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22 juin 2016 3 22 /06 /juin /2016 22:05

L’exposition, claire, mesurée, aimablement cadencée, se tient jusqu’au 18 septembre à l’hôtel de Caumont, superbement rénové. Le jardin possède un charme certain. Quelque chose à l’atmosphère so british. Y boire un verre après la visite prolonge le bien être.

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Dans les premières salles, une vue de Bonneville, en Savoie, avec le Mont Blanc (1803), surprend par la façon dont le traitement des plages de lumières colorées structure, sculpte même, le paysage. La lumière décline les différents espaces et en révèle les détails. A 28 ans, Turner est un maître de la couleur et de ses vibrations. Il fait de la peinture de paysage un recueil d’impressions et non une simple description académique. Il amorce une révolution ultérieure. Quelques amateurs avertis l’ont déjà remarqué.

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A quelques cimaises de là, Le Déluge (1805) avec son ciel d’orage et sa grande vague annonce les sfumati à venir. A l’évidence, Titien n’a pas laissé indifférent notre homme.

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Cherchant rapidement à traduire les tons de la nature, il s’écarte de la tradition et prépare ses toiles avec des apprêts clairs, voire blanc cassé. Le Matin glacial (1813) nous offre une vision saisissante d’un hiver particulièrement rude. Le jaune blême du soleil très bas sur l’horizon dans une trouée de haie fera plus tard l’admiration de Claude Monet (Impression soleil levant, Cathédrales de Rouen, Nymphéas...)

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Vers 1815-1820 des études d’oiseaux s’inscrivent, me semble-t-il, dans le lointain sillage d'aquarelles analogues de Dürer. Surprenant.

Une aquarelle et gouache de 1820 environ, vue panoramique de Richmond Hill (Londres), me fait penser au Goya première période.

A partir des années 1825-1830, vient ensuite une profusion d’aquarelles de plus en plus délicates, puissantes, sobres et dépouillées. Ciel au soleil couchant, Ciel et mer, Clair de lune bleu sur sables jaunes, des vues de Marseille et de la Haute-Provence que ne renieraient pas les Fauves... Une saisissante série de vues de Gênes - Lumière jaune sur Gênes, vue de l’ouest -, la côte Ligure, le littoral anglais à Margate (1845-1850), un régal absolu.

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Cézanne, les cubistes aussi parfois, se profilent dans certaines œuvres. Les germes sont là.

Turner, hors du temps, hors des traditions, s’inscrit à l’évidence dans l’histoire de la peinture dont il procède et dans celle qu’il prépare à son insu. Unique, il est à peine datable. Il bouscule et il ouvre en se permettant l’inconcevable jusqu'à lui, dont il fait une évidence.

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Cerise sur le gâteau, cadeau inattendu, une jeune italienne la trentaine au maximum, souriante, gracieuse et volubile, me prend à partie pour me faire partager son enthousiasme devant les vues de Gênes.

Elle en vient, elle est de là, c’est son pays, la beauté de la Méditerranée, les couleurs, les lieux qu’elle discerne !

Elle explose de joie.

C’est magnifique. Je suis profondément ému.

Mais oui, bellissima, l’Art c’est ça. C’est ça avant tout !

Vive la vie !

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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 07:00
Léo Ferré, une jouvence

 

 

A la mi-octobre de l’an dernier, je fus invité par quelques drôles à prononcer le discours inaugural de la Fête du Livre de Forcalquier. Cette éphémère distinction me valut d’être à nouveau convié par les mêmes à lire courant mai des textes de Léo Ferré, manière de participer à la célébration du centenaire de sa naissance.

L’occasion me fut ainsi offerte de pratiquer avec quelque assiduité l’énorme masse de textes écrits par le vieux lion.[1] Plus de quatre cents chansons, des écrit autobiographiques, des lettres, des préfaces et introductions, des textes inédits, des projets et ébauches... Des bouquets étincelants. Une fraîcheur bienfaisante. Une justesse quasi permanente.

Alors qu’il a largement enchanté ma jeunesse, j’avais conservé de lui l’image d’une star vieillissante, dont la sincérité pouvait prêter à caution. La scène et ses enflures, son air de vieux loubard opulent, la mégalomanie de certains de ses ultimes défis, m’avaient peu à peu tenu à distance.

 

En fait tout cela n’était qu’apparences, une lecture ponctuée de découvertes m’a révélé un tout autre aspect de la personne, au-delà du personnage publique. Un individu profondément sensible, bourré de tendresse. Il n’est d’ailleurs que de regarder attentivement sa photo.

Amour des mots, amour gourmet du langage, la poésie offerte à tous, gambadant en liberté. Un talent tellement fou qu’il étourdit de ses évidences.

Et puis aussi, l’authenticité, la constance de la révolte, de l’insoumission, du refus absolu de tout compromis.

Parfois cinglantes, non destinées à une large diffusion, les lettres témoignent de manière ahurissante d’une remarquable intransigeance. Sa dénonciation des minables d’autant plus méprisables qu’ils sont glorieux, d’autant plus forte et convaincante que la lecture la confronte à d’émouvants témoignages d’amitié et de reconnaissance.

A la ville, comme à la scène... A vif !

Il est impossible de le lire tranquillement. Le lire conduit évidemment à moduler, mais aussi, souvent, à hausser le ton, ses mélodies sonnent parfois dans les lointains.

Surpris, j’ai vu apparaitre en filigrane le cri d’Artaud. L’un n’est pas l’autre, les différences sont patentes, et pourtant...

Lire Ferré pour abreuver nos forces.

Lire Ferré pour mieux l’entendre.

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[1] Cf. Léo Ferré – Les chants de la fureur – Gallimard/La mémoire de la mer, 2014, 1622 p., 34 €

 

 

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3 juin 2016 5 03 /06 /juin /2016 14:09

Une langue, c’est bien connu, se nourrit d’emprunts. Le grec et le latin essentiellement sont à l’origine du français, ce qui n’empêche nullement d’autres métissages. Le génie d’une langue est de digérer ces emprunts en les accommodant à sa manière.

C’est ainsi que le bowling green anglais est devenu le boulingrin, le packet boat, le paquebot et le riding coat, la redingote. Etiemble a donné ces exemples dans son pamphlet fameux Parlez-vous franglais ? (1964). Fin lettré, sinologue distingué, il s’insurgeait contre le mauvais traitement infligé au français par un mésusage fruit d’inculture et d’un snobisme atterrant. Depuis lors, le développement de l’informatique n’a fait qu’empirer la situation. Le sabir s’est imposé jusqu’à régner en maître. Le globish a pris valeur internationale.

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Dans la livraison du Monde diplomatique datée juin 2016, l’écrivain Benoît Duteurtre[1] s’inscrit dans le sillage d’Etiemble.

Sa contribution s’intitule La langue de l’Europe. Elle mérite le détour, comme dirait le Guide Michelin. Elle donne une bonne mesure de la pavlovisation des esprits dirigeants européens en ces temps où la question de l’identité nationale est l’un des chiffons rouges de la vie politique, pas seulement hexagonale.

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B. Duteurtre rapporte le déroulement d’une réunion à Bruxelles, fin mars 2014, durant laquelle le Président Obama a fait bénéficier son auditoire de ses recommandations. La rencontre s’est déroulée en anglo-américain, elle indiquait combien le plurilinguisme de l’Union Européenne était balayé au profit de l’anglais obligatoire. Le temps était révolu où J-F Kennedy envisageait un discours en allemand ou une conversation en français avec les administrations des pays vassaux.

Mieux, le 28 avril 2014, « avant les dernières élections au Parlement européen, la chaîne Euronews (...) organisait un débat ente les chefs de file des principaux groupes politiques de l’Union. Les quatre candidats étaient de nationalité belge, luxembourgeoise, et allemande (...) Tous parlent impeccablement l’allemand et trois sur quatre le français – les deux premières langues maternelles de l’Europe ... Pourtant, ce débat européen allait se dérouler entièrement en anglais sous la houlette d’un journaliste américain et d’une journaliste britannique... quatre locuteurs germanophones et francophones relèguent leurs langues au rang de patois et préfèrent aligner de longues phrases en anglais, avec la fière assurance de candidats à la gouvernance mondiale. »

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La conclusion de l’article comporte une interrogation et un constat.

« Imaginerait-on que la Chine, les Etats-Unis, la Russie, ces entités avec lesquelles l’Europe prétend rivaliser, s’expriment dans une autre langue que la leur ? »

« Délaissant celles des fondateurs (le français, l’allemand, l’italien...), renonçant au plurilinguisme qui a longtemps caractérisé ses institutions (l’Union Européenne) s’en remet à la langue du plus lointain de ses partenaires : le Royaume Uni, membre de l’Union sur la pointe des pieds et qui, bientôt, n’en sera peut-être plus, ôtant toute justification à cet extraordinaire privilège. »

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[1] J’ai présenté son livre La nostalgie des buffets de gare sur ce blogue en septembre 2015

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19 mai 2016 4 19 /05 /mai /2016 14:01

Les idées dominantes ont un terrible pouvoir contagieux.

Frédéric Boyer, essayiste et romancier, développe ce thème dans un court écrit (99 pages) publié chez P.O.L. il y a un peu plus d’un an : Quelle terreur en nous ne veut pas finir ? (9 €).

Le style est passablement chantourné, cela ne devrait pas faire obstacle.

Ce livre pourrait constituer une tentative d’élaboration d’un traité de morale civique et sociale.

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L’entretien de la notion de peur développe en chacun des sentiments empêchant de passer à autre chose, de surpasser les angoisses du moment.

L’auteur dénonce l’esprit de fermeture dont le discours contemporain se repait inlassablement. Ce discours bloque la pensée qu’il réduit à un manichéisme primaire : positions correctes, admissibles et défendues en haut lieu, opposées à l’incorrect totalement irrecevable, donc à combattre bec et ongles.

Ces positions à combattre sans relâche selon le Pouvoir des clercs se nomment

- fermeture à la différence,

- identité menacée à retrouver,

- nécessité de l’exclusion des non pareils,

- limitation indispensable de tout accueil,

- fantasme du grand remplacement.

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Alors que toutes les grandes civilisations ont connu le changement, alors que nous sommes à un moment crucial de notre histoire, l’angoisse d’une mutation profonde inéluctable nourrit des discours incantatoires dans lesquels la peur ambiante, voire la terreur, trouvent leurs racines.

Tout est en place pour se voiler la face et masquer ce qui dérange les positions dominantes établies.

Le choix de la naïveté d’un questionnement jugé hors de propos apparait sans doute comme la seule garantie actuellement possible d’une défense de l’essentiel. Cela passe nécessairement par l’accueil de la présence de l’Autre.

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Quelques mises en bouche :

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« ... l’émotion suspend à sa manière le jugement attendu.

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... ce qui demande le plus de courage : ne pas rester entre soi ...

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... permettre toujours que quelque chose arrive (...), que l’inattendu soit toujours possible, que l’autre puisse apparaître.

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Il devient, croyons-nous, de plus en plus difficile de vivre ensemble, comme il devient apparemment impossible d’espérer une autre histoire possible.

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La mémoire est construction (...) On ne bâtit pas une civilisation sur le thème hallucinatoire de l’invasion et du remplacement. On ne fonde pas une communauté sur la suspicion d’autrui.

Vous ne constatez pas le Grand Remplacement, dit-on sans rire du tout. Le tour de passe-passe. L’agonie civilisationnelle – comme si les civilisations étaient les seules à pouvoir échapper à notre petite sœur la mort ...

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... ce sont toujours ... les plus pauvres, les plus malheureux, les plus faibles du monde, que nous repoussons, et sur le dos de qui nous bricolons et recollons nos déchets de morale (...) notre hypocrite identité accrochée finalement à la peur de disparaître.

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... la morale est (...) bien cachée derrière les certitudes soi-disant républicaines ...

... la vraie noblesse de toute tragédie est celle du oui à la tragédie.

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J’observe ... que ce sont toujours les moins que rien ... qui nous prendraient tout ...comme si ... nous n’avions pas pris aux uns et aux autres.

... est-ce que protéger ... c’est forcément exclure les autres ?

Que devient la République si elle se barricade pour ne pas avoir à s’ouvrir, à s’interroger, pour ne pas avoir à se remettre en cause de façon républicaine ?

... j’en entends me répondre, très informés, que je parle comme un enfant, que je ne comprends pas le monde où nous vivons. (...) Ne pas croire, ne pas savoir, refuser de savoir (...) la seule force, la seule valeur, la seule dignité, c’est de ne pas comprendre si comprendre nous fait renoncer à l’amour de l’autre.

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Traiter l’autre avec la correction qui s’impose, voilà qui semble la plus grande incorrection pour certains !

... réduire l’autre à une sorte de plaie sociale ou un embarras économique.

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8 mai 2016 7 08 /05 /mai /2016 10:19

Sous prétexte d’art et traditions populaires. Foutaise.

Beaucoup de choses. Du moment que c’est attribuable au Maître...

La signature attire la foule, comme n’importe quelle grande marque.

Succès commercial quasi garanti. Picasso, Genet, la saison sera bonne sans doute à Marseille. Pourquoi se montrer exigeant si ça marche comme ça ?

Des grumeaux dans les salles, circulation difficile, bien peu d’endroits où s’asseoir.

Picasso, quel culot ! Il ose et il ferme les portes derrière lui. Vlan !

Des vidéos, Picasso se met en scène, quoi qu’il fasse c’est bon pour la postérité. Là où l’icône a posé le doigt...

Il me semble plutôt desservi. La quantité l’emporte. Beaucoup de mineures. Surtout du bavardage.

Rien remarqué d’émouvant, alors qu’ailleurs dans l’œuvre...

Désagréable sentiment de désintérêt. Connu, trop connu ? Dommage.

Une exposition superflue ?

Reste le MuCem, plaisir inassouvi de la promenade.

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1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 08:47

A Marseille la Nuit debout s’efforce

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Sortir de l’entre soi

Faire bouger des ensembles inertes ou ankylosés

Quoi faire comment s’y prendre

Aller au-devant de qui pour quoi

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Nombreuses les questions

Un acquis le questionnement

Poser des questions s’interroger plus important que les réponses

Une si précieuse fraicheur à conserver

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Des rencontres pour apprécier différents rapports à la durée

Rapport temps et cultures

Le temps long de l’histoire n’a rien à voir avec l’impatience de la durée humaine

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Tout

- impossible tout de suite - demeure un horizon

Affaire de lucidité Loin de l’évidence

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Des jeunes dit-on entre trente et quarante ans à l’œil nu Semble-t-il

Mais aussi des aînés Sans limite

Il se pourrait qu’ici l’âge ne soit pas critère

Respect mutuel

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Échanger du mot beaucoup encore

Purger le mécontentement Travail de longue haleine

Forcer les barrières du langage

Artifice des frontières les franchir les abolir

Écouter surtout

Rien à apporter sinon l’humilité Foin des certitudes

Tenter de témoigner simplement

S’enrichir de l’imprévu

D’abord refuser ignorer surtout

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Surprendre ailleurs inutile d’affronter

Détourner se détourner

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Un jour viendra pour inventer

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27 avril 2016 3 27 /04 /avril /2016 17:54

Sculpteur, dessinateur, auteur, Jean-François Coadou a réuni un ensemble de notes et de réflexions issues de résidences d’artiste dans plusieurs établissements psychiatriques. Trois plaquettes de 52 pages chacune, réunies sous le titre générique « Le complexe de Vauban ».

Il s’agit là d’une tentative tout à fait remarquable non seulement de rendre compte du quotidien des malades, mais aussi de compréhension du fonctionnement du système hospitalier auquel ils sont confrontés.

Chaque plaquette est illustrée de photos des sculptures issues de la série des « Silencieuses », souvent caractérisées par le vide central d’une absence.

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« Je ne suis ni psychiatre, ni psychanalyste, ni infirmier, ni Fou...

J’ai longtemps écrit sur le thème de la folie des textes pleins de colère contre l’injustice »divine » et humaine faite aux Fous.

... Le complexe de Vauban se compose de trois ensembles de textes à dire ou à voir. (...) Il y est très prétentieusement question d’entrevoir l’intimité d’une pensée psychotique. »

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A partir du simple constat d’événements quotidiens relevés lors de diverses résidences, l’auteur recueille des paroles authentiques soigneusement mises en forme (la composition typographique joue un rôle important, une manière de sculpter le texte)

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"Colette, si fragile, si menue, et qui tousse ses Gauloises jusqu’au vertige...

Colette, ancienne maman qui, de rage dit-on, souleva la roue d'un camion sous lequel, écrasé, gisait son fils.

Il y a de cela quelques 20 années de chagrin, passées d'un pavillon l'autre."

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"Sont 3 à m'escorter [m]'escorter dans le dédale des couloirs :

1 à ma gauche et 2 derrière.

[m]'ont assigné la place du m[o]rt "

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Il s’achemine vers le journal des désastres liés à la pratique psychiatrique

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" Tout [te] menace.

Objets

médecins

voix

bruits

silences

les inconnus et jusqu'aux indifférents.

Innocent

qui ignores être

ton seul ennemi.

Asphyxié

par tes propres défenses.

Complexe de Vauban. "

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L’indiscutable puissance de cet ensemble fondé sur un témoignage aussi pudique que respectueux lié à une grande économie de moyens ne manque pas d’évoquer le Goya des Caprices.

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Édité à 300 exemplaires, l’ouvrage est disponible chez l’auteur, 35 € port compris - trois volumes de 52 p., format 17x17 cm, emboitage carton :

Jean-François Coadou

32 rue Calade

84120 Pertuis

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16 avril 2016 6 16 /04 /avril /2016 10:15

Au fil de leurs avatars, Il pourrait se faire que nous assistions à l’agonie des pratiques politiques telles que nous les connaissons depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Le système électoral se révèle de plus en plus décalé, de plus en plus inadapté. L’élection du Président au suffrage universel lui a asséné un coup fatal en réduisant à rien une représentation parlementaire en faillite, composée en majeure partie de morts vivants, des zombies. La fonction présidentielle elle-même est désormais gravement atteinte. Les deux derniers quinquennats, au moins, ont porté des coups terribles à son prestige comme à son autorité.

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Ce n’est pas un hasard si l’idée du remplacement partiel du système électif par un tirage au sort progresse dans de nombreux esprits. Carriérisme, cumul, incompétence, mensonges et laisser-aller en font le lit. Estimée folle et irréaliste il y a encore peu, la proposition commence à devenir discutable (Voir "Contre les élections", David Van Reybrouck - Actes-Sud éditeur).

Peu à peu, la question de la désobéissance civile s’impose, parfois avec virulence. Elle irrigue largement le champ des contestations en quelque point de l’éventail politique que ce soit.

La Nuit debout en est une des expressions la plus visible.

Palabres, discussions à perte de vue, logorrhée verbale ? Prurit juvénile ?

Des pratiques nouvelles sont en train de poindre. Ces pratiques ne peuvent en aucun cas se satisfaire d’une simple adaptation de l’existant. D’un remplacement de la 5e République par une 6e, par exemple. Il s’agit d’abord d’inventer un autre jeu, très différent, ensuite viendra nécessairement le temps de la fixation de règles encore inconnues. D’abord s’exprimer, découvrir le formidable pouvoir de la parole fondatrice d’une pensée dégagée des conditionnements actuels, élaborer ensuite. La « démocratie » sous la forme que nous connaissons a certainement vécu.

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La question de l’après se pose, de toute évidence. Elle viendra à son heure, en faire un préalable serait condamner l’entreprise à un échec certain. Il ne s’agit pas d’élaborer un contre-modèle, mais bien plutôt d’explorer un ailleurs porteur de modèles non encore envisagés. Ce n’est qu’une fois la Bastille prise que l’on a pu s’interroger sur la situation nouvelle créée et les étapes à envisager. Un siècle à peu près fut nécessaire pour consolider la République.

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La désobéissance civile ne saurait se réduire à un irrespect de la loi parce qu’elle est la Loi. C’est l’invention d’un nouveau rapport à la loi qui est en jeu. Passer de l’obéissance inconditionnelle imposée par la contrainte, à une obéissance réfléchie (ce qui existe déjà d’ailleurs dans le devoir reconnu de se soustraire à un ordre lorsqu’il est manifestement inadmissible).

Pris au dépourvu, le Pouvoir ne dispose que de deux voies pour faire face : la violence et la disqualification méprisante.

La violence est mise en exergue dès qu’un « dérapage » est signalé. Elle est alors immédiatement accompagnée de la disqualification : la violence est toujours uniquement le fait de « casseurs ». La presse fait ses choux gras de la moindre affaire. L’entretien de la peur est évidemment un vieux fonds de commerce qui rapporte toujours (jusqu’à quand ?).

La violence n’est-elle pas dans la majorité des cas surtout un résultat ? Le déploiement policier justifié par le maintien de « l’ordre public » est-il autre chose que la manifestation première de la violence, au même titre que la soumission forcée au dictat des puissances financières, et son corollaire le chômage ?

Chacun sait que violence implique automatiquement contre-violence... La violence des manifestants n’est sans doute qu’un moyen, pas le meilleur, j’en conviens, mais rien de plus.

La contestation non violente tire sa force de sa capacité à prendre au dépourvu un Pouvoir qu’elle discrédite. Un potager Place de la République...

L’embarras manifeste des caciques de la vie politique face au phénomène Nuit debout mérite d’être souligné. Le Président lui-même déclare trouver « légitime que la jeunesse, aujourd'hui par rapport au monde tel qu'il est, même par rapport à la politique telle qu'elle est, veuille s'exprimer, veuille dire son mot ». Merveilleuse et touchante compréhension, quel brave homme !

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En parallèle, la difficile question du rapport à la police se pose avec quelque acuité. Exploitée, contrainte, corvéable à merci, la police n’est pas exempte de tensions. De récentes manifestations de policiers viennent de le souligner. S’attaquer frontalement à elle ne peut à l’évidence que la renforcer dans ce qu’elle est, puisque conçue et organisée pour cela.

Le mur est construit pour résister aux attaques. Vouloir le détruire est souvent vain et exténuant. Examiner comment l’ignorer et le contourner pour le rendre inutile, au moins inopérant, représente une démarche plus exigeante, mais à terme beaucoup plus efficace. Les conduites de détour permettent d’envisager des perspectives nouvelles.

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Comment éviter de retomber dans l’ornière de ce que l’on rejette ? L’enjeu est là.

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9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 23:14

Des hommes et des femmes plutôt jeunes, sans passé les confortant, sans avenir acceptable non plus, décident de se regrouper Cours Julien, à Marseille, comme en beaucoup d’autres lieux en France, pour s’affirmer, pour faire face. Ils veulent compter, quoi de plus naturel ?

Hors de toute structure établie, des groupes se réunissent, se rencontrent, s’affrontent sans doute.

Foin du système en place, il s’agit d’inventer du nouveau, il s’agit surtout de tout profondément remettre en cause.

Briser la spirale infernale de l’échec et de l’exploitation sans limite.

Briser la spirale infernale de la soumission. Personne ne peut plus rien espérer de ceux qui sont en place, où qu’ils soient, à quelque niveau qu’ils se trouvent.

A chacun de se situer, de s’opposer. Un mur du refus à construire, en priorité. Identifier d’abord clairement ce que l’on refuse, ce qui est à mettre bas. Édifier viendra ensuite tout naturellement, hors de tout compromis. Lorsqu’il sera temps.

La parole circule.

La parole libère. Condition première du partage, de la mise en commun.

La parole activatrice de germination.

La parole comme geste préalable à la pensée. Cracher, cracher, cracher, pour s’affranchir, pour se trouver soi-même. Une véritable thérapie individuelle et collective.

Depuis longtemps des graines sont semées. Trop éparses. Altermondialisme, décroissance, biodiversité, agroécologie... Elles commencent à lever. La germination n’est qu’un frémissement annonciateur. Très fragiles, totalement démunies face au moindre prédateur, les plantules ont besoin d’être soigneusement protégées. Sinon, leur éradication est inévitable. Leur force principale réside dans leurs rhizomes, les réseaux, les interconnections. La tache d’huile.

Si faible soit-elle, une onde peut se révéler annonciatrice. Se garder de toute prévision, de toute interprétation ou analogie hâtive. L’onde n’est qu’un signe. A saisir cependant.

Face à tout cela :

- l’extraordinaire violence de la puissance établie, maîtresse absolue des marionnettes du Pouvoir officiel ;

- l’attentisme et le conditionnement du plus grand nombre.

La prise de conscience, préalable à la crise de conscience, exige du temps, beaucoup de temps. Une fois parcouru le chemin préalable nécessaire, la cristallisation peut très rapidement s’opérer.

Au début de l’été 1789, la parole allait bon train dans les jardins du Palais Royal, à Paris, largement initiée par un certain Camille Desmoulins et ses amis.

Quelque chose est peut-être en marche. Quelque chose de nouveau, jamais envisagé ni aperçu depuis longtemps.

Seule certitude, le bout de la route actuellement empruntée est désormais en vue. Le chemin à venir demeure indiscernable. Il devra être défriché par chacun, sinon...

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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 08:09

(Presque partout, presque toujours, le territoire est balisé, délimité et gardienné. Critiques officiels, historiens patentés, gardes barrières efficaces, jalonnent les parcours.)

Alors...

Prenez la clé des champs, empruntez les perspectives des chemins de traverse !

Vagabondez pour célébrer la valeur affective de l’art !

Portez le haut !

Édifiez votre musée sentimental, personnel et portatif !

Laissez vos émois chambouler les hiérarchies instituées !

Si des objets balisent vos souvenirs, acceptez que l’authenticité ne soit pas un critère décisif !

Ne vous souciez pas de collections, accueillez les traces et les repères intimes !

Alors...

Mettons en contact artistes, œuvres, objets, amateurs, curieux.

Déplaçons nos regards, rendons-les mobiles, façonnons des traits d’union, favorisons analogies et associations, prenons appui sur l’inhabituel.

Si des juxtapositions inattendues suscitent des quiproquos, des équivoques, des incompréhensions, des doutes, des rejets, réjouissons-nous. Laissons notre subjectivité s’en emparer, laissons-la faire le lien.

Il s’agit de rencontres intuitives et poétiques.

Il s’agit de l’épaisseur de la vie !

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