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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 09:27

 

 

De nombreuses raisons d’être réticent, de fortes réserves à formuler su certaines propositions, une organisation assez contestable, des réalisations inconsidérées (le J1 qui fermera à partir de mai faute de climatisation), des affectations financières sans doute incertaines…

MAIS

 

- Un parcours ponctué de sculptures vient d’être inauguré dans la vallée de l’Huveaune.

Ces sculptures ne sont en fait que des mannequins moulés, sans intérêt artistique véritable. On pourrait aussi bien les voir dans une vitrine de magasin de fringues. Peu importe qu’il s’agisse d’art ou non, ce qui compte tient à ce qu’a permis ce projet et sa réalisation : des gens d’origines diverses se sont rencontrés, ils ont échangé et se sont mobilisés pour mettre en valeur le lit d’une rivière côtière unissant le massif de la Sainte-Baume au Parc Régional des Calanques. Lit de la rivière = liaison citoyenne. Des personnes se sont unies pour poser une série d’actes significatifs dans le sens d’une réappropriation de leur cadre de vie, et les élus locaux ont avalisé. Cette action collective s’est déroulée selon le processus nouveaux commanditaires dont j’ai parlé dans mes « Brèves » 10, sous la rubrique Désir d’art, et 14, A propos d’œuvre et d’artiste (une inauguration emblématique en Camargue).

L’œuvre réside en partie dans ce qu’elle suscite, création artistique et vie publique ont à voir plus qu’on ne pense généralement.

 

- Sur le terre-plein du J4, à l’entrée du port de commerce, le chantier du MuCem attire en permanence des visiteurs curieux. Ce musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée ne sera inauguré qu’en juin et déjà il fait évènement. L’architecture conçue par Rudy Riccioti intrigue par son apparente évidence, sa fonctionnalité et la nature du matériau de base employé, un béton fibré de très haute technicité produit dans la région (Riccioti, dont l’agence est installée dans le Var, insiste sur l’importance du produire local opposé à l’importation de techniques préfabriquées en Asie ou ailleurs). Il semblerait que ce chantier qui a tant tardé à démarrer suscite d’ores et déjà un certain enthousiasme. Lignes pures, un cube, souci de liaison avec l’antique Fort Saint-Jean rénové et aménagé, accès aisés favorisant la balade et la découverte du paysage, sobriété de la décoration, une résille pare- soleil évoquant un immense moucharabieh. Pas grand-chose à voir avec les habituelles architectures autoritaires des bâtiments officiels.

 

[A deux pas, comme un contre-point propre à renforcer l’intérêt du MuCem, s’érige la Villa Méditerranée au bien curieux intitulé. Nous sommes là dans le droit fil de l’architecture internationale mégalomaniaque dont Calatrava et Nouvel, entre autres, sont de vaillants représentants. L’architecte qui signe l’édifice, Stefano Boeri, parle d’un « geste architectural et culturel audacieux » (sic)… Vive la prouesse technique, pour la prouesse !  En fait une foutaise prétentieuse à la destinée incertaine, budgétivore, malheureusement plantée là en une stupide rivalité portée par le Conseil Régional.

Toutes les caractéristiques de l’aberration semblent réunies. Puissè-je me tromper.]

 

- Face à la mer, dans l’ancienne Station sanitaire maritime réhabilitée dont Fernand Pouillon fut l’un des trois architectes, vient de s’ouvrir le musée Regards de Provence. Ce bâtiment initialement destiné à s’assurer de l’état de santé des immigrants (le souvenir des épidémies propagées à partir du grand large demeurait vivace jusqu’après la seconde guerre mondiale) n’a que très peu fonctionné. Vite abandonné, tombé en déshérence, saccagé, incendié, il faillit être démoli. Sauvé in extremis à l’occasion de Marseille 2013, il semble attirer d’emblée de nombreux visiteurs et devrait confirmer son succès premier. Curieux destin que celui de cette Station sanitaire.

Une vidéo retrace l’histoire de la Peste de 1720 (100 000 victimes) due à la voracité financière de gros négociants passant outre les interdits en s’appropriant les marchandises consignées récemment arrivées au port. Dans une seconde partie cette vidéo présente la conception et le fonctionnement prévu de la Station. Alors que celle-ci fut construite en 1948, la froideur technique des impératifs sanitaires ne va pas sans évoquer l’horreur des chambres à gaz.

Une collection des peintres de la Provence occupe la plus grande partie de l’espace muséal. Très rares sont les toiles présentant un intérêt véritable, beaucoup sont faibles, mais la réunion de nombreux artistes possédant un réel savoir-faire, attachés aux lumières et aux paysages provençaux, soucieux d’en traduire ce qui les inspire, finit par être attachante. Cette collection a valeur de témoignage, c’est elle sans doute qui fait œuvre. N’oublions pas cependant l’agrément de découvrir ça et là André Lhote, Francis Picabia (surprenant), Edouard Pignon, Othon Friesz…

Parmi les contemporains, le plaisir est réel de rencontrer Piotr Klemensievicz, Jean-Jacques Ceccarelli, ainsi que des photomontages incisifs de Christian Garcin. Il convient également de citer les personnages sculptés et peints dans la manière de l’art brut par Luc Dubost. Des créatures hybrides, animalcules hominiens, sculptures en polyester que François Mezzapelle réalise avec humour depuis des années, ponctuent l’espace. Pour une fois quelques régionaux de l’étape sont présents, voilà qui est positif. Il en est beaucoup d’autres qui mériteraient d’être signalés en divers lieux à l’occasion de cette année capitale.

Le restaurant panoramique fort convenable mérite également une mention. Il est agréable d’y être servi par du personnel attentif et aimable.

L’art et la culture sont créateurs d’emploi. Certaines villes l’ont compris depuis longtemps. 

Qu'en sera-t-il de Marseille ?

 

- Roland Hayrabedian, le très attentif chef et directeur artistique de l’ensemble Musicatreize (lauréat des Victoires de la Musique en 2007), a décidé de s’engager à fond pour l’année Capitale dès lors qu’il en fut question. Il vient de conduire L’Odyssée 2013, une œuvre magistrale composée spécialement par Oscar Strasnoy sur un livret d’Alberto Manguel. On en parlait depuis plus de deux ans. Nous y sommes. Ce fut grandiose.

Un Ulysse multiforme nous entraîne dans une gigantesque épopée multilingue que nous content 370 exécutants, solistes et musiciens professionnels, mais aussi chœurs amateurs répartis sur la scène et dans la salle. Cet extraordinaire concert, assorti d’une impressionnante scénographie, sûrement aussi démesuré que le furent en leur temps certaines des créations de Berlioz, donné à deux reprises au théâtre du Merlan, marque une étape importante dans la programmation de cette année. C’est un peu comme s’il en signalait la véritable ouverture en donnant l’impulsion qui a manqué jusqu’à présent.

Et puis cette générosité d’associer des ensembles amateurs sollicités au maximum de leurs compétences par l’exceptionnel de l’enjeu. Cette association a permis à l’évidence de faire venir un public qui autrement ne se serait certainement pas cru autorisé à écouter une œuvre de cette ampleur. Ou tout simplement pas du tout concerné. A chaque fois la salle de 400 places était archicomble, et le théâtre se trouve dans les quartiers nord de Marseille, inséré dans un centre commercial…

L’importance de l’évènement sera-t-elle perçue à sa juste mesure et prise en compte comme il convient ?

L’art et la culture facteurs d’intégration.

 

 

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28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 14:41

Avis de gros temps

 

Un ministre du budget démissionnaire sur fond d’évasion fiscale, un ancien président de la République déprécié et mis en examen sur fond de tripatouillage financier, des juges violemment pris à parti (comme dans l’Italie berlusconienne), une élection partielle soulignant la perte de crédit du parti au pouvoir et l’attrait de l’extrémisme, un taux de chômage immaîtrisable, une manifestation anti-gouvernementale rappelant les ligues d’avant guerre, la politique financière européenne en pleine déconfiture, un gouvernement paraissant à la dérive, un actuel président déconsidéré…

Voilà qui renvoie à de sinistres précédents. Il serait grand temps d’affermir les manœuvres de l’équipage et de tenter une navigation autonome.

 

 

 

Lecture :

 

Une Citation

 

« Le vingtième siècle fut celui des masses. Les foules qui saluent les dictateurs, les libérateurs, et les masses déportées, exterminées. Les foules pourchassées, déplacées. Les foules qui passent les frontières. Les mouvements collectifs. Les manifestations. Et les grands magasins puis les supermarchés, hypermarchés. Les villes s’étendent, leurs habitants se multiplient, les bâtiments s’étirent, s’allongent, ils forment des cités striées de barres horizontales ou verticales. Toujours plus indifférenciés… les téléspectateurs se multiplient. »

(Cécile Wajsbrot – L’île aux musées – Christian Bourgois éditeur 2013 – 8€)

 

Un livre

 

Jean-Claude Michéa vient de publier aux éditions Climat (mars 2013) un livre dense et argumenté – Les mystères de la Gauche (134 p., 14 €) –. Une fois la lecture terminée, un constat en forme de confirmation s’impose : la Gauche socialio-solférinienne s’apparente depuis longtemps au stade suprême du capitalisme.

 

 

 

Mélenchon

 

Jean-Luc Mélenchon est l’un des très rares hommes politiques à avoir des choses à dire, et à parler clair (dans un registre très différent François Bayrou en est un autre). Et pourtant il ne semble pas qu’il réussisse à convaincre davantage que lors de la campagne présidentielle. S’il ne parvient pas à l’emporter c’est notamment parce qu’il se heurte sans cesse à des échotiers toujours plus sensibles à la forme qu’au fond qu’ils écartent soigneusement. D’où ses outrances langagières, sorte de martelage imposé pour tenter de se faire entendre.

Mais en se livrant à des attaques personnelles virulentes, soulignées à satiété par des interlocuteurs masquant ainsi la pertinence de ses propos, il tombe évidemment dans le piège pervers d’interviewers pour lesquels seules importent les apparences mousseuses de leur surdité délibérée.

Très présent, hyperactif, sollicité car avec lui le numéro est assuré, comment se fait-il qu’il se présente seul sous les projecteurs, sans laisser de temps à autre la place à l’un de ses commensaux ? Son talent et sa capacité de réflexion sont indéniables, sa principale faiblesse tient à ce qu’il prête le flanc à la meute chargée de le discréditer.

 

En son temps Marchais vitupérait les journalistes. La pantomime de Guignol rossant le gendarme faisait recette, mais cela n’est jamais parvenu à dépasser la célébrité médiatique si fortement entretenue par la société du spectacle permanent.

 

 

 

Niaiserie

 

Un canard désœuvré, dénué de tout argumentaire, barbote dans le marigot : à l’issue de l’élection partielle qui vient de se dérouler dans l’Oise, Harlem Désir demande à Jean-François Copé de clarifier la ligne de l’UMP face au FN.

Peut-on imaginer interpellation plus ridicule, plus dénuée de sens ?

Cette demande ahurissante témoigne d’une impuissance flagrante nourrie d’une absence totale de réflexion.

 

 

 

 

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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 15:17

Jean-François Kahn, L’Invention des Français – Du temps de nos folies gauloises (Fayard, 2013, 589 p. – 23 €)

 

Gros, très gros livre, trop gros surtout en raison d’une structure pas toujours évidente.

Projet initial d’historien, devenu journaliste, J-F Kahn entreprend ici une vaste aventure : fouiller nos origines dans une large période (d’environ – 600 à + 500) dénuée de traces historiques sérieuses. Il tente une évocation recréatrice d’une époque et de lieux ignorés.

Le polémiste bien connu cultive sa désinvolture stylistique, il écrit en chemisette manches courtes, col ouvert. La verve à laquelle il se complait entretient parfois une certaine confusion. Mais tel est l’homme et ce qui fait la qualité de sa dissonance.

 

L’intérêt majeur du livre tient aux analogies qu’il tente avec l’époque moderne. L’auteur s’efforce souvent avec succès d’examiner les évènements du passé à la lumière de ce qui donne sens aujourd’hui. Il se fonde sur la mise en lumière du « tout est déjà là », les germes propres à faire comprendre les surprises apparentes, voire les supposées incohérences, et cherche ainsi à « réintégrer dans l’Histoire une Gaule hors de l’Histoire. »

A plusieurs reprises des comparaisons sont proposées avec les guerres d’indépendance des pays colonisés, Algérie ou Tunisie par exemple, ainsi qu’avec la sujétion et la disparition des peuplades indiennes d’Amérique du Nord.

 

Cette fresque romanesque, incroyable enchaînement de westerns, nous fait longuement côtoyer Néron, notre empereur à nous les gaulois, diabolisé tout comme Attila plus tard, présenté comme l’un des éléments fondateurs de la réactivité gauloise. Ce monstre préfigurerait Staline ou Pol Pot, mais aussi Goering pillant les œuvres d’art. Au fil des pages apparaissent non seulement Claude, Vespasien, Agrippine, Messaline, Poppée, Titus, Bérénice, Hadrien, Domitien, Tibère, mais aussi Lénine, Louis XIV (Roi jupitérien peu avare de maltraitances), Kadhafi, Napoléon (césarisme et bonapartisme vont de pair), Clovis et Vercingétorix. Les évocations sont souvent brillantes.

 

Les révoltes gauloises sont le plus souvent tournées contre les dérives du pouvoir à Rome. Imprégnée de Rome, la Gaule s’insurge essentiellement contre la Rome décadente et les querelles impériales. Il s’agit souvent de défendre Rome contre elle-même. Nous assistons à un balancement entre identité faible et romanité revendiquée.

 

La question est clairement posée du pourquoi de la notoriété de Vercingétorix et de la mythification d’Alésia. Cela au détriment de révoltes bien plus importantes menées par Vindex ou Civilis, dont l’existence est occultée par la plupart des historiens. « Le Gaulois est tellement muet que tout le monde peut parler à sa place : les républicains l’ont annexé, les nationalistes l’ont empaillé. Les monarchistes l’avaient dissous. »

César, modèle de bien des despotes, parait jouer un rôle central dans l’Histoire d’une Gaule qu’il inventa sans doute pour servir sa gloire.

 

« De l’explosion artistique de Lascaux à la capitulation de Vercingétorix, quels furent les ingrédients de ce qui permit de faire la France ? »

Alors que les gaulois, en fait un ensemble de peuplades diverses occupant grosso modo l’espace du Benelux, de la France et de la Suisse actuels, ne possédaient ni écriture, ni littérature, la Gaule est devenue gallo-romaine par le biais d’une culture conquérante. Le parallèle avec l’emprise actuelle de l’anglo-américain et de ses modes surgit évidemment. Ce sont Virgile, Ovide, Horace, Tite Live, Sénèque, Lucrèce et quelques autres qui ont peu à peu fondé une certaine cohésion.

C’est à partir de là que la Gaule romanisa ses envahisseurs.  

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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 12:34

A l’évidence certains le connaissent depuis longtemps, Abd al Malik est un rappeur de grand talent, plusieurs fois lauré par des institutions non négligeables (Académie Charles Cros, Victoires de la Musique, Sacem…).

Il vient de créer à Aix-en-Provence L’art et la Révolte, un spectacle « librement inspiré de l’œuvre d’Albert Camus », dans la ville même où il s’est avéré impossible d’organiser une exposition célébrant celui-ci à l’occasion de l’année capitale Marseille-Provence 2013. Jolie réponse à une lamentable confusion.

Cette création est forte et émouvante à plus d’un titre. Que s’inscrive si nettement dans le sillage de Camus un auteur interprète venu d’un milieu marqué comme  celui du rap est en soi quelque chose de très notable. Né à Paris, quelques années au Congo,  jeunesse difficile dans une banlieue strasbourgeoise, c’est à l’âge de quatorze ans qu’il a découvert L’envers et l’endroit, textes de jeunesse d’Albert Camus, et qu’a débuté sa connivence avec l’écrivain chez qui il a décelé « ce farouche besoin de représenter « son peuple », de représenter les siens et, par eux, de chercher inlassablement le moyen de se connecter à tous. » (L’art et la révolte, programme de salle)

Musique et chorégraphie accompagnent des textes à mi-chemin entre déclamation théâtrale et chant. Certains d’entre eux ont la forme de ballades, le legs lointain de François Villon vient spontanément à l’esprit. L’interprétation d’un texte intitulé Gibraltar, liaison entre les deux rives de la Méditerranée, évocation des tribulations de qui s’interroge sur les origines philosophiques et spirituelles de ce qui peut unir les hommes, fait penser au grand Jacques Brel.

Abd al Malik est un véritable artiste, propre à relativiser bien des préjugés, propre à mettre en question bien des certitudes sécuritaires et ministérielles.

Ce spectacle fait l’objet d’une tournée, le manquer serait dommage.

 

 

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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 15:13

A propos d’œuvre et d’artiste

 

Tadashi Kawamata, prolifique artiste international japonais, signe une construction monumentale baptisée Horizons, édifiée sur l’emprise du Musée de la Camargue, au Mas du Pont de Rousty près d’Arles (détails, croquis et photos en cours de réalisation sur Google). Cette réalisation préfigure un projet de parcours comprenant six stations : Les Sentiers de l’eau.

  « Porte ouverte sur le sentier de découverte du Musée de la Camargue, Horizons prend la forme d’un belvédère. Son agencement conduit sur des plateaux d’observation d’où les visiteurs peuvent découvrir un paysage façonné par l’homme et la nature. Evoquant la structure d’un nid ou la proue d’un navire, l’œuvre, visible depuis le sentier de découverte et la route départementale, constitue à la fois un point de repère et une invitation », lit-on sur le carton d’invitation à l’inauguration.

                                            

Remarque liminaire :

Lorsqu’on veut s’en donner les moyens et qu’on consacre le temps nécessaire à la maturation des idées et à leur imprégnation dans les alentours, lorsqu’une volonté est affirmée, relayée et diffusée par une groupe d’acteurs déterminés, il est possible de contourner sinon de lever une grande partie des contraintes administratives et règlementaires qui naturellement réputeraient la chose impossible.

La preuve en est qu’un permis de construire cette chose insolite dans un territoire aussi protégé que le Parc naturel régional de Camargue a pu être obtenu ; gageure folle apparemment et pourtant…

Là où les contraintes semblent affirmer d’emblée que pas grand chose différent de l’accoutumé n’est envisageable, les ignorer au départ, les repousser à plus tard, les réduire une à une pour discerner la force réelle de chacune, parvenir à détourner certaines d’entre elles et faire comme si c’était possible ne demande que… conviction, persévérance et énergie.

 

Au-delà des gamineries auto-gratulentes de la part des personnalités dont la consécration officielle le 1er mars 2013 vient d’offrir le prétexte, saisissons une occasion de nous interroger à la fois sur ce qui fait œuvre, comme sur ce qui fait l’artiste.

 

Le carton d’invitation le dit : il s’agit d’un belvédère, mais d’un type particulier.

 

Autour du Vaccarès, les belvédères sont nombreux.

 

Objets techniques à fonction strictement utilitaire, ils constituent autant d’aménagements ponctuels, souvent répétitifs, indépendants les uns des autres, à usage précis : offrir au public un dispositif propre à une vision d’ensemble d’un panorama donné, selon une perception commune.

Ce qui n’est déjà pas si mal.

 

Alors, un belvédère de plus, mais cette fois pourquoi parle-t-on d’œuvre ?

 

La réponse se situe, me semble-t-il, à plusieurs niveaux :

 

-          Le monument procède d’une réflexion globale sur le site, le paysage, l’histoire, l’esthétique du projet, son insertion dans le contexte. Autrement dit, il s’agit avant tout d’une tentative de mise en relations de données diverses, pour établir et tenter de faire découvrir un certain type de rapport à cette si particulière portion de territoire.

 

-          Horizons a été progressivement élaboré après une minutieuse exploration des lieux de la Camargue. Ce qui existe aujourd’hui n’est qu’un élément à référer à un ensemble à venir, Les Sentiers de l’eau, effort d’ordonnance matérielle d’éléments distincts susceptibles de faire passer de la perception courante la plus banale à la contemplation d’une harmonie poétique.

 

-          Ajoutons à cela qu’à partir d’une esquisse initiale l’artiste a travaillé avec des groupes d’intervenants, étudiants d’Ecoles d’art et artisans, appelés à réagir et à proposer. L’œuvre s’est ainsi peu à peu trouvée partagée, donc appropriée par les protagonistes mobilisés pour sa construction. L’artiste a donné l’impulsion, il a gardé le cap et animé un collectif.

 

-          Le processus est en grande partie une des composantes d’une œuvre dont l’esthétique fait appel aux émotions aussi bien qu’à la stricte raison.

 

Mise en relation de données proches et lointaines, recherche de rapports possibles entre elles, processus de découverte partagée, inscription dans un ensemble, échanges de réflexions fondant un cheminement collectif, souci d’esthétique sollicitant le sensible, autant d’éléments qui signent la différence entre un objet technique strictement fonctionnel, parfaitement interchangeable, si réussi soit-il, et une œuvre d’art, toujours singulière, unique et non substituable à une autre.

 

Au public maintenant de s’approprier cette monumentale et insolite charpente, soucieuse de ménager à quiconque sa pénétration par une rampe très progressive propice à une découverte de sa complexité, avant d’accéder aux plateformes d’observation.

 

Ce n’est jamais l’Ecole qui fait l’artiste, il n’est d’ailleurs pas toujours nécessaire d’en passer par elle. Si les techniques s’acquièrent, être artiste ne s’apprend pas. C’est un caractère naturel auquel on ne peut rien, une sorte d’incontournable nécessité.

Si le besoin de s’exprimer existe en chacun, il est plus ou moins exigeant, il est en tout cas insuffisant, mais toujours à considérer cependant.

Ce qui fait souvent l’artiste c’est qu’il nous dérange par le motif de son travail (ce qui le déclenche) dont nous avons tant de mal parfois à saisir la raison profonde (ce dont il procède). Il s’agit de discernement.

Ce qui fait l’œuvre tient essentiellement au problème artistique qu’elle cherche à résoudre (matériaux, medium, harmonie, couleurs, formes, sonorités…), nous venons de l’évoquer. Il faut aussi qu’un sens soit perceptible. Une énigme ne saurait suffire, pas plus que la virtuosité ou une provocation gratuite toujours vite émoussée.

Lorsque la virtuosité est si apparente qu’elle saute aux yeux, elle cache souvent l’absence de véritable maitrise, voire de propos. Apanage sans doute d’artistes mineurs (en dépit de la célébrité de certains), parfois encensés par une critique soumise à une mode tissée de naïve complaisance et d’ennui total que nous impose l’art officiel et ses conformateurs d’opinion.

La virtuosité véritable se met au service de l’œuvre en s’effaçant. Elle pardonne aux tentatives, elle ne vise pas la réussite garantie reproductible.

 

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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 09:23

Offre exclusive contre désir d’art

 

Dans ma précédente « Brève » j’évoquais le désarroi du public face à l’offre dominante des institutions en matière d’art. Comment pourrait-il en être autrement alors que les officiels de l’art s’acharnent à imposer leurs choix marchands ? Il s’agit d’un écart comparable à celui que l’on rencontre en matière d’aménagement d’espace public, où la concertation véritable n’est pas du tout la règle. Quelques-uns, autoproclamés Grands Sachants compétents, décident de ce qu’ils estiment bon et pertinent pour les autres.

 

Pouvoir de décision unilatéral et mépris du plus grand nombre vont de pair.

 

Il est vrai que parfois des artistes eux-mêmes, pas nécessairement encartés dans le circuit strictement marchand haut de gamme, entretiennent ce fossé. Je pense en particulier à tous ceux qui œuvrent, souvent avec bonheur bien que de manière absconse, dans l’intervalle entre l’art et les sciences. S’il est relativement facile de distinguer l’activité du Léonard de Vinci artiste stricto sensu de l’encyclopédiste se tenant aux franges de l’architecture, de la physique, de la mécanique ou de la physiologie, le distinguo est aujourd’hui beaucoup plus compliqué, ne serait-ce qu’en raison de l’envahissement de notre monde par les sciences et les techniques de pointe.

Assimiler à l’art des recherches esthétiques fondées sur des connaissances à caractère scientifique se tient hors de l’évidence et ne favorise pas nécessairement leur accessibilité.

 

De surcroît, de nombreux artistes empruntent des mediums de tous ordres pour leur travail. Celui-ci se présente alors souvent sous la forme d’installations triviales, de banales productions audio-visuelles, de métaphores univoques s’apparentant parfois à des rébus ou à des constats banals. La singulière prétention de ces productions ne parvient pas à masquer leur indigence. Rien n’assure que leurs auteurs puissent un jour parvenir à rivaliser avec le mystère poétique de La Tempête de Giorgione, mais... la question n’est plus là depuis longtemps.

En règle générale, ces travaux nécessitent un commentaire discursif destiné à les anoblir. Ce qui les tient évidemment à distance et les dessert, tant est notable la distance entre l’intention exprimée et la réalisation.

 

Désormais quand on parle d’art on ne sait plus très bien de quoi on entend parler.

Le contact est devenu si difficile ente monde de l’art et public que tenter de le rétablir devient une urgence. Il s’agit clairement d’une gageure à relever.

 

Un échange récent avec un public composite, à l’Alliance française de Venise (cf. ma carte postale de Venise, sur ce blogue), m’a confirmé que le désir de se situer et de comprendre, c'est-à-dire de pouvoir s’approprier l’art et ses différents modes d’expression demeure ancré chez beaucoup de personnes, désorientées mais pas dissuadées pour autant. Ce qui témoigne de la permanence d’un véritable désir d’art. C’est bien moins de désintérêt qu’il s’agit, que de méfiante réserve face aux postures autoritaires des soi-disant faiseurs d’opinion, dont le creux prétentieux du faux-semblant transparait malgré les pieuses soumissions qu’il requiert.

 

Comment dès lors s’y prendre pour assurer le passage de spectateur médusé, sinon récusé,  à acteur participant ? Bien sûr il ne suffit pas de dénoncer. Les dénonciations réitérées ont peu de chance de convaincre, nous le savons bien.

Comment persuader des artistes souvent craintifs que l’autre n’est pas une entrave, mais un élément constitutif de l’œuvre, par la qualité de son regard, par ses réactions, par sa simple présence ?

Comment dans les travaux inclure la part du regardeur ?

Questions essentielles, questions difficiles aux tentatives de réponses non assurées.

 

Dans la mesure où l’expression artistique coïncide avec une quête du bonheur et de la connaissance, le partage du sensible pourrait sans doute établir un lien communautaire. Ce qui équivaudrait alors à développer une modalité aimable des relations interpersonnelles, par les moyens de l’art lui-même. Nous touchons ainsi une dimension politique de l’art, qui serait celle de l’apprentissage progressif de la démocratie, c'est-à-dire du vivre ensemble.

 

Dans une Brève récente (n° 10) j’ai parlé du mouvement des « nouveaux commanditaires ». C’est sans aucun doute une voie, assurément porteuse. Les témoignages semblent probants, ils requièrent notre attention.

 

Il est d’autres abords parfois plus humbles, complémentaires et nécessaires, ils s’efforcent d’inciter au regard, à l’écoute et au partage :

-          organiser des rencontres et des débats véritables à l’occasion d’expositions ou de parutions d’ouvrages ;

-          réaliser, publier et diffuser des supports favorisant la lecture attentive et patiente des œuvres, c'est-à-dire des véhicules s’efforçant de démystifier l’accès prétendument réservé aux happy few, seuls initiés ;

-          montrer par l’exemple que l’art c’est possible et que l’on peut mieux vivre avec, d’où l’importance à accorder aux collectionneurs et autres amateurs, dont les témoignages pourraient être sollicités ;

-          ne jamais admettre qu’une présentation d’œuvre ne soit accompagnée de dispositifs de prise en charge par chacun des visiteurs. Il est évident que les cartels et les panneaux historico-théoriques n’y suffisent pas. Il y a là matière à inventer.

Exposer ne peut absolument se suffire à soi-même. Organiser une exposition, la réaliser et la faire vivre est un travail considérable. Se contenter d’accrocher ou de montrer est presque insultant.

 

Le rôle des institutions vouées à l’art, musées, galeries, lieux d’expositions temporaires, celui de l’enseignement, l’engagement des artistes eux-mêmes, du moins certains d’entre eux, acceptant d’aller au devant du public en toute simplicité, tout cela devrait pouvoir d’abord changer de fond en comble, puis contribuer à substituer peu à peu à une offre totalitaire exclusive de toute autre une demande véritable d’art, donc à réintroduire une dimension du respect dans nos vies.

 

Quel vaste champ de réflexion et d’expérimentation nous est offert ! Combien la remise en cause des structures officielles, totalement inefficaces et dépassées, est urgente ! Combien inutile l’entretien d’un réseau de commissaires politiques culturels pour cela !

C’est aux artistes, aux amateurs, au public en général qu’il convient de prendre les choses en main et non pas aux seuls professionnels de la profession, comme disait naguère Jean-Luc Godard à propos du cinéma.

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19 février 2013 2 19 /02 /février /2013 22:30

Art

 

Selon un jeune artiste japonais récemment rencontré, Akira Inumaru, le terme Art que nous employons si communément, se traduirait en japonais par un idéogramme signifiant une certaine manière de la beauté.

 

 

 

Embargo

 

Lancinante, la question revient : faut-il fournir ou non des armes aux insurgés syriens ? On retrouve le dilemme déjà posé au moment de la guerre d’Espagne. On sait ce qu’il en fut de la non intervention proclamée et de ses conséquences.

Si l’on veut se débarrasser du dictateur et évincer le risque d’une prise de pouvoir par les « fous de Dieu », ce qui ne ferait que remplacer une calamité par une autre, il n’y a pas à tergiverser.

 

 

 

Faux sens

 

Qu’est-ce que la gauche de gouvernement en France (et pas seulement) sinon un rassemblement de technocrates et de grands bourgeois socialement bien établis partageant avec la droite l’idée que la liberté individuelle (la leur et celle de leurs affidés), c'est-à-dire la liberté d’entreprendre, prévaut sur toute autre. Ainsi social-démocratie et libéralisme économique font du mano a mano, les postures si théâtrales puissent-elles être n’y changent rien.

Au nom de cette notion radicale et exclusive de la liberté, l’humanisme est sans cesse bafoué, l’homme n’est plus qu’un gêneur. Lorsqu’il revendique son droit au partage du pouvoir et à la prise de décision, ce fâcheux est évidemment de trop. D’où, notamment parce que très visibles, la permanence des réflexes policiers face aux revendications collectives, comme les pseudo concertations qui servent de caches misère aux décisions arrêtées.

Lorsqu’on parle de gauche (de gouvernement), il y a flagrant délit d’abus de langage. Gauche véritable et gouvernement paraissent fort peu compatibles, et si d’aventure ils tentent de l’être leur viabilité est éphémère.

 

 

 

Le mot n’est pas la chose

 

Il se pourrait que démocratie ne désigne qu’un mode de vivre ensemble qui n’en est encore qu’au stade des borborygmes. Ce terme éculé est souvent sollicité hors de propos, il est devenu un argument passe-partout pour défendre l’indéfendable, il sert fréquemment de préservatif aux pratiques les plus contestables.

De fait la démocratie ne concerne que très peu de pays. De nombreux peuples y aspirent sans bien savoir de quoi il peut s’agir. L’organisation socio-politique à laquelle ce régime s’est substitué avec énormément de difficultés est à peu de choses près la même depuis les origines des temps historiques. Il a fallu les révolutions anglaise, américaine et française pour tenter d’imposer son fragile avènement. Et aujourd’hui nous sommes encore loin, très loin, du compte. Le risque de régression est permanent.

Au regard de l’Histoire et du nombre, tout cela est bien peu, encore très faible, une simple lueur.

Se montrer exigeant et impatient n’est que normal et tout à fait compréhensible, cependant passablement déraisonnable. L’Histoire n’est que du temps long.

 

 

 

Mystère

 

Parler d’art c’est essentiellement aborder le domaine du mystérieux, de l’alchimie, de la transsubstantiation. « Comment se transmet ce que l’on est, à ce que l’on fait ? » s’interroge Olivier Céna dans une récente chronique. Question fondamentale qui est celle de l’incarnation dans une œuvre. Question fondamentale qui est celle de la recherche de soi dans une œuvre. Donc de l’implication et de l’application, aussi bien pour l’artiste que pour l’amateur.

Nous avons là semble-t-il une clé pour aborder la difficile question du départ entre l’artiste et le fabricant.

Aussi doués puissent-ils être, les fabricants si prisés par l’industrie culturelle appliquent des recettes, parfois très complexes pour donner le change. Ils rusent avec les moyens et les matières en procédant par moulages, compressions, tronçonnages, traitements informatiques, bidouillages électro-acoustiques, etc. Ils demeurent extérieurs à ce qu’ils font, ils produisent et reproduisent. Ce qui n’exclue pas forcément le talent et quelque élégance trompeuse dans l’exécution.

Les gardiens de la Bourse du Commerce de l’Art donnent leur onction et baptisent artistiques de dispendieuses pacotilles. Si ce phénomène n’est pas nouveau, il atteint de nos jours une intensité accrue. Cela est particulièrement notable dans le domaine de la « sculpture » où les moulages en savon bien astiqué font florès dans l’espace public, surtout depuis que le Château de Versailles fut mis à contribution pour les promouvoir.

Comment s’étonner dès lors du désarroi du public et de la difficulté de la rencontre avec cette considérable partie du monde de l’art qui se tient à l’écart du tape à l’œil ?

 

 

 

Pontife

 

La nouvelle de la résignation du Pape emplit le Landerneau médiatique, comme de bien entendu.

Le Pape n’est que ce qu’il est, il fait son métier de Pape, on ne saurait en attendre aucune surprise. Il ne représente quelque chose d’important que pour ceux qui se réfèrent à la religion, catholique en particulier.

Cela étant, cette décision inattendue est tout sauf négligeable. Un grand de ce monde reconnaît ses limites, décide de ne pas les cacher et annonce publiquement qu’il ne se sent plus en état de conduire les affaires de son ressort. Il semblerait qu’il ait préparé la relève par la mise en place progressive de personnes susceptibles de lui succéder. La chose est si exceptionnelle qu’elle mérite d’être saluée.

Qu’en pensent tous ceux qui s‘estiment indispensables et s’accrochent désespérément à leurs hochets, à leurs titres, à leur pouvoir ? Qu’en pensent tous ces cacochymes podagres qui refusent de passer la main ? Qu’en pensent tous ceux qui jardinent soigneusement le vide après eux ?

 

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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 21:30

 

Alors que je croyais n’y pas retourner de sitôt, l’invitation à participer à un débat organisé par l’Alliance française de Venise en parallèle à une exposition des aquarelles de mon ami Alain Sagault, fournit un remarquable alibi. Nous étions conviés l’un et l’autre à parler de notre conception de la relation à l’art.

En détournant légèrement une expression prêtée à Gabrielle d’Annunzio, il s’agissait avant tout de s’interroger sur les voies à emprunter pour exercer l’art de faire jouir de l’art. Assistance nombreuse, attention soutenue, beaucoup d’interventions pertinentes. Plaisir.

Bel enjeu, joli défi, merci à l’Alliance française de Venise installée en un lieu un peu secret dont la décoration intérieure du 18e siècle a été soigneusement conservée jusqu’à présent (Casino Venier, San Marco 4939, Ponte dei Bareteri, 30124 Venezia – www.afvenezia.it).

 

 

Pour aller de l’aéroport Marco Polo à San Zaccaria, le vaporetto prend son temps, il musarde, passe par Murano et le Lido. La lagune nous est progressivement offerte. Des grues métalliques à l’Arsenale composent un bel ensemble, des goélands posés sur les ducs d’Albe ne nous prêtent aucune attention. Habitués, ils en ont vu d’autres. Soleil, bise très fraîche, lumière tamisée, nous y sommes à nouveau.

 

Photo 041 

 

Revisite rapide de la basilique San-Marco, nous passions devant, il n’y avait pas de queue, pourquoi pas.

C’est grand, c’est sombre, c’est très riche, opulent, beaucoup de monde, le flot ballotte un visiteur aveuglé et gavé. Vite la sortie, le parcours est balisé, ça aide.

 

 

Surtout ne pas se laisser dissiper, prendre le temps de jouir de Venise, qui impose de se dépouiller, de se faire autre, pour s’abandonner à ses charmes.

Aller à Venise est de peu d’intérêt, il faut parvenir à devenir Venise soi-même. La véritable et profonde beauté de Venise, c’est d’admettre qu’il est impossible de tout voir, que cette prétention serait ridicule. Sa véritable et profonde beauté réside dans ce qu’on admet d’ignorer.

A-t-on jamais besoin de ce qui nous échappe ? A-t-on jamais besoin de ce qu’on ignore ? Venise, notre miroir, nous impose son silence.

 

Au Campo San Giovanni e Paolo, la statue équestre de Coleone par Verocchio dialogue avec la façade de l’ancien couvent devenu hôpital. Il y a là une exceptionnelle harmonie, quelque chose de l’ordre de l’accord parfait. Si l’Italie offre presque partout des cadeaux inouïs, nous sommes ici au pinacle.

 

 

Plusieurs rencontres avec le peintre Franco Renzulli, à l’Alliance française, puis chez lui et enfin à son atelier, l’Antro.

Il habite au Lido, un non lieu comme partout. L’appartement est plein de lui, d’impressions rapportées de séjours marquants - Mali, New York -, meubles, décorations, peintures et sérigraphies. Son épouse nous fait les honneurs de la maison, elle est très attentive, elle porte à coup sûr une histoire personnelle fort chargée débouchant sur le mystérieux bonheur de l’Art.

L’Antro, à deux pas de la Salute (quel morceau de bravoure !), est une caverne dont l’accès est dissimulé dans une étroite venelle, défendu par une lourde porte cloutée. Il est clair qu’il faut être averti pour l’emprunter. Les très rares fenêtres sont soigneusement occultées, la lumière naturelle est bannie.

Où poser le regard dans ce vaste capharnaüm ? Le privilège d’une intimité nous est offert, à nous de nous débrouiller. Renzulli nous regarde regarder. Il débouche sans mot dire une bouteille de prosecco tenue au frais dans l’attente de notre arrivée. Sa peinture très habitée, nourrie d’influences multiples, solidement enracinée, est a-temporelle. Solaire, éruptive, la palette est éclatante, jaillissante (verts émeraude, jaunes étincelants, dorures, bleus francs, rouges affirmés…). Des détails minuscules nous guettent et attendent tranquillement que nous les découvrions.

La lumière du jour est proscrite ici ? Normal puisque ici un thaumaturge rivalise et crée sa rivale.

Peinture vénitienne, absolument, en parfait accord avec Venise, son histoire, sa lèpre, ses algues moussues, ses vibrations colorées, son opulence, la vie, la disparition et la permanence du renouveau.

Très intéressante sculpture en verre moulé, patiné, l’Ambassadeur du vent. Une bougie allumée en fait murmurer les reliefs.

Il y a du Vulcain mais aussi du Méphisto chez cet homme présent-absent, à l’évidence pénétré du sens du sacré. Un officiant de la peinture.

Certainement une figure de Venise, une de ses innombrables énigmes. Il faudrait pouvoir le mieux connaître, parler longuement avec lui, prendre tout le temps nécessaire à une exploration patiente de son travail.

  Photo 068

                 

 

Musées (Accademia et Scuola Dalmata, aux Schiavoni), la moindre des choses. Revoir des œuvres attachantes, comme relire un livre, occasion de scruter, d’approfondir, de découvrir.

Carpaccio, Bellini (une superbe Pieta inscrite dans un triangle, jeu de couleurs, au bas un Poliakoff !), Giorgione (La Tempête et son mystère ; à plusieurs mètres évidence subite des perspectives et de la profondeur, la femme dont l’épaule reçoit la lumière est centrale, le héron sur un toit ?).

Ils nous attendaient, nous les attendions, une fois de plus la rencontre a lieu, toujours aussi intense et captivante. Ceux-là justifient le voyage, ils n’étaient que peintres

 

Nous en entendîmes parler, il pleuvait, nous y sommes allés. Guardi, au musée Correr, place Saint-Marc. Eh bien, décidément non ! Pas trouvé le moyen d’entrer dans ce type de peinture. Personnages miniatures, très fouillés, perspectives soignées, architecture, des documents pour livre d’Histoire sur la vie à Venise au 18e. Des lumières, quelques timides audaces de touche, des brocarts. Bien inférieur à Watteau. Peinture strictement narrative.

 

Voir Venise, hors de ce qui est à voir.  

 

Burano, Torcello, la lagune dans toute sa splendeur. Ombres et lumières, couleurs atténuées, alignées de pali, ruines au fil de l’eau. Burano, pittoresque, Torcello, dépeuplée et magnifique : une église romane aux très justes proportions, avec de somptueuses mosaïques byzantines. Quelques rares visiteurs, des amoureux sans doute, le bonheur !

 

La brume propose ses portes dérobées et ses passages secrets. Une sirène vespérale annonce l’aqua alta imminente.

Le monde des oiseaux. Ils se posent où ils veulent et contemplent.

Jouissance du silence de Venise, ville à la respiration apaisée, selon ses venelles, ses labyrinthes et ses campi. Ville d’une surprenante propreté, pavée d’eau. Venise qui nous rend heureux, sereins et attentifs. Oubli de la ville, oubli de la soumission servile aux stériles prothèses mécaniques.

Venise, New York, lieux où le délire bâtisseur connaît son apogée.

 

Le quartier de Castello avec aspects encore assez populaires, à l’abri de l’officialité, à très peu de ponts de la Place Saint-Marc.

Il est malheureusement probable que le tourisme tue progressivement Venise et en chasse les vénitiens, remplacés par les grosses fortunes internationales.

Qu’est aujourd’hui devenu le Carnevale, à l’origine sans doute un moment de démocratie avec le renversement possible des rôles. Avancer masqué pour toucher à l’inatteignable ou bien se donner en spectacle et prendre la pose comme aujourd’hui ?

 

Le Carnaval débute, nous rentrons.

 

cl. JK – La Lagune de Venise ; Franco Renzulli à l’Antro

 

 

 

 

 

 

 

 

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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 14:18

Attention lecture, danger !

 

Le Nazi et le Barbier, Edgar Hilsenrath (éd. Attila 2012, 510 p.) est un gros livre, très gros, tellement gros à première vue, que l’envie d’enjamber les pages vient bientôt. Quelle erreur, car très vite il faudra y revenir tant la lecture éprouvante, très éprouvante, exerce d’empire sur le malheureux lecteur livré à la diablerie hautement provocatrice de l’auteur.

Né en Allemagne en 1926, Hilsenrath a survécu aux horreurs de la guerre, il a ensuite émigré en Israël, avant de s’établir à New York. Ce livre a été écrit en allemand en 1972, son aspect iconoclaste en fit d’abord un objet de scandale

 

Dans ce roman aux allures picaresques, le narrateur raconte la montée du nazisme et l’Holocauste à laquelle il participe avec beaucoup d’allant et de sérénité car c’était permis. Il se considère comme un petit poisson, génocidaire de masse certes, mais menu fretin.

Il décrit avec force détails l’effondrement de l’Allemagne et la peur des ruskofs, tout en expliquant comment il échappe à la dénazification et au procès qui l’attend, grâce au marché noir dont il devient un gros bonnet, puis à l’adoption de l’identité d’une de ses victimes -  un ami d’enfance auquel il se substitue dans un fantastique jeu de miroir -. Ce subterfuge lui permet d’émigrer en Palestine où il se convertit avec ferveur au sionisme jusqu’à combattre pour la création de l’Etat d’Israël. Il trouve là-bas l’occasion de continuer à assouvir son fanatique besoin d’affirmation de soi allié à son total mépris de l’autre. Outrances, dérision, horreur, répugnance, se conjuguent pour terrasser le lecteur

 Le bourreau demeure tel qu’en lui-même, il lui suffit de changer de camp pour rester cohérent…

 

Pris dans les mailles d’un récit mené de main de maître, il s’avère vite impossible de se défaire du sortilège : nécessité absolue de savoir ce qu’il advient, ce qui suit, comment s’enchaînent les événements les plus invraisemblables. Le lecteur est tétanisé par un style d’une efficacité inouïe.

 

Cet écrivain est dangereusement corrosif. Il possède une force invraisemblable, à l’énormité parfois rabelaisienne, un humour stupéfiant vis à vis de soi et des siens, un recul exceptionnel qui lui permet de fulgurantes visions de l'histoire contemporaine.

Plus que redoutable, il décape tout ce qu'il aborde avec une audace et une maestria confondantes.  

Quel incroyable livre !

 

 

 

Etrange

 

La planète est en péril certain, des millions de gens meurent de faim, de pauvreté, d’ennui, et on fait du mariage gay une préoccupation majeure. Le projet de loi si décrié possède un caractère permissif et non contraignant tout à fait extra-ordinaire. Une fois votée la loi n’obligera personne, elle offrira simplement une liberté accrue à quelques-uns. Nulle once de  liberté fondamentale ne sera entravée, que cela ferait-il perdre à ces hordes vindicatives, juges du bien et du mal au nom d’une morale rance, où est le préjudice invoqué ? Belle illustration de la moisissure des esprits bien pensants, l’Eglise catholique et les ligues de vertu reviennent grossièrement en force sur le terrain politique, là où n’est évidemment pas leur place. Il semblerait que les représentants d'autres confessions se tiennent sur une prudente réserve.

Exemple parfait d’un débat inutile et surtout mal conduit, tout juste bon à détourner les attentions des reniements, reculades, et soumissions à un ordre en perdition, dans lequel nous nous perdons tous, qui semble-t-il ne peut être détruit que par son propre achèvement, inéluctable.

 

Pendant ce temps on part à la reconquête du Mali au prétexte d’une lutte contre le terrorisme en général, ce qui ne peut qu’inspirer la plus grande méfiance depuis les déviances que l’on sait grâce aux réjouissances de l’ère Bush et consorts. A part la haute main sur les mines d’uranium voisines, de quelle stratégie politique est-il question ? Quelle bouffonnerie que d’invoquer la défense de la démocratie dans cette Afrique totalement corrompue pour le plus grand bénéfice des anciens maîtres. Les déclarations contradictoires en provenance du Palais de l’Enlysé, nous ne pouvons pas intervenir à la place des Africains – il n’y aura pas d’hommes au sol, pas de troupes françaises engagées – nous resterons sur place le temps nécessaire pour que le terrorisme soit vaincu (octobre 2012 à janvier 2013), rendent perplexe.

 

Pendant ce temps, on s’intéresse aux lamentables aventures de Depardieu.

Allons vite reconduire à la frontière de leur choix tous les Depardieu possibles après les avoir soigneusement enduits de poix et recouverts de plumes !

 

  

                                           

Prémonitoire

 

Dans ses « Cahiers in-octavo – 1916-1918 » (Payot-Rivages, éd. 2009), Kafka décrit la construction fractionnée de la Grande Muraille de Chine :

On formait, dit-il, des groupes d’une vingtaine d’ouvriers chargés d’édifier un morceau de muraille d’environ cinq cents mètres de long ; un autre groupe construisait un mur d’une longueur équivalente en avançant dans la direction du premier. Mais une fois la jonction établie, on ne poursuivait pas la construction en partant de l’extrémité de ces mille mètres, on envoyait au contraire les groupes d’ouvriers dans des régions complètement différentes (…) Cette façon de faire engendra évidemment de grands vides (…) On dit même qu’il y a des endroits où les vides n’ont pas été comblés du tout … ils représenteraient une part bien plus importante que les parties construites (…) comment une muraille peut-elle protéger si elle n’est pas d’un seul tenant ? Plus même, une telle muraille ne peut non seulement pas protéger mais sa construction même est en perpétuel danger.

 

 

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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 09:31

Désir d’art

 

Si la démocratisation de l’Art est au cœur de discours officiels, la réalité s’empresse de démentir le propos. Les grandes expositions fortement médiatisées contribuent certes à une meilleure connaissance de l’existence des œuvres et du travail des artistes, il ne semble pas pour autant qu’elles diffusent un désir d’art. Pour beaucoup l’art, sa pratique, son intérêt, ses enjeux, sa fréquentation, sont encore dans une brume qui tient à distance. La notion de happy few initiés est toujours présente, en tout cas très intériorisée, d’où réticences et dérobades multiples de la part de tous ceux qui ne s’estiment pas vraiment concernés, ou se pensent hors jeu.

 

Décentraliser, démultiplier, ouvrir largement les portes, organiser fêtes et festivals, oui, bien sûr, mais quoi tenter vers ceux qui passent au large, qui s’esquivent, alors que quelques artistes tentent d’aller à leur rencontre ? Frustrations de part et d’autre, avec le risque associé d’une démagogie racoleuse déclarant urbi et orbi que l’art est partout, du football au bidouillage électroacoustique, ou à l’aménagement d’un giratoire au centre duquel se trouve posé un bibelot ridicule.


Une voie de progrès dans le dialogue réside peut-être dans l’inversion des données : au lieu de raisonner à partir d’une offre artistique (via musées, galeries et manifestations diverses), il s’agirait de tenter de faire émerger et d’écouter des attentes (cadre de vie, ambiance, rencontres, souvenir…) pas toujours formulées en termes de recherche de réponses artistiques. Se trouve alors posée la question d’inventer une autre manière d’articuler expression d’une demande et offre d’art, toutes disciplines confondues.

Question fondamentale : comment découvrir la richesse de la relation à l’art, comment en susciter le désir ?

 

Un artiste, François Hers, est à l’origine d’une démarche cherchant à faire sortir l’art contemporain des musées et des lieux consacrés en créant une forme de relation inattendue entre la société civile, les artistes et les œuvres. L’ambition est de permettre à des individus ou à des groupes constitués d’assumer la responsabilité d’une commande à un artiste, à charge pour celui-ci d’offrir une réponse appropriée. Le propos repose sur un double souci : sortir l’œuvre de la stricte dépendance d’un marché fermé ; sortir l’artiste de sa condition de héros solitaire.

Fait extraordinaire très insuffisamment connu, plus de 250 réalisations fondées sur cette problématique ont vu le jour depuis 1991, surtout en France, quelques-unes en Belgique (Flandres) et en Italie aussi (Turin). Elles concernent pour la plupart des aménagements d’espaces publics ou de lieux de vie appréhendés comme une œuvre à part entière.  

Ces œuvres débordant du cadre traditionnel de l’histoire de l’art intéressent aussi bien des villes (Tours, Bordeaux), que des communes rurales sans ressources, ou des institutions publiques (hôpital à Marseille, ou à Garches). Elles sont parfois audacieuses et conjuguent divers modes d’expression : architecture, design, peinture, musique, paysagisme, sculpture.

Il semblerait qu’une véritable intelligence de ce que l’art met en jeu et questionne au plus profond de chacun se révèle chez les personnes mobilisées par chaque projet. La libre circulation de la parole favorise l’émergence d’un vocabulaire de plus en plus pertinent, les idées de décoration ou d’ornementation font très vite long feu. L’art rend plus intelligent et plus permissif.

 

Bruno Latour, philosophe spécialiste de la sociologie des sciences, a relayé cette démarche en mai 2010 dans un cycle de conférences au Centre Pompidou (cf. « Selon Bruno Latour – L’art et la parole » vidéo Dailymotion).

 

A l’origine, un petit groupe de personnes deviennent commanditaires d’un projet à élaborer, plus ou moins maîtres d’ouvrage potentiels. Ils partagent le souci d’un aménagement public ou d’un lieu de vie, sans pour autant avoir une idée précise de la réponse à apporter. A chaque fois, leur cheminement les porte à reconsidérer les a priori initiaux.

Un médiateur culturel (toujours fin connaisseur des activités artistiques actuelles), agréé par la Fondation de France (institution de droit privé distributrice de moyens privés, donc beaucoup plus libre de ses décisions qu’une administration officielle), est chargé de recueillir et de faire mûrir l’expression de la demande, de la traduire en termes artistiques, et de proposer aux commanditaires l’intervention d’un artiste susceptible d’apporter une réponse pertinente. Ce médiateur culturel contribue aux négociations avec les interlocuteurs publics et privés dont l’engagement administratif et financier va permettre la mise en œuvre du projet.

Le médiateur, on le perçoit, a un rôle d’accoucheur facilitateur. Son intervention permet d’articuler la réflexion fondamentale de l’artiste avec la demande formulée, en privilégiant le point de vue des commanditaires, qui acceptent ou non in fine les propositions. Chacun, artiste et commanditaires, expérimente chemin faisant les limites de sa propre autonomie comme de sa légitimité.

Il est clair que ceci n’a rien à voir avec les commandes publiques soumises à concours, qui ne sont souvent que des simulacres favorisant l’entretien de la médiocrité par la notion de choix selon le moins disant, ou la pratique des combines et des favoritismes.

 

Un paradoxe se joue alors, celui de l’autonomie de l’art confrontée à celle de la société civile, qui peut adhérer ou refuser. En fond de tableau se dessine l’apprentissage d’un autre rapport à la politique et à la démocratie vivante. Les décisions appartiennent aux usagers – utilisateurs – amateurs, eux-mêmes. Elles ne sont plus imposées par une autorité souvent froide, inaccessible et largement incompétente en matière d’art et d’aménagement.

 

Comment croiser art et société, sinon en créant ensemble ?

A quoi sert l’autonomie de l’artiste si les citoyens ne sont pas autonomes ?

Ces questions reviennent évidemment à faire se rencontrer l’histoire de l’art et celle de la démocratie. Certes, l’art peut introduire un trouble de l’ordre public traditionnel, en revanche il favorise l’autonomie des acteurs de la société civile face aux décisions parachutées à l’aveuglette.

 

Il semblerait que ce processus aille dans le sens d’une redécouverte de la puissance fédératrice de l’art, de sa capacité à capter et réunir les énergies du corps social, et amorce une réponse au Pourquoi et Comment l’art aujourd’hui.

 

Certaines des réalisations paraissent avoir permis, notamment à cause de la durée longue de leur mise en œuvre (en général plusieurs années), de révéler les dysfonctionnements de l’espace public, dont notamment la pauvreté des réponses en termes d’équipements et d’aménagements. Au fur et à mesure des rencontres et des échanges s’installe une prise de conscience aigüe des différences entre jouir de la possession visuelle d’un site que l’on pratique et sa propriété foncière.

A qui et comment l’espace public appartient-il véritablement, propriétaires fonciers, élus, administrations, usagers ?

L’œuvre devenant peu à peu pour les acteurs (commanditaires, artiste et médiateur) tout ce qui se passe entre eux, un transfert s’opère nécessairement.

La question de l’art public, de ce à quoi il correspond, se trouve ainsi posée de manière assez radicale. Les réponses ne sont plus seulement dans le droit fil des us et coutumes.

 

Sans doute des échecs existent-ils, il n’en demeure pas moins que ce type de démarche dénommé « Les nouveaux commanditaires » obligeant à articuler des points de vues différents dans une composition partagée mérite qu’on lui accorde une attention soutenue. Il se pourrait qu’il porte en germe une modification profonde du rapport de la société civile à l’art contemporain et aux artistes.

 

(Voir les deux DVD réalisés par François Hers et Jérôme Poggi, production Fondation de France – www.nouveauxcommanditaires.eu)

 

 

 

 

Mémorial

 

Le Site-Mémorial du Camp des Milles, aux portes d’Aix-en-Provence, a été inauguré en septembre 2012. L’histoire de cette immense tuilerie désaffectée devenue camp d’internement pour sujets ennemis (résidants ou antifascistes allemands réfugiés en France),  en 1939, sous la IIIe République, puis camp de regroupement d’indésirables (étrangers, anciens des Brigades rouges de la guerre d’Espagne, Juifs expulsés d’Allemagne), de juillet 40 à juillet 42, et enfin camp de déportation des Juifs, août à décembre 42, est généralement connue, ne serait-ce que par le passage par ce lieu d’artistes et d’intellectuels célèbres, tels que Max Ernst ou Hans Bellmer.

 

Contrairement à d’autres sites - notamment La Coupole, près de Saint-Omer, ou bien le musée de l’histoire de Berlin, à Berlin – il s’agit ici d’offrir au visiteur non seulement des repères historiques, mais aussi des clés de lecture d’événements récents propres à inciter à la vigilance et à la réaction, voire à la résistance, face aux crispations identitaires et aux fanatismes extrémistes dont notre époque est si friande.

En s’appuyant sur la mémoire et l’histoire des crimes de masse commis pendant la Seconde Guerre mondiale, l’accent est puissamment porté sur les processus individuels et collectifs qui peuvent conduire à ces crimes mais aussi sur les actions, si minimes soient-elles, qui peuvent s’y opposer.

Chômage, crise économique, désignation de boucs émissaires, racialisation, passivité, soumission à l’autorité, permirent la montée du nazisme et le basculement de la démocratie à la violence totalitaire ; le parallèle avec notre bel aujourd’hui est terrifiant : génocides en Arménie et au Rwanda, crise économique et chômage de masse, chasse aux indésirables, sort fait aux Tsiganes – maintenant aux Roms et aux sans-papiers…  

Des réalisations vidéo de grande qualité illustrent comment le passage de la haine ordinaire au crime contre l’humanité s’effectue quasi naturellement. Elles indiquent aussi les marges dans lesquelles se dessinent soit l’indifférence, soit la résistance.

« Dans un monde marqué par les crispations identitaires, par les racismes et par les extrémismes, nous sommes ainsi en mesure d’opposer une solide convergence des mémoire, à une très malsaine concurrence des mémoires. () Il est de notre responsabilité commune de gagner le pari difficile que l’homme puisse apprendre de son passé et sache transformer la mémoire-révérence en mémoire-référence. » (Alain Chouraqui, directeur de recherche au CNRS, in plaquette Camp des Milles, comprendre pour demain)

 

Marseille 2013, capitale européenne de la Culture, offre une occasion exceptionnelle de se rendre aux Milles et d’y visiter le Camp mémorial.

 

 

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