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19 mai 2016 4 19 /05 /mai /2016 14:01

Les idées dominantes ont un terrible pouvoir contagieux.

Frédéric Boyer, essayiste et romancier, développe ce thème dans un court écrit (99 pages) publié chez P.O.L. il y a un peu plus d’un an : Quelle terreur en nous ne veut pas finir ? (9 €).

Le style est passablement chantourné, cela ne devrait pas faire obstacle.

Ce livre pourrait constituer une tentative d’élaboration d’un traité de morale civique et sociale.

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L’entretien de la notion de peur développe en chacun des sentiments empêchant de passer à autre chose, de surpasser les angoisses du moment.

L’auteur dénonce l’esprit de fermeture dont le discours contemporain se repait inlassablement. Ce discours bloque la pensée qu’il réduit à un manichéisme primaire : positions correctes, admissibles et défendues en haut lieu, opposées à l’incorrect totalement irrecevable, donc à combattre bec et ongles.

Ces positions à combattre sans relâche selon le Pouvoir des clercs se nomment

- fermeture à la différence,

- identité menacée à retrouver,

- nécessité de l’exclusion des non pareils,

- limitation indispensable de tout accueil,

- fantasme du grand remplacement.

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Alors que toutes les grandes civilisations ont connu le changement, alors que nous sommes à un moment crucial de notre histoire, l’angoisse d’une mutation profonde inéluctable nourrit des discours incantatoires dans lesquels la peur ambiante, voire la terreur, trouvent leurs racines.

Tout est en place pour se voiler la face et masquer ce qui dérange les positions dominantes établies.

Le choix de la naïveté d’un questionnement jugé hors de propos apparait sans doute comme la seule garantie actuellement possible d’une défense de l’essentiel. Cela passe nécessairement par l’accueil de la présence de l’Autre.

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Quelques mises en bouche :

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« ... l’émotion suspend à sa manière le jugement attendu.

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... ce qui demande le plus de courage : ne pas rester entre soi ...

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... permettre toujours que quelque chose arrive (...), que l’inattendu soit toujours possible, que l’autre puisse apparaître.

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Il devient, croyons-nous, de plus en plus difficile de vivre ensemble, comme il devient apparemment impossible d’espérer une autre histoire possible.

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La mémoire est construction (...) On ne bâtit pas une civilisation sur le thème hallucinatoire de l’invasion et du remplacement. On ne fonde pas une communauté sur la suspicion d’autrui.

Vous ne constatez pas le Grand Remplacement, dit-on sans rire du tout. Le tour de passe-passe. L’agonie civilisationnelle – comme si les civilisations étaient les seules à pouvoir échapper à notre petite sœur la mort ...

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... ce sont toujours ... les plus pauvres, les plus malheureux, les plus faibles du monde, que nous repoussons, et sur le dos de qui nous bricolons et recollons nos déchets de morale (...) notre hypocrite identité accrochée finalement à la peur de disparaître.

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... la morale est (...) bien cachée derrière les certitudes soi-disant républicaines ...

... la vraie noblesse de toute tragédie est celle du oui à la tragédie.

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J’observe ... que ce sont toujours les moins que rien ... qui nous prendraient tout ...comme si ... nous n’avions pas pris aux uns et aux autres.

... est-ce que protéger ... c’est forcément exclure les autres ?

Que devient la République si elle se barricade pour ne pas avoir à s’ouvrir, à s’interroger, pour ne pas avoir à se remettre en cause de façon républicaine ?

... j’en entends me répondre, très informés, que je parle comme un enfant, que je ne comprends pas le monde où nous vivons. (...) Ne pas croire, ne pas savoir, refuser de savoir (...) la seule force, la seule valeur, la seule dignité, c’est de ne pas comprendre si comprendre nous fait renoncer à l’amour de l’autre.

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Traiter l’autre avec la correction qui s’impose, voilà qui semble la plus grande incorrection pour certains !

... réduire l’autre à une sorte de plaie sociale ou un embarras économique.

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8 mai 2016 7 08 /05 /mai /2016 10:19

Sous prétexte d’art et traditions populaires. Foutaise.

Beaucoup de choses. Du moment que c’est attribuable au Maître...

La signature attire la foule, comme n’importe quelle grande marque.

Succès commercial quasi garanti. Picasso, Genet, la saison sera bonne sans doute à Marseille. Pourquoi se montrer exigeant si ça marche comme ça ?

Des grumeaux dans les salles, circulation difficile, bien peu d’endroits où s’asseoir.

Picasso, quel culot ! Il ose et il ferme les portes derrière lui. Vlan !

Des vidéos, Picasso se met en scène, quoi qu’il fasse c’est bon pour la postérité. Là où l’icône a posé le doigt...

Il me semble plutôt desservi. La quantité l’emporte. Beaucoup de mineures. Surtout du bavardage.

Rien remarqué d’émouvant, alors qu’ailleurs dans l’œuvre...

Désagréable sentiment de désintérêt. Connu, trop connu ? Dommage.

Une exposition superflue ?

Reste le MuCem, plaisir inassouvi de la promenade.

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1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 08:47

A Marseille la Nuit debout s’efforce

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Sortir de l’entre soi

Faire bouger des ensembles inertes ou ankylosés

Quoi faire comment s’y prendre

Aller au-devant de qui pour quoi

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Nombreuses les questions

Un acquis le questionnement

Poser des questions s’interroger plus important que les réponses

Une si précieuse fraicheur à conserver

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Des rencontres pour apprécier différents rapports à la durée

Rapport temps et cultures

Le temps long de l’histoire n’a rien à voir avec l’impatience de la durée humaine

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Tout

- impossible tout de suite - demeure un horizon

Affaire de lucidité Loin de l’évidence

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Des jeunes dit-on entre trente et quarante ans à l’œil nu Semble-t-il

Mais aussi des aînés Sans limite

Il se pourrait qu’ici l’âge ne soit pas critère

Respect mutuel

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Échanger du mot beaucoup encore

Purger le mécontentement Travail de longue haleine

Forcer les barrières du langage

Artifice des frontières les franchir les abolir

Écouter surtout

Rien à apporter sinon l’humilité Foin des certitudes

Tenter de témoigner simplement

S’enrichir de l’imprévu

D’abord refuser ignorer surtout

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Surprendre ailleurs inutile d’affronter

Détourner se détourner

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Un jour viendra pour inventer

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27 avril 2016 3 27 /04 /avril /2016 17:54

Sculpteur, dessinateur, auteur, Jean-François Coadou a réuni un ensemble de notes et de réflexions issues de résidences d’artiste dans plusieurs établissements psychiatriques. Trois plaquettes de 52 pages chacune, réunies sous le titre générique « Le complexe de Vauban ».

Il s’agit là d’une tentative tout à fait remarquable non seulement de rendre compte du quotidien des malades, mais aussi de compréhension du fonctionnement du système hospitalier auquel ils sont confrontés.

Chaque plaquette est illustrée de photos des sculptures issues de la série des « Silencieuses », souvent caractérisées par le vide central d’une absence.

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« Je ne suis ni psychiatre, ni psychanalyste, ni infirmier, ni Fou...

J’ai longtemps écrit sur le thème de la folie des textes pleins de colère contre l’injustice »divine » et humaine faite aux Fous.

... Le complexe de Vauban se compose de trois ensembles de textes à dire ou à voir. (...) Il y est très prétentieusement question d’entrevoir l’intimité d’une pensée psychotique. »

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A partir du simple constat d’événements quotidiens relevés lors de diverses résidences, l’auteur recueille des paroles authentiques soigneusement mises en forme (la composition typographique joue un rôle important, une manière de sculpter le texte)

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"Colette, si fragile, si menue, et qui tousse ses Gauloises jusqu’au vertige...

Colette, ancienne maman qui, de rage dit-on, souleva la roue d'un camion sous lequel, écrasé, gisait son fils.

Il y a de cela quelques 20 années de chagrin, passées d'un pavillon l'autre."

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"Sont 3 à m'escorter [m]'escorter dans le dédale des couloirs :

1 à ma gauche et 2 derrière.

[m]'ont assigné la place du m[o]rt "

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Il s’achemine vers le journal des désastres liés à la pratique psychiatrique

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" Tout [te] menace.

Objets

médecins

voix

bruits

silences

les inconnus et jusqu'aux indifférents.

Innocent

qui ignores être

ton seul ennemi.

Asphyxié

par tes propres défenses.

Complexe de Vauban. "

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L’indiscutable puissance de cet ensemble fondé sur un témoignage aussi pudique que respectueux lié à une grande économie de moyens ne manque pas d’évoquer le Goya des Caprices.

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Édité à 300 exemplaires, l’ouvrage est disponible chez l’auteur, 35 € port compris - trois volumes de 52 p., format 17x17 cm, emboitage carton :

Jean-François Coadou

32 rue Calade

84120 Pertuis

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16 avril 2016 6 16 /04 /avril /2016 10:15

Au fil de leurs avatars, Il pourrait se faire que nous assistions à l’agonie des pratiques politiques telles que nous les connaissons depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Le système électoral se révèle de plus en plus décalé, de plus en plus inadapté. L’élection du Président au suffrage universel lui a asséné un coup fatal en réduisant à rien une représentation parlementaire en faillite, composée en majeure partie de morts vivants, des zombies. La fonction présidentielle elle-même est désormais gravement atteinte. Les deux derniers quinquennats, au moins, ont porté des coups terribles à son prestige comme à son autorité.

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Ce n’est pas un hasard si l’idée du remplacement partiel du système électif par un tirage au sort progresse dans de nombreux esprits. Carriérisme, cumul, incompétence, mensonges et laisser-aller en font le lit. Estimée folle et irréaliste il y a encore peu, la proposition commence à devenir discutable (Voir "Contre les élections", David Van Reybrouck - Actes-Sud éditeur).

Peu à peu, la question de la désobéissance civile s’impose, parfois avec virulence. Elle irrigue largement le champ des contestations en quelque point de l’éventail politique que ce soit.

La Nuit debout en est une des expressions la plus visible.

Palabres, discussions à perte de vue, logorrhée verbale ? Prurit juvénile ?

Des pratiques nouvelles sont en train de poindre. Ces pratiques ne peuvent en aucun cas se satisfaire d’une simple adaptation de l’existant. D’un remplacement de la 5e République par une 6e, par exemple. Il s’agit d’abord d’inventer un autre jeu, très différent, ensuite viendra nécessairement le temps de la fixation de règles encore inconnues. D’abord s’exprimer, découvrir le formidable pouvoir de la parole fondatrice d’une pensée dégagée des conditionnements actuels, élaborer ensuite. La « démocratie » sous la forme que nous connaissons a certainement vécu.

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La question de l’après se pose, de toute évidence. Elle viendra à son heure, en faire un préalable serait condamner l’entreprise à un échec certain. Il ne s’agit pas d’élaborer un contre-modèle, mais bien plutôt d’explorer un ailleurs porteur de modèles non encore envisagés. Ce n’est qu’une fois la Bastille prise que l’on a pu s’interroger sur la situation nouvelle créée et les étapes à envisager. Un siècle à peu près fut nécessaire pour consolider la République.

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La désobéissance civile ne saurait se réduire à un irrespect de la loi parce qu’elle est la Loi. C’est l’invention d’un nouveau rapport à la loi qui est en jeu. Passer de l’obéissance inconditionnelle imposée par la contrainte, à une obéissance réfléchie (ce qui existe déjà d’ailleurs dans le devoir reconnu de se soustraire à un ordre lorsqu’il est manifestement inadmissible).

Pris au dépourvu, le Pouvoir ne dispose que de deux voies pour faire face : la violence et la disqualification méprisante.

La violence est mise en exergue dès qu’un « dérapage » est signalé. Elle est alors immédiatement accompagnée de la disqualification : la violence est toujours uniquement le fait de « casseurs ». La presse fait ses choux gras de la moindre affaire. L’entretien de la peur est évidemment un vieux fonds de commerce qui rapporte toujours (jusqu’à quand ?).

La violence n’est-elle pas dans la majorité des cas surtout un résultat ? Le déploiement policier justifié par le maintien de « l’ordre public » est-il autre chose que la manifestation première de la violence, au même titre que la soumission forcée au dictat des puissances financières, et son corollaire le chômage ?

Chacun sait que violence implique automatiquement contre-violence... La violence des manifestants n’est sans doute qu’un moyen, pas le meilleur, j’en conviens, mais rien de plus.

La contestation non violente tire sa force de sa capacité à prendre au dépourvu un Pouvoir qu’elle discrédite. Un potager Place de la République...

L’embarras manifeste des caciques de la vie politique face au phénomène Nuit debout mérite d’être souligné. Le Président lui-même déclare trouver « légitime que la jeunesse, aujourd'hui par rapport au monde tel qu'il est, même par rapport à la politique telle qu'elle est, veuille s'exprimer, veuille dire son mot ». Merveilleuse et touchante compréhension, quel brave homme !

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En parallèle, la difficile question du rapport à la police se pose avec quelque acuité. Exploitée, contrainte, corvéable à merci, la police n’est pas exempte de tensions. De récentes manifestations de policiers viennent de le souligner. S’attaquer frontalement à elle ne peut à l’évidence que la renforcer dans ce qu’elle est, puisque conçue et organisée pour cela.

Le mur est construit pour résister aux attaques. Vouloir le détruire est souvent vain et exténuant. Examiner comment l’ignorer et le contourner pour le rendre inutile, au moins inopérant, représente une démarche plus exigeante, mais à terme beaucoup plus efficace. Les conduites de détour permettent d’envisager des perspectives nouvelles.

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Comment éviter de retomber dans l’ornière de ce que l’on rejette ? L’enjeu est là.

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9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 23:14

Des hommes et des femmes plutôt jeunes, sans passé les confortant, sans avenir acceptable non plus, décident de se regrouper Cours Julien, à Marseille, comme en beaucoup d’autres lieux en France, pour s’affirmer, pour faire face. Ils veulent compter, quoi de plus naturel ?

Hors de toute structure établie, des groupes se réunissent, se rencontrent, s’affrontent sans doute.

Foin du système en place, il s’agit d’inventer du nouveau, il s’agit surtout de tout profondément remettre en cause.

Briser la spirale infernale de l’échec et de l’exploitation sans limite.

Briser la spirale infernale de la soumission. Personne ne peut plus rien espérer de ceux qui sont en place, où qu’ils soient, à quelque niveau qu’ils se trouvent.

A chacun de se situer, de s’opposer. Un mur du refus à construire, en priorité. Identifier d’abord clairement ce que l’on refuse, ce qui est à mettre bas. Édifier viendra ensuite tout naturellement, hors de tout compromis. Lorsqu’il sera temps.

La parole circule.

La parole libère. Condition première du partage, de la mise en commun.

La parole activatrice de germination.

La parole comme geste préalable à la pensée. Cracher, cracher, cracher, pour s’affranchir, pour se trouver soi-même. Une véritable thérapie individuelle et collective.

Depuis longtemps des graines sont semées. Trop éparses. Altermondialisme, décroissance, biodiversité, agroécologie... Elles commencent à lever. La germination n’est qu’un frémissement annonciateur. Très fragiles, totalement démunies face au moindre prédateur, les plantules ont besoin d’être soigneusement protégées. Sinon, leur éradication est inévitable. Leur force principale réside dans leurs rhizomes, les réseaux, les interconnections. La tache d’huile.

Si faible soit-elle, une onde peut se révéler annonciatrice. Se garder de toute prévision, de toute interprétation ou analogie hâtive. L’onde n’est qu’un signe. A saisir cependant.

Face à tout cela :

- l’extraordinaire violence de la puissance établie, maîtresse absolue des marionnettes du Pouvoir officiel ;

- l’attentisme et le conditionnement du plus grand nombre.

La prise de conscience, préalable à la crise de conscience, exige du temps, beaucoup de temps. Une fois parcouru le chemin préalable nécessaire, la cristallisation peut très rapidement s’opérer.

Au début de l’été 1789, la parole allait bon train dans les jardins du Palais Royal, à Paris, largement initiée par un certain Camille Desmoulins et ses amis.

Quelque chose est peut-être en marche. Quelque chose de nouveau, jamais envisagé ni aperçu depuis longtemps.

Seule certitude, le bout de la route actuellement empruntée est désormais en vue. Le chemin à venir demeure indiscernable. Il devra être défriché par chacun, sinon...

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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 08:09

(Presque partout, presque toujours, le territoire est balisé, délimité et gardienné. Critiques officiels, historiens patentés, gardes barrières efficaces, jalonnent les parcours.)

Alors...

Prenez la clé des champs, empruntez les perspectives des chemins de traverse !

Vagabondez pour célébrer la valeur affective de l’art !

Portez le haut !

Édifiez votre musée sentimental, personnel et portatif !

Laissez vos émois chambouler les hiérarchies instituées !

Si des objets balisent vos souvenirs, acceptez que l’authenticité ne soit pas un critère décisif !

Ne vous souciez pas de collections, accueillez les traces et les repères intimes !

Alors...

Mettons en contact artistes, œuvres, objets, amateurs, curieux.

Déplaçons nos regards, rendons-les mobiles, façonnons des traits d’union, favorisons analogies et associations, prenons appui sur l’inhabituel.

Si des juxtapositions inattendues suscitent des quiproquos, des équivoques, des incompréhensions, des doutes, des rejets, réjouissons-nous. Laissons notre subjectivité s’en emparer, laissons-la faire le lien.

Il s’agit de rencontres intuitives et poétiques.

Il s’agit de l’épaisseur de la vie !

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26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 23:25

Décidemment Lyonel Trouillot est un bien bel écrivain. Un des princes de la francophonie, sans doute. La richesse de son talent et la qualité de ses écrits font de ce poète et romancier haïtien un auteur de première grandeur. Ses œuvres sont régulièrement éditées par Actes Sud, qui savent dénicher les talents.

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Dernier roman paru Kannjawou (la fête, le partage, en langue populaire d’Haïti).

Haïti, son histoire tragique, la misère, l’occupation étrangère depuis si longtemps, forces militaires ou équipes humanitaires, sont au cœur de l’œuvre. Mais aussi la joie et la poésie, la puissante énergie des vaincus, la sensibilité et la sagesse de ceux qui en trop vu pour qu’on puisse les abuser.

Cinq amis d’enfance cherchent un sens à leur existence. Ils vivent dans un quartier misérable de la capitale, rue de l’Enterrement, celle qui mène au cimetière, un jardin.

Le Kannjawou, un bar où se côtoient occupants expatriés arrogants, souvent paumés, et figures locales à la recherche d’un monde mieux propice à la survie.

Le narrateur bricole son histoire, sa façon de tenir le coup, de « fixer mon regard sur ma ville occupée »... « Aujourd’hui je végète sur mon bord de trottoir en jouant au philosophe. »

Les phrases sont courtes, parfois réduites à l’extrême, rythmées. Elles sonnent comme un inventaire de la réalité. Les évocations sont toujours pudiques.

Le livre est monté comme un scénario. Des plans séquences se succèdent, situations typiques, des personnages récurrents les habitent. Densité, humour. Lucidité décapante.

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Des échantillons d’écriture :

- Tout le monde parle. Et la parole permet de gagner des bons points dans la course au paraitre. Ça s’appelle la démocratie. Tu mens et tout le monde t’écoute. Tu dis la vérité, et plus personne n’écoute.

- Les filles avaient un père dont elles devenaient la mère. Mais l’enfance est rebelle et se venge du réel en inventant l’avenir.

- Si tu n’as pas de rêves, au nom de quoi veux-tu faire la guerre au réel ?

- ... j’apprenais de Wodné et Popol des mots dont j’ignorais le sens mais qui sonnaient comme des promesses.

- ... c’est une chance d’habiter une rue qui finit chez les morts. On y apprend très vite à distinguer le vrai du faux.

- (A propos des occupants, experts et autres consultants) Eux-mêmes, entre eux ne sont pas des personnes, mais des fonctions.

- Rien n’est plus triste qu’un mouton qui, tout en bêlant comme les autre, voudrait qu’on voie en lui autre chose qu’un mouton.

- Dans un pays occupé, il y a de fortes chances que ceux qui travaillent soient des subalternes de l’occupant. Peut-être aussi des résistants. Comment savoir qui est qui, qui est quoi ?

- ... on n’attire pas les danseurs de compas ou de zook en discutant avec eux des traités de droit international, même si ces traités, c’est connu qu’il est du pouvoir des puissants de les violer quand ils le veulent.

- ... il faut faire quelque chose. Au nom de l’immense kannjawou dont nous avons rêvé ... Quand aucun expert ne viendra nous dicter nos chemins comme si nos vies étaient des fautes d’orthographe.

- Les enfants, c’est cette force incontrôlable qui marche dans le milieu du vent.

- Pour les pauvres, c’est toujours un pèlerinage, une rude montée, de marcher jusqu’à Dieu ou jusqu’au capital.

- Merde, qu’est-ce qu’elle a à toujours faire les mauvais choix, la réalité ?

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Etc.

Lyonel Trouillot. Son roman précédent Parabole du failli, parait en poche (Babel).

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20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 11:34

Dans un essai sur « la médiation culturelle et le potentiel du spectateur », Serge Saada pose la question « Et si on partageait la culture ? » (Éditions de l’attribut, 2014, 154 p., 14 €).

Ce livre aborde le passionnant sujet du rapport de l’individu à l’œuvre d’art, de même que celui de la médiation culturelle (fonction de passeur facilitateur). Au lieu de rédiger une fiche de lecture, il s’agit ici plutôt de picorer quelques-unes des idées avancées pour tenter d’en souligner la pertinence.

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1 – Lorsque l’on parle de public potentiel pour une manifestation, spectacle, exposition, privée ou publique, l’impasse est implicitement faite sur la recherche et l’écoute du potentiel de chaque spectateur, visiteur, susceptible d’être concerné. Autrement dit, quelle part est jamais faite à la liberté de penser par soi-même, de s’exprimer sur une œuvre hors des discours officiels, quelle place fait-on à la culture, aux cultures différentes, dont chaque individu est porteur ? Il y a là non seulement une préoccupation esthétique, mais aussi une préoccupation citoyenne. Aller au-devant du public implique une recherche d’équilibre, tout comme le souci de concevoir des dispositifs où l’échange multilatéral soit possible.

Comme l’écrivit Antonin Artaud (Le théâtre et la culture), il s’agit d’abord de protester contre « le rétrécissement insensé que l’on impose à l’idée de la culture en la réduisant à une sorte d’inconcevable Panthéon. »

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2 – N’oublions pas le caractère fondamentalement identitaire de la culture. Elle inclut les heureux sachant autant qu’elle exclut la grande masse, phénomène amplement démontré avec la mode de l’A.C. (Art Contemporain, officiel, labellisé, soigneusement entretenu dans son ghetto élitiste).

Montrer des œuvres est une chose, somme toute assez banale, en forger des clés d’accès tenant compte des origines diverses des spectateurs-visiteurs est d’autre nature. Libérer, permettre, la parole, une parole contraire, autoriser tous types de questionnement, réinventer les conditions de rencontres avec les œuvres, introduire la possibilité de relations personnalisées avec les propositions, là où habituellement règnent l’acquis officialisé ou bien les connaissances scolaires. Favoriser des dispositifs permettant de circuler librement d’une culture à une autre, d’un espace à un autre, voilà sans doute une voie pour lutter contre les a priori et les inhibitions.

(Il se pourrait que l’exposition Carambolages, qui se tient actuellement au Grand Palais, que je n’ai pas vue, aille dans ce sens.)

La séparation entre la Culture patentée et des cultures périphériques, estimées mineures ou minables, empêche toute passerelle d’un monde aux autres.

S’ouvre ici une vaste friche à réhabiliter pour et par la médiation culturelle. Diversité culturelle, circulation des propositions, décloisonnement des propos, que signifie au juste l’incantation à La Culture (en fait le plus souvent instrument de domination et de soumission) ?

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3 – Face à « la perpétuelle bande annonce qu’est devenue la télévision » comment revenir à des préoccupations simples telles que faciliter l’accès aux lieux de représentation ou de monstration. Comment faire en sorte que le public le plus large puisse prendre le temps de se déplacer, comment faciliter les transports[i], comment apprendre à accorder du temps aux œuvres, c’est-à-dire faire en sorte qu’une rencontre minimale puisse exister et produise du sens ? En un mot, comment parvenir à ce que le public se sente concerné par ce qui est proposé, puisse progressivement sentir légitime un questionnement face aux œuvres ? Faire émerger du possible, apprendre à ne pas se soumettre aux critères normatifs de la culture officielle, bannir toute culpabilité issue d’une ignorance ressentie.

La question du plaisir initial et décisif pris à la chose est ainsi posée. Vient ensuite la notion de la fidélité à des lieux, à des formes d’expression. Cela ne peut se construire qu’en partenariat, en co-production.

Peut-être ne s’agit-il en fait que d’une invitation au voyage, si l’on considère que se rendre dans un lieu prétendu culturel est comparable à un déplacement en territoire inconnu, étranger, le plus souvent inaccessible. Problème de frontières à transgresser, de visas culturels à obtenir. Dès lors, comment favoriser l’esprit de découverte et le goût de l’insolite ?

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4 - Le terrain de ce que l’on nomme la culture est en fait un espace et un temps disponible pour une création partagée. Faire circuler la parole, produire du mot, permet en principe de faire avancer chacun, de favoriser et d’entretenir la pensée (à l’inverse de ce qui se pratique dans les sphères du Pouvoir), de nous ancrer dans une réflexion sur l’actualité et le monde qui nous entoure.

On peut également y voir un levier d’insertion grâce à un constant rapport à la diversité.

« Sortir et s’en sortir », comme le proclame une association culturelle citée par Serge Saada.

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[i] A Marseille, ex capitale de la culture (sic), l’accès à la Friche de la Belle de Mai, vaste complexe « culturel » relève du parcours du combattant pour qui n’a pas de véhicule personnel.

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7 mars 2016 1 07 /03 /mars /2016 12:31
Le Potager d’un curieux : à découvrir, une rencontre rare

Depuis trois décennies Jean-Luc Danneyrolles cultive et anime son vaste jardin, à La Molière, sur le versant nord du Luberon, dans le pays d’Apt. Homme déterminé, il défend la notion de biodiversité qu’il met en œuvre non seulement par une pratique assidue, mais aussi par la rencontre et l’accueil d’un public très diversifié. Au cours du temps il a formé quantité d’émules et, loin de toute recherche de notoriété, il est devenu une référence dans le domaine.

« La culture de cette extraordinaire biodiversité végétale a révélé d’autres richesses botaniques, animales, archéologiques, et tout naturellement humaine (...) ma tête est une foule de visages oubliés » écrit-il dans la préface de son catalogue 2016.

Son acharnement à faire connaitre des variétés potagères menacées ou en cours de disparition est exemplaire.

Jardinier producteur de graines qu’il commercialise, il est en permanence sur le fil du rasoir. En effet le brevetage du vivant dont Monsanto est le champion fait en permanence flirter cette activité avec l’illégalité.

« J’ai pris conscience de ce qu’était la désobéissance civile, une force de changement. Il n’y a pas plus respectueux de la loi qu’un désobéissant civil » poursuit-il.

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Le catalogue propose des semences triées manuellement, issues de jardins cultivés en agro écologie (aucun traitement ni en culture, ni en stockage).

On y trouve des collections rustiques : diverses variétés de tomates, des piments de couleur, des laitues, des fleurs annuelles, ainsi que des roses trémières.

Viennent ensuite plus de soixante variétés de tomates, des poivrons, piments, aubergines, courges, concombres, calebasses, pastèques, laitues, herbes à salades, épinards, plantes officinales, légumineuses (haricots et fèves), quelques légumes racines, fleurs vivaces et annuelles.

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Images, catalogue, références : http://www.lepotagerduncurieux.org

Vente par correspondance.

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Le Potager d’un curieux adhère à

Nature & Progrès www.natureetprogres.org

Réseau Semences Paysannes www.semencespaysannes.org

Croqueurs de carottes www.croqueurs-de-carottes.org

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Jean-Luc Danneyrolles

Association Brouillon de culture
au Potager d’un curieux
La Molière
84400 Saignon

Tel : 0490741495
info[@]lepotagerduncurieux.org

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