l’avoir vraiment lu a commencé à devenir de moindre importance pour s’autoriser à parler d’un auteur). Depuis lors, ce mouvement se caractérise a la fois par une dépendance commandant la recherche de cautions spécialisées pour se prononcer sur une œuvre (donc la perte de toute liberté de jugement à partir d’appréciations personnelles) ; ainsi que par une soumission à l’autorité établie entraînant des comportements de bête domestique acceptant la nourriture qu’on veut bien lui donner.

Gracq moque le spectre infra littéraire fait de braderies, congrès, vernissages, expositions, rencontres diverses et signatures, avec son corollaire la promotion du vedettariat des têtes d’affiche ; être une figure de l’actualité importe davantage que l’intérêt de l’œuvre. Aujourd’hui passer à la télé confère une incontestable autorité.

Près de soixante ans après ces considérations, pouvons-nous encore parler de littérature ? Si oui, où se terre-t-elle ? A quoi ressortissent Philippe Sollers, Jean d’Ormesson, Michel Houellebecq, Bernard-Henri Lévy, Michel Onfray et autres pisseurs de copies partout présents en têtes de gondoles ?

 

Guerres (de religion)

Aujourd’hui comme hier, le recours au religieux permet de légitimer l’action politique. Les guerres de religion (1517-1648), précédées et accompagnées par l’Inquisition, préfigurent les excès de la Révolution et les barbaries du 20è siècle. Il s’agit alors de détruire l’Autre parce que sa différence n’est pas plus admissible que sa liberté de conscience ; une simple anticipation du « nettoyage ethnique ».

La Révocation de l’Édit de Nantes n’est-elle pas aussi une discrimination raciste ?

Jules Michelet : « Que la terreur révolutionnaire se garde bien de se comparer à l’Inquisition ! Qu’elle ne se vante jamais d’avoir, dans ses deux ou trois ans, rendu au vieux système ce qu’il nous fit six cents ans ! (...) Qu’est-ce que c’est que les 16 000 guillotinés de l’une devant ces millions d’hommes égorgés, pendus, rompus, ce pyramidal bûcher, ces masses de chairs brûlées, que l’autre à montées jusqu’au ciel ? La seule Inquisition d’une des provinces d’Espagne établit, dans un moment authentique, qu’en seize années elle brûla 20 000 hommes (...) Mais pourquoi parler de l’Espagne, plutôt que des Albigeois, plutôt que des Vaudois des Alpes, plutôt que des Bégards de Flandre, que des Protestants de France, plutôt que de l’effroyable croisade des Hussites, et de tant de peuples que le Pape livrait à l’épée ? (...) L’histoire ... dira aussi que l’Église du Moyen âge s’épuisa en inventions pour augmenter la souffrance, pour la rendre poignante, pénétrante, qu’elle trouva des arts exquis de torture, des moyens ingénieux pour faire que, sans mourir, on savourât longtemps la mort... » (Histoire de la Révolution française)

 

Incohérence

Si souvent décrié par les redoutables champions de la bienséante cohérence son contraire offre quelques attraits.

L’incohérence a d’abord l’avantage de faire front à la morne unité logique des faiseurs de raisons et autres ratiocineurs ; elle admet des échappées poétiques sources de découvertes totalement inattendues. Grâce à elle des voies insolites peuvent être empruntées, le jeu des possibles s’enrichit en permanence par la saisie de l’insupposé qu’il offre. Si l’incohérence conduit à l’excentricité qu’elle en soit louée. Pouvoir s’ex-centrer apporte une liberté hautement appréciable car elle incite à se départir des idées obligées, balisées, communes, pasteurisées, pavlovisées, lyophilisées, allant de soi. Par cette liberté s’inscrivent le doute, l’ambivalence et l’irrespect, quoi de plus cher ? Des contradictions apparaissent ? La belle affaire ! C’est de notre humaine nature qu’il s’agit ; la vie vivante et non confite serait-elle cohérente ? Allers retours, divergences, diversions, la vie bouillonne, brouillonne. L’incohérence ne constitue certainement pas une fin en soi, elle n’a rien de condamnable cependant. Admise et reconnue pour ce qu’elle est, elle enrichit la personne par les éclairs dont elle se charge.

« On n’est fécond qu’à ce prix : être riche de contradictions » (F. Nietzsche « La morale, une anti-nature », in « Crépuscule des idoles » Folio, essais 2006).

Reconnaissons que si tout ceci paraît évident pour l’individu, des conséquences seraient à envisager pour les États et leurs administrés.

Une limite indépassable à l’incohérence : la canaillerie morale.

 

Information

C’est l’overdose, l’avalanche, le dégueulis permanent, jamais de répit. Nous savons tout sur tout, nous pouvons tout trouver sur tout, si bien que plus rien ne ressort, que l’uniformité gagne partout. En flots serrés, chaque nouvelle chasse les précédentes.

Nous savons tout des scandales grands et petits. Ils sont si nombreux que la plupart perdent leur caractère, sitôt dénoncés ils sont éventés, le scandale est normal, habituel, accoutumé, toujours relatif. Nous baignons dans l’eau fétide du scandale de droite, de gauche, de partout.

Plus nous savons, moins nous parvenons à nous insurger. S’insurger parait ridicule, inutile, vain, inadapté, hors de proportion. Le trop submerge, indigestion, intoxication.

Alors ? Comme Ulysse s’attacher au mât, se boucher les oreilles, porter le regard ailleurs pour franchir la passe.

IGNORER et poursuivre sa route avec les quelques compagnons connus, arts et littérature.

 

Israël

Ce que le 20è siècle a fait subir aux Juifs demeure inscrit à jamais comme une marque suprême de la barbarie dont l’homme est capable. Inadmissible, inexcusable, injustifiable. Une tache indélébile marque l’histoire de la France des années de guerre et d’occupation, rien ne la peut effacer, en reconnaître l’existence ne saurait souffrir aucune discussion.

Plus de soixante ans se sont écoulés depuis la Libération. La culpabilité a engendré une hypersensibilité à la question juive, comme si elle focalisait à elle seule toute l’horreur du racisme et de ses conséquences. Aujourd’hui, critiques fondées à l’égard de la politique israélienne ou simples réserves à propos de tel ou tel fait d’actualité sont abusivement taxées d’antisémitisme par des vigiles plus que sourcilleux. Il semblerait que l’histoire se soit arrêtée sans qu’aucune mise en perspective ne puisse jamais intervenir. La honte et l’effroi auraient comme annihilé toute possibilité d’actualisation. Les maux qu’ont endurés les juifs devraient les sanctifier à jamais.

Les générations postérieures à l’époque de la guerre, victimaires, érigent l’holocauste en une sorte de fonds de commerce. Qu’une agression soit commise contre un lieu ou contre un individu, elle suscite une émotion et des réactions décuplées dès lors qu’il s’agit soit d’une synagogue, soit d’une personne dont on découvre après coup la judéité. Non seulement la « communauté » et le CRIF se mobilisent et rameutent leurs troupes mais la classe politique emboîte le pas.

S’insurger est à chaque fois nécessaire, mais que ce ne soit pas à sens unique. Que ce ne soit pas non plus au prix du silence sur les menées fascisantes et colonialistes de l’État d’Israël.

Le fait que des Français, parce que juifs, soutiennent et justifient les actions du gouvernement israélien, qu’ils se comportent comme s’ils avaient la double nationalité, est peu admissible.

 

Représentativité

Comme démocratie voici un terme employé à tout bout de champ par ceux qui se drapent dans les apparences de la « représentation nationale ». Que vaut cette représentation ? Être élu constitue-t-il un gage quelconque ?

Que ce soit dans les Assemblées ou dans les partis, les diverses composantes de la Nation sont très inégalement présentes. Femmes, employés, artisans, jeunes adultes, responsables de partis ou d’organisations minoritaires, se trouvent souvent à l’écart de la table du banquet, ils sont invalides.

Les « notables », outre le cumul des mandats, gardiennent jalousement leurs prébendes ; certains s’enorgueillissent d’être en place depuis plusieurs décennies (cela peut aller jusqu’à cinquante ans, voire plus – VGE, Mitterrand, Chirac, pour les plus célèbres -), ils se prétendent représentants de la Nation, dépositaires de la volonté populaire. Cela n’est possible que parce que le système est bloqué. Où est la démocratie là-dedans ? Comment s’étonner que la rue se substitue de temps à autre à l’expression feutrée et anesthésiante du vote majoritaire ?

Y a-t-il un autre pays prétendu démocratique où de telles situations existent ?

 

Spiritualité

Un concept équivoque.

La spiritualité tient à ce qui est indépendant de la matière corporelle. Elle abrite l’ensemble des croyances relatives à la vie de l’âme. La spiritualité fait partie de la trousse à outils de la religion, soigneusement remisée dans la pochette « premiers secours ».

Ce mot est un dangereux véhicule, il entretient un ignorant aveuglement. Il masque des illusions, des fables, des angoisses, un profond refus de notre inconnaissance fondamentale. Il représente l’un des plus parfaits modes d’asservissement qui se puisse imaginer. Il introduit dans le discours le dualisme comme allant de soi. Spiritualité distingue matière et esprit, comme si celui-ci était indépendant de celle-là.

La divine noblesse de l’esprit assimilé à un souffle envoyé par Dieu, contre l’ignoble asservissement de la matière au Démon.

Qui a jamais capturé et mis en bouteille un souffle du Saint-Esprit, curieusement représenté dans l’iconographie chrétienne par une variété de pigeon domestique ?

En quoi le fait qu’une activité mentale existe, que des émotions, des sentiments, des aspirations, des besoins, des désirs, des pensées nous habitent justifie la création d’une catégorie aussi inepte que la vie spirituelle ? Prétendre que le spirituel échappe à la matérialité équivaut à poser que l’électricité est indépendante des phénomènes physiques. Le transcendant religieux convoque l’esprit comme une négation de la Nature, il agit de manière antinaturelle contre la liberté humaine, ainsi que le relève Sartre (Situations II).

Avec un solide bon sens, le très salubre Rabelais affirme que les esprits animaux sont affinés par le cerveau, sans plus (Le Tiers livre, 4).

Sensibilité, mémoire, culture, perceptions, produisent l’immatériel de la pensée, constituent son inconnue. Est-ce une raison suffisante pour inventer un monde merveilleux, le déclarer vrai et imposer aux gogos des contes de fées ?

 

 

 

 

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