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2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 09:12

 

Affectation

 

Pascal Quignard est l’un des meilleurs écrivains de sa génération, ses livres sont souvent un véritable régal d’intelligence, d’érudition, de subtilité et d’à propos. Etincelants ils s’apparentent à un fonds auprès duquel il est bon d’aller quérir un enrichissement.

Malheureusement Quignard aime trop paraître en public. Il va jusqu’à lire et mettre en scène ses propres textes. Il se sait séduisant et se complait alors à paraître refuser la séduction qu’il exerce sciemment. Il se regarde, il s’admire à être regardé, jeu certainement grisant mais inutile. Remplir une salle de théâtre à soi seul n’est pas donné à tout le monde, certes. Qu’a sa gloire cependant à y gagner ?

Plus mesuré que Lucchini, il est tout aussi cabotin et dominateur. Qu’a-t-il besoin de se donner en spectacle ?

Dommage.

 

 

 

Architecture et urbanisme

 

L’architecture se perd de plus en plus dans le prestige et le paraître. La fonctionnalité, l’usage, l’accord avec le site, sont devenus quantités négligeables. Cette architecture à la mode se soucie avant tout de poser des objets remarquables en des points indifférents de la ville, qu’ils asphyxient peu à peu en l’ignorant. Le design l’emporte. On parle communément de gestes architecturaux.

 

Jolies tours de passe-passe, qu’il est bien normal d’avoir envie de détruire.

 

La vraie architecture se fait oublier, elle est au service de ce qu’elle accueille. Elle procède de l’humilité romane. L’hypertélie gothique et le baroque, Chambord et son délire, égale arrogance du design avant la lettre.

 

La ville a besoin de trous, d’espaces non saturés, disponibles, de liaisons telles que places, campi, mails, forums, squares, ouverts à la vie vivante. L’autosuffisance architecturale corbuséenne est une négation de la cité, de même que l’empilement de techniques et d’automatismes aussi coûteux qu’inutiles. L’urbanisme possède de nos jours une fâcheuse tendance à faire fi de l’urbanité. Principe de précaution, systèmes de contrôle, espaces et zones spécialisées enferment et annulent le terreau fertile de l’imprévu des rencontres. Des bulles individuelles seulement juxtaposées ne peuvent en aucun former un ensemble harmonieux.

 

Très rares sont les exemples de sagesse et de mesure. Forcalquier, modeste sous-préfecture de Haute Provence, offre au passant étonné une singularité si rare qu’elle est à peine perceptible, elle ne compte ni feux de signalisation ni panneaux publicitaires.

 

 

 

Décrire

 

Quelques écrivains actuels revendiquent une volonté d’écrire plat, ce qui signifie s’efforcer de rendre compte de faits, de situations, décrire en faisant fi de grilles d’analyse, voire du style lui-même. Cela s’appelle en langage de jeune romancier en vogue « écrire sans discours surplombant ». L’amorce d’une post littérature parait bien engagée. N’y aurait-il pas là-dedans un petit air de réactualisation des années Support-Surface ? Le dépassement du dépassement.

 

A quel propos la description répond-elle en littérature, sinon à celui de s’efforcer de tirer un fil pour démêler l’écheveau du visible ? (Balzac, Pérec, Ponge)

Nommer le monde pour tenter de le comprendre, ce que ne fait certainement pas la recension journalistique des faits divers.

Décrire est aussi un bon moyen d’établir des inventaires témoignant pour demain. Ce qui requiert une vision de surplomb.

 

 

 

Distillat

 

Les grandes inventions n’intéressent pas exclusivement des dispositifs technoscientifiques inattendus, elles peuvent également concerner des avancées très subtiles de l’esprit humain. C’est ainsi que vient d’être mis au point une liqueur d’un raffinement extrême, un nectar d’incomparable saveur, que seuls des maîtres en pleine possession de leur génie propre pouvaient inventer. Cette invention bouleverse toutes les notions établies, quelles soient historiques, scientifiques ou philosophiques, elle ouvre une nouvelle ère à la pensée, il s’agit d’un nouveau paradigme. Le vieux monde retrouve une jeunesse.

 

La notion de racisme anti-blanc vient d’être mise sur le marché.

 

 

 

Intérêt

 

Alors que la répétition et les broderies du même sur le pareil sont de plus en plus règle générale et que le langage se réduit à un simple vecteur commercial, comment inventer un quotidien digne d’intérêt ? La question se pose avec acuité et si rien ne permet de l’affirmer insoluble, envisager une réponse est à coup sûr affaire de temps, sans doute pas davantage.

Le manque d’imagination, la crainte d’envisager autre chose que le connu, entraînent la fascination pour la reproduction. La robotisation, bien qu’elle possède des avantages pratiques indéniables, interdit tout rapport à l’univers, c'est-à-dire à l’aventure de la connaissance. Conformisme et ritualisation de tous les instants non seulement fragilisent mais aussi introduisent une peur permanente, fruit du déclin de l’imagination d’un autrement possible.

L’actualité se réduit à une bande annonce, un divertissement permanent, la banalité est quotidienne,  totalement sourde au monde. Cette banalité génère des révoltes presque toujours adolescentes. Ces révoltes explosent comme des bulles, jamais elles ne sont jusqu’à présent parvenues à imposer des changements radicaux. Evolution et révolution sont de natures différentes, souvent le changement permet au modèle ancien, prétendument rejeté, de renaître sous une forme légèrement différente. Le mythe du Phénix trouve ici toute sa place.

  

Depuis peu, à peine quelques décennies, nous fabriquons des objets conçus pour une durée limitée programmée. Il est normal de les jeter, l’idée de réparation, voire d’entretien, est totalement obsolète. Ceci est vrai pour l’ensemble de ce qui accompagne notre existence, vêtements, ustensiles divers, véhicules, gadgets électroniques, etc. Cela a totalement transformé les mentalités et les comportements. L’attention portée à nos prothèses de vie est devenue superflue.

Par voie de conséquence, les propos officiels, standardisés, diffusés à jet continu, non hiérarchisés, fondés sur l’immédiateté et le gonflement permanent de l’effet d’annonce, sont eux-mêmes parfaitement jetables, en tout cas non mémorisables.

Zapping.

 

A qui, à quoi faire confiance ?

Où nous tenir, sinon à distance ? Seule possibilité raisonnable, prendre le parti de la distance plus ou moins proche, ce qui interdit encore (jusqu’à quand ?) la pseudo neutralité de l’équidistance.

Que fera notre postérité de tout cela ?

 

 

 

Maintenant

 

Curieux adverbe qui signifie tenir en main.

Le changement c’est maintenant.

Comment peut-on proposer de tenir en main le changement ?

 

 

 

Maladresses

 

Quand le corps se met en travers du chemin, lorsqu’il devient difficile sinon impossible de masquer l’embarras qu’il provoque, il engendre chez autrui, témoin gêné, quantité de gestes maladroits. Gestes esquissés, précautionneux, toujours inaboutis, de ceux qui voudraient aider, sans vraiment oser, gestes malhabiles, dérangeants, inadaptés, mains tendues inopportunes. Voulant aider, ces tentatives augmentent fréquemment la difficulté connue, bien identifiée, avec laquelle composer a fini par engendrer des réponses adaptées mais si fragiles qu’une intervention extérieure peut les réduire à néant.

Ces gestes souvent mort-nés sont peut-être à considérer surtout comme des tentatives d’autoprotection de la part de ceux dont ils émanent. Ils deviennent alors compréhensibles et excusables.

 

 

 

Morts vivants

 

Le monde des politiciens professionnels racornis en est peuplé.

 

 

 

Normal, normalité

 

Est normal ce qui est classique, habituel, coutumier, ce qui est conforme à la règle, c'est-à-dire ce qui ne déroge pas.

Se vouloir Président normal, c’est donc s’affirmer comme continuateur de l’existant tel qu’il est. Nous sommes dans l’ordre de la répétition, c'est-à-dire de l’entretien, du maintien, de la conservation, de la restauration ou du renouvellement de ce qui est.

C’est clairement annoncer que rien de fondamental ne sera mis en question durant la mandature sollicitée.

 

 

 

Opposition

 

Entre finance et démocratie l’opposition est irréductible : ils ne pensent pas, ils comptent.

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13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 15:00

 

 

Etre accueilli dans son atelier par un artiste relève toujours d’un privilège, celui de se trouver plongé dans l’intimité d’une personne et de ses doutes, de se faire offrir le cadeau de la présentation de ses travaux, d’en parler, d’échanger des points de vues, d’accueillir les idées ou les émotions qui se présentent. Il s’agit avant tout d’être à l’écoute et de se faire discret. La plupart du temps, l’artiste s’interroge sur l’état actuel de ses démarches, il sollicite un regard et une parole. Autant le travail est solitaire, autant la solitude est redoutée.

Ce qui caractérise le plus souvent ceux que j’ai le bonheur de fréquenter, c’est davantage le doute que la certitude triomphante. Même si tel ou tel aspect de son travail lui semble pertinent ou intéressant, un artiste a souvent besoin de confirmation, voire de confrontation. Il choisit les interlocuteurs auxquels il décide de se confier. Etre l’un de ceux-ci apparaît comme un honneur redoutable, il convient de se montrer à la hauteur du défi proposé. Rien n’est jamais gagné, la relation se fonde sur une pertinence des propos, assortie d’enjeux mutuels.

C’est ainsi que l’art exige de chacun, autant qu’il induit un rapport de vérité dans les relations. Ni demi-mesures, ni faux-semblants ne sont autorisés. Etre invité par un artiste est avant tout une marque de confiance et de reconnaissance à chaque fois mise en péril, ce qui en fait le prix. C’est aussi se charger d’énergies, aller un peu au-delà de soi-même, se donner les moyens d’une indispensable hygiène mentale.

La fréquentation des artistes aide à mieux vivre.

 

Olivier Huard aurait pu choisir une carrière convenue dans un monde convenable. Des études universitaires sanctionnées par une respectable peau d’âne lui ont permis d’acquérir la liberté de « faire l’artiste », à jamais. Voici bientôt presque deux décennies qu’il s’emploie avec assiduité à traduire ses émotions, ses souvenirs, ses questionnements, ses tentatives d’approche de son essentiel, en une patiente succession de travaux cernant les contours d’une personnalité attachante.

Sa manière caractéristique allie peinture et dessin en une succession d’impositions ou de transferts suggérant des espaces différents. L’écho qu’engendrent ces juxtapositions les relie par de multiples mises en relation. D’abord la vision d’un système complexe d’entrelacs, puis peu à peu émerge une composition suffisamment complexe pour ne révéler que progressivement ses éléments.

On peut passer rapidement devant ses toiles, sans vraiment entrer en relation avec elles ; ses propositions n’acceptent de se livrer qu’à ceux qui prennent le temps de poser leur regard. Réserves, recouvrements, souvenirs en filigrane, ordonnent l’accommodation de la vision.

« Méfions-nous des aguicheuses qui s’offrent au premier venu », semble nous recommander chaque œuvre. Il est vrai que de manière générale une certaine retenue pourrait être le gage de la durée d’une relation.

L’art se mérite, évidemment.

 

Dans ses travaux les plus récents la peinture prend de l’importance par rapport au dessin ; elle s’affirme de façon plus autonome. Il se pourrait bien que l’artiste maîtrise de mieux en mieux ses modes d’expression, tout en demeurant humble par rapport à eux. Des fonds soutenus, contrastés mais atténués, disent une recherche patiente et déterminée d’équilibres et de nuances.

Ce besoin assez subtil se traduit dans une série de papiers d’un genre tout à fait nouveau. Nous connaissions jusqu’à présent des papiers enrichis à force de transferts successifs, assez analogue en fait pour ce qui est de leur apparence aux peintures. Ils se présentaient plutôt comme des commentaires des toiles, voire des compléments.

Il semblerait qu’actuellement les papiers témoignent d’un désir de différenciation. Fruits d’un cheminement qui leur est propre, ils signalent l’amorce d’un moment crucial, celui d’une interrogation sur les techniques employées et d’une tentative d’expérimentations nouvelles.

Huard fait bien ce qu’il fait, il sait faire, alors reconduire commence à l’interroger sur la voie à emprunter parmi les possibles. En ce sens, les papiers d’aujourd’hui témoignent de l’atteinte d’un carrefour, donc de la nécessité d’un choix pour continuer à avancer.

 

Surface absorbante, puisque le papier demande à être nourri il s’agit de lui offrir dans un premier temps la matière de la peinture, avec ses chatoiements, ses diaprures, la légèreté aérienne qu’elle permet. Mais ensuite, une fois satisfaite sa demande initiale, il convient de lui faire avouer ce qu’il peut restituer, jusqu’où il peut accepter de se livrer. Jusqu’où il peut se prêter au désir iconoclaste de l’artiste. La révélation du blanc scarifié du support dit la nécessité de l’absence, de la disparition, pour accéder à une épiphanie.

Interviennent alors des grattages agissant comme les entailles du burin ou les morsures de l’acide sur la plaque de métal du graveur. Si peindre ou dessiner est essentiellement ajouter, le grattage s’apparente à la sculpture où l’on enlève pour révéler des formes insoupçonnées dans le bloc initial, il s’apparente également au travail minutieux de l’archéologue qui fouille avec ivresse et précision pour accéder à la découverte du vestige inattendu. Il y a de tout cela dans les papiers nouveaux actuellement soigneusement conservés dans l’atelier, promis à la révélation d’une prochaine exposition.

Curieusement, comme il se produit fréquemment, l’artiste requiert avec des moyens différents, suggérés par l’ensemble de son parcours, le souvenir de ses premières tentatives à la recherche de silhouettes improbables griffées d’une pointe d’épingle sur de la carte à gratter.  

 

              

 

Sans titre 2012 - acrylique sur toile - 150x150 cmDivers 2012 016-copie-1            

 

 

Divers 2012 014

 

                             Sans titre 2012 - acrylique et grattage sur papier

 

 

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13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 14:03

 

Vaste étendue en péril, coincée entre un fleuve fougueux et une mer rétive au contrôle, l’île de Camargue exerce la fascination de ses espaces chargés de signes et de souvenirs, dont on sent bien qu’ils sont taraudés par l’inconséquence humaine.

 

Salin de Giraud fut naguère un lieu d’intense activité et de prospérité dues à l’existence d’importants marais salants longtemps exploités pour fournir de la soude à l’industrie chimique, plus tard du sel pour le déneigement des routes en hiver. Le village a commencé d’exister sous le Second Empire, au moment du développement industriel qu’a connu le 19e siècle. Son allure de cité ouvrière typique, larges rues ponctuées de jardinets et de places aérées, constructions en briques, lui confère aujourd’hui encore beaucoup de charme.

Quelques immeubles, maisons de maître ou ancien hôtel de la Compagnie Péchiney (aujourd’hui hôtel-restaurant « Le Camargue »), témoignent par leur délabrement de la splendeur décatie. La ruine économique consécutive au déclin puis à la cessation d’exploitation des salins pour des raisons strictement économiques, l’interdiction d’accès à la plage de Beauduc sous prétexte de sauvegarde du littoral, entraînent la déchéance progressive du village et désole ses habitants. Rattaché à Arles, son éloignement d’une quarantaine de kilomètres ne facilite évidemment pas les choses. Comme des centaines d’autres ce village attractif, au passé laborieux, se meure par manque de ressources, il s’asphyxie. L’économie et l’Administration ont raison de lui en parfaite tranquillité. Les anciens employeurs ne sont plus concernés, ils ont simplement plié bagages.

Quelques résidants s’accrochent, farouches et résolus comme les derniers des Mohicans, mais fatalistes car réalistes. Qui pourrait s’intéresser à leur sort ? Qui pourrait imaginer d’implanter de nouvelles activités dans ce lieu exceptionnel ? Il y aurait tant à faire dans cette région – Marseille et sa déshérence sont à l’autre bout du département – qu’il y a fort à parier que Salin ne peut qu’être benoîtement sacrifié. Tristesse et rage.

La fragilité de la Camargue ne tient pas qu’à la précarité de sa position géographique.

 

 

A mi-chemin entre Arles et les Saintes-Marie, commune à part entière, se trouve le château d’Avignon, devenu propriété du Conseil général des Bouches du Rhône, qui y organise de temps à autres des expositions dites « d’art contemporain », dont l’intérêt est surtout anecdotique.

Bâtiment érigé au 18e siècle, agrandi et remanié à la toute fin du 19e par le propriétaire d’alors (Louis Prat, empereur du Vermouth Noilly-Prat, passionné des techniques nouvelles et de leur mise en œuvre), il témoigne de la conjonction funeste du fric outrecuidant et de l’inculture. La toiture fut agrémentée d’imposantes cheminées renaissance dans le style de Chambord, assortie également d’un terrifiant campanile. Même Walt Disney serait sans doute parvenu à mieux faire. Des boiseries sombres, un éclairage parcimonieux et des tentures de soie carmin contribuent au lugubre des lieux, bien dans le style tape à l’œil chafouin apprécié par la bourgeoisie affairiste post Napoléon III et ses opulents successeurs.

M’adressant au gardien, à la fois factotum et agent de sécurité, homme fort aimable et attentif, et lui disant combien l’endroit respirait l’absence totale de goût et l’arrogance, je m’entendis répondre par celui qui défendait ainsi son lieu de travail :

- C’était un bon patron, il payait très bien ses employés et leur assurait une retraite.

 

Asservissement volontaire et paternalisme sont de tout temps. La Boétie a écrit le « Discours de la servitude volontaire » il y a seulement quatre siècles et demi.

 

 

* Cf. Propos mezzo voce 1


 

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6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 09:21

Aurélien Bellanger – La théorie de l’information – roman (Gallimard éd., 2012, 488 p., 22,50 €)

 

Roman (terme vieillot) prétend la couverture, écrit conviendrait mieux pour qualifier le propos.

Avec ce best seller de la rentrée, nous sommes confrontés à l’un des premiers textes post littéraires de ce temps.

 

L’informatique et Internet remettent en question nos modes de penser et notre perception du monde, ce qui ne manquera pas d’affecter bientôt profondément la littérature littéraire, témoin dépassé d’un monde en voie d’extinction.

« La théorie de l’information » nous envoie un signe fort à ce sujet.

L’écriture est volontairement plate, uniforme, banale comme un simple récit, froide et parfois ennuyeuse comme un rapport. Si ça et là affleure une touche d’humour (lambeau d’humanité ?), aucun effet n’est jamais visé.

 

Ce livre dont la très forte médiatisation coïncide assez précisément avec ce qu’il décrit est davantage l’œuvre d’un écrivant que d’un écrivain. Il retrace avec clarté et précision la saga de l’irruption frénétique du virtuel et de l’informatique dans notre quotidien - de l’invention du Minitel aux équipements mobiles en passant par la molle décrépitude de France Télécom -, avec pour conséquence le délire et la démesure de l’information permanente, protéiforme, surabondante, c'est-à-dire l’occupation permanente du moindre espace privé.

Au travers du parcours d’un adolescent devenant jeune adulte, mégalomane aussi doué qu’insatiable, le développement envahissant de la « nouvelle économie », ou « Web économie », est en fait le véritable héros de cet écrit dont la lecture se révèle prenante. L’image renvoyée fascine et terrifie : c’est de nous et de la façon dont nous sommes agis qu’il est question.

L’espèce est parvenue à cet exact point nodal où tout se dérègle, où se perd le sens commun ; elle est dominée, manipulée par des aventuriers ivres de puissance aveugle, elle est entrainée dans une aventure inconnue jusqu’alors : l’apparition de l’homo numericus, symbiose entre le biologique et l’électronique.

Nous sommes plongés dans un monde hallucinogène, un monde de mutants.

 

Fable ou réalité ? Vision prémonitoire d’une planète livrée au délire faustien de quelques délirants monomaniaques à la puissance incontrôlable ?

Difficile de trancher. A coup sûr un objet de réflexion.

 

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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 23:00

(Ecrits en 2004, pas encore oxydés...)

 

SUITE ET FIN DES PROPOS MEZZO VOCE DONT LES PRECEDENTES PARUTIONS

SONT RAPPELEES ICI

 

PMV 1, Après, Biennales et salons, Camargue, Chili

PMV 2,Christianisme, Corps, Démocratie, Distance, Ecrire

PMV 3, Géniteur, Guerre, Images, Imprévus, Inachevé, Inconnue, Intolérance, Israël, Jargon, Lecture, Marginalité

 

 

MEMOIRE  

La mémoire possède-t-elle de nos jours une assise ?

A l'aube de nos souvenirs, l'enfance si souvent perturbée. Sur quelles images récurrentes la mémoire pourrait-elle s'établir ? Quel présent parviendrait à l'entretenir, alors que le zapping règne en maître ?

L'artisanat, mémoire vécue au quotidien, trouve-t-il refuge quelque part ? Peut-être dans ces enclos privilégiés qui s'apparentent au jardinage : boulanger rural, cultivateur en quête de paysannerie, comédien, artiste... Réserves ethnologiques, fragiles vestiges de l'humain.

Combien de musée ne sont que des nécropoles où s'entassent les restes à bout de souffle de cultures disparues ?

Nombre de ceux qui sont consacrés à l'art contemporain conservent dans le formol des discours théoriques les débris d'une culture épuisée, moribonde.

 

 

PASSE-PRESENT

L'évocation du passé d'un individu ne saurait se trouver convoquée pour justifier un temps de son présent.

Ce passé ne peut pas venir au secours de faits actuels en les atténuant, ou en autorisant une modification de leur lecture. Ainsi le Pétain de la Grande Guerre n'absout nullement le vil collaborateur des nazis qu'il demeure à jamais, pas plus que le taulard ne fait de l'ombre à Jean Genet écrivain.

Fidel Castro fut un héros incontestable de la révolution cubaine, il n'en reste pas moins qu'il est devenu un dictateur stalinien. Que les circonstances historiques aient conduit à ce nouvel état n'entache pas ses mérites initiaux, pas plus qu'elles ne l'acquittent de ce qui le caractérise aujourd'hui.

L'homme est tout entier contenu dans ce qu'il devient consciemment. Les actes ultimes auxquels il se livre colorent et qualifient sa vie entière, quelles qu'en aient pu être les péripéties.

 

 

PERTURBATION

La perturbation engendrée par le départ d'un proche est considérable, bien au-delà des aspects sentimentaux. Au vide affectif vient s'ajouter le désarroi. Les parents, les amis, forts d'une présence à laquelle ils étaient accoutumés, se trouvent soudain livrés à aux-mêmes, désemparés. Les actes du quotidien se colorent brusquement de manière différente, des décisions deviennent plus difficiles à élaborer, une incapacité relative se fait jour, source de grands embarras. Celui qui est parti laisse une béance, l'intensité de sa présence-absence se révèle en un creux que rien ne peut combler.

Un seul être vous manque... L'absence hurle le manque. Repères, étais, références, tout défaille. Tout d'un coup un nouveau registre est à appréhender sans que soit donné le temps de l'apprentissage. La confrontation avec un réel inconnu est très brutale.

Même annoncée, la mort de l'autre prend au dépourvu, rien n'y prépare vraiment. La vie dans sa répétition obsessionnelle pousse ses pions comme un courant incoercible. Comment ne pas se laisser emporter, submerger ?

Celui qui part laisse toujours une belle pagaïe après lui. Long, très long est le temps de la remise en ordre, s'il advient jamais.

 

 

PHILOSOPHIE

Philosopher est à la mode, les cafés philo fleurissent dans les bourgades et couvrent parfois des produits suspects, sinon frelatés. C'est ainsi que j'ai surpris un Café des filosoffes (sic) annoncer un débat avec en vedette le député-maire de la paroisse. Le thème n'était pas ouvertement démagogie et populisme, un noble prétexte le couvrait.

La perte de sens intelligible qui caractérise notre époque se prête à ces leurres, de même qu'elle renforce la puissance des croyances magico-religieuse dont les Etats-unis pâtissent au premier chef, et le monde avec eux.

Chez nous existent des philosophes officiels aussi verbeux que bien des artistes tout aussi officiels. Certains d'entre-eux deviennent soit Ministre à paillettes, soit vedettes radio-télévisuelles que l'on consulte pour déterminer l'alpha et l'oméga de toute question de société. Leur jargon noie tout poisson, que l'eau originelle soit douce ou salée. Modernes gardiens du Temple, ils assurent leur magistère en surveillant jalousement leur pré carré.

Qu'en est-il de la philosophie ?

Météorite de l'enseignement, il faut attendre la terminale pour y tâter, puis plus rien à moins d'une spécialisation. Qu'en reste-t-il dans la plupart des cas ? Encore moins sans doute que des langues étrangères ânonnées des années durant sans aucun profit. Pourquoi donc ? Sans doute parce que la plupart des enseignants de la philosophie, à vrai dire enseignants des jalons obligés de l'histoire de la philosophie, sont tout sauf des philosophes. Ils enseignent des doctrines, poussent des éclairages, posent des question bateau, Dieu, la Liberté, la Conscience, le Beau, etc.

Ils vivent comme d'étroits fonctionnaires, philosophes à temps partiel.

Qu'est donc la philosophie ? Certainement beaucoup moins une matière à étudier qu'un mode de vie à pratiquer en compagnie de maîtres que l'on se choisit, qu'ils soient labellisés par la Faculté ou non. Certains de ces maîtres n'auront droit qu'à la mention penseurs, essayistes, moralistes ou poètes, tant pis. Où est le problème ?

La philosophie intéresse l'existence dans son épaisseur. Elle permet de se constituer, de se construire peu à peu, lentement, de s'élaborer chemin faisant, de s'acheminer à pas comptés vers un peu plus de sagesse, de sérénité, de gagner en conscience de soi, de s'affranchir patiemment des scories qui viennent polluer l'existant. Elle permet de se préparer au saut final. Une vie n'est pas de trop pour cela !

Quels sont ceux dont il convient de faire son miel ? Question à laquelle il est presque impossible de répondre tant les choix dépendent de chacun. Tenter un palmarès serait inconvenant, sinon stupide.

Quelques précautions toutefois : se référer le plus possible à des auteurs authentiques ou à des artistes (une oeuvre vaut parfois un long traité), dont la congruence, c'est à dire la justesse, soit la marque ; c'est bien la moindre des choses.

Eviter ceux qui jargonnent au-delà du strict nécessaire à un bon entendement, ceux-là disent communément qu'ils n'ont rien à proposer au plus grand nombre, qu'ils méprisent, et qu'ils entendent rester entre eux.

Fuir tous ceux qui détiennent quelque vérité, et encore plus ceux qui échafaudent des théories bien bouclées, explicatives du monde et porteuses de solutions.

Ne pas craindre les contradictions, la contradiction c'est aussi la vie. Foin des idéologues et des métaphysiciens !

 

 

PROGRES

La notion de progrès enserre quelque mystère. Elle se colore aussi bien d'espoir que d'inquiétude : les notices glissées dans les étuis de médicaments comportent toujours une rubrique effets indésirables éventuels.

A trop consommer de cette drogue ascensionnelle les riques de perturbations graves se révèlent rapidement nombreux, avec possibles répercussions sur l'entourage : naïveté, perte de sens critique, délires mensongers, comportements parfois violents, etc.

Si progresser signifie tout simplement aller de l'avant, y associer comme une obligaion immanente quelque prédisposition à l'atteinte d'un mieux peut entraîner un effet hallucinogène fort dommageable à la conduite de soi-même, avec altération du raisonnement.
Contre-indication formelle : associer réformes et progrès.
Le seul antidote connu à ce jour est un cocktail de nuances et de relativisme.

 

 

QUESTIONS FONDAMENTALES

- La fin de l'Histoire peut-elle être un fait historique ?

- Comment mesurer l'intelligence artificielle ?

- A quel âge Dieu a-t-il commencé à parler ?

- Peut-on faire le bien d'autrui sans le mettre à mal ?

- Quelles sont les lettres de l'alphabet les moins utiles ?

- A quoi sert le football ?

- Pape est-il une profession ?

- La campagne fait-elle partie du paysage ?

- Pourquoi verse-t-on d'abord le pastis et ensuite l'eau ?

- Pourquoi la mer est-elle salée ?

- Les chômeurs ont-ils raison ?

- Le passé a-t-il encore un avenir ?

- Pourquoi le Tour de France passe-t-il si souvent par le Massif Central ?

- Où trouver des tasses pour gaucher ?

- Qu'apportent les images à la télévision ?

- Pourquoi un poisson rouge dans un bocal ne devient-il pas fou ?

- Connait-on l'espérance de vie d'une huître ?

- De quelles notes la musique a-t-elle le plus besoin ?

- Pourquoi la neige est-elle blanche ?

- A quel âge Tarzan a-t-il pris sa retraite ?

- Le sourire de la Joconde tient-il au fait qu'elle est au courant ?

- A quoi sert la vie ?

- Pourquoi la chair du saumon est-elle rose ?

- Les salariés ont-ils besoin du patronat ?

- Quelle est la valeur d'une certitude ?

- A quoi servent les frontières ?

- La démocratie est-elle une forme de maladie mentale ?

- A quoi l'Art peut-il être utile de nos jours ?

- La Fortune est-elle vraiment aveugle ?

- Quels pare-chocs pour les civilisations ?

- D'où vient-on ?

- Un TGV lent serait-il un progrès ?

- La photo d'une oeuvre d'art est-elle une oeuvre d'art ?

- Quelle est la différence entre un corps vivant et un corps mort ?

 

 

RIRE

Le propre de l'homme nous dit Maître François Rabelais. Que serions-nous sans le rire, sans la dérision, sans l'humour ? Que serait le paysage sans oiseaux ?

Quel que soit l'âge, le rire est un creuset par lequel chacun se trouve modifié le temps d'un plaisir.

Rire est un bonheur car c'est un partage, une connivence, c'est un outil momentané qui mobilise la personne tout entière, sans considération d'âge, de sexe, de statut ou d'apparence.

L'humain est là, dénudé, tel qu'en lui-même, de son enfance jusqu'à l'instant présent.

 

 

SAGESSE

J'ai de plus en plus horreur de cette sagesse feutrée qui permet tous les accommodements, qui se satisfait à bon compte dès lors qu'avantages et privilèges demeurent.

Cette nauséabonde fadeur des sentiments qui évoque l'odeur de poudre de riz de grosses femmes de mon enfance, engoncées dans leurs cols de renard, le nez pris dans leurs lunettes sans monture. Je pense à l'une d'entre elles, cousine éloignée de mes grands-parents, ancienne directrice d'école, distante et assez effrayante, aux baisers pincés de laquelle il me fallait me soumettre.

Sa corpulence et ses renards m'étouffaient, ses lunettes agressives me paraissaient dangeureusement aiguisées. Il y a dans ce souvenir tout l'apprêt, le manque de naturel, l'absence de spontanéité et le sordide calcul d'intérêts de ceux qui composent avec les apparences, qui justifient leurs à-peu-près par le souci de ne pas faire de vagues car-cela-d'ailleurs-ne-servirait-à-rien.

 

 

SANTE

Mot étrange qui désigne aussi bien une prison parisienne qu'un état physique jugé satisfaisant, si elle est bonne, ou détestable, si elle est mauvaise.

La nécessité d'une surveillance - Haute surveillance dirait Jean Genet - est sans doute ce qui rapproche les deux sens de ce terme. Cette indispensable vigilance requiert beaucoup trop d'énergie. Avoir à se préoccuper de sa santé limite, enferme dans un système de contraintes peu supportable, qui rongent l'autonomie, érodent la capacité d'entreprendre, sapent l'énergie, amollissent, rendent paresseux ou bien abêtissent.

Lorsque l'organisme se manifeste en se dissociant de la personne, il prend le pas et empêche gravement. Il emprisonne le mental comme l'affectif.

La maladie est une hydre dévoreuse.

 

 

SOUVENIR

Un bref séjour au bord de la campagne, herbes, boue, labours juste à côté. Des fleurs s'évadent des arbustes, des bourgeons pétillent les rameaux. Le ciel gris bleu aiguise des couleurs franches. Je réalise que j'habite désormais en ville et que j'ai perdu le vivant du souvenir. Le souvenir se révèle come un faux-semblant. Quelle autre existence que le moment présent ? Fumée dissipée, le souvenir révèle sa prétentieuse faiblesse : la cendre n'est jamais la mémoire du feu.

Le souvenir comporterait une part de crispation, au moins de la fixation sur des objets mentaux ou affectifs, avec les abrupts et les miroirs de failles signalant le grandiose du paysage.

La réussite personnelle serait peut-être d'engendrer pour soi-même et par soi-même une sorte d'oubliance, d'omission : situé à l'origine d'un quelque chose, trouver quelque volupté à ce que la référence à l'initiale soit progressivement perdue, la création, l'événement, devenant peu à peu autonomes, indépendants de leur instigateur.

Au départ, une idée, puis une mise en oeuvre et une installation factuelle, inutile de garder la source en mémoire, la chose existe et se perpétue, elle fonctionne par elle-même, devient une évidence, plus aucune nécessité de se remémorer, de rendre grâce, d'attribuer, de nommer.

Plus besoin d'icône à révérer. L'idée matérialisée revêt toute sa force une fois devenue lieu commun, synonyme d'allant de soi, la vie s'ajoute alors de l'indéfinissable.

Pour l'initiateur, devenir moins qu'un nom usuel, sinon c'est raté. On se souvient qu'un Préfet de police  imposant un conteneur de déchets aux parisiens se nommait M. Poubelle. Exister ainsi dans la mémoire collective possède-t-il quelque attraction ?

La véritable simplicité vis à vis de soi-même ne serait-elle pas de s'oublier ainsi que le second Rimbaud en a donné l'exemple ?

 

 

SOINS PALLIATIFS

Soins palliatifs, accompagnement des mourants, il y a du curé là-dedans.

Accompagnement des mourants ? Accompagnement des (encore) vivants serait plus pertinent. Il s'agit de l'être à un certain moment de son existence. Il s'agit d'être, avec soi, avec l'autre, davantage semble-t-il que d'anticiper la perte, ne serait-ce que par la dénomination.

Notre temps publie la mort violente à tout propos, accidents de la route, images de guerre, crimes, attentats. Il met en incessantes images son spectacle auquel il concède un vaste espace sonore et visuel, il s'attarde sur les mouroirs et leurs équipements défaillants. En situant le trépas parmi les faits divers les plus communément triviaux, il l'évacue. La mort est soigneusement occultée dans la proximité du quotidien. Depuis des lustres les obsèques sont célébrées dans le plus strict anonymat, rien ne les signale plus dans la vie de la cité. On convoie les morts à la sauvette.

Devenue objet télévisuel permanent, la mort est instituée comme un quelconque produit commercial, elle appartient désormais au marché de la consommation.

Plan cancer : la fréquence d'apparition de la maladie aurait augmenté de 30% depuis vingt ans, de nouveaux métiers, de nouvelles officines émergent, cherchant à capter le gisement de formation aux soins palliatifs, associations paramédicales d'assistance aux malades. Le corps médical exerce sa vigilance, il occupe résolument un terrain qu'il revendique.

Ne serait-il  pas préférable de s'attaquer aux causes du fléau, pollution, alimentation, hygiène de vie, que de se préoccuper exclusivement du traitement des effets ?

De même que l'aide économique aux pays en voie de développement n'a jamais fait régresser la misère dans le monde, la nécessaire amélioration des thérapies ne saurait suffire. L'industrie du crabe, que l'on nomme avec préciosité oncologie, serait-elle devenue un des moteurs de l'économie ? Nouvelle hypocrisie vaticanesque masquant une culpabilité soigneusement tue.

Dieu est de notre côté fait dire Almodovar à l'un des protagonistes de son film La mauvaise éducation. Le cynisme ronge.

Soigner en aval et faire des effets de manchettes en omettant l'amont paraît bien suspect.

 

 

TITRES

Auteur de titres j'aurais aimé être. Composer des titres est tout un art, cela tient de l'orfèvrerie. Raccourci signifiant.

Concevoir et réussir un titre possède la même force que le signe calligraphié emplissant à lui seul la totalité de l'espace.

Concevoir un titre c'est un geste, un trait de cymbale qui s'interpose, attire et souligne. La fulgurance, la fragilité et l'évidence de l'aquarelle. La partition réduite à une simple note, posée, diamantée, soclée sur le silence. L'extrait le plus synthétique, le plus évocateur du haïku, un élixir.

Un titre réussi est poésie, il se suffit à lui-même, il n'est besoin de rien d'autre, pouvoir du rêve. Donner à imaginer, à penser. Il m'est arrivé bien des fois d'acheter un ouvrage pour son titre et d'être fort déçu par la logorrhée qui l'accompagnait. Le titre toutefois méritait toujours l'achat. Dieu, sa vie, son oeuvre, d'un certain Jean d'O, est un bon exemple.

Imaginer une bibliothèque alignant des titres et des pages blanches. Revendre la plupart des autres livres.

 

 

UTOPIE

Mot aussi amusant que séduisant. U, comme l'ordre "Hue !" propre à faire avancer un cheval de labour. To, comme Toto, ce petit rigolo de mon enfance auquel on prêtait malice et effronterie. Topie, comme la toupie qui tourne follement sur elle-même. Utopie comme déraison, comme défi lancé à l'existant, comme certainement intraduisible en actes, comme inconcevable, ayant peu de chance d'exister vraiment.

Utopie, impossible comme la vie, mais tellement nécessaire à la vie.

 

 

VIEILLIR

Il n'est pas de pus sûr moyen pour gagner du temps : vieillir désencombre.

Mon mestier et mon art, c'est vivre (Montaigne - Essais - II, 6)

Vivre fatigue tellement ! Si seulement il y avait un autre mode de vie ! (Fernando Pessoa - En bref)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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26 août 2012 7 26 /08 /août /2012 11:26

Citations du philosophe Jean-Paul Curnier, Le Bec en l’air, 2012, 254 p.

 

Curieux titre pour un curieux ouvrage dont le format et la reliure en plastique bleu ciel font aussitôt penser à ces Bibles des Gédéon parfois présentes dans les chambres d’hôtel. A la couleur près, sa présentation l’apparente également au Petit livre rouge de Mao, ce qui ne manque pas de saveur.

Mention d’éditeur et de dépôt légal, mais aucune indication de prix. Livre qui m’a été offert, distribué à l’occasion d’un des spectacles du Festival d’Aix-en-Provence de cet été 2012. Peut-on se le procurer en librairie ? Réponse à vérifier auprès du libraire préféré de chacun.

Si le contenu est sérieux, les apparences semblent conformes aux facéties dont l’auteur, philosophe, homme de spectacle, agitateur culturel polyvalent, est friand.

Ce penseur et amateur d’art à la critique acerbe et lucide, souvent désabusée, est l’auteur prolifique d’essais, de pamphlets, d’articles et de travaux pour le théâtre et le cinéma. Il se produit parfois sur scène et on l’a vu figurer dans plusieurs courts-métrages, dont un signé Jean-Luc Godard.

(Google en dit davantage au sujet de ce trublion.)

 

Il pourrait y avoir du Frégoli chez Curnier.

 

L’ouvrage résulte d’un collage de remarques et de réflexions requérant quelque attention, regroupées sous des intitulés de pseudo chapitres procédant d’une suite farfelue de poncifs chers à la platitude quotidienne du Café du Commerce. On retrouve là l’humour décalé d’un écrivain aimant à masquer le sérieux sous la dérision. Il se délecte à piétiner le pouvoir intimidant des penseurs officiels dont le jargon obscur et prétentieux empêche toute socialisation de la pensée en tant que fait poétique et politique.

Le rire et la prise de distance qu’il permet constituent des armes efficaces contre la désespérance.

Ces citations sont puisées à des sources, articles et ouvrages, dont les plus anciennes remontent à 2000. C’est dire leur actualité.

 

*

* *

 

Quelques exemples non exhaustifs de contenu, grappillés parmi les thèmes les plus récurrents (emploi d’un  ordre alphabétique pour plus de commodité de lecture) :

 

Banlieues      Les discours sur l’urgence des problèmes à résoudre se ramènent à un « éloge tacite et vénéneux » de l’ignorance à leur égard.

Les banlieues sont en fait un gigantesque « dépôt de rebuts humains » que l’on renonce depuis longtemps à admettre dans la collectivité des bien pensants.

Banlieues et bidonvilles sont la manifestation « de la sauvagerie instituée qui règne à l’échelle planétaire. »

 

Bourgeoisie  Elle se caractérise par son désir de profiter de la société telle qu’elle est, sans jamais aucune remise en cause sérieuse. Suivre le courant dominant est son credo.

 

Capital           Il s’impose comme la seule évidence possible, il se répute ainsi intouchable. Il est devenu la Loi unique de l’espèce humaine devant laquelle tout se juge et se réfère. C’est par lui que vivre ensemble l’impossibilité d’être ensemble exige l’abandon du rêve. Il a trouvé dans l’effondrement du système soviétique une forme de « virginité politique. » La vérité ne lui importe pas car pour lui la conscience n’est qu’accessoire.

Il débouche nécessairement sur le vide d’une immense illusion, celle d’en finir avec l’assujettissement au désir marchand, qui n’est que « promesse d’égalité et de fraternité dans l’humiliation. »

L’achèvement de sa domination mondiale lui permet « de se travestir … en croisade pour la justice, la paix et la liberté… » grâce au faux nez du Devoir d’ingérence humanitaire.

 

Chômage       Dès lors que l’échange marchand conditionne la vie humaine, celle-ci perd totalement sa valeur, y compris pour ceux-là même qui, perdant toute valeur d’usage, ne trouvent plus à se faire employer.

 

Compétition  Un mode de « racialisation, de culturalisation et de naturalisation des inégalités économiques ». En fait, un jeu truqué de la guerre économique, assorti de règles mafieuses.

Euphémisme permettant d’éviter de parler de guerre alors que celle-ci bat son plein.

 

Culte de la personnalité     Plus besoin de führers, de petit père des peuples ou de lider maximo à révérer, chacun désormais est incité à se livrer sans retenue au culte de soi et de sa propre personnalité. L’émiettement est total, tout bénéfice pour le totalitarisme marchand.

 

Démocratie   La « vie démocratique idéale se résume au rituel folklorique et à-demi désaffecté des élections. » Elle entraîne, favorise et raffine la passivité.

 

Elections       « Le peuple n’a rien à faire avec les élections, sauf à approuver majoritairement ou désapprouver minoritairement ce qui se fait en son nom ».          

 

Gouvernants            La Grèce et l’Italie préfigurent ce que seront les gouvernants de demain : des familiers de la finance, dont elle sera la seule patrie, des hauts techniciens de l’argent, des non politiques.

Le mode de gouvernement désormais largement en place se fonde sur la peur, et les désillusions qu’il induit distillent en permanence de la peur.

 

Jugement      L’enjeu est de faire disparaître la pensée délibérative au profit du jugement de droit.

 

Liberté d’expression          « Le sujet le plus comique au palmarès du rire. » Administration quotidienne du néant, il n’est que de lire la presse, d’écouter la radio, ou, pire, de regarder la télévision.

 

Néant             L’impuissance des uns, l’assentiment de quelques autres et l’obéissance du plus grand nombre, associés à l’incrédulité. Ce qui conduit immanquablement à « l’extermination des civilisations ».

C’est aussi la négation de la plus grande partie de ce qui fonde l’existence humaine.

 

Peuple           Le peuple n’est plus que ce qui en a été fait : « une multitude automatisée … une cohorte infantilisée … (issue) de cinquante années d’abêtissement acharné… »

 

Politique        « Peu à peu, le personnel politique se transforme en clergé d’un pouvoir invisible… »

« Si le bien ne peut être prouvé, le mal, lui au moins, peut être constaté et c’est un changement complet dans le mode de jugement politique et dans la façon de penser le politique qui s’est mis en place. »

 

Pouvoir          Le totalitarisme est l’horizon même du pouvoir. Le capitalisme est nécessairement totalitaire.

 

Raison           L’attitude raisonnable désormais, c’est de ne plus rien envisager en dehors de ce qui est.

 

Révolte          « Quand plus personne ne songe à manifester un simple « non ! », c’est que toute révolte est devenue nécessaire. » (Oui, certes, mais nécessaire ne signifie pas suffisant.)

 

Révolution    Une invention de l’inconnu, la condition de l’inouï, devenue « un mot de manuscrit ».

 

Rire    Le plus risible c’est que la démocratie montre que « tout peut être dit, tout peut être entendu sans que jamais la moindre suite n’y soit donnée. »

 

Souveraineté populaire     Un archaïsme culturel, à supporter au même titre que la journée chômée du 1er mai.

 

*

* *

 

Jean-Paul Curnier nous dégage les bronches et nous propose un bel exercice d’hygiène mentale : la culture de l’intranquillité, prélude au bien-être d’une pensée débarrassée du mythe de l’éternel retour, ainsi que des faux-semblants du discours prétendu savant.

Si aujourd’hui la crise de conscience est devenue denrée si rare, c’est bien à cause de la disparition des conditions d’une prise de conscience. Mieux vaut sans doute le déclic salutaire d’un amusement qu’un gémissement complaisant, inutile parce qu’attendu.

Le sursaut commence par un rire qui ne s’en laisse pas conter. L’autonomisation de la pensée passe nécessairement par la dénonciation opiniâtre du formatage officiel. Souligner le ridicule du sérieux  procède de la pulsion de vie.

 

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26 août 2012 7 26 /08 /août /2012 11:13

 

- IL a pris le bateau à La Londe et sitôt arrivé IL a voulu louer un vélo.

- Avez-vous une carte d’identité ? Lui a demandé la responsable. IL a dit qu’il n’en avait pas.

- C’est le président, lui a glissé à l’oreille un garde du corps.

- Le président de quoi ?

- Le Président de la République, Madame…

- Bon, je veux bien vous en prêter un, mais il faut me promettre que vous me le rendrez.

 

Celle qui raconte cela est sûre de son effet. On l’écoute avec attention, un cercle se forme, le moment est plein d’une intensité avide.

Quelqu’un certainement mal intentionné lui demande si elle y était, a-t-elle assisté à la scène ?

 

- Non, c’est la commerçante elle-même qui me l’a racontée.

 

Qu’importe ! L’information est croustillante à point. Elle donne lieu à des commentaires amusés, à des anecdotes, à des souvenirs.

- Quand madame Chirac est venue… Et puis aussi Giscard…

- Encore, encore…

 

Oh, le bon moment, l’anecdote nourrira sans aucun doute les conversations de la journée et quelques-unes des suivantes. Le frisson du regard en coulisse. L’idée qu’on aurait pu en être, qu’on en est presque, qu’on pourra en parler comme si on y avait été. Le bonheur est à portée, il manque si peu pour y parvenir. Délectation. Etre témoin par témoins interposés c’est être tout proche du cercle béni des initiés. Comme sont nombreux ces gens bien informés, qui savent, à qui on ne la fait pas. Douce appétence.

Paris-Match, Images du Monde, dîners en ville.

Je suis informé, donc je suis.

Je communique, donc je suis

Où sommes-nous ? En quel pays, en quel siècle ?

Les racontars de Madame de Sévigné et les commérages de la Cour, les petits marquis bruissent à qui mieux-mieux. Trissotin est à la fête.

Oh, pouvoir être petit marquis, ne serait-ce qu’un instant, Reine d’un jour, étoile filante le temps d’un terne regard de téléspectateur !

Puisque que tout fout le camp, il reste au moins cela.

 

IL est simple, IL est « normal ». Cela suffira-t-il ?

Le souffle paraît court.

 

Réminiscences :

« Chérie, devines qui vient dîner ce soir », et Giscard s’annonce (et le fait savoir).

« Amis éboueurs venez prendre un petit-déjeuner à l’Elysée, avec MOI » (et Giscard le fait savoir).

IL joue de l’accordéon, largement plus tard un autre fera du vélo et du jogging encadré par ses gardes du corps, accompagné d’un premier ministre asservi, aussi essoufflé que lui (photos partout).

Aujourd’hui, IL s’arrête aux feux rouges, emprunte les transports en commun, et distribue des bises (échos partout).

Foutaises, fadaises ces minables dénis de la réalité.

Même si les stupides abondent, les prendre ouvertement pour des imbéciles ne grandit pas le personnage.

 

Proximité, normalité ne sont qu’inutiles miroirs aux alouettes.

Comment attirer vers la normalité une fonction qui par sa nature même est singulière ? Une fonction qui exige de son titulaire en l’érigeant. Il y a évidemment de l’imposture là-dedans.

L’ombre portée du suffrage universel, magistrale tromperie, ne fait que souligner et renforcer cette singulari. IL n’est pas primus inter pares – premier parmi ses semblables. IL est l’oint. Mitterrand, après s’y être violemment opposé avant de le tenir, joua le rôle à la perfection. Ce n’est pas pour rien que Dieu fut l’un de ses surnoms.

Se targuer de normalité, simple feinte de joueur de seconde division, c’est prendre le risque de dévoyer à nouveau l’image. Elle le fut déjà avec le précédant, exaspérant la singularité, la tirant vers le factice de la gesticulation ostentatoire.

La dévoyer à nouveau en sens opposé c’est risquer d’engendrer le désintérêt et la lassitude. (Ce qui pourrait se révéler bénéfique, mais le pari est fort risqué.)

 

L’absence de volonté de modification radicale des pratiques engendre le nanisme face aux défis d’une période requérant un maximum d’audace. L’heure n’est plus aux atermoiements. Il faudrait vouloir trancher clair et net.

Chômage, récession, tensions sociales, toilettages très précautionneux, soumission au cynisme financier, aux fariboles de la dette à maîtriser et des marchés à rassurer, respect excessif de l’existant, culture de la demi-mesure, mais au moins IL est des nôôôtres !

 

Le changement, c’est maintenant, soit mais n’oublions pas que maintenant n’a jamais été daté. Le changement c’est maintenant et demain on rase gratis.

Alors… un gouvernement de gauche c’est pour quand ? Pour maintenant ou pour demain ?

 

Avis de grand frais pour le très proche avenir ! Nécessité absolue d’un équipage aguerri, courageux, résolu, et décidé à forcer les événements. Connaîtrons-nous jamais cela ?

 

Ne surtout pas baisser la garde, ne surtout pas amoindrir les exigences !

Rappelons-nous Demander l’impossible.

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8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 14:27

Jacques Cotta – Un CDD sinon rien Quand « intérêts financiers » riment avec « précarité des salariés » (J-C Gawsewitch, 2012, 280 p., 19,90 €)

 

Un livre de journaliste dont le titre et la présentation inciteraient naturellement à la réserve face aux nombreuses publications de circonstance. Un livre dont on pourrait penser qu'il n'apporte pas grand chose aux sempiternelles dénonciations des compromissions dont les politiques, toutes origines confondues, sont en permanence les agents.

 En fait un dossier fort intéressant, documenté, objectif, avant tout un constat terrifiant de l’effarante dégradation sociale en cours depuis des années.

Où il apparaît très clairement que depuis la présidence de Giscard d’Estaing et la règlementation européenne du fonctionnement des banques, l’emprise de la finance internationale sur la politique des états membres ne fait que croitre. Depuis lors, la complicité des gouvernements de gauche et des syndicats avec la lente remise en cause des acquis sociaux, de la législation du travail, des statuts propres à la fonction publique et des services publics, est indéniable. S’ensuivent désertification industrielle, nécrose des relations sociales, perte de combativité et soumission des populations, intensification des pressions et des intimidations. Un peu partout, le travail est « mis à sac ». (Il s’agit non pas d’un retour à l’Ancien régime, mais plutôt à la féodalité où priment l’arbitraire et le droit du plus fort. Désormais l’humain est de trop, il n’est qu’un élément gêneur à éliminer.)

 

 

Au travers de nombreux exemples et témoignages, le livre aborde l’évolution et la situation des chaînes de télévision, le statut des fonctionnaires, la dégradation des services postaux, l’inflation de l’intérim et les transgressions permanentes au droit du travail, l’enseignement et la précarité, l’influence du modèle américain et le management par le stress permanent, la souffrance généralisée au travail et les suicides. Il se termine par l’évocation de quelques voies de réflexion.

 

Alors que l’on parle d’abondance de la dette publique à résorber, ce sont les milliards engagés pour soutenir le système bancaire, les pseudo plans de relance et la baisse des recettes fiscales qu’il faudrait considérer. « Les déficits qui défrayent la chronique … sont donc le produit du système et n’ont pas grand-chose à voir avec une générosité étatique excessive au profit des citoyens. »

La remise en cause des statuts professionnels ne sert qu’à masquer la volonté de rupture totale avec le pacte social mis en place depuis la seconde guerre mondiale. Les intérêts financiers l’emportent désormais sur les conditions d’emploi des salariés. Une question de choix de civilisation se pose ainsi de manière très aigüe.

 

En s’attaquant aux services publics et au statut des fonctionnaires, l’Etat-patron a engagé le plus grand plan social jamais organisé. L’administration devient de plus en plus incapable d’assurer ses missions, ce qui induit comme une évidence la nécessité de privatiser ; cela avec l’assentiment actif ou passif des principaux syndicats, CFDT en tête, qui admettent l’introduction de CDI, donc d’une fonction publique à deux vitesses.

La modification du statut des entreprises publiques a été engagée à la fin des années 80 par les gouvernements de gauche, comme de droite. C’est le gouvernement de Michel Rocard qui, au nom de « l’adaptation nécessaire au marché », a disloqué les PTT pour créer France Télécom et La Poste, tandis que le gouvernement Jospin a ouvert France Télécom au capital, en 1997.

En 2007, les CDD étaient largement minoritaires, ils sont aujourd’hui monnaie courante en dépit des règles d’un Code du travail devenu gênant, dont le contenu est violemment remis en cause par le patronat. Sarkozy est allé jusqu’à préconiser un « contrat de travail unique » permettant à la fois flexibilité et absence de recours juridique de la part de salariés précarisés.

« Toutes les couches sociales sont atteintes par la destruction du statut du travail. »

Dans l’enseignement la situation se détériore à grande vitesse. Une pénurie d’enseignant se dessine sous le coup d’une image dégradée, de rémunérations faibles eu égard à la formation requise, une formation au métier insuffisante, et une détérioration considérable des conditions de son exercice.

Le « management par le stress » engage des processus destructeurs de l’individu. Souffrances au travail, et parfois suicides, en témoignent douloureusement.

Tout cela a comme effet principal démobilisation et fatalisme de la part des salariés, avec comme conséquence une disparition du lien social. Depuis les années 1981, sous diverses appellations, les contrats précaires ont succédé les uns aux autres, pour le plus grand bénéfice des employeurs, au total détriment des intéressés.

 

« La destruction des statuts, la fragilisation des contrats de travail, la précarisation généralisée, l’explosion annoncée de nos acquis sociaux ne tombent pas du ciel. Ces processus étaient déjà inscrits dans les différents traités européens. »

L’histoire récente montre que libéraux et socialistes sont en Europe sur une ligne commune. (Hollande ne semble pas vraiment vouloir déroger à la règle, son désir de faire ratifier le traité Sarkozy-Merkel en témoigne.) La chasse aux déficits publics ne peut que se traduire par une misère croissante. Parler sans cesse de compétitivité, c’est en réalité chercher de nouveaux champs de gains pour le capital. Vouloir réduire les « charges sociales », c’est chercher à ne plus payer une partie des salaires. La modulation du temps de travail permettrait de verser des salaires minorés, de supprimer des emplois et d’augmenter les cadences.

Le sort de la sécurité sociale est en jeu, alors que ses ressources sont soigneusement amputées par le jeu d’exonérations multiples, entretenues aussi bien par la droite que par la gauche depuis plus de vingt ans. Le financement de la protection sociale  ne poserait aucun problème si les entreprises cotisaient comme elles le devraient et si l’assiette de cotisations était élargie à l’ensemble des plus-values.

 

« Le coût qui pèse sur la société n’est pas celui du travail mais celui du capital. »

 

Des questions simples sur lesquelles devrait porter le débat :

- refus d’acquitter la dette, qui n’est pas celle des peuples (bel exemple que celui de l’Islande) ;

- exigence de voir les responsables passer à la caisse (où il est question des banques et de leur financement) ;

- relocalisation de l’activité et du travail sur le territoire national (travail de très longue haleine) ;

- réindustrialisation du pays (que cela signifie-t-il au juste, au-delà de la pétition de principe ?) ;

- rétablissement et extension des services publics (nécessité de réfléchir à des bases nouvelles) ;

- préservation de la protection sociale (sans doute relativement aisé, grâce à une vérité des comptes ressources et dépenses) ;

- reconquête de la souveraineté populaire et sauvegarde de la démocratie (cette option souverainiste mériterait d’être discutée au regard d’une réflexion sur un véritable fédéralisme européen).

 

L’accent est mis à juste titre sur l’absolue nécessité « d’une véritable réforme fiscale permettant de rétablir une progressivité qui épargne aujourd’hui les très hauts revenus et surtout les revenus du capital comme les bénéfices des très grosses sociétés. »

La création d’un grand pôle public bancaire passant par la nationalisation des banques que l’état a renflouées sans contreparties serait bienvenue.

C’est avant tout de volonté et de courage politique qu’il est question alors que les responsables politiques appellent les chefs d’entreprise à recruter dans le privé, tandis qu’eux-mêmes, à la tête de l’état, licencient ou bloquent toute embauche.

 

La question se pose désormais de savoir où se situe le seuil de tolérance en matière de rapports sociaux.

 

Il semble bien que cette interrogation concerne l’ensemble de l’Europe :

Grèce + Italie + Espagne + France + Allemagne = Explosif !

 

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31 juillet 2012 2 31 /07 /juillet /2012 18:40

Frédéric Lordon – Peugeot, choc social et point de bascule article in Le Monde diplomatique, août 2012.

Frédéric Lordon est l’un des signataires du Manifeste d’économistes atterrés (Les Liens qui Libèrent, 2010).

 

Sitôt passées les échéances électorales, le monde politique est rappelé à la réalité par les rebonds de la crise alors que le gouvernement affiche la réindustrialisation comme l’un de ses défis.

Curieux ministère que celui confié à M. Montebourg. Naïveté du titulaire, perversité du Président, ou incantation magique partagée par l’un et l’autre ?

Il se trouve que le « Ministère du redressement productif » s’instaure au lieu de la plus profonde contradiction : celle de la nécessité de transformation du capitalisme mondialisé, sans aucun désir réel de transformation du capitalisme mondialisé, tant est grand et durable le renoncement politique à s’opposer vraiment aux forces de destruction sociale.

Le parti socialiste ne considère-t-il pas depuis longtemps que c’est un signe de modernité de prendre le monde tel qu’il est ? Sa révolte contre le système en place a-t-elle jamais été autre chose que pur effet d’annonce ?   

 

L’affaire PSA pourrait se révéler un cas de trop, cristallisant une situation critique susceptible de faire basculer une situation très détériorée.

Les attaques contre les dirigeants et la famille Peugeot apparaissent assez dérisoires au regard de la nécessité de s’en prendre aux structures d’un système mondialisé broyant PSA comme bien d’autres entreprises.

Les palinodies de M. Hollande se faisant chantre de la « croissance » et se satisfaisant de mesures cosmétiques apparaissent très strictement anecdotiques. La défense vaille que vaille de l’orthodoxie européenne actuelle et celle du couple franco-allemand constituent une illusion toxique dont il est urgent de s’extraire par le rapport de forces, voire l’ultimatum.

 

PSA peut devenir emblème et point de ralliement de la politique d’un mouvement social qui clamerait que Le socialisme de nettoyage, ça suffit.

 

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26 juillet 2012 4 26 /07 /juillet /2012 14:41

Suffirait-il que change le titulaire de la fonction pour que change l’institution ? Que nenni, bien sûr.

Madame Aurélie Filippetti, Ministre de la Culture et de la Communication vient de prononcer fin juin un ébouriffant discours à l’Assemblée générale du Syndicat national de l’Edition[1].

Elle déclare avec vigueur les éditeurs acteurs indispensables, et incontournables, de la politique culturelle. Elle en fait des intermédiaires obligés de la création et précise « Tous les textes ne sont pas des livres et c'est précisément à l'éditeur que revient de faire le partage ; c'est lui, qui, devant la multitude des textes, doit porter la responsabilité de savoir dire non, quitte à, parfois, commettre une erreur ».

 

Comment mieux réaffirmer le rôle d’un Ministère qui n’est rien d’autre que celui de la Police culturelle, ce que Jean Dubuffet[2] dénonçait bien avant que Jack Lang ne mette en place les préfets et les commissaires de la culture avec les Directions Régionales des Affaires Culturelles (DRAC) ?

 

Parlant du monde de l’édition patentée Madame Filippetti parle d’une industrie culturelle. Elle a bien raison si l’on considère la majeure partie de ce qui se publie, produits marchands on ne peut plus éphémères, où la part d’audace et de découverte qu’on serait en droit d’attendre d’un éditeur est des plus ténues, sinon fréquemment inexistante. Nous sommes assurément dans le domaine des Affaires, comme avant elle Monsieur Aillagon, par exemple mais pas seulement, l’a fort bien compris en montant son partenariat avec Monsieur Pinault (Les Affaires sont les Affaires, n’est-il pas vrai ?).

 

« Il n’y a pas de livre sans éditeur » ose encore notre Ministre titulaire, posant cette curieuse affirmation comme vérité intangible. D’où sort-elle cela ? L’éditeur n’est-il pas de création récente, bien postérieure à celle des livres eux-mêmes, n’est-il pas aujourd’hui menacé par l’apparition des nouveaux médias ? Comment oser procéder à semblable affirmation à l’heure du numérique ?

François Bon, écrivain très impliqué dans l’aventure des technologies numériques des positions duquel il n'est pas lieu de débattre ici, le dit sans ambages, « la littérature, c’est ce qu’il y a dedans, et pas comme elle se vend. »[3]

Foin donc de toute cette richesse de la création marginale, de l’individualisme, de la novation, du questionnement, de la germination anonyme ! Vive la cléricature ! Vive la Religion des enculturés, dévots imbéciles totalement incapables d’apprécier combien le fait artistique permet de prendre conscience de soi !

Que signifie cette politique d’exclusion ? Quelles conséquences en tirer ?

 

Sans doute est-il grand temps de contrôler l’activité des quelques professionnels indépendants qui galèrent pour accompagner des artistes s’acharnant, les misérables, à peindre, graver ou sculpter, au lieu de se livrer aux délices des installations et du marketing du bidouillage.

Sans doute est-il grand temps de mettre fin aux délires de ces dangereux provocateurs qui éditent des revues souvent éphémères, ou bien des auteurs authentiques joyeusement inconnus.

Sans doute est-il grand temps de faire taire ces compositeurs ignorants la musique d’ascenseur ou les « variétés ».

 

 

 

 

 



[1] Consultable sur le site du Ministère

[2]Jean Dubuffet : Asphyxiante culture - J-J Pauvert, 1968

[3] François Bon : Après le livre – Seuil, 2011

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