Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 19:00

L'espace paysage si présent dans la peinture de Pompéi disparaît au Moyen-âge au profit de la figure humaine, centre du monde. Réapparition à la Renaissance avec les grandes découvertes et l'invention technique de la perspective. Remise en question (Cubisme, espace frontal de Fernand Léger) au XXe siècle avec la perte des certitudes et la multiplicité des regards.

La lumière et la couleur sont l’une et l’autre espace et profondeur. La peinture, qui représente souvent l'expérience que nous avons des choses, nous fait comprendre comment les choses se dévoilent à nous. Ce sont des jeux de rapports d'espaces et de couleurs qui nous donnent à voir à une certaine distance. Cette distance peut être choisie par le peintre, mais aussi par le spectateur lui-même.

Chez Matisse la ligne ne décrit pas le visible, elle le rend visible.

 

 

 

 

Picasso s'empare de la langue, de l'expression, de la culture de l'autre, pour comprendre puis créer du nouveau, pour rebondir sans cesse. Laborieux, sa vie durant il est parti d'esquisses, de dessins, pour asseoir ses découvertes, ses coups d'audace. En feuilletant ses carnets, nous passons de la démarche la plus traditionnelle, parfois naïve et de peu d'intérêt, à une création fulgurante. Variations et approfondissements sur un même thème, en quelques sketches, puis passage brutal à autre chose.

Cela était vrai pour lui à 50, 60 ou 70 ans... Humilité du génie qui sans cesse puise en ses origines.

 

 

 

 

La réalité c'est le flou, l'apparence. Le réalisme s'oppose au vérisme, qui tend à décrire ce que l'on sait et non pas ce qu'on perçoit.

La précision d'un fait ou d'un personnage ne peut être que légendaire.

Le tableau s'offre immédiatement au regard.

Cette immédiateté de la peinture la rend d’abord hermétique. En effet, entièrement présent d'un coup, le tableau peut laisser croire qu'il n'est rien d'autre que ce qu’il est.

Voilà pourquoi on n'en finit jamais avec la peinture.

Il peut arriver que le tableau ne soit que peint.

 

 

 

 

L'homme bien mis avec son chapeau melon marche dans sa tête. Sage très sage, il applique laborieusement les procédés de la peinture à la confection de ses images. Il représente avec une application faussement naïve les dérives de l'esprit. Si sa facture n'est pas exempte de maladresse, son propos est fulgurant. Voilà pourquoi cette imagerie tient aussi bien et frappe aussi fort.

La clarté évidente de la lecture ouvre sur des perspectives impensables : l'oiseau est tout entier un morceau de ciel ; les amoureux s'étreignent sans se voir, leurs visages sont masqués ; le fusil blessé dégouline du sang qu'il a répandu ; le peintre crée une figure féminine qui lui ressemble et ne tient que par son pinceau ; le paysage est dans le tableau qui est lui-même le paysage...

Magritte ferme toutes les portes à mesure qu'il les ouvre. Son travail est tellement abouti qu'aucune succession n'est possible. Il est allé au bout du chemin qu'il a inventé et exploré. Comparable en cela à Picasso.

 

 

 

 

Le Ministère des Finances, à Bercy, se présente comme une architecture digne de Louis le Magnifique. Dans la grande galerie du bâtiment A - sans doute celui des chefs -, de grands panneaux fixés au mur : Titus Carmel, Rebeyrolle, Alechinsky, Matta ... C'est très clean. Des  œuvres chloroformées, des décors sans vie, une galerie de glace. Que signifient ces présences, ici ?

A la Défense, entre la tour Coface et le Sofitel, des sculptures : Bernard Venet, etc.

C'est froid, c'est voulu, c'est bien élevé. C'est posé comme des bibelots, dans un monde minéral. Même le végétal est aseptisé, irréel, non crédible. Dans ce décor si construit ne sont que des objets rendus ridicules, comme du persil dans les naseaux d'une tête de veau.

Par contre, Calder et Miro sur la grande dalle, c'est autre chose. Des provocations toniques qui jurent et qui claquent.

 

 

 

 

La pratique de l’art invite à un effort conscient pour ne pas donner son consentement à l'ordre du monde tel qu’il apparaît, pour ne pas se résigner à la passivité intellectuelle et morale commune.

Pour véritablement apprécier la peinture, connaître le peintre. Chaque toile devient un jalon sur un parcours identifié. Une œuvre isolée a peu de signification. Pour le peintre vivant, la fréquentation de son travail ; pour le peintre du passé, la fréquentation de l'ensemble de ses traces, comme de son milieu.

L'art abstrait libère la peinture du langage. On ne peut plus dire à l'occasion d'un tableau c'est ceci ou c'est cela. L'art abstrait produit une réalité intérieure souvent difficile à verbaliser.

Peinture figurative ou abstraite ? Distinction pas toujours pertinente, bien des formes de la nature, arbres, paysages, lignes, volumes, existent sans pouvoir être précisément nommées.

Pour avancer, pour trouver, le véritable artiste recommence inlassablement, il creuse. A ce prix il peut parfois dépasser et ouvrir un champ nouveau. Le pasticheur ne dépasse jamais.

Il suffit d'avoir du talent pour se dire artiste. Etre un artiste exige de dominer son talent.

 

 

 

 

L'art ne va pas de soi, c’est évident. La vie non plus.

C’est parce que l'art exige un effort conscient et patient pour se déprendre des logiciels culturels grâce auxquels somnole l'unanimisme des non pensants, qu’il permet de ne pas donner un consentement benêt à l'ordre du monde.

Mais l'art peut aussi bien exercer un pouvoir d'intimidation, comme la vie. Dans ce cas, les jugements se forgent essentiellement à partir d'une classification des origines et des espèces. La pensée utilise ce faisant les prothèses figées d’un référentiel communément admis pour s'autoriser une illusion de fonctionnement et s’abuser elle-même.

 

 

 

 

Au réveil, ce matin, le soleil levant illumine la colline de Collioure face à l’hôtel, quelques brefs instants. Des plages de verts différents, de bruns roses. Ce que les Fauves ont vu, je le vois. Il n’y a aucun doute possible. Je suis dans le tableau.

Fin de journée, la lune se lève, rose orangée. Le ciel est d’un bleu profond. Accord merveilleux des teintes. Le château des Rois de Majorque découpe ses pierres noires et gris clair sur le vert perlé de la colline.

 

 

 

 

Saint-Michel de Cuxa, Serrabone, Elne, une visite de la sculpture romane catalane. De l’imaginaire inspiré de l’Orient (les lions valant pour les chevaux, lions ailés de Persépolis) à la description de scènes quotidiennes, le gothique apparaissant à Elne.

L’imaginaire roman avec ses bêtes fantastiques et ses scènes effrayantes sur fond de peurs millénaristes, préfigure nos horreurs et nos fictions hallucinées. On brûlait alors les méchants dans des chaudrons ou sur des bûchers, aujourd’hui les fours crématoires ou les lances flammes sont plus efficaces que les langues de feu des dragons.

 

 

 

 

Les toiles que je connaissais me semblaient laides, je les évitais. Otto Dix m’apparaît désormais comme un artiste majeur, traversé, transpercé par son temps. Réagissant à vif, insoumis, dénonciateur de tout ce qui abîme l’homme. Souvent prémonitoire (cette toile de 1920 avec un collage de journal Juden Raus), il pointe le côté mortifère de l’existence. Toujours les mêmes thèmes, mais (comble du désespoir ?) avec des habillages différents : Job, 1946 ; Crucifixion, 1962 ; Les souffrances du Christ, 1964.

Il est décédé en 1969.

 

 

 

 

Londres, National Gallery. La bataille de San Romano, ombres et lumières en aplats, feuillages et fruits (le Douanier Rousseau...), lances brisées à terre (Mondrian). Quantité de détails préfigurent des techniques ou des regards de notre époque. Une intense poésie sourd avec puissance de l'ensemble, cette œuvre bloque le regard, mobilise totalement l'esprit. Nous sommes à la jonction du gothique et du contemporain. Avec lui, nous sommes aujourd'hui quelque part entre 1430 et 1440.

Paolo Uccello est l'un de ces visionnaires dont parfois accouche l'histoire de la peinture ou de la pensée.

 

 

 

 

A la Galerie Borghèse, portrait de Pauline Bonaparte. Le matelas est étonnant de vérité. La femme dévêtue n'est qu'une statue en marbre.

Du savon ! Canova ne devait pas s'intéresser beaucoup à la belle Pauline.

 

 

 

 

Comme la culture Mc. Donald, l'art officiel actuel est incontournable. Au musée d'art moderne de Rome il est insupportable.

Dans la première partie du musée, le futurisme. Dépassé, obsolète. Compte rendu de l'emploi de techniques aujourd'hui totalement assimilées, voire tombées dans l'oubli comme le machinisme mécanique, qui n’est que reportages au seul niveau de l'événement (contrairement à Fernand Léger, qui témoigne de l'état du monde). Œuvres aujourd'hui ringardes.

Années 60 et suivantes : les nouveaux matériaux (plastique, vidéo, peintures industrielles...), ça ne décolle pas, ça ne troue pas le temps. Simple emploi d'autres médiums pour dire autrement la même chose. Pas de discours sur le monde, pas de sens ajouté, de l'anecdote techniciste.

Arte povera, conceptuel, trans avant-garde, rien qu'un regard sur soi-même. Pas de propos sur l'homme, pas de projection sur l'avenir, pas d'ancrage sérieux.

A nouveau, l'une des nombreuses boites de Marcel Duchamp. A en voir trop, partout, elles deviennent irregardables.

Une rupture pour engendrer quoi ? Ennui.

 

 

 

 

Importance de l’objet livre. Le livre ne saurait se réduire au texte ; il est avant tout un support matériel chargé de sens. Le livre est à la fois un objet marchand, un objet d’art, d’artisanat ou d’industrie et un objet de culture, combustible de la pensée.

L’expression livre d’artiste est-elle judicieuse ? Texte ou pas texte ? Ne conviendrait-il pas mieux de parler d’édition singulière, hors des circuits traditionnels ? De quoi s’agit-il ? Utiliser la tradition (gravure, typographie, illustration, au service de l’actuel) ; procéder à un jeu créatif propice au renouvellement, au moins à une évolution (sinon simple artisanat d’art reproductif) ; privilégier l’amont (choix des matières, des papiers) ; proférer autrement quelques mots, des phrases, un texte, pour permettre un regard différent, un arrêt réflexif et émotionnel ; concevoir des écrins pour abriter l’invraisemblable et le rendre vraisemblable puisque existant ?

Tout cela par amour des textes, de l’expression graphique, des supports et des matières. Tout cela pour se situer dans le Faire.

A propos des livres objets : ne pas créer un objet, mais bâtir un livre. Je n’ai jamais réalisé de livres objets. Ça n’a pas de sens ça ! (Odette Ducare, compagne de Robert Morel).

Le retable de l’agneau mystique des frères Van Eyck exemple de livre objet.

 

 

 

 

La musique envahit l’espace, elle diffuse.

La musique est d’abord à vivre au moment, elle génère des émotions instantanées et bouleverse comme la parole. Fugace, elle impose des traces durables. Le vin se contemple et se hume autant qu’il se déguste. La musique se regarde autant qu’elle s’écoute. Incomparable plaisir des sens. Gastronomie de la musique

Plaisir intense des gestes à saisir. Gestes subtils du chef, mouvements des exécutants,  interprètes, chanteurs et choristes. Gestes et postures soulignent les intentions, illustrent une partition seconde, écrivent un paysage sonore. La mise en scène de la musique s’apparente à la mise en page d’un texte : qualité du papier ou du lieu ; composition et mise en place des interprètes ; choix des caractères et tenues vestimentaires ; mimiques ou illustrations, vignettes ou soli. D’une édition à l’autre, d’un concert à l’autre, des variantes à repérer, à humer, à apprécier, à palper.

Musique, peinture, lecture, dégustation, des affaires corporelles. S’immerger dans la musique et se mettre l’ouïe en joie, j’ouïr. La musique est essentielle.

En conserve, elle perd beaucoup de son charme, elle n’est plus qu’à écouter.

 

 

 

 

L’artiste se doit-il de laisser une trace ? Inscrire une œuvre dans le granit, travailler à l’horizon de quelques générations, ou bien se satisfaire du fugace ? Questions posées non seulement par rapport aux matériaux, pigments et supports utilisés, mais aussi pour ce qui touche aux émotions et aux témoignages. Y a-t-il quelque chose à transmettre, un travail, des interrogations, une démarche ? Palpitation ressentie à la vue d’un travail ancien, quelqu’un s’est exprimé ; nous le considérons aujourd’hui et nous tentons de nous situer grâce à lui. Sentiment d’être au monde, élément d’une chaîne multiple indénombrable.

Pour tenir, les pigments requièrent un liant fixatif, œuf, miel, cire, colle ou vernis protecteur. La chimie fait évoluer des composants dont on ne sait ce qu’ils peuvent devenir, ni comment ils peuvent faire évoluer le travail initial ; jusqu’où prévoir, jusqu’où se préoccuper ? Entretenir, comment, pourquoi ?

L’art aujourd’hui tend à ne considérer que l’événement, le temporaire, l’éphémère. L’ignorance de l’amont disqualifie l’aval, le choix des matériaux relève alors de l’actualité. Nous vivons une époque factuelle, mémoire et repères délités.

 

 

 

 

Au 17è siècle, le siècle d’or hollandais, la Réforme a sorti les bondieuseries de la peinture et des églises. Elle a fait entrer dans la peinture l’ordre et la discipline, le quotidien des paysages, des scènes d’intérieur et des travaux ménagers, ainsi que l’austère célébration des biens matériels et de la réussite sociale.

 

 

 

 

1435, Alberti écrit son traité De pictura. Il s’interroge sur l’origine de la peinture. Selon la tradition issue de Pline l’Ancien la peinture serait inscrite dans un passé ante-historique. Les tout premiers « peintres » auraient circonscrit les ombres portées dues au soleil. « J’ai pris l’habitude de dire à mes proches que l’inventeur de la peinture … fut ce Narcisse qui se vit changé en fleur, car si la peinture est bien la fleur de tous les arts, alors c’est toute la fable de Narcisse qui viendra merveilleusement à propos. Qu’est-ce donc que peindre, sinon embrasser avec art la surface d’une fontaine ? »

La peinture art floral, fleur des arts.

 

 

 

 

L’art est italien, la Toscane en est le berceau, ses paysages en sont les langes.

L’art fleurit en Italie, depuis l’Antiquité. Sans discontinuer. Tous les arts. Chaque ville, chaque village, chaque pierre, arbres, collines, ciels et légèreté de l’air, sont occasions d’art. Lorsqu’elle survient la pluie ravive les couleurs, de tout temps. Elégance et finesse, mariage subtil de la nature et de l’architecture. Intelligence et délicatesse à profusion.

Respect du patrimoine. Regards sur soi. Transmission.

Décérébré l’homme sans mémoire.

Sensible, l’Italie apporte bonheur et aisance. Partout elle se souvient.

 

 

 

 

Repost 0
Published by Blogue-note de Jean Klépal
commenter cet article
4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 18:49

Une fois de plus, peut-être la dernière avant longtemps, une tentative de prise de parole à propos du marasme politique qui se perpétue.

 

Réagir à ce qui se passe semble de plus en plus vain, voire totalement inutile, tant l’apathie  est manifeste, même si ça et là quelques timides réactions se dessinent.

Répéter ne sert à rien, montrer du doigt non plus puisque seul le doigt suscite l’intérêt.

Que faudrait-il pour que s’ouvrent les yeux, qu’entendent les oreilles et que se délient les langues ?

Que les limites de l’insupportable ne cessent de reculer ne rend pas illusoire le risque d’explosion, d’autant plus grave qu’elle aura tardé.

Même si son attentisme n’a rien de surprenant, qu’espère ce gouvernement avec ses atermoiements et ses incohérences ?

 

*

* *

 

Ce qui se passe à Notre-Dame-des-Landes est la marque de la très mauvaise conduite d’un projet fortement contesté :

- saccage d’une zone naturelle sensible pour l’installation d’un aéroport dont la justification économique est tout sauf démontrée ;

- entêtement forcené du gouvernement et complaisance funeste des écologistes devenus ministres partenaires ;

- ordres donnés aux forces de répression policière de pourchasser des citoyens exerçant pacifiquement un droit élémentaire de protestation ;

- situation de blocage liée au refus délibéré de toute discussion au prétexte que les décisions prises seraient irrévocables.

Nous assistons à la mise au rencart de tout espoir de concertation, modalité de rapports sociaux cependant érigée en principe majeur lors de la campagne présidentielle.

Comment ne pas évoquer, très redoutable parallèle, le souvenir des luttes menées à partir de 1971 contre l’implantation d’un camp militaire au Larzac, auxquelles un Président dit socialiste a su mettre heureusement fin en 1981 ?

 

Comment ne pas s’insurger contre la timidité des réformes fiscales destinées à taxer les revenus des capitaux au même titre que ceux du travail ? A quand la mise en chantier de l’indispensable remise à plat de la fiscalité ? Où sont passées les proclamations du candidat en campagne ?

 

Comment ne pas s’insurger alors que des grands patrons mènent ouvertement la Fronde contre un gouvernement qu’ils intimident par un ultimatum et comment admettre que la notion aberrante d’un coût excessif du travail soit relayée par les ministres eux-mêmes, sans que le coût incontrôlé de la rétribution du capital soit jamais remis en cause ? La rétribution normale du travail est depuis longtemps jugée trop élevée, non seulement par la droite mais aussi par la gauche dite socialiste, alors que la répartition des dividendes est admise comme parfaitement justifiée, totalement libre d’affectation.

Le gouvernement se tire une balle dans le pied en montant le cheval de bataille de la droite et de la mauvaise foi patronale lorsqu’il accepte d’alimenter le débat sur la compétitivité des entreprises : les revenus du capital ne contribuent qu’à hauteur de 2% aux ressources de la protection sociale ; le coût horaire du travail est peu différent entre la France et l’Allemagne (rapport du Haut Conseil du financement de la protection sociale, remis au Premier Ministre le 31 octobre 2012 – source Médiapart, 4 novembre 2012).

 

Comment ne pas s’insurger du report à une date inconnue de l’interdiction des licenciements boursiers ? Autre point fort de la campagne…

 

Comment ne pas s’insurger contre l’abandon en rase campagne de la renégociation du traité budgétaire européen ? Ce fut pourtant l’un des fleurons de la campagne présidentielle…

 

Comment ne pas s’insurger alors que le Président de la République française manifeste un manque de fermeté dans la nature de ses relations avec le représentant de l’Etat d’Israël, colonialiste, liberticide, délibérément ignorant des résolutions de l’ONU ?

En accompagnant à Toulouse le premier ministre israélien venu se recueillir en un lieu confessionnel où un tragique fait-divers impliquant un tueur musulman français et des victimes juives françaises s’est déroulé cet automne, le Président a transgressé le principe de la laïcité républicaine ainsi que celui de la citoyenneté. Le désir de recueillement d’un citoyen juif étranger à l’égard de coreligionnaires peut se comprendre, mais seulement à titre privé et nullement en tant que Chef d’Etat hôte officiel de la République. 

 

Comment ne pas s’insurger contre la poursuite acharnée de la chasse aux Roms, très loin de résoudre les questions posées et de calmer le jeu de la dénonciation d’un bouc émissaire ? Quand et où une logique strictement répressive est-elle jamais parvenue à imposer sa loi, sinon dans un Etat totalitaire ?

D’un ministre de l’Intérieur à l’autre où se situe la véritable différence ?

 

Comment ne pas s’étonner de l’extradition soudaine en Espagne d’une militante d’un parti autorisé en France et comment ne pas s’interroger sur ce que cela révèle de la poursuite de pratiques antérieures ?

 

Alors que depuis 1981 le PS n’a de cesse de prôner l’élargissement du droit de vote des étrangers aux élections locales, alors que cet engagement a été repris au cours de la campagne électorale, comment ne pas s’insurger du renvoi de son examen aux calendes grecques ? La question mériterait d’être clairement tranchée une fois pour toutes, indépendamment de misérables calculs d’arithmétique parlementaire.

 

Bien sûr quelques avancées existent, bien sûr le climat n’est plus tout à fait le même qu’auparavant, mais cela est très loin de suffire.

Six mois sont déjà passés, le courage de la prise de décisions nettes et tranchées, s’il a été envisagé, n’est pas loin d’être émoussé.

 

*

* *

 

La lecture de l’ouvrage récemment paru d’Eric Hazan Une histoire de la Révolution française (La fabrique 2012) permet de prendre la mesure de l’extraordinaire foisonnement de mesures radicales intervenues en France entre le printemps de 1789 et l’automne de 1791, brève période pendant laquelle les choses se sont accélérées d’autant plus que le Pouvoir où ce qu’il en demeurait tergiversait, sur fond de troubles, d’émeutes et surtout de courage :

1789 - Etats Généraux, création d’une Assemblée Constituante à Versailles, serment du Jeu de Paume, prise de la Bastille, nuit du 4 août, Déclaration des droits ;

1790 – Transfert de la Constituante à Paris, développement d’une presse de libre expression, Constitution civile du clergé, réorganisation administrative et judiciaire (création des départements, cantons et communes ; juges de paix, comparutions immédiates, instauration de jurys, abandon de la torture (la Question), présence obligatoire d’avocats, procès publics) ;

1791 - Chute de la royauté avec la fuite à Varennes.

 

Evidemment toute analogie est sujette à caution, oui l’Histoire ne saurait se répéter, il n’empêche qu’elle suggère des enseignements.

 

Repost 0
Published by Blogue-note de Jean Klépal
commenter cet article
30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 10:08

Sept propositions pour un avenir meilleur

 - Faire étudier par le Ministère des Transports la mise en service progressive de TGV lents, susceptibles de permettre d’apprécier les paysages, d’avoir le temps de lire tranquillement, de relier différents points du territoire actuellement gommés par la vitesse.

- Supprimer les congés payés, qui ne font qu’entériner l’aliénation des travailleurs et leur soumission à l’obligation de migrations aussi humiliantes qu’inhumaines.

- Obtenir qu’une Directive européenne oblige la France à supprimer le défilé militaire du 14 juillet, car seuls les États totalitaires exaltent la force des armes et une véritable démocratie ne saurait se satisfaire de telle démonstration.

- Faire inscrire par le Ministère de l’Education Nationale dans les programmes d’enseignement l’apprentissage de la danse comme moyen efficace de maîtrise du corps, de reconnaissance de la complémentarité des sexes, de développement de l’attention à l’autre. Cette inscription entraînera obligatoirement la suppression du football dans les activités physiques et sportives pratiquées dans les établissements scolaires.

- Obtenir d’un Comité international des droits de la personne la dissolution des familles de manière à favoriser l’épanouissement individuel.

- Faire voter par le Parlement européen, dans le cadre de la lutte contre la pollution et le réchauffement de la planète, une disposition interdisant à tous les citoyens des Etats membres de prendre leur voiture pour faire le plein d’essence.

- Remplacer le long, coûteux et somme toute inutile processus électoral présidentiel par l’élection automatique du directeur général d’un institut de sondage jugé représentatif par le Président du Conseil constitutionnel.

 

 

*

* *

 

Jardiniers

Ceux qui binent le réel

Ceux qui sarclent les combines

Ceux qui savourent les simples

Ceux qui pensent ce qu’ils font

Ceux qu’éblouit l’ignorance

Ceux qui honorent le différent

Ceux qui échappent

Ceux qui cherchent

Ceux à qui on ne la fait pas

Ceux qui refusent

Ceux qui jouissent de l’insoutenable poétique

Ceux qui rêvent un autre monde

Ceux qui aiment

Ceux qui amis nombreux

Ceux qui gais et joyeux

Ceux qui triment

Ceux qui se délectent

Ceux qui à la tienne Etienne

Ceux qui donnent la main

Ceux qui mystèrent

Ceux qui écoutent

Ceux qui s’étonnent

Tous ceux qui ne s’en font pas une gloire

 

 

 

*

* *

 

 Langage

Victor Klemperer (LTI, la langue du IIIe Reich– Albin Michel Pocket 1998), Jean Clair (La barbarie ordinaire – Gallimard 2001), Eric Hazan (LQR, la propagande au quotidien – Raisons d’agir 2006) se sont tour à tour penchés sur l’infection des esprits due à la dénaturation du langage. De son côté, Jean-Claude Michéa (L’enseignement de l’ignorance – Climats 1999) s’est notamment attaché à la transformation de l’enseignement par le recours à la méthode des choix multiples (QCM) favorisant le conditionnement mental et la disparition de tout esprit critique, si dangereux pour le système en place. QCM, procédé pavlovien par excellence. Outil non négligeable de la formation des futurs médecins.

Euphémisation (atténuation), valorisation-dévalorisation par emploi du superlatif ou du péjoratif, faux sens et antinomies sont les principaux agents de la perte de substance du langage et de son remplacement par une bouillie verbale strictement réflexe, exempte de tout effort de pensée.

 

Quelques exemples :

 

Agriculteur devient Exploitant agricole

Assistance publique, Travail social

Aveugle, Non voyant

Bombardement, Frappe chirurgicale

Clochard, SDF, Rmiste

Connaissance, Compétences

Consumérisme, Ouverture des marchés

Cotisations sociales, Charges sociales

Destruction du patrimoine, Modernisation, Rénovation urbaine

Effet de mode, Programme culturel

Elève, Apprenant   

Etat de guerre, Plan de Paix

Financement du privé par secteur public, Partenariat

Gardiens de la Paix, Forces de l’ordre

Handicap physique, Mobilité réduite

Hégémonie, Dialogue Nord-Sud, Mondialisme, Modernité

Instruction civique, Education citoyenne

Licenciement collectif, Plan social

Main d’œuvre, Ressources humaines

Manœuvre balais, Technicien de surface

Massacres, Dégâts collatéraux

Pauvreté absolue, Voie de développement

Perte d’identité, Intégration

Récession économique, Phénomène d’ajustement

Refus d’orientation politique nouvelle, Lutte contre le déclin, la décadence

Répression des fraudes, Maîtrise des risques

Sauvagerie économique, Libéralisme

Seuil de tolérance, Rejet

Sourd, Mal entendant

Souveraineté, Préférence nationale

Veilleur de nuit, Agent de sécurité

Vieillesse, Troisième, Quatrième âge

 

 

*

* *

 

F.N.

La force du Front National tient à ce qu’il pointe les faux-semblants, mièvreries et dérobades de ses adversaires, ce qui lui permet de faire l’impasse sur lui-même. Il a beau jeu de dénoncer l’UMPS qu’il confond habilement dans un même ensemble. En louvoyant et en finassant ces formations politiques donnent des armes au FN qui se contente de les dénoncer à point nommé. De la dénonciation il tire sa force, ce qu’il décrit est vrai et cela le dispense de toute proposition.

A peu de frais le FN parait radical face à des matamores inconsistants, pleutres prêts à tous aménagements, à toutes renonciations.

L’UMP lui court après, le PS accumule les pas de clerc et court après une partie de l’électorat UMP, moyennant quoi le FN caracole et fustige.

Le courage serait de prendre des positions fermes, de les affirmer et de les assumer.

 

Repost 0
Published by Blogue-note de Jean Klépal
commenter cet article
20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 09:53

Démocratie

 L’un de ces cache-sexes commodes pour masquer bien des excès et des déviances. L’un de ces mots tellement usés qu’ils finissent par ne plus rien signaler d’autre qu’un simple tic de langage.

Il faut certainement beaucoup pratiquer l’humilité pour prétendre à un comportement démocratique. Savoir parvenir à respecter profondément l’Autre dans sa différence, l’admettre, l’écouter et tenter de faire siennes quelques une de ses propositions, comme un enrichissement possible.

La démocratie ne se décrète pas plus qu’elle ne s’impose, elle se pratique au quotidien. Toute volonté de prévaloir lui est antinomique.

Parler de démocratie associée au parlementarisme tel que pratiqué en France est une véritable tromperie. Démocratie et système parlementaire à la sauce actuelle sont parfaitement incompatibles. Qu’une majorité absolue d’où quelle soit issue puisse bloquer tout débat le temps d’une législature suffit à la démonstration. Comment concilier la nécessité de décisions de long terme avec le temps d'action limité de dirigeants dont l’urgence est d’effacer la marque de leur prédécesseur immédiat et d’assurer leur propre réélection ? Un tel état périme toute recherche de consensus, toute confrontation d’idées ; invoquer la légitimité du suffrage universel et s’en repaître ankylose la possibilité d’adaptation progressive au devenir. Notre démocratie parlementaire n’étant en rien représentative de la mosaïque sociale, le système, par son côté oppressif et répressif, est évidemment gros de tous les rejets possibles. Puisqu’elle ne peut pas se faire entendre à l’Assemblée où elle est vouée à l’échec, il est tout à fait normal que la contestation s’exprime dans la rue. Les règles en vigueur sont forcément grosses des menaces de dérapages qu’elles suscitent en permanence du fait de leur déséquilibre initial.

Piètre illusion que la démocratie républicaine, véritable soleil noir.

 

 

Dieu (ou ses substituts : idéologie, parti...)

Son existence supposée justifie les tueries par l’emploi permanent de son « Saint Nom ».

« Appeler à conduire les affaires humaines au nom du dieu ne peut qu’engendrer des fanatiques capables de tous les désastres » (Abdelwahab Meddeb, La maladie de l’Islam, éd. du Seuil, col. Essais 2005).

La démocratie à la sauce occidentale se montre fort tolérante à l’égard des meurtres et des atrocités génocidaires commis au nom du Créateur. Elle signe par là son inexistence absolue.

Les États-Unis, la Russie de Poutine et l’islam condamnent, massacrent et exécutent à tue et à toi sans aucune retenue ; la cause est entendue.

Le nazisme a si bien gagné les esprits que l’homme est devenu tranquillement capable de détruire l’humanité entière, ainsi que la planète.

 

 

Disponible

Attendre plein de désir le moment, l’événement, la rencontre, l’idée ; veiller, guetter, disponible pour accueillir ce qui se présente et en faire un miellat.

Butiner en permanence.

Raymond Queneau :

« Bon dieu de bon dieu que j’ai envie d’écrire un petit poème

Tiens en voilà justement un qui passe

Petit petit petit

... »

 

 

Hybridation

Il n’y a pas que les gaz à effet de serre pour polluer la planète et rendre l’air irrespirable, l’hybridation et le métissage culturel galopant corrodent sans appel coutumes, héritages et traditions. Ils dissolvent patiemment l’identité des peuples anciennement colonisés et longtemps méprisés au nom de la seule culture qui puisse compter, celle de l’homme blanc. Je me souviens d’une soirée au Kerala, qui n’avait rien à envier à TF 1. Nous étions assis sur des gradins naturels parmi une foule indienne plutôt jeune face à un étrange spectacle révoltant de stupidité, une sorte de « music hall » sans queue ni tête.

Sur les plages de la « petite côte », au sud de Dakar, les footballeurs vêtus de maillots au nom des vedettes internationales du ballon rond ne sauraient se compter.

La multiplication des nations souveraines depuis la décolonisation et la chute du mur de Berlin entraînent parallèlement à ce phénomène mondial d’appauvrissement culturel des revendications identitaires parfois sauvages, impitoyables même. Béances largement offertes aux intégrismes de toutes couleurs. Dans le meilleur des cas, nous ne naviguons qu’en pleine confusion. Les cartes sont brouillées, les références historiques, sociales, politiques, religieuses sont totalement inopérantes.

Deux courants antagonistes s’affrontent : d’une part, la globalisation uniformisante de l’homo cocaliensis entretenue par Le Marché et, d’autre part, l’affirmation véhémente de particularismes - niés surtout depuis l’époque des « grandes découvertes » et de la colonisation -, revendication accompagnant les « indépendances » souvent chèrement acquises.

Dans tous les cas l’Autre ment, par définition ; il fonde par son existence le suspect originel de toute altérité.

 

 

 Mort

L’au-delà de soi : la mort, son image, l’interrogation qu’elle pose, sont permanentes, partout présentes.

Mourir, en soi, n’est probablement rien, sinon le regret de ne jamais connaître la suite. C’est sans doute de l’idée de ce dommage qu’il est assez difficile de se satisfaire. Mais alors jusqu’où faudrait-il aller ? Après tout, il y eut bien un amont que nous n’imaginons que par ouï-dire, ce qui est tout aussi frustrant.

La seule chose qui importe vraiment tient aux conditions de l’événement. Pour bien s’y préparer, il n’est que de s’entraîner à bien vivre quelles que soient les déperditions progressives.

La mort n’entraîne de conséquences que pour les vivants, hallucinés de la mort d’autrui et abusés par les rituels qu’ils s’inventent.

 

  

Naïveté

Il en faut beaucoup pour confier une graine à la terre.

 

 

Politicien

Produit d’élevage, le politicien est un professionnel aguerri, très réactif.

Proche des zombies, il est à l’aise dans le futur simple, avant tout soucieux de l’acquisition et de la conservation du pouvoir dont son élection est le gage. Pour ce faire, il convient d’assurer un service minimum, en s’exprimant le moins précisément possible, en procédant par approximations, en veillant à ne pas trop déplaire.

Outre le fait qu’il estime normal de se dispenser des règles et des usages concernant le commun des mortels, le politicien est un homme de foi : il fait confiance à l’avenir pour faire évoluer les choses dans un sens favorable à ses intérêts.

 

 

Politique

Individu atypique fruit d’une mutation génétique favorisée par la survenue d’événements majeurs inopinés. Doué d’une réelle faculté d’analyse et d’une vision de synthèse, il envisage les évolutions à long terme qu’il met brillamment en perspective. Il n’hésite pas à s’exprimer, voire à heurter, il donne à réfléchir, fait preuve de courage et prend des risques personnels. Pour lui rigueur de pensée et cohérence priment sur la notion de carrière personnelle.

 

 

Sacré

Terme utilisé depuis la nuit des temps pour justifier ou légitimer la violence du puissant sur le faible.

 

  

Ville

Les panneaux volumen où s'enroulent et se déroulent des annonces publicitaires rivalisent avec leurs confrères à messages variables et lumineux. Il s'agit de « mobilier urbain ». Monsieur Propre, Odorono et sanisettes, les hygiénistes disent le prêt à porter de la pensée jetable.

Le décor dispense l'homme, la ville se modernise

Autoponts, échangeurs, souterrains, tunnels, chaussées surélevées, viaducs, giratoires, sens interdits, contre-allées, bateaux, emplacements réservés, vitesses imposées, ralentisseurs, passages protégés, sémaphores, feux clignotants, restrictions temporaires, réglementations, déviations, travaux, circulation alternée, axes prioritaires, caméras, radars, barrières, chicanes, bornes, couloirs réservés, pistes, voies rapides, écoulement du trafic, parcmètres, parkings, barrages, palissades, échafaudages, grillages, chantiers, ponts, passerelles, stationnement, distributeurs, bornes automatiques, enseignes.

Trottoirs, encombrements, détritus, déjections, poubelles, odeurs, pollution, plantations, herbes folles, secteurs piétonniers.

Vent, pluie, soleil, ombre, éclairages, température, oiseaux, animaux.

Voitures, bus, camions, camionnettes, fourgons, taxis, vélos, scooters, motos, rollers, skate boards, patinettes, piétons, vélos, semi-remorques, corbillards, fourgonnettes, engins de travaux, chariots élévateurs, dépanneuses, bennes, trolleys-bus, autobus, tramways, cars, véhicules prioritaires, ambulances, voitures de police, voitures de pompiers, trains, métros, navettes, funiculaire, ascenseurs, escaliers mécaniques, pannes.

A vendre – A louer – Bientôt à cet emplacement… – Pendant les travaux, la vente continue – Horaires d’ouverture – Fermé pour congés – Soldes – Recherche… – Permis de construire – Permis de démolir – Le cabinet est transféré… – Issue de secours – Réservé à la clientèle – Sans issue – Danger – Interdit au public – Port du casque obligatoire – Entrée des fournisseurs – X travaille pour vous...

Vu d’un point haut, le paysage des toits enfouit la ville sous sa carapace d’écailles et sa broussaille d’antennes.

Ça et là s’impose le minéral vitrifié.

Fenêtres, terrasses et balcons prennent le végétal en otage.

Excréments urbains, les zones commerciales, artisanales, industrielles et autres campus, les  banlieues aussi.

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Blogue-note de Jean Klépal
commenter cet article
11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 09:10

Agriculture

Agressive, elle est devenue une arme de destruction massive parvenant à masquer son existence et son emploi permanent. Cette arme procède d’un arsenal richement diversifié : engrais chimiques et pesticides ; culture d’O.G.M. ; emploi généralisé des matières plastiques ; surpâturages et élevage intensif ; déforestation, défrichage et hachis sauvage de haies ; suppression de chemins ; terrassements et apports exogènes ; arrosages intempestifs ; plantations publiques non entretenues, disparition d’espèces et de variétés ; monopolisation de semences ; mécanisation démesurée, constructions sauvages, etc.

La guerre mondiale du commerce assaille la terre et le vivant.

 

Communication

Ce méchant mot s’est infiltré dans le langage en y provoquant des ravages. La mise en commun de propos, d’idées, de préoccupations, de questionnements, d’hypothèses, bref de réflexions et de connaissances, s’est muée en une simple affaire de technique et d’habillage publicitaire destinés à entretenir l’existant et à faciliter la prise de pouvoir de l’économique sur la société tout entière.

Parer des mensonges et des contre vérités et les emballer dans une langue aux senteurs boisées pour masquer la puanteur de la propagandastafel est devenu un art d’excellence.

La Com’ tente d’imposer partout le mirage pour contourner la réalité.Communication et démocratie, un attelage pour le moins bancal.

 

Complaisance

Etonnante et peu supportable la tendance de certaines « minorités » au repliement sur soi. Juifs, homosexuels ou noirs manifestent souvent cet appétit, en général au nom de l’Histoire. Que celle-ci ait été fatale à leurs ancêtres comme à nombre de leurs aînés ne saurait souffrir la moindre contestation. Discriminations, pogroms, esclavage, autant de faits indiscutables. Pourquoi aujourd’hui les ériger en véritables fonds de commerce plaintivo-revendificatifs ? Pourquoi faut-il que juifs et homosexuels éprouvent tant le besoin de se proclamer tels (les noirs en sont dispensés, cela va de soi) alors qu’on ne leur demande rien ? La conduite victimaire possède quelque chose de profondément déplaisant, de même que l’entretien méticuleux d’une différence affichée, vestimentaire, alimentaire ou autre.

Comment peut-on avoir le front de reprocher à l’autre une attitude de différenciation alors que l’on fait une bannière offensive d’une altérité dont on se pare ?

Comment, humain, peut-on vouloir se distinguer de la commune humanité ?

En quoi les criminelles horreurs du passé peuvent-elles se trouver imputées à des interlocuteurs sans autre attache avec ce passé qu’une Histoire nécessairement commune ?

Perverse l’influence de la Bible avec ses affinités électives et ses malédictions selon que l’on soit issu du fils préféré de Noé, Sem, adorateur du Nom unique, ou du fils maudit, Cham, homme du pays chaud, voué à l’esclavage puisque noir de peau.

 

Concertation

Terme obscur qui appartient à la langue de bois la plus classique, généralement employé alors qu’une situation est bloquée et paraît sans issue. Il désigne soit ce qui aurait dû se pratiquer avant toute décision importante et qui n’a pas eu lieu (ce qui permet donc de continuer à s’affronter), soit ce qui est proposé après une décision intempestive malheureuse afin de démontrer la mauvaise foi de celui à qui on cherche à imposer ce qu’il ne veut pas. Une croyance assez répandue prête quelque vertu magique à ce vocable, d’où son emploi fréquent.

Ce mot s’origine curieusement dans une idée d’affrontement entre athlètes (concertatio : lutte).

 

Familles Les belles familles » – J. Prévert, Paroles)

Simulacre et double langage règnent en maître. On prétend ceci ou cela, on prend la pose et on fait des mines sous divers prétextes empruntés à la plus parfaite hypocrisie bien pensante. D’autant plus ignorées qu’elles hurlent leur existence, les différences et les inimitiés jamais ne se trouvent évoquées. L’alibi des liens familiaux, véritable tunique de Nessus, empoisonne irrémédiablement des relations tissées d’intérêts non compatibles.

Ce qui se trame en silence enchaîne en permanence. Personne n’en dit rien, chacun éprouve l’état de fait en un silence confit. Le langage ne sert qu’à cacher. Dire afin surtout d’éviter de dire ; le Verbe s’est fait Taire.

Faire comme si seul importe. Un terrifiant processus de destruction de soi agit dans l’obscurité d’une feinte bienséance.

Unique objet de sentiment, l’Avoir pudiquement évoqué permet une avide et cynique indécence, le regard doucereux porté ailleurs.

Tout est crypté, gestes, paroles, silences.

L’opacité de la langue si justement décriée chez les politiques trouve ici son terreau.

 

Gauche

Nom commun féminin (archaïque), terme d’emprunt synonyme d’illusion optique.

Dans le langage courant sert à désigner le fonds de commerce d’un escamoteur. Au sens figuré, politique de gauche : faire prendre des vessies pour des lanternes.

« J’ai toujours été affligé que, dans le meilleur des mondes possibles, il y eut des cailloux dans les vessies, attendu que les vessies ne sont pas plus faites pour être des carrières que des lanternes ; mais je me suis toujours soumis à la Providence » - (Voltaire, cité par Littré)

 

Gracq (Julien)

Avec La littérature à l’estomac il dénonce dès 1950 la dérive marchande qui nous ravage aujourd’hui.

Un dramatique changement d’échelle des connaissances a induit à cette époque un double mouvement dans le public lecteur ou non (l’avoir vraiment lu a commencé à devenir de moindre importance pour s’autoriser à parler d’un auteur). Depuis lors, ce mouvement se caractérise a la fois par une dépendance commandant la recherche de cautions spécialisées pour se prononcer sur une œuvre (donc la perte de toute liberté de jugement à partir d’appréciations personnelles) ; ainsi que par une soumission à l’autorité établie entraînant des comportements de bête domestique acceptant la nourriture qu’on veut bien lui donner.

Gracq moque le spectre infra littéraire fait de braderies, congrès, vernissages, expositions, rencontres diverses et signatures, avec son corollaire la promotion du vedettariat des têtes d’affiche ; être une figure de l’actualité importe davantage que l’intérêt de l’œuvre. Aujourd’hui passer à la télé confère une incontestable autorité.

Près de soixante ans après ces considérations, pouvons-nous encore parler de littérature ? Si oui, où se terre-t-elle ? A quoi ressortissent Philippe Sollers, Jean d’Ormesson, Michel Houellebecq, Bernard-Henri Lévy, Michel Onfray et autres pisseurs de copies partout présents en têtes de gondoles ?

 

Guerres (de religion)

Aujourd’hui comme hier, le recours au religieux permet de légitimer l’action politique. Les guerres de religion (1517-1648), précédées et accompagnées par l’Inquisition, préfigurent les excès de la Révolution et les barbaries du 20è siècle. Il s’agit alors de détruire l’Autre parce que sa différence n’est pas plus admissible que sa liberté de conscience ; une simple anticipation du « nettoyage ethnique ».

La Révocation de l’Édit de Nantes n’est-elle pas aussi une discrimination raciste ?

Jules Michelet : « Que la terreur révolutionnaire se garde bien de se comparer à l’Inquisition ! Qu’elle ne se vante jamais d’avoir, dans ses deux ou trois ans, rendu au vieux système ce qu’il nous fit six cents ans ! (...) Qu’est-ce que c’est que les 16 000 guillotinés de l’une devant ces millions d’hommes égorgés, pendus, rompus, ce pyramidal bûcher, ces masses de chairs brûlées, que l’autre à montées jusqu’au ciel ? La seule Inquisition d’une des provinces d’Espagne établit, dans un moment authentique, qu’en seize années elle brûla 20 000 hommes (...) Mais pourquoi parler de l’Espagne, plutôt que des Albigeois, plutôt que des Vaudois des Alpes, plutôt que des Bégards de Flandre, que des Protestants de France, plutôt que de l’effroyable croisade des Hussites, et de tant de peuples que le Pape livrait à l’épée ? (...) L’histoire ... dira aussi que l’Église du Moyen âge s’épuisa en inventions pour augmenter la souffrance, pour la rendre poignante, pénétrante, qu’elle trouva des arts exquis de torture, des moyens ingénieux pour faire que, sans mourir, on savourât longtemps la mort... » (Histoire de la Révolution française)

 

Incohérence

Si souvent décrié par les redoutables champions de la bienséante cohérence son contraire offre quelques attraits.

L’incohérence a d’abord l’avantage de faire front à la morne unité logique des faiseurs de raisons et autres ratiocineurs ; elle admet des échappées poétiques sources de découvertes totalement inattendues. Grâce à elle des voies insolites peuvent être empruntées, le jeu des possibles s’enrichit en permanence par la saisie de l’insupposé qu’il offre. Si l’incohérence conduit à l’excentricité qu’elle en soit louée. Pouvoir s’ex-centrer apporte une liberté hautement appréciable car elle incite à se départir des idées obligées, balisées, communes, pasteurisées, pavlovisées, lyophilisées, allant de soi. Par cette liberté s’inscrivent le doute, l’ambivalence et l’irrespect, quoi de plus cher ? Des contradictions apparaissent ? La belle affaire ! C’est de notre humaine nature qu’il s’agit ; la vie vivante et non confite serait-elle cohérente ? Allers retours, divergences, diversions, la vie bouillonne, brouillonne. L’incohérence ne constitue certainement pas une fin en soi, elle n’a rien de condamnable cependant. Admise et reconnue pour ce qu’elle est, elle enrichit la personne par les éclairs dont elle se charge.

« On n’est fécond qu’à ce prix : être riche de contradictions » (F. Nietzsche « La morale, une anti-nature », in « Crépuscule des idoles » Folio, essais 2006).

Reconnaissons que si tout ceci paraît évident pour l’individu, des conséquences seraient à envisager pour les États et leurs administrés.

Une limite indépassable à l’incohérence : la canaillerie morale.

 

Information

C’est l’overdose, l’avalanche, le dégueulis permanent, jamais de répit. Nous savons tout sur tout, nous pouvons tout trouver sur tout, si bien que plus rien ne ressort, que l’uniformité gagne partout. En flots serrés, chaque nouvelle chasse les précédentes.

Nous savons tout des scandales grands et petits. Ils sont si nombreux que la plupart perdent leur caractère, sitôt dénoncés ils sont éventés, le scandale est normal, habituel, accoutumé, toujours relatif. Nous baignons dans l’eau fétide du scandale de droite, de gauche, de partout.

Plus nous savons, moins nous parvenons à nous insurger. S’insurger parait ridicule, inutile, vain, inadapté, hors de proportion. Le trop submerge, indigestion, intoxication.

Alors ? Comme Ulysse s’attacher au mât, se boucher les oreilles, porter le regard ailleurs pour franchir la passe.

IGNORER et poursuivre sa route avec les quelques compagnons connus, arts et littérature.

 

Israël

Ce que le 20è siècle a fait subir aux Juifs demeure inscrit à jamais comme une marque suprême de la barbarie dont l’homme est capable. Inadmissible, inexcusable, injustifiable. Une tache indélébile marque l’histoire de la France des années de guerre et d’occupation, rien ne la peut effacer, en reconnaître l’existence ne saurait souffrir aucune discussion.

Plus de soixante ans se sont écoulés depuis la Libération. La culpabilité a engendré une hypersensibilité à la question juive, comme si elle focalisait à elle seule toute l’horreur du racisme et de ses conséquences. Aujourd’hui, critiques fondées à l’égard de la politique israélienne ou simples réserves à propos de tel ou tel fait d’actualité sont abusivement taxées d’antisémitisme par des vigiles plus que sourcilleux. Il semblerait que l’histoire se soit arrêtée sans qu’aucune mise en perspective ne puisse jamais intervenir. La honte et l’effroi auraient comme annihilé toute possibilité d’actualisation. Les maux qu’ont endurés les juifs devraient les sanctifier à jamais.

Les générations postérieures à l’époque de la guerre, victimaires, érigent l’holocauste en une sorte de fonds de commerce. Qu’une agression soit commise contre un lieu ou contre un individu, elle suscite une émotion et des réactions décuplées dès lors qu’il s’agit soit d’une synagogue, soit d’une personne dont on découvre après coup la judéité. Non seulement la « communauté » et le CRIF se mobilisent et rameutent leurs troupes mais la classe politique emboîte le pas.

S’insurger est à chaque fois nécessaire, mais que ce ne soit pas à sens unique. Que ce ne soit pas non plus au prix du silence sur les menées fascisantes et colonialistes de l’État d’Israël.

Le fait que des Français, parce que juifs, soutiennent et justifient les actions du gouvernement israélien, qu’ils se comportent comme s’ils avaient la double nationalité, est peu admissible.

 

Représentativité

Comme démocratie voici un terme employé à tout bout de champ par ceux qui se drapent dans les apparences de la « représentation nationale ». Que vaut cette représentation ? Être élu constitue-t-il un gage quelconque ?

Que ce soit dans les Assemblées ou dans les partis, les diverses composantes de la Nation sont très inégalement présentes. Femmes, employés, artisans, jeunes adultes, responsables de partis ou d’organisations minoritaires, se trouvent souvent à l’écart de la table du banquet, ils sont invalides.

Les « notables », outre le cumul des mandats, gardiennent jalousement leurs prébendes ; certains s’enorgueillissent d’être en place depuis plusieurs décennies (cela peut aller jusqu’à cinquante ans, voire plus – VGE, Mitterrand, Chirac, pour les plus célèbres -), ils se prétendent représentants de la Nation, dépositaires de la volonté populaire. Cela n’est possible que parce que le système est bloqué. Où est la démocratie là-dedans ? Comment s’étonner que la rue se substitue de temps à autre à l’expression feutrée et anesthésiante du vote majoritaire ?

Y a-t-il un autre pays prétendu démocratique où de telles situations existent ?

 

Spiritualité

Un concept équivoque.

La spiritualité tient à ce qui est indépendant de la matière corporelle. Elle abrite l’ensemble des croyances relatives à la vie de l’âme. La spiritualité fait partie de la trousse à outils de la religion, soigneusement remisée dans la pochette « premiers secours ».

Ce mot est un dangereux véhicule, il entretient un ignorant aveuglement. Il masque des illusions, des fables, des angoisses, un profond refus de notre inconnaissance fondamentale. Il représente l’un des plus parfaits modes d’asservissement qui se puisse imaginer. Il introduit dans le discours le dualisme comme allant de soi. Spiritualité distingue matière et esprit, comme si celui-ci était indépendant de celle-là.

La divine noblesse de l’esprit assimilé à un souffle envoyé par Dieu, contre l’ignoble asservissement de la matière au Démon.

Qui a jamais capturé et mis en bouteille un souffle du Saint-Esprit, curieusement représenté dans l’iconographie chrétienne par une variété de pigeon domestique ?

En quoi le fait qu’une activité mentale existe, que des émotions, des sentiments, des aspirations, des besoins, des désirs, des pensées nous habitent justifie la création d’une catégorie aussi inepte que la vie spirituelle ? Prétendre que le spirituel échappe à la matérialité équivaut à poser que l’électricité est indépendante des phénomènes physiques. Le transcendant religieux convoque l’esprit comme une négation de la Nature, il agit de manière antinaturelle contre la liberté humaine, ainsi que le relève Sartre (Situations II).

Avec un solide bon sens, le très salubre Rabelais affirme que les esprits animaux sont affinés par le cerveau, sans plus (Le Tiers livre, 4).

Sensibilité, mémoire, culture, perceptions, produisent l’immatériel de la pensée, constituent son inconnue. Est-ce une raison suffisante pour inventer un monde merveilleux, le déclarer vrai et imposer aux gogos des contes de fées ?

 

 

 

 

Repost 0
Published by Blogue-note de Jean Klépal
commenter cet article
2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 09:12

 

Affectation

 

Pascal Quignard est l’un des meilleurs écrivains de sa génération, ses livres sont souvent un véritable régal d’intelligence, d’érudition, de subtilité et d’à propos. Etincelants ils s’apparentent à un fonds auprès duquel il est bon d’aller quérir un enrichissement.

Malheureusement Quignard aime trop paraître en public. Il va jusqu’à lire et mettre en scène ses propres textes. Il se sait séduisant et se complait alors à paraître refuser la séduction qu’il exerce sciemment. Il se regarde, il s’admire à être regardé, jeu certainement grisant mais inutile. Remplir une salle de théâtre à soi seul n’est pas donné à tout le monde, certes. Qu’a sa gloire cependant à y gagner ?

Plus mesuré que Lucchini, il est tout aussi cabotin et dominateur. Qu’a-t-il besoin de se donner en spectacle ?

Dommage.

 

 

 

Architecture et urbanisme

 

L’architecture se perd de plus en plus dans le prestige et le paraître. La fonctionnalité, l’usage, l’accord avec le site, sont devenus quantités négligeables. Cette architecture à la mode se soucie avant tout de poser des objets remarquables en des points indifférents de la ville, qu’ils asphyxient peu à peu en l’ignorant. Le design l’emporte. On parle communément de gestes architecturaux.

 

Jolies tours de passe-passe, qu’il est bien normal d’avoir envie de détruire.

 

La vraie architecture se fait oublier, elle est au service de ce qu’elle accueille. Elle procède de l’humilité romane. L’hypertélie gothique et le baroque, Chambord et son délire, égale arrogance du design avant la lettre.

 

La ville a besoin de trous, d’espaces non saturés, disponibles, de liaisons telles que places, campi, mails, forums, squares, ouverts à la vie vivante. L’autosuffisance architecturale corbuséenne est une négation de la cité, de même que l’empilement de techniques et d’automatismes aussi coûteux qu’inutiles. L’urbanisme possède de nos jours une fâcheuse tendance à faire fi de l’urbanité. Principe de précaution, systèmes de contrôle, espaces et zones spécialisées enferment et annulent le terreau fertile de l’imprévu des rencontres. Des bulles individuelles seulement juxtaposées ne peuvent en aucun former un ensemble harmonieux.

 

Très rares sont les exemples de sagesse et de mesure. Forcalquier, modeste sous-préfecture de Haute Provence, offre au passant étonné une singularité si rare qu’elle est à peine perceptible, elle ne compte ni feux de signalisation ni panneaux publicitaires.

 

 

 

Décrire

 

Quelques écrivains actuels revendiquent une volonté d’écrire plat, ce qui signifie s’efforcer de rendre compte de faits, de situations, décrire en faisant fi de grilles d’analyse, voire du style lui-même. Cela s’appelle en langage de jeune romancier en vogue « écrire sans discours surplombant ». L’amorce d’une post littérature parait bien engagée. N’y aurait-il pas là-dedans un petit air de réactualisation des années Support-Surface ? Le dépassement du dépassement.

 

A quel propos la description répond-elle en littérature, sinon à celui de s’efforcer de tirer un fil pour démêler l’écheveau du visible ? (Balzac, Pérec, Ponge)

Nommer le monde pour tenter de le comprendre, ce que ne fait certainement pas la recension journalistique des faits divers.

Décrire est aussi un bon moyen d’établir des inventaires témoignant pour demain. Ce qui requiert une vision de surplomb.

 

 

 

Distillat

 

Les grandes inventions n’intéressent pas exclusivement des dispositifs technoscientifiques inattendus, elles peuvent également concerner des avancées très subtiles de l’esprit humain. C’est ainsi que vient d’être mis au point une liqueur d’un raffinement extrême, un nectar d’incomparable saveur, que seuls des maîtres en pleine possession de leur génie propre pouvaient inventer. Cette invention bouleverse toutes les notions établies, quelles soient historiques, scientifiques ou philosophiques, elle ouvre une nouvelle ère à la pensée, il s’agit d’un nouveau paradigme. Le vieux monde retrouve une jeunesse.

 

La notion de racisme anti-blanc vient d’être mise sur le marché.

 

 

 

Intérêt

 

Alors que la répétition et les broderies du même sur le pareil sont de plus en plus règle générale et que le langage se réduit à un simple vecteur commercial, comment inventer un quotidien digne d’intérêt ? La question se pose avec acuité et si rien ne permet de l’affirmer insoluble, envisager une réponse est à coup sûr affaire de temps, sans doute pas davantage.

Le manque d’imagination, la crainte d’envisager autre chose que le connu, entraînent la fascination pour la reproduction. La robotisation, bien qu’elle possède des avantages pratiques indéniables, interdit tout rapport à l’univers, c'est-à-dire à l’aventure de la connaissance. Conformisme et ritualisation de tous les instants non seulement fragilisent mais aussi introduisent une peur permanente, fruit du déclin de l’imagination d’un autrement possible.

L’actualité se réduit à une bande annonce, un divertissement permanent, la banalité est quotidienne,  totalement sourde au monde. Cette banalité génère des révoltes presque toujours adolescentes. Ces révoltes explosent comme des bulles, jamais elles ne sont jusqu’à présent parvenues à imposer des changements radicaux. Evolution et révolution sont de natures différentes, souvent le changement permet au modèle ancien, prétendument rejeté, de renaître sous une forme légèrement différente. Le mythe du Phénix trouve ici toute sa place.

  

Depuis peu, à peine quelques décennies, nous fabriquons des objets conçus pour une durée limitée programmée. Il est normal de les jeter, l’idée de réparation, voire d’entretien, est totalement obsolète. Ceci est vrai pour l’ensemble de ce qui accompagne notre existence, vêtements, ustensiles divers, véhicules, gadgets électroniques, etc. Cela a totalement transformé les mentalités et les comportements. L’attention portée à nos prothèses de vie est devenue superflue.

Par voie de conséquence, les propos officiels, standardisés, diffusés à jet continu, non hiérarchisés, fondés sur l’immédiateté et le gonflement permanent de l’effet d’annonce, sont eux-mêmes parfaitement jetables, en tout cas non mémorisables.

Zapping.

 

A qui, à quoi faire confiance ?

Où nous tenir, sinon à distance ? Seule possibilité raisonnable, prendre le parti de la distance plus ou moins proche, ce qui interdit encore (jusqu’à quand ?) la pseudo neutralité de l’équidistance.

Que fera notre postérité de tout cela ?

 

 

 

Maintenant

 

Curieux adverbe qui signifie tenir en main.

Le changement c’est maintenant.

Comment peut-on proposer de tenir en main le changement ?

 

 

 

Maladresses

 

Quand le corps se met en travers du chemin, lorsqu’il devient difficile sinon impossible de masquer l’embarras qu’il provoque, il engendre chez autrui, témoin gêné, quantité de gestes maladroits. Gestes esquissés, précautionneux, toujours inaboutis, de ceux qui voudraient aider, sans vraiment oser, gestes malhabiles, dérangeants, inadaptés, mains tendues inopportunes. Voulant aider, ces tentatives augmentent fréquemment la difficulté connue, bien identifiée, avec laquelle composer a fini par engendrer des réponses adaptées mais si fragiles qu’une intervention extérieure peut les réduire à néant.

Ces gestes souvent mort-nés sont peut-être à considérer surtout comme des tentatives d’autoprotection de la part de ceux dont ils émanent. Ils deviennent alors compréhensibles et excusables.

 

 

 

Morts vivants

 

Le monde des politiciens professionnels racornis en est peuplé.

 

 

 

Normal, normalité

 

Est normal ce qui est classique, habituel, coutumier, ce qui est conforme à la règle, c'est-à-dire ce qui ne déroge pas.

Se vouloir Président normal, c’est donc s’affirmer comme continuateur de l’existant tel qu’il est. Nous sommes dans l’ordre de la répétition, c'est-à-dire de l’entretien, du maintien, de la conservation, de la restauration ou du renouvellement de ce qui est.

C’est clairement annoncer que rien de fondamental ne sera mis en question durant la mandature sollicitée.

 

 

 

Opposition

 

Entre finance et démocratie l’opposition est irréductible : ils ne pensent pas, ils comptent.

Repost 0
Published by Blogue-note de Jean Klépal
commenter cet article
13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 15:00

 

 

Etre accueilli dans son atelier par un artiste relève toujours d’un privilège, celui de se trouver plongé dans l’intimité d’une personne et de ses doutes, de se faire offrir le cadeau de la présentation de ses travaux, d’en parler, d’échanger des points de vues, d’accueillir les idées ou les émotions qui se présentent. Il s’agit avant tout d’être à l’écoute et de se faire discret. La plupart du temps, l’artiste s’interroge sur l’état actuel de ses démarches, il sollicite un regard et une parole. Autant le travail est solitaire, autant la solitude est redoutée.

Ce qui caractérise le plus souvent ceux que j’ai le bonheur de fréquenter, c’est davantage le doute que la certitude triomphante. Même si tel ou tel aspect de son travail lui semble pertinent ou intéressant, un artiste a souvent besoin de confirmation, voire de confrontation. Il choisit les interlocuteurs auxquels il décide de se confier. Etre l’un de ceux-ci apparaît comme un honneur redoutable, il convient de se montrer à la hauteur du défi proposé. Rien n’est jamais gagné, la relation se fonde sur une pertinence des propos, assortie d’enjeux mutuels.

C’est ainsi que l’art exige de chacun, autant qu’il induit un rapport de vérité dans les relations. Ni demi-mesures, ni faux-semblants ne sont autorisés. Etre invité par un artiste est avant tout une marque de confiance et de reconnaissance à chaque fois mise en péril, ce qui en fait le prix. C’est aussi se charger d’énergies, aller un peu au-delà de soi-même, se donner les moyens d’une indispensable hygiène mentale.

La fréquentation des artistes aide à mieux vivre.

 

Olivier Huard aurait pu choisir une carrière convenue dans un monde convenable. Des études universitaires sanctionnées par une respectable peau d’âne lui ont permis d’acquérir la liberté de « faire l’artiste », à jamais. Voici bientôt presque deux décennies qu’il s’emploie avec assiduité à traduire ses émotions, ses souvenirs, ses questionnements, ses tentatives d’approche de son essentiel, en une patiente succession de travaux cernant les contours d’une personnalité attachante.

Sa manière caractéristique allie peinture et dessin en une succession d’impositions ou de transferts suggérant des espaces différents. L’écho qu’engendrent ces juxtapositions les relie par de multiples mises en relation. D’abord la vision d’un système complexe d’entrelacs, puis peu à peu émerge une composition suffisamment complexe pour ne révéler que progressivement ses éléments.

On peut passer rapidement devant ses toiles, sans vraiment entrer en relation avec elles ; ses propositions n’acceptent de se livrer qu’à ceux qui prennent le temps de poser leur regard. Réserves, recouvrements, souvenirs en filigrane, ordonnent l’accommodation de la vision.

« Méfions-nous des aguicheuses qui s’offrent au premier venu », semble nous recommander chaque œuvre. Il est vrai que de manière générale une certaine retenue pourrait être le gage de la durée d’une relation.

L’art se mérite, évidemment.

 

Dans ses travaux les plus récents la peinture prend de l’importance par rapport au dessin ; elle s’affirme de façon plus autonome. Il se pourrait bien que l’artiste maîtrise de mieux en mieux ses modes d’expression, tout en demeurant humble par rapport à eux. Des fonds soutenus, contrastés mais atténués, disent une recherche patiente et déterminée d’équilibres et de nuances.

Ce besoin assez subtil se traduit dans une série de papiers d’un genre tout à fait nouveau. Nous connaissions jusqu’à présent des papiers enrichis à force de transferts successifs, assez analogue en fait pour ce qui est de leur apparence aux peintures. Ils se présentaient plutôt comme des commentaires des toiles, voire des compléments.

Il semblerait qu’actuellement les papiers témoignent d’un désir de différenciation. Fruits d’un cheminement qui leur est propre, ils signalent l’amorce d’un moment crucial, celui d’une interrogation sur les techniques employées et d’une tentative d’expérimentations nouvelles.

Huard fait bien ce qu’il fait, il sait faire, alors reconduire commence à l’interroger sur la voie à emprunter parmi les possibles. En ce sens, les papiers d’aujourd’hui témoignent de l’atteinte d’un carrefour, donc de la nécessité d’un choix pour continuer à avancer.

 

Surface absorbante, puisque le papier demande à être nourri il s’agit de lui offrir dans un premier temps la matière de la peinture, avec ses chatoiements, ses diaprures, la légèreté aérienne qu’elle permet. Mais ensuite, une fois satisfaite sa demande initiale, il convient de lui faire avouer ce qu’il peut restituer, jusqu’où il peut accepter de se livrer. Jusqu’où il peut se prêter au désir iconoclaste de l’artiste. La révélation du blanc scarifié du support dit la nécessité de l’absence, de la disparition, pour accéder à une épiphanie.

Interviennent alors des grattages agissant comme les entailles du burin ou les morsures de l’acide sur la plaque de métal du graveur. Si peindre ou dessiner est essentiellement ajouter, le grattage s’apparente à la sculpture où l’on enlève pour révéler des formes insoupçonnées dans le bloc initial, il s’apparente également au travail minutieux de l’archéologue qui fouille avec ivresse et précision pour accéder à la découverte du vestige inattendu. Il y a de tout cela dans les papiers nouveaux actuellement soigneusement conservés dans l’atelier, promis à la révélation d’une prochaine exposition.

Curieusement, comme il se produit fréquemment, l’artiste requiert avec des moyens différents, suggérés par l’ensemble de son parcours, le souvenir de ses premières tentatives à la recherche de silhouettes improbables griffées d’une pointe d’épingle sur de la carte à gratter.  

 

              

 

Sans titre 2012 - acrylique sur toile - 150x150 cmDivers 2012 016-copie-1            

 

 

Divers 2012 014

 

                             Sans titre 2012 - acrylique et grattage sur papier

 

 

Repost 0
Published by Blogue-note de Jean Klépal
commenter cet article
13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 14:03

 

Vaste étendue en péril, coincée entre un fleuve fougueux et une mer rétive au contrôle, l’île de Camargue exerce la fascination de ses espaces chargés de signes et de souvenirs, dont on sent bien qu’ils sont taraudés par l’inconséquence humaine.

 

Salin de Giraud fut naguère un lieu d’intense activité et de prospérité dues à l’existence d’importants marais salants longtemps exploités pour fournir de la soude à l’industrie chimique, plus tard du sel pour le déneigement des routes en hiver. Le village a commencé d’exister sous le Second Empire, au moment du développement industriel qu’a connu le 19e siècle. Son allure de cité ouvrière typique, larges rues ponctuées de jardinets et de places aérées, constructions en briques, lui confère aujourd’hui encore beaucoup de charme.

Quelques immeubles, maisons de maître ou ancien hôtel de la Compagnie Péchiney (aujourd’hui hôtel-restaurant « Le Camargue »), témoignent par leur délabrement de la splendeur décatie. La ruine économique consécutive au déclin puis à la cessation d’exploitation des salins pour des raisons strictement économiques, l’interdiction d’accès à la plage de Beauduc sous prétexte de sauvegarde du littoral, entraînent la déchéance progressive du village et désole ses habitants. Rattaché à Arles, son éloignement d’une quarantaine de kilomètres ne facilite évidemment pas les choses. Comme des centaines d’autres ce village attractif, au passé laborieux, se meure par manque de ressources, il s’asphyxie. L’économie et l’Administration ont raison de lui en parfaite tranquillité. Les anciens employeurs ne sont plus concernés, ils ont simplement plié bagages.

Quelques résidants s’accrochent, farouches et résolus comme les derniers des Mohicans, mais fatalistes car réalistes. Qui pourrait s’intéresser à leur sort ? Qui pourrait imaginer d’implanter de nouvelles activités dans ce lieu exceptionnel ? Il y aurait tant à faire dans cette région – Marseille et sa déshérence sont à l’autre bout du département – qu’il y a fort à parier que Salin ne peut qu’être benoîtement sacrifié. Tristesse et rage.

La fragilité de la Camargue ne tient pas qu’à la précarité de sa position géographique.

 

 

A mi-chemin entre Arles et les Saintes-Marie, commune à part entière, se trouve le château d’Avignon, devenu propriété du Conseil général des Bouches du Rhône, qui y organise de temps à autres des expositions dites « d’art contemporain », dont l’intérêt est surtout anecdotique.

Bâtiment érigé au 18e siècle, agrandi et remanié à la toute fin du 19e par le propriétaire d’alors (Louis Prat, empereur du Vermouth Noilly-Prat, passionné des techniques nouvelles et de leur mise en œuvre), il témoigne de la conjonction funeste du fric outrecuidant et de l’inculture. La toiture fut agrémentée d’imposantes cheminées renaissance dans le style de Chambord, assortie également d’un terrifiant campanile. Même Walt Disney serait sans doute parvenu à mieux faire. Des boiseries sombres, un éclairage parcimonieux et des tentures de soie carmin contribuent au lugubre des lieux, bien dans le style tape à l’œil chafouin apprécié par la bourgeoisie affairiste post Napoléon III et ses opulents successeurs.

M’adressant au gardien, à la fois factotum et agent de sécurité, homme fort aimable et attentif, et lui disant combien l’endroit respirait l’absence totale de goût et l’arrogance, je m’entendis répondre par celui qui défendait ainsi son lieu de travail :

- C’était un bon patron, il payait très bien ses employés et leur assurait une retraite.

 

Asservissement volontaire et paternalisme sont de tout temps. La Boétie a écrit le « Discours de la servitude volontaire » il y a seulement quatre siècles et demi.

 

 

* Cf. Propos mezzo voce 1


 

Repost 0
Published by Blogue-note de Jean Klépal
commenter cet article
6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 09:21

Aurélien Bellanger – La théorie de l’information – roman (Gallimard éd., 2012, 488 p., 22,50 €)

 

Roman (terme vieillot) prétend la couverture, écrit conviendrait mieux pour qualifier le propos.

Avec ce best seller de la rentrée, nous sommes confrontés à l’un des premiers textes post littéraires de ce temps.

 

L’informatique et Internet remettent en question nos modes de penser et notre perception du monde, ce qui ne manquera pas d’affecter bientôt profondément la littérature littéraire, témoin dépassé d’un monde en voie d’extinction.

« La théorie de l’information » nous envoie un signe fort à ce sujet.

L’écriture est volontairement plate, uniforme, banale comme un simple récit, froide et parfois ennuyeuse comme un rapport. Si ça et là affleure une touche d’humour (lambeau d’humanité ?), aucun effet n’est jamais visé.

 

Ce livre dont la très forte médiatisation coïncide assez précisément avec ce qu’il décrit est davantage l’œuvre d’un écrivant que d’un écrivain. Il retrace avec clarté et précision la saga de l’irruption frénétique du virtuel et de l’informatique dans notre quotidien - de l’invention du Minitel aux équipements mobiles en passant par la molle décrépitude de France Télécom -, avec pour conséquence le délire et la démesure de l’information permanente, protéiforme, surabondante, c'est-à-dire l’occupation permanente du moindre espace privé.

Au travers du parcours d’un adolescent devenant jeune adulte, mégalomane aussi doué qu’insatiable, le développement envahissant de la « nouvelle économie », ou « Web économie », est en fait le véritable héros de cet écrit dont la lecture se révèle prenante. L’image renvoyée fascine et terrifie : c’est de nous et de la façon dont nous sommes agis qu’il est question.

L’espèce est parvenue à cet exact point nodal où tout se dérègle, où se perd le sens commun ; elle est dominée, manipulée par des aventuriers ivres de puissance aveugle, elle est entrainée dans une aventure inconnue jusqu’alors : l’apparition de l’homo numericus, symbiose entre le biologique et l’électronique.

Nous sommes plongés dans un monde hallucinogène, un monde de mutants.

 

Fable ou réalité ? Vision prémonitoire d’une planète livrée au délire faustien de quelques délirants monomaniaques à la puissance incontrôlable ?

Difficile de trancher. A coup sûr un objet de réflexion.

 

Repost 0
Published by Blogue-note de Jean Klépal
commenter cet article
2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 23:00

(Ecrits en 2004, pas encore oxydés...)

 

SUITE ET FIN DES PROPOS MEZZO VOCE DONT LES PRECEDENTES PARUTIONS

SONT RAPPELEES ICI

 

PMV 1, Après, Biennales et salons, Camargue, Chili

PMV 2,Christianisme, Corps, Démocratie, Distance, Ecrire

PMV 3, Géniteur, Guerre, Images, Imprévus, Inachevé, Inconnue, Intolérance, Israël, Jargon, Lecture, Marginalité

 

 

MEMOIRE  

La mémoire possède-t-elle de nos jours une assise ?

A l'aube de nos souvenirs, l'enfance si souvent perturbée. Sur quelles images récurrentes la mémoire pourrait-elle s'établir ? Quel présent parviendrait à l'entretenir, alors que le zapping règne en maître ?

L'artisanat, mémoire vécue au quotidien, trouve-t-il refuge quelque part ? Peut-être dans ces enclos privilégiés qui s'apparentent au jardinage : boulanger rural, cultivateur en quête de paysannerie, comédien, artiste... Réserves ethnologiques, fragiles vestiges de l'humain.

Combien de musée ne sont que des nécropoles où s'entassent les restes à bout de souffle de cultures disparues ?

Nombre de ceux qui sont consacrés à l'art contemporain conservent dans le formol des discours théoriques les débris d'une culture épuisée, moribonde.

 

 

PASSE-PRESENT

L'évocation du passé d'un individu ne saurait se trouver convoquée pour justifier un temps de son présent.

Ce passé ne peut pas venir au secours de faits actuels en les atténuant, ou en autorisant une modification de leur lecture. Ainsi le Pétain de la Grande Guerre n'absout nullement le vil collaborateur des nazis qu'il demeure à jamais, pas plus que le taulard ne fait de l'ombre à Jean Genet écrivain.

Fidel Castro fut un héros incontestable de la révolution cubaine, il n'en reste pas moins qu'il est devenu un dictateur stalinien. Que les circonstances historiques aient conduit à ce nouvel état n'entache pas ses mérites initiaux, pas plus qu'elles ne l'acquittent de ce qui le caractérise aujourd'hui.

L'homme est tout entier contenu dans ce qu'il devient consciemment. Les actes ultimes auxquels il se livre colorent et qualifient sa vie entière, quelles qu'en aient pu être les péripéties.

 

 

PERTURBATION

La perturbation engendrée par le départ d'un proche est considérable, bien au-delà des aspects sentimentaux. Au vide affectif vient s'ajouter le désarroi. Les parents, les amis, forts d'une présence à laquelle ils étaient accoutumés, se trouvent soudain livrés à aux-mêmes, désemparés. Les actes du quotidien se colorent brusquement de manière différente, des décisions deviennent plus difficiles à élaborer, une incapacité relative se fait jour, source de grands embarras. Celui qui est parti laisse une béance, l'intensité de sa présence-absence se révèle en un creux que rien ne peut combler.

Un seul être vous manque... L'absence hurle le manque. Repères, étais, références, tout défaille. Tout d'un coup un nouveau registre est à appréhender sans que soit donné le temps de l'apprentissage. La confrontation avec un réel inconnu est très brutale.

Même annoncée, la mort de l'autre prend au dépourvu, rien n'y prépare vraiment. La vie dans sa répétition obsessionnelle pousse ses pions comme un courant incoercible. Comment ne pas se laisser emporter, submerger ?

Celui qui part laisse toujours une belle pagaïe après lui. Long, très long est le temps de la remise en ordre, s'il advient jamais.

 

 

PHILOSOPHIE

Philosopher est à la mode, les cafés philo fleurissent dans les bourgades et couvrent parfois des produits suspects, sinon frelatés. C'est ainsi que j'ai surpris un Café des filosoffes (sic) annoncer un débat avec en vedette le député-maire de la paroisse. Le thème n'était pas ouvertement démagogie et populisme, un noble prétexte le couvrait.

La perte de sens intelligible qui caractérise notre époque se prête à ces leurres, de même qu'elle renforce la puissance des croyances magico-religieuse dont les Etats-unis pâtissent au premier chef, et le monde avec eux.

Chez nous existent des philosophes officiels aussi verbeux que bien des artistes tout aussi officiels. Certains d'entre-eux deviennent soit Ministre à paillettes, soit vedettes radio-télévisuelles que l'on consulte pour déterminer l'alpha et l'oméga de toute question de société. Leur jargon noie tout poisson, que l'eau originelle soit douce ou salée. Modernes gardiens du Temple, ils assurent leur magistère en surveillant jalousement leur pré carré.

Qu'en est-il de la philosophie ?

Météorite de l'enseignement, il faut attendre la terminale pour y tâter, puis plus rien à moins d'une spécialisation. Qu'en reste-t-il dans la plupart des cas ? Encore moins sans doute que des langues étrangères ânonnées des années durant sans aucun profit. Pourquoi donc ? Sans doute parce que la plupart des enseignants de la philosophie, à vrai dire enseignants des jalons obligés de l'histoire de la philosophie, sont tout sauf des philosophes. Ils enseignent des doctrines, poussent des éclairages, posent des question bateau, Dieu, la Liberté, la Conscience, le Beau, etc.

Ils vivent comme d'étroits fonctionnaires, philosophes à temps partiel.

Qu'est donc la philosophie ? Certainement beaucoup moins une matière à étudier qu'un mode de vie à pratiquer en compagnie de maîtres que l'on se choisit, qu'ils soient labellisés par la Faculté ou non. Certains de ces maîtres n'auront droit qu'à la mention penseurs, essayistes, moralistes ou poètes, tant pis. Où est le problème ?

La philosophie intéresse l'existence dans son épaisseur. Elle permet de se constituer, de se construire peu à peu, lentement, de s'élaborer chemin faisant, de s'acheminer à pas comptés vers un peu plus de sagesse, de sérénité, de gagner en conscience de soi, de s'affranchir patiemment des scories qui viennent polluer l'existant. Elle permet de se préparer au saut final. Une vie n'est pas de trop pour cela !

Quels sont ceux dont il convient de faire son miel ? Question à laquelle il est presque impossible de répondre tant les choix dépendent de chacun. Tenter un palmarès serait inconvenant, sinon stupide.

Quelques précautions toutefois : se référer le plus possible à des auteurs authentiques ou à des artistes (une oeuvre vaut parfois un long traité), dont la congruence, c'est à dire la justesse, soit la marque ; c'est bien la moindre des choses.

Eviter ceux qui jargonnent au-delà du strict nécessaire à un bon entendement, ceux-là disent communément qu'ils n'ont rien à proposer au plus grand nombre, qu'ils méprisent, et qu'ils entendent rester entre eux.

Fuir tous ceux qui détiennent quelque vérité, et encore plus ceux qui échafaudent des théories bien bouclées, explicatives du monde et porteuses de solutions.

Ne pas craindre les contradictions, la contradiction c'est aussi la vie. Foin des idéologues et des métaphysiciens !

 

 

PROGRES

La notion de progrès enserre quelque mystère. Elle se colore aussi bien d'espoir que d'inquiétude : les notices glissées dans les étuis de médicaments comportent toujours une rubrique effets indésirables éventuels.

A trop consommer de cette drogue ascensionnelle les riques de perturbations graves se révèlent rapidement nombreux, avec possibles répercussions sur l'entourage : naïveté, perte de sens critique, délires mensongers, comportements parfois violents, etc.

Si progresser signifie tout simplement aller de l'avant, y associer comme une obligaion immanente quelque prédisposition à l'atteinte d'un mieux peut entraîner un effet hallucinogène fort dommageable à la conduite de soi-même, avec altération du raisonnement.
Contre-indication formelle : associer réformes et progrès.
Le seul antidote connu à ce jour est un cocktail de nuances et de relativisme.

 

 

QUESTIONS FONDAMENTALES

- La fin de l'Histoire peut-elle être un fait historique ?

- Comment mesurer l'intelligence artificielle ?

- A quel âge Dieu a-t-il commencé à parler ?

- Peut-on faire le bien d'autrui sans le mettre à mal ?

- Quelles sont les lettres de l'alphabet les moins utiles ?

- A quoi sert le football ?

- Pape est-il une profession ?

- La campagne fait-elle partie du paysage ?

- Pourquoi verse-t-on d'abord le pastis et ensuite l'eau ?

- Pourquoi la mer est-elle salée ?

- Les chômeurs ont-ils raison ?

- Le passé a-t-il encore un avenir ?

- Pourquoi le Tour de France passe-t-il si souvent par le Massif Central ?

- Où trouver des tasses pour gaucher ?

- Qu'apportent les images à la télévision ?

- Pourquoi un poisson rouge dans un bocal ne devient-il pas fou ?

- Connait-on l'espérance de vie d'une huître ?

- De quelles notes la musique a-t-elle le plus besoin ?

- Pourquoi la neige est-elle blanche ?

- A quel âge Tarzan a-t-il pris sa retraite ?

- Le sourire de la Joconde tient-il au fait qu'elle est au courant ?

- A quoi sert la vie ?

- Pourquoi la chair du saumon est-elle rose ?

- Les salariés ont-ils besoin du patronat ?

- Quelle est la valeur d'une certitude ?

- A quoi servent les frontières ?

- La démocratie est-elle une forme de maladie mentale ?

- A quoi l'Art peut-il être utile de nos jours ?

- La Fortune est-elle vraiment aveugle ?

- Quels pare-chocs pour les civilisations ?

- D'où vient-on ?

- Un TGV lent serait-il un progrès ?

- La photo d'une oeuvre d'art est-elle une oeuvre d'art ?

- Quelle est la différence entre un corps vivant et un corps mort ?

 

 

RIRE

Le propre de l'homme nous dit Maître François Rabelais. Que serions-nous sans le rire, sans la dérision, sans l'humour ? Que serait le paysage sans oiseaux ?

Quel que soit l'âge, le rire est un creuset par lequel chacun se trouve modifié le temps d'un plaisir.

Rire est un bonheur car c'est un partage, une connivence, c'est un outil momentané qui mobilise la personne tout entière, sans considération d'âge, de sexe, de statut ou d'apparence.

L'humain est là, dénudé, tel qu'en lui-même, de son enfance jusqu'à l'instant présent.

 

 

SAGESSE

J'ai de plus en plus horreur de cette sagesse feutrée qui permet tous les accommodements, qui se satisfait à bon compte dès lors qu'avantages et privilèges demeurent.

Cette nauséabonde fadeur des sentiments qui évoque l'odeur de poudre de riz de grosses femmes de mon enfance, engoncées dans leurs cols de renard, le nez pris dans leurs lunettes sans monture. Je pense à l'une d'entre elles, cousine éloignée de mes grands-parents, ancienne directrice d'école, distante et assez effrayante, aux baisers pincés de laquelle il me fallait me soumettre.

Sa corpulence et ses renards m'étouffaient, ses lunettes agressives me paraissaient dangeureusement aiguisées. Il y a dans ce souvenir tout l'apprêt, le manque de naturel, l'absence de spontanéité et le sordide calcul d'intérêts de ceux qui composent avec les apparences, qui justifient leurs à-peu-près par le souci de ne pas faire de vagues car-cela-d'ailleurs-ne-servirait-à-rien.

 

 

SANTE

Mot étrange qui désigne aussi bien une prison parisienne qu'un état physique jugé satisfaisant, si elle est bonne, ou détestable, si elle est mauvaise.

La nécessité d'une surveillance - Haute surveillance dirait Jean Genet - est sans doute ce qui rapproche les deux sens de ce terme. Cette indispensable vigilance requiert beaucoup trop d'énergie. Avoir à se préoccuper de sa santé limite, enferme dans un système de contraintes peu supportable, qui rongent l'autonomie, érodent la capacité d'entreprendre, sapent l'énergie, amollissent, rendent paresseux ou bien abêtissent.

Lorsque l'organisme se manifeste en se dissociant de la personne, il prend le pas et empêche gravement. Il emprisonne le mental comme l'affectif.

La maladie est une hydre dévoreuse.

 

 

SOUVENIR

Un bref séjour au bord de la campagne, herbes, boue, labours juste à côté. Des fleurs s'évadent des arbustes, des bourgeons pétillent les rameaux. Le ciel gris bleu aiguise des couleurs franches. Je réalise que j'habite désormais en ville et que j'ai perdu le vivant du souvenir. Le souvenir se révèle come un faux-semblant. Quelle autre existence que le moment présent ? Fumée dissipée, le souvenir révèle sa prétentieuse faiblesse : la cendre n'est jamais la mémoire du feu.

Le souvenir comporterait une part de crispation, au moins de la fixation sur des objets mentaux ou affectifs, avec les abrupts et les miroirs de failles signalant le grandiose du paysage.

La réussite personnelle serait peut-être d'engendrer pour soi-même et par soi-même une sorte d'oubliance, d'omission : situé à l'origine d'un quelque chose, trouver quelque volupté à ce que la référence à l'initiale soit progressivement perdue, la création, l'événement, devenant peu à peu autonomes, indépendants de leur instigateur.

Au départ, une idée, puis une mise en oeuvre et une installation factuelle, inutile de garder la source en mémoire, la chose existe et se perpétue, elle fonctionne par elle-même, devient une évidence, plus aucune nécessité de se remémorer, de rendre grâce, d'attribuer, de nommer.

Plus besoin d'icône à révérer. L'idée matérialisée revêt toute sa force une fois devenue lieu commun, synonyme d'allant de soi, la vie s'ajoute alors de l'indéfinissable.

Pour l'initiateur, devenir moins qu'un nom usuel, sinon c'est raté. On se souvient qu'un Préfet de police  imposant un conteneur de déchets aux parisiens se nommait M. Poubelle. Exister ainsi dans la mémoire collective possède-t-il quelque attraction ?

La véritable simplicité vis à vis de soi-même ne serait-elle pas de s'oublier ainsi que le second Rimbaud en a donné l'exemple ?

 

 

SOINS PALLIATIFS

Soins palliatifs, accompagnement des mourants, il y a du curé là-dedans.

Accompagnement des mourants ? Accompagnement des (encore) vivants serait plus pertinent. Il s'agit de l'être à un certain moment de son existence. Il s'agit d'être, avec soi, avec l'autre, davantage semble-t-il que d'anticiper la perte, ne serait-ce que par la dénomination.

Notre temps publie la mort violente à tout propos, accidents de la route, images de guerre, crimes, attentats. Il met en incessantes images son spectacle auquel il concède un vaste espace sonore et visuel, il s'attarde sur les mouroirs et leurs équipements défaillants. En situant le trépas parmi les faits divers les plus communément triviaux, il l'évacue. La mort est soigneusement occultée dans la proximité du quotidien. Depuis des lustres les obsèques sont célébrées dans le plus strict anonymat, rien ne les signale plus dans la vie de la cité. On convoie les morts à la sauvette.

Devenue objet télévisuel permanent, la mort est instituée comme un quelconque produit commercial, elle appartient désormais au marché de la consommation.

Plan cancer : la fréquence d'apparition de la maladie aurait augmenté de 30% depuis vingt ans, de nouveaux métiers, de nouvelles officines émergent, cherchant à capter le gisement de formation aux soins palliatifs, associations paramédicales d'assistance aux malades. Le corps médical exerce sa vigilance, il occupe résolument un terrain qu'il revendique.

Ne serait-il  pas préférable de s'attaquer aux causes du fléau, pollution, alimentation, hygiène de vie, que de se préoccuper exclusivement du traitement des effets ?

De même que l'aide économique aux pays en voie de développement n'a jamais fait régresser la misère dans le monde, la nécessaire amélioration des thérapies ne saurait suffire. L'industrie du crabe, que l'on nomme avec préciosité oncologie, serait-elle devenue un des moteurs de l'économie ? Nouvelle hypocrisie vaticanesque masquant une culpabilité soigneusement tue.

Dieu est de notre côté fait dire Almodovar à l'un des protagonistes de son film La mauvaise éducation. Le cynisme ronge.

Soigner en aval et faire des effets de manchettes en omettant l'amont paraît bien suspect.

 

 

TITRES

Auteur de titres j'aurais aimé être. Composer des titres est tout un art, cela tient de l'orfèvrerie. Raccourci signifiant.

Concevoir et réussir un titre possède la même force que le signe calligraphié emplissant à lui seul la totalité de l'espace.

Concevoir un titre c'est un geste, un trait de cymbale qui s'interpose, attire et souligne. La fulgurance, la fragilité et l'évidence de l'aquarelle. La partition réduite à une simple note, posée, diamantée, soclée sur le silence. L'extrait le plus synthétique, le plus évocateur du haïku, un élixir.

Un titre réussi est poésie, il se suffit à lui-même, il n'est besoin de rien d'autre, pouvoir du rêve. Donner à imaginer, à penser. Il m'est arrivé bien des fois d'acheter un ouvrage pour son titre et d'être fort déçu par la logorrhée qui l'accompagnait. Le titre toutefois méritait toujours l'achat. Dieu, sa vie, son oeuvre, d'un certain Jean d'O, est un bon exemple.

Imaginer une bibliothèque alignant des titres et des pages blanches. Revendre la plupart des autres livres.

 

 

UTOPIE

Mot aussi amusant que séduisant. U, comme l'ordre "Hue !" propre à faire avancer un cheval de labour. To, comme Toto, ce petit rigolo de mon enfance auquel on prêtait malice et effronterie. Topie, comme la toupie qui tourne follement sur elle-même. Utopie comme déraison, comme défi lancé à l'existant, comme certainement intraduisible en actes, comme inconcevable, ayant peu de chance d'exister vraiment.

Utopie, impossible comme la vie, mais tellement nécessaire à la vie.

 

 

VIEILLIR

Il n'est pas de pus sûr moyen pour gagner du temps : vieillir désencombre.

Mon mestier et mon art, c'est vivre (Montaigne - Essais - II, 6)

Vivre fatigue tellement ! Si seulement il y avait un autre mode de vie ! (Fernando Pessoa - En bref)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Blogue-note de Jean Klépal
commenter cet article