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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 11:02

Documentaire à la rencontre du mouvement social alternatif espagnol

  Le témoignage d'un mouvement qui prend de l'ampleur...
Un autre monde est possible, ici et maintenant.

La voix du vent - Semences de transition
Documentaire franco-espagnol, video HD 1080p, son stereo.

 

-----------Vous pouvez telecharger le trailer en HD sur VIMEO (Download/Original)---------

  

Jean Luc Danneyrolles, agriculteur de Provence et Carlos Pons, réalisateur Espagnol, organisent un voyage vers Grenade à la rencontre du mouvement social alternatif, entre agro-écologie et changement de paradigme. Ils engagent un cameraman et partent lors des grands froids de février 2012, avec pour tout moyen d'échange et seule richesse : des semences paysannes.

Nous avons besoin de vous pour finir de monter et publier ce projet !


Suivez nous également sur notre blog : http://lavoixduvent.blogspot.fr

------------------

Synopsis

Projet d'un film documentaire qui fera filer, à travers le langage audiovisuel, trois voyages autour du changement de paradigme et l'émergence d'une nouvelle conscience populaire.

 - l'un, réel : un voyage de la Provence à Grenade au coeur de l'espagne alternative ;
 - l'autre, l'intérieur : une expression des réflexions et des sentiments apparus lors du voyage ;
 - le dernier, collectif : l'utopie, l'idée d'une nouveau monde en germination, l'horizon qui continue d'avancer.

__________________

Données sur le voyage :
21 jours de voyage
35 Projects visités
plus de 200 personnes rencontrées
9 parcs naturels traversés

(carte ici : http://g.co/maps/8mvgt)

__________________

Objectif du projet :

Le film repose sur une démarche expérimentale : utiliser le langage audiovisuel pour transmettre des sensations et des concepts. Le sujet concerne une histoire du changement, des cycles humains replacés dans les cycles constants de la nature.

Un nouveau monde est en germination sur notre terre et dans l'inconscient collectif des peuples, il émerge déjà fortement dans beaucoup de cœurs et en de nombreux lieux.

Les semences échangées lors de notre voyage sont utilisées comme le fil conducteur de nos rencontres. Nous établissons à travers elles un lien entre les quelques projets alternatifs que nous avons visités, et l'ensemble des projets qui germent et se multiplient autour de la Méditerranée occidentale, et partout à travers le monde.

Dans ce voyage collectif, de nombreuses expériences personnelles ou collectives permettront d'aborder des sujets entrecroisés autour de l'agroécologie, la permaculture, la décroissance, la coopération, l'autonomisation personnelle et populaire, etc.
Plus globalement nous souhaitons témoigner de ce mouvement de pensée actuel dirigé vers le changement de paradigme post-capitaliste.

L'idée est de chérir l'espoir que le monde va finalement évoluer au-delà de l'égoïsme, du matérialisme, de la corruption et la concurrence, de surmonter des siècles d'oppression, pour aller vers quelque chose de nouveau, où la reconnexion profonde avec la nature et un radical changement dans notre traitement vers elle et tous les êtres vivants peuvent être la clé.

Quelques Images du Film :


Présentation du contexte :

Jean-Luc est  agriculteur. Il cultive et prend soin, depuis 27 ans, de deux hectares de terres dans le parc naturel du Luberon, en Provence.

A plus de mille kilomètres au sud, en longeant  la Méditerranée, la ville de Grenade résonne avec une forte évocation pour lui.

Jean-Luc est un producteur de graines biologiques et naturelles provenant de plus de 250 variétés, classiques, anciens et rares. Il appelle son jardin : «Le Potager d'un curieux».

Tant son jardin comme la petite cabane où il vit, sont pleins d'actes, des pensées, de réflexions et de  poèmes. C'est un curieux et il s'ouvre à l'exploration, à la fois intellectuelle, philosophique et spirituelle.
Il reste connecté au monde grâce aux nombreuses rencontres, à la radio et l'Internet quotidiennement. Il se considère humblement comme un émetteur pour diffuser les graines du changement pour le monde. Il est par exemple impliqué dans la campagne pour la décroissance et le réseau des Semences Paysannes en France.

Nous nous sommes rencontrés au cours du printemps 2011 et j'ai travaillé avec lui au jardin pendant quelques mois.

Je suis arrivé dans son quotidien avec un élan considérable suite des changements accrus, après avoir expérimenté pendant deux années les questions de transformation sociale par la consommation responsable et les réseaux sociaux. Grâce à leurs articulations pratique à l´échelle locale, j'étais habité par une grande énergie.

Nous avons tenu de nombreuses discussions intéressantes et une bonne connexion s'est établi entre nous. Nous avons vécus ensemble le «printemps arabe» et le «15-M» Espagnol, à distance entre les graines, les plantes et le compost. "Quelque chose est en germination et on peut presque se sentir d'ici".

Quatre mois se passent car j´étais retourné en Espagne. Je rencontre à nouveau Jean-Luc, affairé à son jardin, en Novembre 2011. Il me dit qu'il souhaite faire une pause. Sa terre semble le lui demander, mais aussi son corps, et surtout son esprit. Il veut observer ce qui se passe dans son jardin laissé spontanément en évolution, mais également revoir ce qui se passe dans le monde au-delà de son quotidien local.

Comme il me connait, Carlos Pons, ingénieur du son avec de solides connaissances du mouvement agro-écologique dans la Méditerranée occidentale et dans les mouvements sociaux pour le changement global, il y a une étincelle : il propose que nous partions en voyage en Espagne jusqu'à Grenade.

L'idée fait son chemin et je propose que nous faisions des arrêts, du Lubéron à Grenade, il y a de nombreux projets, à la fois personnels et collectifs, générateurs d'inspiration.
Nous pourrions échanger des semences nouvelles sur la route, tout en rencontrant des gens impliqués et, comme cela, connaitre et vivre ce qui arrive. 

Après quoi... pourquoi ne pas prendre une camera et l'enregistrer ?

A quoi va servir le financement ?

Nous avons déjà autofinancé notre voyage et l'engagement du (talentueux) cameraman.

Après la mise en forme rapide du premier trailer, il nous reste encore à passer de nombreuses heures à dérusher finement et sélectionner les passages les plus pertinents pour realiser un documentaire cohérent, équilibré et poétique.

Nous nous chargeons, Jean-Luc et moi, d'écrire un texte en voix-off premettant de présenter notre parcours, les projets rencontrés et nos réflexions.

Le projet est prévu en trois langues : français, espagnol, anglais.

Nous comptons désormais sur vous pour participer la production du film et aider financièrement la finalisation de ce documentaire, en particulier :

    Les frais de montage, son et post-production.
    
    Les frais de commission crowd-funding.

    Les frais de production du DVD.

    Les frais de difusion initiale.

Nous avons besoin de récolter 9500 euro, répartis équitablement auprès des communautés crowdfunding espagnoles et françaises, complétée par d´autres modes de financement.

Merci de votre support!

A propos du porteur de projet

Je suis Carlos Pons, d'origine espagnole, installé en France depuis mars 2011 en Provence. Ma rencontre avec Jean-Luc date de cette époque.

J'ai pour projet immédiat de terminer la réalisation de "La voix du vent", dont voici un premier apperçu.

J'ai participé auparavent à 15 documentaires, la plupart du temps comme ingénieur du son. J'ai également réalisé un documentaire en 2006 sur la vie à Cuba. J'ai aussi produit 10 albums de musique et j'ai travaillé dans le domaine de la postproduction audiovisuelle à Londres.

J'ai toujours été lié à des mouvements de justice sociale et environnementaux et, dernièrement, j'ai été impliqué dans le mouvement pour la souveraineté alimentaire des peuples sur le territoire espagnol. J'ai vécu à proximité de tous les évolutions qui ont lieu en Espagne ces dernières années dans le mouvement agroecologique et j'ai participé à divers forums et réunions connexes. Je connaissais personnellement la plupart des projets que nous avons visités.

Je suis également membre foundateur de 3 associations :
Mosaic Project -
www.mosaicproject.net
Colectivo Miradas - www.colectivomiradas.org
Association Moviments - www.moviments.org.es

Je participe aussi a :
Alliance pour la souveraineté alimentaire des peuples liee a la Via Campesina

http://www.alianzasoberanialimentaria.org/
http://viacampesina.org/fr/

_______________

Participants au projet :

Réalisation / production : Carlos Pons

Semences / écriture : Jean-Luc Danneyrolles

Images : Samuel Domingo

Production : Virginia Cabello

Bande originale : Marta Gomez; Felah Mengus; Enrique Morente

Traduction / relecture : Benoit Bianciotto

Intervenants :

Mas Franch, Ecollavors, Esporus, Semillas Madre Tierra, Ecocolonia Calafou, Didac S.Costa, 15M, Miquel Vallmitjana, Enric Duran, Cooperativa Integral Catalana, Esther Vivas, Derecho de Rebelión, AureaSocial, Gustavo Duch, Revista Soberania Alimentaria, Yaiza, Can Masdeu, Guillem Tendero, La Garbiana, Roy Littlesun, Universidad del corazón único, Josep Pamíes, Dolça Revolucio, Ecoxarxa Lleida, Permacultura Montsant, Mariano Bueno, Ecollaures, Llavors d´aci, Red sostenible y creativa, Ojo de agua, La Cúpula, Felah Mengus, Temazcali Efimero, La Tribu, BioAlacant, Vicent Bordera, Patricia Dopazo, Plataforma por la soberania alimentaria País Valencià, Perifèries, Mercatremol, Proyecto Rúcula, Jardines de Acuario, Red de Permacultura del Sureste, Los Albaricoqueros, Rincon del Segura, Nuevos Recolectores, Sunseed, Agrodilar, Hortigas, Ecovalle, 15M Granada, La comida en nuestras manos.

  Soutenez, Recevez

Ce projet ne sera financé que
si au moins 3550 € sont collectés
avant le 15 juil. 2012.

 
Pour 10 € ou +
Le lien de téléchargement du film en qualité DVD et un grand Merci pour contribuer a la production audiovisuelle indépendante.
 
Pour 15 € ou +
Le DVD du film
+
Contreparties précédentes
 
Pour 25 € ou +
Le liens de téléchargement divers formats (720p et Full HD inclus)
+
Un sachet de graines
+
Contreparties précédentes
 
Pour 50 € ou +
Crédits au documentaire (avec votre accord)
+
Extraits inédits et photos
+
Contreparties précédentes 
 
Pour 100 € ou +
2 DVD
+
Participation au montage (phases finales)
+
Une sélection de semences potagères
+
Contreparties précédentes
 
Pour 150 € ou +
5 DVD
+
Droit de présentation public
+
Contreparties précédentes
 
Créateur
mosaicproject
Mosaic Project
Cucuron
  
 
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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 08:35

 

 

(Ecrits en 2004, pas encore oxydés…)

 

 

 

APRES

 

Le souci de l'après est évidemment présent au cœur de chacun. Il s'agit de notre aval, sur lequel nous aimerions bien sûr posséder des informations fiables. Y aurait-il quelques possibles prolongements, une survie ? Accepter sans barguigner une fin qui ne débouche sur rien, une disparition totale, n'est pas des plus spontanés, même si cela est raisonnable. Se trouver ainsi confronté à la vanité de l'existence a engendré de nombreuses fables auxquelles un grand nombre continuent de se référer.

Comme il est impossible de savoir s'y arrêter ne revêt pas une importance capitale, à moins qu'un refus frileux et apeuré de l'ignorance nous crispe sur un besoin de pseudo certitude : ce que l'on appelle communément croyance, foi, grâce ou révélation.

 

Si l'aval mobilise tellement, comment se fait-il que la question de notre amont, tout aussi mystérieuse, tout aussi importante, tout aussi inquiétante semble ne presque jamais se poser, mise à part la fantastique réponse du péché originel ou celle, somptueuse, des réincarnations successives ? Quoi avant, d'où procède-t-on ? Quel fut le parcours, de quoi sommes-nous lestés ? Comment sommes-nous reliés à la totalité de l'histoire de l'univers ? Là non plus, pas davantage de proposition crédible. Serait-ce une raison pour scotomiser les interrogations ?

 

A quoi tient le fait que l'origine individuelle préoccupe beaucoup moins que le devenir ? N'y aurait-il pas là une marque d'extraordinaire suffisance ? Qui peut considérer que son être au monde va de soi et que seul importe son avenir personnel ?

 

 

 

 

BIENNALES ET SALONS

 

Biennales du Livre d'artiste et autres salons spécialisés ont peu à peu perdu tout intérêt. 

 

A l'origine il s'est agi d'une aventure singulière où se mêlaient le plaisir de la découverte, l'expérimentation, une émulation propice à l'expression du désir, l'élaboration de relations de qualité avec des passionnés et la cordialité d'accueils généreusement intelligents de la part des organisateurs. Les salons étaient peu nombreux, ils drainaient des amateurs éclairés, tout aussi enthousiastes que les exposants. Chacun d'entre eux constituait un événement joyeusement attendu. Des amitiés se sont nouées.

 

Au fil du temps une banalisation de ces manifestations s'est instaurée. Les salons se sont multipliés jusqu'à devenir quelque chose d'analogue à ces Bourses aux minéraux et fossiles ou ces Foires à la brocante qui proliférèrent dans les années 70 et 80.

Des élus locaux flairant l'occasion de se mettre du culturel à la boutonnière voulurent eux aussi leur occasion de se signaler. Peu soucieux des enjeux artistiques et éditoriaux, ils se mirent à organiser des salons du livre avec séances de signatures par les vedettes éditoriales du moment, animations festives beaucoup plus accrocheuses pour le public que les monstrations d'éditions singulières. Une résistance s'ensuivit, des éditeurs marginaux se groupèrent pour organiser leur propre salon, à l'écart des loueurs de mètres carrés, dans le maintien d'une véritable convivialité et d'une passion partagée. Cette initiative connut quelques réalisations prometteuses.

Malheureusement une certaine euphorie s'ensuivit, apparurent alors des rivalités, des volontés de prise de pouvoir, et les ornières se creusèrent à vive allure. La singularité tendit à disparaître au profit des apparences. On vit proliférer des livres objets, souvent des bricolages plus ou moins compliqués, un peu racoleurs, sans intérêt véritable, ni livres, ni sculptures, plutôt bibelots kitsch, en tout cas pas grand chose à voir avec le livre d'artiste, qu'il soit livre de peintre, ou création commune d'un éditeur, d’un artiste et d’un auteur, des livres de partage, en somme.

De leur côté les organisateurs se soucièrent rapidement de la rentabilisation médiatique de leurs initiatives et de leurs retombées politiques possibles, les conditions d'accueil devinrent de plus en plus spartiates. Certains exposants désireux malgré tout de faire prendre l'air à leurs productions s'efforcèrent (et s'épuisèrent) à être partout présents, le plaisir de la découverte, de la surprise s'évanouit peu à peu. Le public vraiment intéressé se trouva dilué dans la quantité, qui l'emporta bientôt sur la qualité des regards et l'existence de véritables coups de cœur.

Les propositions elles-mêmes commencèrent à se répéter, le vif de la créativité s'émoussait.

 

Aujourd'hui ces salons sont érodés, tout aussi démodés que des expositions traditionnelles. Equilibrer les frais engagés (location d'un stand, déplacement et séjour) devient une gageure. De surcroît le plaisir n'y est plus, donc plus aucune compensation.

 

La machine consumériste l'emporte, il y a une très grande naïveté à croire qu'il suffit de montrer patiemment certaines productions artistiques au public pour qu'il finisse par s'intéresser. Les visiteurs, le regard perdu, la mine défaite et lasse, surpris par tant de propositions dont ils n'ont aucune idée, qui n'ont pour eux pas grande existence puisqu'ils ne les voient nulle part ailleurs (surtout pas à la télé bien sûr), se contentent pour la plupart de déambuler dans les allées, perdus parce que dénués de toute référence. Ils touchent mollement avec des mains pleines de doigts à des objets à manipuler avec précaution et à savourer du regard, et ceux qui touchent regardent ailleurs la plupart du temps...

 

STOP !

 

Il faut cesser cela de toute urgence. Un retour aux sources, peut-être un repliement sur soi, entre soi, est indispensable.

 

Chercher les happy few et ne cultiver son jardin qu’avec des espèces choisies !

 

 

 

 

 

CAMARGUE

 

La Camargue est un territoire bien particulier, nettement délimité, aux caractéristiques si marquées que l'impression d'être dans un ailleurs ineffable s'impose.

 

A l'ouest, loin au bout d'une fin de terre, s’imposent les Saintes-Maries-de-la-Mer, trop célèbre village touristique groupé autour de son église fortifiée. L'affluence y est grande en toute saison.

L'hôtellerie et la restauration rivalisent avec des commerces vestimentaires qui offrent de quoi se transformer vite fait en gardian de pacotille, ainsi que ces objets typiques toujours identiques et totalement dénués d'intérêt que l'on trouve en abondance dans toute station de vacances labellisée.

Des agences proposent d'alléchantes excursions et autres mini safaris inoubliables ; d'inévitables gratteurs de guitares hantent les terrasses.

A mesure de l’approche, les abords magnifiques sont ponctués de mas prétentieux, tout en toc, destinés à une clientèle désœuvrée. Des fêtes taurines sont organisées, ferrades, courses de vachettes et même quelques corridas.

On aperçoit ça et là des chevaux à la robe blanche et des toros noirs, entre les digues bordant des étangs peuplés d'innombrables oiseaux parmi lesquels se détachent les flamands roses, grands consommateurs de crevettes auxquelles ils doivent les nuances de leur plumage.

L'accès à la plage principale, celle où il est possible de jouir tranquillement d'un paysage exceptionnel justifiant à lui seul le déplacement, est soumis en été à un droit de péage, racket qui n'incite nullement la municipalité à soigner l'état de la piste.

 

A l'est, d'un abord moins évident, la route ne s'impose pas d'elle même, arrivant de la plaine de la Crau via Martigues et Port de Bouc l'emprunt d'un bac franchissant le Grand Rhône est nécessaire, le modeste village de Salin-de-Giraud s'ouvre à des visiteurs peu nombreux. L'agglomération fut construite sous Napoléon III, au moment de la mise en exploitation des salins. Elle possède une grande uniformité et s'apparente aux corons du Nord, avec toutefois de larges perspectives, des espaces arborés, des places ouvertes, de la lumière et beaucoup de quiétude. Le paternalisme patronal y suinte encore, le Musée du Sel est implanté place Péchiney...

Deux ou trois hôtels-restaurants aux tarifs raisonnables, aucun commerce touristique ne la défigure. Calmes, les habitants se déplacent volontiers à bicyclette. Ce village hors de ce temps témoigne d'une humilité au charme désuet.

Tout à coup une évocation des bords de Marne de mon enfance, la baignade des chevaux, les allées plantées de grands arbres, les berges du Canal. Un plaisir nostalgique me saisit.

J'aime Salin-de Giraud et m'y sens bien.

A quelques kilomètres, deux plages sauvages et dénudées, à l'immensité remarquable. On y accède par des digues érigées dans les marais où oiseaux et monticules de sel, les camelles, scandent un décor enchanteur aux incomparables éclairages.

A peine sorti de la voiture, il est possible de s'avancer dans une eau peu profonde.

Le plaisir est total.

 

 

 

 

CHILI

 

Patricio Guzmán, cinéaste chilien témoin de la geste de son héros, a consacré un film à Salvador Allende.

 

Celui-ci a mis plus de vingt ans pour accéder au pouvoir, trois ans ont suffi pour tout perdre. Une seule année, la première, permit d'amorcer des réalisations.

 

Médecin soucieux de partage et d'équité sociale, comme Che Guevara, Allende fut un de ces utopistes qu'héberge parfois l'histoire. Animé d'une farouche volonté de forcer la réalité quelles que soient les contraintes, il parvint à persuader une très grande partie de la population de la possibilité d'accéder à des modes de vie plus égalitaires. Il partagea un enthousiasme souvent teinté d'un naïf idéalisme avec une très grande partie du peuple chilien. Son défi majeur fut de vouloir imposer à marches forcées la concrétisation de ses rêves à un environnement rebelle. Il pensait pouvoir parvenir pacifiquement à la réalisation d'un nouvel ordre social. Aucun précédent n'existait, tout était à inventer, son expérience était unique. La force de ses convictions et son intégrité constituaient ses moteurs. Il y avait en lui une exacerbation des qualités qui empêchèrent Pierre Mendès-France de réussir en son temps.

La puissance réunie de la finance internationale (entreprises monopolistiques, Etats-Unis, monarchies européennes et Vatican finançant des campagnes d'opinion dès l'amont de son investiture), du gouvernement étasunien (rôles conjoints du Président Nixon, de Henry Kissinger, son Ministre des Affaires Etrangères, de la CIA fomentant des troubles) et de l'opposition interne (bourgeoisie possédante et armée) ont rapidement eu raison de lui et des siens. L'événement final se déroula le 11 septembre 1973. Seul au pouvoir, il assuma son échec en se suicidant dans le Palais présidentiel assiégé.

Allende, certainement très conscient de l'existence de ces facteurs, a cru semble-t-il pouvoir parvenir à ses fins grâce à la seule force de ses convictions et au soutien populaire. Peut-être n'a-t-il pas mesuré à sa juste valeur le danger que représentait l'opposition de l'armée à ses entreprises. Il est clair en tout cas qu'il n'a pas pris suffisamment de précautions à cet égard.

Sa volonté sans cesse affirmée d'éviter la guerre civile, ce qui lui a fait refuser de doter les forces populaires de moyens efficaces de défense, a débouché sur une dictature impitoyable. La répression fut atroce et durable.

Une chape de silence s'est rapidement abattue sur le pays. Allende a peu à peu été chassé des mémoires.

 

Nulle part, jamais, personne n'est parvenu à balayer un ordre établi sans qu'intervienne la violence. Spartacus, l'esclave en révolte, fut crucifié ; Robespierre, l’incorruptible avocat de la Raison, est associé à la Terreur qui aura raison de lui ; Gandhi, l'apôtre de la non violence, a péri assassiné dans un pays à feu et à sang, tout comme après lui Martin Luther King.

Cela signifie-t-il que, désespérément, aucun changement radical n'est possible et que seules prévalent les solutions extrêmes ?

Jusqu'où négocier demeure-t-il convenable ?

 

 

 

 

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1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 13:30

 

Lucien Jerphagnon, De l’amour, de la mort, de Dieu et autres bagatelles, Albin Michel 2011, 264 p.

 

Dernier ouvrage de l’auteur, historien de la philosophie décédé en 2011. Historien… donc spécialiste des modernités révolues, dit-il.

Disciple de Jankélévitch, spécialiste de l’Antiquité, et de Saint-Augustin.

Ouvrage facile d’accès et agréable à lire, souvent enjoué.

 

Large place faite à l’étonnement. Etonnement de ce qui est, étonnement que l’existant soit possible. Pourquoi Moi et pas un autre ?

On n’a jamais fini de commencer, tout commence toujours. Le prolongement n’est qu’une amorce permanente.

C’est là et c’est comme ça…

« L’idéologie, c’est ce qui pense à votre place » (J-F Revel)

 

Etrangeté de la coexistence de la croyance (la foi, les opinions) et du savoir (les connaissances scientifiques) chez une même personne.

 

Senescit mundus (le monde vieillit), constate déjà Honorius d’Autun, au 12e s.

(cf. Jaber, peintre bateleur du plateau Baubourg, dira au 20e le monde il est trop petit)

 

L’air du temps pollue les esprits tout aussi sûrement que celui des cités. Ce qui se fait, se dit, se pense, ou pas…

 

Accumulation de savoirs : obésité intellectuelle, par rapport à l’aspiration continuelle à connaître, à contempler, à appréhender.

 

L’idée de malheur, si répandue aujourd’hui, ne vient-elle pas d’une trop courte idée du bonheur ? (consommer, posséder, jouir)

 

Le bonheur vient peut-être de l’acceptation de l’inéluctable, de l’inévitable du malheur.

 

 

 

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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 10:24

 

Camille de Toledo – L’inquiétude d’être au monde – Verdier, 60 p., 2012, 6,30 €

 

Ce court texte, sorte de chant poétique, pourrait aussi bien s’intituler Livre de l’intranquillité, mais le titre est déjà pris...

Un texte bref, pour un grand livre.

Il est composé sur l’écritoire vermoulue et instable du 20e siècle, dont nous procédons : l’horreur de la guerre de 14/18, celle des massacres de 39/45, qui conduisent directement au pop-fascism d’Utøya.

 

                        L’inquiétude est le nom

                        que nous donnons à ce siècle neuf…

indique l’auteur presque d‘entrée de jeu. S’ensuit un chant séquencé consacré à l’état d’agitation et d’instabilité dans lequel nous ont plongés les horreurs du passé récent.

Ce chant couture la charnière d’une époque marquée par l’inquiétude, l’agitation permanente et l’instabilité. Notre temps. 

Des thèmes récurrents courent et s’entrelacent tout au long d’un chant curieusement évocateur des cantilènes médiévales. On y trouve une réflexion sur le vertige des langues piquetées d’intervalles, de silences – Trous qui demeurent entre les mots. Langues souvent du côté de la consolation et de la tromperie. Mais aussi terriblement dangereuses car les mots fabriquent des tueurs, et puis nous font aisément confondre réalité et virtuel.

A la mesure de jadis, mesure d’un monde censé connu, succède une dé-mesure qui fait tout trembler et dissout les repères. Nous connaissons l’histoire, mais plus personne n’en porte le sens. Où est l’homme dans sa durée ? Nous sommes émiettés car

                       nous portons en nous les trous

                        du vingtième siècle …

                        Nous les faisons entrer

                        dans le règne d’une matière instable…

 

L’inquiétude et l’impermanence érodent les souvenirs (ceux de la Grande Guerre notamment), conduisent au déni, au mieux à l’oubli, et nous font inventer des discours à côté. Cette situation très particulière nous intoxique :

nous voulons être délivrés du risque, du mal, de la pluie qui tombe en plein été. Nous voulons être délivrés de la peur, de la mort, et finalement, de la vie.

La langue, le langage, deviennent alors un simple écran de protection ; ils nous font consommer notre propre chagrin.

Dès lors comment peut-on habiter le 21e siècle autrement qu’en érigeant et repeignant sans cesse nos barrières, portillons et frontières de l’homme ancien ?

 

Aucune école ne prépare à tout cela, partout règnent

                       la faillite de l’imagination

                        et le retour des refrains entendus.

                        Le cycle de la consolation.

 

Le 21e siècle voit le recommencement de l’expulsion. Aucune école, aucun professeur

                        m’ont enseigné l’art de vivre en suspension,

                        sans origine, ni destin…

                       

                        Nous ne sommes pas préparés.

                        Voilà la grande faute.

D’où

                        le trouble général sur l’identité

                       

                        Le vertige d’un âge numérique

                        où plus rien ne distingue

                        le vrai du faux.

 

A nous désormais d’apprendre à vivre entre les langues.

 

 

 

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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 10:22

 

L’art, c’est indéniable, en ces temps de mépris, de mensonges et de fausseté cynique, constitue la ressource suprême, le refuge par excellence face à la médiocrité érigée en principe obligé. L’art et sa pratique deviennent de plus en plus lieux et moments d’une opposition irréductible à ceux qui ne faisant que compter périment la pensée et nient la personne en chacun.

L’art, c'est-à-dire autre chose que la grossièreté et le bavardage marchandisés de musées ou lieux d’expositions officielles transformés en grandes surfaces devenues de véritables abattoirs culturels, selon la formule hardie de Jean Clair.  

L’art, c'est-à-dire l’intelligence, la finesse, la générosité, le développement de la sensibilité et l‘humble respect. Respect de l’intime de l’œuvre, du créateur, de ses témoins directs, du public et du mystère de la création.

 

Outre la peinture, musique et danse sont des lieux privilégiés pour agir et vivre intensément ce respect nécessaire à une élévation de soi.

Le caractère éphémère des moments de rencontre exacerbe assurément exigences et émotions. Tout doit être parfait, aucun rattrapage n’est jamais possible ; aucun repentir envisageable. Concert ou spectacle chorégraphique installent les partenaires, interprètes et public, dans une tension sourcilleuse et partagée. La perfection s’impose comme seule issue. Elle seule permet un accès à l’art, grâce à un partage du vécu.

 

Se trouve posée la question d’une approche de la création artistique, autrement dit celle de la pédagogie de l’éveil. La culture s’enseigne et permet des acquisitions ; elle favorise à l’évidence une prise de conscience progressive de soi. Les connaissances sont  indispensables au soclage et à l’équilibre d’une existence, et cependant la culture et les discours qu’elle véhicule se révèlent impuissants à développer une sensibilité véritable à l’art.

Celle-ci se favorise et s’amplifie, elle s’acquiert par l’écoute individuelle des émotions, la réflexion, la comparaison et l’échange attentif et continu avec les officiants eux-mêmes, artistes et amateurs passionnés. Il s’agit de rien moins qu’une alchimie. Cette impalpable sensibilité échappe au discours strictement culturel comme à la pudeur des sentiments.

Opposition irréductible entre avoir, savoir, et être.

 

Roland Hayrabedian, directeur musical de l’Ensemble Musicatreize connaît tout cela. Il a fort bien compris la nécessité du dialogue et de la connivence avec un public aussi large qu’il se peut.[1] A l’occasion de la présentation commentée d’un travail en cours, il sait oser prendre le risque bien maîtrisé de rendre publiques des répétitions, voire de partager les interrogations d’un compositeur. Il va même jusqu’à permettre, en parfait accord avec ses solistes interprètes eux-mêmes porteurs d’une préoccupation analogue, des rencontres organisées au domicile de quelques amateurs assidus, occasions rares d’expériences notables de réduction des distances à l’art.

C’est dans cette optique qu’il propose au public de Marseille et de la région parisienne d’accompagner la progression d’un vaste projet, la création en avril 2013 d’un oratorio, Odyssée, sur un livret d’Alberto Manguel. Ces rencontres passionnantes se déroulent en compagnie du compositeur Oscar Strasnoy, pour lequel elles sont autant d’occasions de préciser sa démarche.

 

Quoi qu’il puisse se passer dans le tumulte d’un monde désorienté, l’art fait accéder à l’essentiel : nourrir des échanges attentifs et respectueux de l’altérité, sur fond d’intelligence partagée. Cela suppose que chacun développe sa capacité à se révéler à l’autre en tant que personne dans un rapport de stricte égalité, aiguillonné par un doute commun car l’art ne saurait se montrer péremptoire.

 

 



[1] Des chorégraphes comme Angelin Preljocaj ou Michel Kelemenis incluent également ce souci dans leur pratique artistique. Leur insertion dans la vie culturelle de leurs lieux d’implantation en est notablement renforcée.

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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 17:04

De l’Esprit des lois et du Bon gouvernement

 

Comme le signalent dès le 14e siècle les fresques du Palais de Sienne, le Bon gouvernement est un souci fort ancien, déjà très présent dans l'Antiquité. C'est aussi une utopie, c'est à dire une visée à peu près irréalisable, vers laquelle il paraît convenable de tendre. C'est un effort permanent.

 

En matière de gouvernement, on peut considérer 

- la Monarchie où le pouvoir suprême est exercé par un monarque, lui-même au-dessus des lois, s'appuyant sur un ensemble de privilégiés, l'aristocratie ; 

- le Despotisme où le pouvoir est exercé par un seul, qui domine par la crainte ; 

- la République où le pouvoir s'exerce de façon démocratique, c'est à dire partagée par tous.

 

La démocratie oblige à l'exercice de la Vertu : celui qui fait exécuter les lois y est lui-même soumis, il n'en est nullement exempté. Cela implique une lutte permanente contre la corruption et limite nécessairement l'ambition personnelle. Un principe d'égalité s'impose : limitation des privilèges issus d'une quelconque supériorité personnelle, limitation de la disparité des fortunes. La république démocratique bannit le luxe réservé à quelques-uns au profit d'un partage équitable des richesses. Moins il y a de luxe, plus le gouvernement est vertueux. La corruption est une conséquence de la perte des principes. Il convient donc de veiller au maintien rigoureux des principes fondamentaux.

 

Ces principes entraînent la nécessité d'une large et solide éducation des citoyens. La cohérence entre les principes de gouvernement et les règles éducatives est indispensable, de même qu'un enseignement de grande qualité.

La stricte séparation des pouvoirs (législatif, exécutif, judiciaire) et leur indépendance permettent de maintenir un équilibre, afin qu'aucun d'entre eux ne l'emporte sur les autres.

Il convient de veiller à la permanence des lois ainsi qu'à leur cohérence et à leur modération. Cela afin d'établir des références stables et intelligibles à l'ensemble des citoyens. L'égalité ne peut être maintenue que par les lois. La liberté est le droit pour chacun de faire tout ce qui est permis par les lois. Si on permet à quelques-uns de les enfreindre, on permet par là-même à chacun d'en faire de même.

L'indépendance du pouvoir judiciaire rend possible l'établissement et le maintien d'une juste proportion des peines prononcées.

Une répartition proportionnée des impositions aux possibilités de chacun pour satisfaire aux besoins de l'Etat est requise. Une gestion rigoureuse des biens et des revenus de l'Etat maintient à un bas niveau la dette publique.

Les lois et la pédagogie qu'elles nécessitent pour être comprises et appropriées contribuent à la qualité des mœurs, ainsi qu'au développement de l'hygiène et de la santé publique.

 

La séparation du civil et du religieux s'accompagne d'un principe de tolérance, ce qui signifie qu'aucune religion ne peut prendre le pas sur le civil.

 

6 mai 2012, l’herbe vénéneuse a été arrachée. Elle a porté si loin ses germes et si profond ses racines que l’assainissement du terrain demandera des efforts longs, minutieux, et soutenus. Les conditions et les modalités d’un retour à un équilibre satisfaisant demeurent actuellement hors de prédiction.

 

 

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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 10:34

NECESSITE DE LA PEINTURE

 

 

 

La peinture ne saurait se limiter à l'œuvre peinte. Elle est si forte, sa puissance est si extrême, qu'elle engage la vie toute entière. Elle parle au cœur et à la tête. Elle met en branle les mécanismes les plus profonds de la réflexion. Elle s'adresse à l'intime de la personne qu’elle mobilise sans répit.

En un signe, en une ligne, une couleur, l'essentiel est dit. La force de l'évidence nous contraint. Nul ne peut échapper dès lors qu’il écoute ses émotions. L'image attaque, provoque, explose, envahit, choque, heurte, saute, aveugle, obsède, dérange, S’IMPOSE. Alors la peinture devient NECESSAIRE. Elle aide à lire le monde. Elle est fenêtre ouverte sur la vie. Le moyen de s'en défaire ?

 

Il faut à un certain moment aller toujours au-delà. Fascination du sortilège, la satiété n'existe pas. Seule une fatigue passagère peut partiellement amoindrir l'énergie. Quoi de plus physiquement éprouvant que de visiter un atelier de peintre ? Quoi de plus physiquement éprouvant que cette mobilisation de tout l'être, corps et esprit ? Quoi de plus excitant, aussi ?

La peinture exige que l'on ne se satisfasse pas d’elle seulement. La connaissance du peintre, une nécessaire connivence avec lui, sont requises pour avancer. Il n'est pas de peinture possible sans  partage, sans amour. Peindre et partager sont de l'ordre de la jouissance amoureuse. Comme l'amour, la peinture est exclusive.

Aller à Amsterdam pour une exposition, sauter à Madrid ou à Londres pour une autre, passer quelques jours à New York pour soutenir un ami peintre, sont des évidences. Sauf celles de l’organisation et de la disponibilité matérielle, les questions ne se posent pas. Il n'y a pas d'échappatoire. C'est comme ça parce que cela est.

 

La peinture c'est aussi - essentiellement - vivre intensément, vivre passionnément. Vivre avant tout. La réflexion vient après. Le geste, le faire, d'abord. Ensuite, ensuite seulement les concepts, les idées, les arguments.

 

La peinture ce sont tous ces intervalles, ces espaces, ces riens, ces non dits, ces zones de flou, ces contradictions, ces ambiguïtés, ces négations, ces désirs, ces craintes, ces joies, ces indécisions, ces marges, dont la vie est tissée.

Le savoir est à la limite du savoir et du non savoir. Le vrai est à la limite du vrai et du faux. La lumière est à la limite du jour et de la nuit. Le dire est à la limite du formuler et du taire.

La peinture est une affaire de limites comme la vie, qui est toujours aux marges du vivre et du mourir.

 

Peindre est un secret et un danger. La peinture est chose beaucoup trop grave pour que l'on puisse feindre. On ne saurait s’amuser de la peinture. On ne joue pas à la peinture.

 

Peindre, comme regarder une peinture, a quelque chose d'impudique. Quelque chose de radicalement vrai, les masques de la bienséance n’y ont que faire.

L'œil écrit.

Le peintre possède rarement l'équivalent parlé de ce que délivre son pinceau. D’où son besoin d’échanges et de confrontations avec des amateurs.

Lorsqu'il parle, l’artiste dit en général sa quête et ses difficultés, ses rejets aussi.

 

On dit parfois la peinture au bout d’elle-même, essoufflée. Si cela parait vrai pour une production dont le caractère affligeant est souvent indéniable, c’est sans doute une conséquence du pédantisme du pseudo-savoir officiel, qui a fait du plaqué art son credo. La recherche de la nouveauté serait-elle autre chose qu’une prétention de l’inculture d’élevage pour laquelle l’histoire de l’art se réduit aux dernières décennies ? Le hors normes à tout prix se constitue en conformisme académique. Il ne porte que des fruits secs.

Il est heureusement bien des occasions où la peinture nous fait signe. Elle se constitue alors comme un immense progrès de l'esprit lorsqu’il cesse de se complaire en son miroir de l'hyper intellectualisation. Elle devient révélation des origines, elle enjambe les périodes et les époques grâce à des passeurs inspirés, artistes fidèles à une peinture qui n’hésite pas à s’affirmer dans la plénitude de sa quête. Retour de l'éternel, la peinture est cosmique. Morceau d'intemporalité fixé sur un moment d'infini. Relation à l'univers, c'est à dire recherche d'un sens à donner à l'humain. On n’en finit jamais.

 

Face à cela le dérisoire du maniérisme intellectuel explose à l'évidence de sa capacité à composer des formes vides. Jouer des matières en ne cherchant que l'effet de la construction formelle aboutit au vide absolu, comparable au mensonge absolu dont sont porteuses les idéologies totalitaires.

 

Fréquemment la peinture nous fait signe. Elle capte le regard et l'imprime en son sein. Le noir garde le mieux les traces du regard.

La peinture se sature de regards captifs de deux manières. Soit en les absorbant dans la sédimentation des pigments colorés, soit en les aspirant avec la disparition progressive de la matière ou de la couleur.

 

La peinture qui se souvient le mieux est celle qui commence par oublier le plus. Chaque œuvre nouvelle importante modifie le regard porté sur toutes les œuvres du passé. A chaque génération de se dégager du passé en le réinventant et de découvrir son présent.

 

Sans souvenirs il n'est point d'imagination.

 

La perspective classique  inscrit le spectateur dans le cadre lui-même, en fonction d'un point de vue qui est commandé par le tableau.

L'art contemporain ne représente pas quelque chose. L'œuvre se présente désormais dans une opacité réflexive qu'il convient d'expérimenter : la fenêtre n'est plus transparente, elle s'offre elle même au regard (travaux de Matisse).

L'image doit sortir du cadre, a dit jadis Pacheco à Vélasquez, son élève.

 

Jusqu'à Vélasquez la peinture avait surtout une fonction idéalisante. Pour capturer le spontané de la vision, il lui a fallu inventer la technique du brossage non lissé où les détails ne sont plus rigoureusement figurés mais suggérés par un jeu d'ombres, de lumières et de taches colorées.

 

La lumière et la couleur sont espace, profondeur et durée. Alors qu'elle représente souvent l'expérience que nous avons des choses, la peinture nous fait voir comment les choses s’offrent à nous.

 

 

 

 

 

L’ART D’UNE EPOQUE ; L’EPOQUE DE L’ART

 

  

L’art, c’est probable, résulte d’un désir de symbolisation de la réalité. Dessin, peinture, modelage, sculpture, musique, écriture, sont nés avec l’homme. De ce fait, il est inconcevable que l’art puisse un jour disparaître. La seule question véritable est celle de sa perception, toujours très étroitement liée à son époque à un moment historique donné.

Il s’agit de la confluence entre la pensée dominante à une certaine période et ce qui structure le regard dans le même temps. Cette rencontre changeante fonde des lectures divergentes ainsi que des rejets ou des découvertes tardives.

 

Il parait établi que selon les identités et les appartenances différentes façons de voir peuvent coexister en un même temps, parfois en un même lieu. A moins de nier farouchement ces variables, jusqu’à en nier l’existence même, la question du bénéfice à tirer du regard de l’autre s’impose. Que peut-on s’ajouter, de quoi peut-on s’enrichir à fréquenter l’exotisme de l’inattendu ?

 

Les sentiers de l’art facilitent le passage. Par les questions qu’il nous impose, l’art nous apprend à voir et à ressentir. Il nous pousse à l’ouverture d’esprit, il mobilise notre sensibilité. Totalement inutile, il n’en est pas moins indispensable. L’art n’est pas un horizon puisque celui-ci est limité et se déplace à mesure que nous avançons. L’art instaure l’infini de nos perspectives car il englobe tout dans un au-delà permanent de la réalité perceptible. Il permet de ne rien faire, de ne rien envisager, de ne rien désirer. Il permet tout simplement de Vivre.

 

Au 20e siècle, la mise à mort des règles a entraîné une formidable émancipation ainsi que la recherche de principes nouveaux. Ecoles, manifestes et tentatives se sont succédé. Aujourd’hui encore dans quelques écoles d’art demeurent des excommunications dérisoires et tardives, au nom des multiples inventions de l’eau chaude. Se prenant souvent comme une fin en soi, l’expérimentation en tous genres fait que les éléments symboliques structurant le regard sont devenus si confus que la réalité du moment est difficilement perceptible. Elle est masquée par l’urgence et la rivalité des apparences immédiates.

Perte de références et mise à mal de la mémoire impliquent que le souvenir de l’art se dissout volontiers dans la brume de la confusion. Or, sans souvenir il n’est pas d’imagination créatrice.

 

Outre le fait que tout ne peut pas être art, la médiatisation et la diversité de l’art actuel le tiennent à distance et entretiennent son opacité. La pratique vivante et contemporaine de l’art serait-elle réservée à quelques « allumés » forts d’un musée imaginaire personnel et portatif ?

Une telle hypothèse est proprement irrecevable, au nom d’une évidence tranquillement complexe : s’il arrive que l’époque s’oppose à l’art, c’est l’époque qu’il convient de congédier.

 

 

 

 

 

 

 

ACQUERIR UNE ŒUVRE

  

 

La variété des relations à l’art relève de mystères. Les uns peuvent paraitre assez limpides, selon qu’il s’agit d’un rejet (encore que…) ou d’un attrait spéculatif. Mais quand on affronte l’amour ?

L’amour,

L’amour de l’art.

 

Mes acquisitions sont le plus souvent conséquences d’une tétanie, fruits d’un inattendu bouleversement émotionnel très rarement démenti par la suite. Un état critique conforté par un raisonnement postérieur. Fréquenter l’art m’engage au plus profond de moi-même, intéresse un processus comparable à la fulgurance d’une rencontre qui pulvérise le présent, le brouille, et engage l’avenir tout entier. Un avant cède le pas dans l’instant à l’inattendu d’un après.

 

Pour la première fois, l’une de ces nouvelles venues a suivi une voie un peu plus laborieuse. (Rien ne dit toutefois que cette affirmation soit aussi pertinente qu’il puisse paraître, les circonstances peuvent avoir modifié l’apparence du processus. Il faudrait vérifier.)

 

J’ignorais l’existence de la belle alors que j’assistais au vernissage de travaux récents d’un artiste m’ouvrant volontiers son atelier et que j’avais contribué quelque temps auparavant au choix des pièces à exposer, un texte m’étant demandé pour le catalogue. Elle avait été réalisée dans l’intervalle, sans que son existence ne me soit révélée.[1]

Dans la galerie, elle occupait un refend à l’abri du premier regard. On ne pouvait pas la découvrir d’emblée. Elle capta cependant tout de suite mon attention, orienta mon parcours, me fit signe et me parut aussitôt remarquable. Outre ses dimensions respectables, quelque chose d’indéfinissable me disait son importance, sa singularité.

Une de ces toiles qui s’imposent comme il arrive parfois parce qu’elles trouent la suite d’une exposition.

Nous nous sommes longuement dévisagés. Confrontation décisive. J’avais affaire avec moi-même, j’étais mis en demeure. L’œuvre m’interrogeait, je sentis rapidement qu’elle me défiait. Saurais-je me montrer à la hauteur ?

Quelques paroles échangées avec le peintre pour lui dire mon émoi précédèrent une photo et des mots jetés à la hâte sur l’un de ces carnets toujours prêts à recueillir une trace fugace. Un carnet de notes, dit-on.

Prise d’image et notes griffonnées permettent de passer à autre chose sachant que des graines seront conservées pour une probable germination.

Confiance.

 

Il en fut exactement ainsi. Une exploration à la découverte de cette peinture et de son énigme s’engagea hors de toute autre préoccupation. Des hypothèses apparurent, elles se firent plausibles au fil de l’écriture, jusqu’à me convaincre. Ou à peu près.

Des hypothèses à vérifier bien sûr, vite les soumettre à l’artiste avec l’inquiétude de quelque bévue. Brève attente, joie, une réception chaleureuse et une validation. Bienheureuse connivence, une fois de plus.

La voie demeure ouverte. La peinture guide l’écriture.

 

L’ayant scrutée, examinée, visitée, il me semblait possible d’accéder à une tranquille prise de distance. Cependant, je pensais à elle, qui m’occupait toujours.

Avoir écrit à son sujet pouvait entraîner quelque détente, croyais-je naïvement, négligeant que nous avions partie liée, à mon insu. La toile s’imprimait en moi, sûre d’elle. Elle envahissait mon actualité.

 

Suivirent une intervention à l’occasion d’une visite commentée de l’exposition, un entretien filmé avec l’artiste ; quelques mois après, une exposition nouvelle dans une autre galerie et un débat en public.

Survint enfin, inopinée, la lecture des mots de Jean Planque accompagnant la présentation de sa collection au musée d’Aix-en-Provence.

Une série de déclics affirmant l’imparable.

 

Il n’y a jamais de tableaux trop chers. Il y a, seuls, des tableaux hautement désirables () L’essentiel est que le tableau vous regarde. Ce n’est pas à l’amateur de le regarder, il doit se contenter de le voir, c'est-à-dire de croiser son regard avec le sien afin de soupçonner l’émotion profonde de l’artiste.

(…) la plupart des gens ne sentent pas les tableaux. Ils les voient, mais ils ne les sentent pas. Un tableau a une odeur, un tableau se ressent non pas par ce qui est dessus, et ce qu’on voit, mais par le total : ce qui est dedans, derrière, ce qu’il signifie, ce qui est caché, le secret du tableau, le secret du peintre, le secret de soi-même, la découverte de soi… c’est les tableaux qui nous possèdent, c’est l’inverse de ce que les gens croient. On est possédé tout comme on est possédé par une femme … Un tableau c’est une chose infinie dans les sensations qu’il procure. Quand il est habité ! [2]

 

Jean Planque me disait combien ce tableau m’était destiné, que je ne pouvais lui échapper, que je devais m’y résoudre, toute réflexion abolie.

Juste un message à envoyer à l’artiste lui demandant comme une faveur de pouvoir acquérir son œuvre.

Trouver enfin un apaisement et me préparer à l’accueil de la bientôt nouvelle venue en choisissant la place à lui ménager parmi ses aînées, en un précieux partage d’intimités.













NOTE SUR LA PEINTURE

d’après une lecture d’Yves Bonnefoy, L’arrière pays

 

 

La peinture nous décrit.

 

Elle évoque souvent cet autre lieu que nous pressentons, dont nous savons l’existence supposée, sans jamais pouvoir l’atteindre. C’est un lieu de l’imaginaire, si réel et pourtant si inaccessible, que nous portons en nous, que nous connaissons tous, sans jamais l’avoir aperçu.

 

Au soleil couchant, la ligne de crête du Luberon décrivait un indispensable franchissement, à ne surtout pas accomplir pour que demeure le rêve, qui fait l’inconnue de la peinture.

Il y a toujours du temps dans le dos du temps, comme il y a toujours un au-delà, mobile, inconnaissable, en changement perpétuel. L’horizon est ce lieu de l’imaginaire que Piero et les siens outrepassent. La Toscane est l’horizon des horizons.

 

Visiter des paysages imaginaires appartient à chacun, les pénétrer, jamais. Déserts, montagnes, villes labyrinthiques, lieux de dévotion ancestrale. Inde, Nil, Méditerranée, Hébrides, mais aussi le plateau du Comtadour et l’Aragon pyrénéen.

 

Dire ce long voyage de la peinture dans les régions de l’esprit les plus ombrées. Lent cheminement assoiffé, souvent erratique, où se font des rencontres, souvent différées, décisives.

Dire aussi la révélation du haut niveau de conscience, de connaissance, des artistes. La peinture, objet de grande culture, enfouissement et révélation réunis. Unicité de la peinture. Epiphanie.

 

Rechercher le corps du peintre. Où est-il ? Qu’est-il devenu ? L’œuvre en conserve la trace, toujours insuffisante.

Le tableau est un appel vers le mystère d’amont, celui de l’épaisseur si légère du temps. Il établit parfois une ouverture vers des profondeurs entrouvertes, ressenties, devinées plus que perçues.

 

A ce mystère permanent de la peinture correspond l’humilité de l’architecture romane, qui tire de sa modestie sa force et son incomparable puissance, son éternité.

Carluc, Salagon, Lombardie, les deux versants des Pyrénées.

 









LA PEINTURE NOUS REGARDE

 

 

 Au 17e siècle, le siècle d’or hollandais, la Réforme a sorti les bondieuseries de la peinture et des églises. Elle a fait entrer dans la peinture l’ordre et la discipline, le quotidien des paysages, des scènes d’intérieur et des travaux ménagers, ainsi que l’austère célébration des biens matériels et de la réussite sociale.

 

L’art est italien, la Toscane en est le berceau, ses paysages en sont les langes.

L’art fleurit en Italie, depuis l’Antiquité. Sans discontinuer. Tous les arts.

Chaque ville, chaque village, chaque pierre, arbres, collines, ciels et légèreté de l’air, sont occasions d’art.

Lorsqu’elle survient la pluie ravive les couleurs.

Elégance et finesse, mariage subtil de la nature et de l’architecture.

Intelligence et délicatesse à profusion.

Respect du patrimoine.

Regards sur soi.

Transmission.

Décérébré l’homme sans mémoire.

Sensible, l’Italie apporte bonheur et aisance. Partout elle se souvient.

 

Magnétisme de la peinture, un tableau peut hypnotiser le regardeur occasionnel et lui faire perdre toute vision personnelle.

Les images des images, les écrits sur les images, l’imaginaire et la glose des commentateurs s’additionnent et composent un sfumato masquant totalement le tableau. On n’y voit rien s’exclame Daniel Arasse.

 

Ce que nous reconnaissons n’est souvent que le souvenir de choses vaguement vues ; ce que nous apprécions n’est parfois que la qualité d’une culture auto satisfaite. Se défier du connu requiert beaucoup de vigilance. L’œuvre est avant tout un ensemble de propositions qui nous sont faites, à nous de les découvrir, de leur donner sens, de nous les approprier.

Le tableau s’offre immédiatement de manière souvent déroutante, c’est un paysage mental (cosa mentale disait Léonard) à parcourir, à éprouver, pour en apprécier les éléments et la structure. Le replacer dans son cadre historique, souci nécessaire, ne permet en aucun cas de saisir la réalité de ce que fut le regard historicisé ; dès lors, pourquoi ne pas s’autoriser à le transposer dans le temps même du regardeur actuel ?

Qu’importe l’anachronisme, si le tableau nous est parvenu c’est aujourd’hui qu’il est visible ! Intemporalité de la peinture : le petit plongeur de Paestum, le chien de Goya...

Comment dénuder le tableau pour l’ausculter minutieusement ?

 

Une image peinte est d’abord un ensemble dont il convient de se déprendre. Le tableau qui saute aux yeux aveugle. Puisse l’impression générale ne pas tout déséquilibrer. Il est bien difficile de chercher ce que le regard n’impose pas d’emblée, il est malcommode de ne pas suivre son regard mais de le diriger. Si le regardeur ne la voit pas, l’œuvre n’est jamais en cause.

Regarder un tableau, le dévisager, le scruter, l’explorer, le questionner, varier les distances, exige patience, curiosité, envie, allées et venues d’un point à un autre, écoute des émotions, attention au moindre détail, sachant que rien n’est le fruit du hasard.

 

En dépit de certains discoureurs contemporains sait-on jamais ce qu’a voulu dire l’artiste au-delà de ce qu’il livre aux regards, parfois avec une désinvolture teintée d’humour ? Une énigme s’offre à nous, à nous d’en reconnaître l’existence, de la déchiffrer, d’inventer les chemins de notre sagacité.

La peinture est un art majeur par ce qu’elle requiert de tout amateur, exigeante elle élève par les questions qu’elle nous pose.

Plus que ce que nous connaissons d’une œuvre, c’est ce qu’elle nous fait connaître de nous-mêmes qui en fait le prix.

 

La peinture nous regarde à plus d’un titre.











ENCORE PEINTURE

 

 

« On ne peut pas voir une peinture si on n’est prêt à croire ce que l’on voit … On préfère expliquer aux gens ce qu’ils vont voir plutôt que de les mettre en position de croire à ce qu’ils voient par eux-mêmes. C’est ce qui leur fait dire qu’ils ne connaissent rien à la peinture ou à la littérature. On leur enlève cette part de confiance préalable à toute rencontre. »[3]

 

Favoriser, développer, entretenir un regard hospitalier à ce qui se présente et en soi et sur la toile.

Dans le chaos de l’incompréhension les stéréotypes et autres allant-de-soi se perdent. La volonté de s’accrocher à des repères est battue en brèche. Admettre comme un bienfait cette perte, favorise la germination du nouveau à s’ajouter.

 

Les images du passé peuvent devenir terrifiantes par la force qu’on leur accorde.

Cézanne disait admirer les œuvres du passé, sans qu’elles puissent le gêner pour autant.

 

Peindre troue le visible.




[1] Notre-Dame des Fleurs, Jean Genet  - huile sur toile, 170 x 160 cm - Serge Plagnol, 2010

[2] L’œil de Planque, confidences d’un collectionneur – Béatrice Delapraz, éd. Cheneau-de-Bourg, Lausanne

[3]  Yves Berger, peintre, in John Berger Le Blaireau et le roi, Hors-Limite, Fondation Facim, éd. 2010

 





 

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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 08:27

Régis Debray - Rêverie de gauche - Flammarion, 10 €.

Un petit livre (103 pages assez denses) dont la lecture est du plus haut intérêt.

 

Debray réfléchit sur l'histoire politique récente et vagabonde dans l'histoire des idées et des comportements. C'est très stimulant et lucide, pas toujours facile, ce qui en fait notamment le prix. Une écriture intelligente qui requiert attention et réflexion, deux ingrédients de moins en moins répandus dans nos contrées.

Le livre est articulé en quatre temps :

1 - l'Argent (et les effets du milieu)

2 - Le Temps (et la mémoire)

3 - Les Mots (et les dérives mortifères du langage)

4 - Le Rire (et la dérision)

 

 

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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 08:18

Giuseppe Penone, Le regard tactile, entretiens avec Françoise Jaunin, La Bibliothèque des Arts, 132 p., 2012

 

Ces entretiens constituent un ensemble de réflexions justes et claires sur la relation nature et art, sur la connaissance et la compréhension.

Ils résonnent tout particulièrement dans le monde actuel.

 

«… la culture européenne du XXe siècle était en partie une culture fondée sur l’exclusion … un produit élitiste … basé sur l’idée du progrès, de la révolution industrielle et de la bourgeoisie … les avant-gardes du début du XXe siècle … parlaient un langage crypté qu’il fallait connaître pour les comprendre. »

En Italie prévalent le sens de l’histoire et la sensibilité au passé. L’italianité passe par le paysage et l’histoire, ce qui implique une attitude respectueuse de l’existant.

La nature et la matière avec l’énergie qui les animent obligent à une attention minutieuse aux détails.

Giotto a peint figures humaines et paysages avec la même intensité de regard, tout comme Léonard qui a poussé très loin l’observation des phénomènes naturels (les mouvements de l’eau).

«… l’homme est nature … tout son travail est nature … Penser qu’une pierre a une vie propre… »

 

L’art comme relecture permanente de la réalité, mais rien n’est possible sans émerveillement et plaisir total. La conscience du merveilleux et de l’extraordinaire est indispensable à l’art, comme à la poésie. Créer c’est posséder la capacité de s’émerveiller et de s’étonner. Il parle d’un don d’étonnement.

Le corps en mouvement est un des outils de l’artiste. Ce qui importe dans un œuvre, c’est essentiellement sa capacité à réagir au réel en mouvement.

Les matériaux, bois, pierre, bronze, ont une mémoire.de leur propre histoire, de celle de la terre, d’âges révolus. Mémoriser est une des techniques de l’art.

Le langage, la manière de dire, importent beaucoup plus que l’emploi de techniques ou de technologies à la mode.

 

L’histoire passe nécessairement par l’intérêt porté au moment présent. S’il l’intérêt n’existe pas, il y a disparition.

« … une œuvre est faite pour être vue et vécue. » En cela réside sa pérennité.

C’est la vision anthropomorphique de la réalité que nous avons qui oriente notre perception et notre perception du réel (les veines du marbre, les flux et les écoulements, les souvenirs du bois…)

 

Depuis les origines, dans toutes les cultures, se trouvent des mythes et légendes analogues. C’est la culture propre à telle ou telle société qui fait perdre cette universalité et qui instaure des systèmes élitaires en instituant le pouvoir d’une partie de la société sur l’autre. Il s’agit pour Penone de repérer et de montrer des formes compréhensibles par tout le monde. La mise en cause des conventions et la réflexion sur le rapport à la temporalité, la durée de vie des œuvres, sont essentielles. Le mythe d’une durée indéfinie…

 

« Les mots sont des outils … des outils de réflexion, ils ont une fonction structurante. » Les liens entre arts visuels et poésie sont indissociables. Une œuvre plastique réussie est nécessairement synthétique, de même qu’une poésie recherche le minimum essentiel.

La synthèse réussie provoque l’inattendu par ce qu’elle révèle de différent de l’accoutumé.

Le dessin est le laboratoire de l’œuvre.

 

Le processus de travail est essentiel, il importe davantage que la forme finale. La révélation de ce qui échappe à notre perception induit un moment d’excitation par rapport à la réalité. « L’art opère une transformation de la réalité. L’œuvre … est poésie. »

« Le propos n’est pas l’œuvre. » Réflexion très juste, qui met bas bien des prétentions vides actuelles.

 

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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 13:59

Aujourd'hui, 24 mai 2012, ouverture de mon blogue sur lequel je me propose de publier des articles concernant divers domaines : réflexions personnelles ; arts ; société ; politique.

A bientôt pour les premières publications.

JK

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