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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 15:53

Les années 70 et suivantes connurent la vogue des stages intitulés « techniques de créativité ». Un jeu apéritif, destiné à leur faire prendre conscience de leurs brides mentales, consistait à demander aux participants de relier 9 points disposés en carré par 4 segments de droites, sans lever le crayon. La solution réside dans la capacité à utiliser l’espace hors du carré suggéré par le dispositif. Donc à envisager toute question posée dans sa relation à son environnement, moyen d’envisager des réponses inattendues à des situations problématiques.

Sortir du carré des autoroutes de la pensée stéréotypée, apprendre à penser à côté, autrement dit oser marcher sur les pelouses interdites pour découvrir des perspectives nouvelles, tels étaient quelques-uns des enseignements à tirer de l’exercice. Mai 68 et ses slogans étaient passés par là. L’irrespect créateur faisait florès. Comme un soufflé trop tôt sorti du four, il est bien retombé depuis.

Vinrent ensuite les réflexions sur les stratégies d’innovation.

L’exemple de Louis Pasteur, ainsi que Bruno Latour l’a étudié, mérite d’être médité.

Comment Pasteur, qui n’était pas médecin mais chimiste et physicien, parvint-il, entre autres, à faire que la France du 19e siècle se lave les mains avant de passer à table, fasse bouillir son lait avant de le consommer, et accepte alors la vaccination ? Il s’agit là d’une colossale révolution des mœurs, comme des esprits.

Remarquable tacticien, Pasteur a démontré qu’il ne faut jamais rien attendre de ceux que l’on présume alliés naturels, les médecins en l’occurrence. Ceux-ci ne pouvaient en effet que s’opposer aux pratiques d’hygiène et de prévention des maladies car elles réduisaient leur zone d’intervention habituelle (soigner et non prévenir), c’est-à-dire ce que l’on nomme aujourd’hui le marché. C’est en s’alliant aux hygiénistes (une profession qui avait à s’imposer car inconnue jusqu’alors), en utilisant les technologies nouvelles permettant de distribuer l’eau et le gaz à tous les étages (invention de la fonte ductile), et en convaincant les médecins militaires (intéressés à la prévention des maladies infectieuses au moment de la conquête du Tonkin, pour laquelle il fallait conserver et entretenir la fraîche vigueur de la troupe), qu’il parvint à faire progresser quelques-unes de ses découvertes les plus fameuses.

Cette fantastique aventure pastorienne ne peut aujourd’hui que susciter des échos et peut-être mieux asseoir dans les esprits la nécessité de renouer avec la sortie des sentiers battus.

Que constatons-nous en effet ?

Sourds, aveugles, cyniques et pervers, inscrits dans le déni permanent, nos gouvernants ne tiennent aucun compte des protestations populaires, vouées semble-t-il à l’impuissance permanente. Grèves, défilés, pétitions traditionnelles, ne sont que des piqures d’épingle dont l’efficacité est dans la plupart des cas quasi nulle. Pire, elles ne servent souvent qu’à renforcer l’Etat dans son existant. L’attaquer ne le gêne en rien, il est outillé pour cela à quoi il fait face sans sourciller, patelin il fait mine d’écouter ou bien menace, procède parfois à des aménagements de surface, récupère allègrement les mouvements, et renforce son pouvoir autoritaire, emballé dans le papier cadeau de discours lénifiants.

Des exemples ?

- la mollesse de la lutte contre la pollution et le réchauffement climatique,

- la persévérance dans le développement du nucléaire,

- l’entretien du mythe de la dette,

- la mise à genoux de la Grèce,

- la pusillanimité à l’égard de la politique colonialiste de l’Etat d’Israël,

- l’accueil des migrants, qui aboutit progressivement à la restauration des frontières,

- la mise en place de dispositifs de surveillance de masse,

- l’instauration puis la prolongation d’un état d’urgence en cours de banalisation,

- la justification toute récente des contrôles au faciès,

- la persistance dans des projets d’aménagement très contestés,

- la complaisance à l’égard des paradis fiscaux,

- le projet de bouleversement du droit du travail,

etc.

Il est clair que les pratiques habituelles de la protestation ont fait long feu.

Il est clair que seules des actions inusitées peuvent réunir quelques chances d’aboutir à des changements d’orientation.

Ni les partis, ni les syndicats, essoufflés, démonétisés, ne sont désormais crédibles, à quelque niveau que ce soit.

La lutte au Larzac aboutit en son temps, son caractère tout à fait nouveau prit les institutions au dépourvu. L’imagination et la persévérance l’emportèrent alors. Notre-Dame-des-Landes, entre autres,

s’inscrit dans ce sillage, face à l’acharnement gouvernemental.

Les lanceurs d’alerte s’inscrivent dans cet espace de l’imprévu, qui choisit de s’attaquer au Pouvoir totalitaire par un biais inattendu.

Attaquer de front le Pouvoir est nécessairement voué à l’échec. Il est prêt et entrainé à faire face. De manière prémonitoire, Michel Foucault a écrit à ce sujet des pages intéressantes dans Surveiller et punir. Ce n’est que par des démarches insolites, donc le penser et l’agir à côté, que des avancées sont envisageables. Seules des actions novatrices, inusitées, ponctuelles, d’envergure insoupçonnable, échappant parfois même à leurs promoteurs, ont quelque chance de secouer le cocotier. La surprise du rejet de la loi El Khomri de réforme du Code du Travail, ou la vidéo « On vaut mieux que ça », qui progressent comme une trainée de poudre sur les réseaux internet, montrent que le désir de se réapproprier la politique commence à poindre de manière un peu plus significative dans des milieux où on ne l’attend pas forcément.

Le temps n’est peut-être plus très loin où l’imagination va reprendre le pouvoir.

Le carré des pensées pavlovisées se lézarde. Les évidences et autres allant-de-soi donnent de la gîte.

« Il y a des élections, donc il faut aller voter », n’est plus si certain.

« Le système électif est le seul convenable » cède peu à peu la place à une réflexion sur l’intérêt et l’avantage du tirage au sort.

« Les partis sont nécessaires, ils se justifient », faiblit face à des initiatives locales, à des fonctionnements en réseau.

« La légitimité des élus » perd de son évidence.

« Le respect de la Loi » s’oppose çà et là à la désobéissance civile.

Peut-être des voies sont-elles en train de se dessiner. Le chantier est immense. La remise en question des évidences se trouve paradoxalement facilitée par les bévues et les provocations de l’ensemble de nos gouvernants et aspirants à la maitrise des Affaires.

Quelque aurore se dessinerait faiblement à l’horizon ?

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21 février 2016 7 21 /02 /février /2016 18:18

Après dix ans d’immersion dans les quartiers nord de Marseille, et une minutieuse auscultation de la perfection du système clientéliste mis en place par les élus locaux, champions du compromis et de la compromission, le journaliste Philippe Pujol – prix Albert Londres 2014 – vient de publier La Fabrique du Monstre (Les Arènes éd ., 2016, 316 p., 20 €). On en parle beaucoup dans les chaumières radiotélévisées en ce début d’année.

Curieusement si le tableau est noir, fouillé, abondamment documenté, par conséquent très vraisemblable, il n’est pas forcément accablant. En effet, Marseille, qui après tout n’est sans doute qu’une image exacerbée de la France, recèle une véritable capacité d’intégration, inscrite depuis longtemps dans ses gènes.

Marseille n’est pas une ville, chacun le sait ou devrait le savoir.

Marseille est avant tout un patchwork de villages ayant chacun conservé ses caractéristiques principales, son église paroissiale et son patronyme. Ici, les arrondissements sont généralement ignorés au profit des anciennes appellations.

Pour aller d’un lieu à l’autre, on passe par diverses ambiances. La banlieue n’existe pas, il n’y a pas de place pour elle. Le conglomérat urbain les a englobées, les rendant inutiles.

Bordée à l’ouest par la mer, enserrée à l’est par des collines non bâties, Marseille tourne le dos à la France. Marseille est en Marseille.

Cette ville surprenante révulse d’emblée ou bien conquiert qui passe par elle. Elle n’est jamais neutre. Cette ville est fascinante car improbable. Le mélange des genres, la mixité, forment sa marque. La cordialité y est plus fréquente et développée que la violence dont on parle tant. Point n’est besoin d’être né ici pour se sentir marseillais.

On devient marseillais en quelques mois, ou jamais.

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Anecdotes significatives :

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1 – Taximan

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L’été est à son maximum, il fait une chaleur écrasante au sortir du train dans lequel je viens de passer des heures. Accablé, je traine péniblement ma valise à roulette le long du quai jusqu’à la station de taxis, vide. Devant moi, une jeune femme munie d’un très encombrant colis, combien de temps me faudra-t-il attendre la voiture espérée ?

En voici enfin une, la jeune femme s’avance, discute me semble-t-il, puis fait demi-tour.

Le chauffeur me fait signe :

- Où allez-vous ?

- Cette dame avant moi...

- Je ne la prends pas, je ne vais pas mettre son paquet sur mon toit, ça ne me convient pas ; qu’elle se débrouille... allez, montez !

J’ai visiblement affaire à une bonne pointure. Les chauffeurs de taxi sont une espèce à part, avec laquelle composer est rarement évident, à quelques exceptions près.

- Bon, merci, puis-je me mettre à côté de vous, c’est plus facile pour moi ?

- Oui, si vous voulez... je fais de la place.

Il sort de son véhicule et met ma valise dans le coffre. Tout va bien.

A peine démarré, l’air rogue :

- Vous voyagez souvent seul, comme ça ?

Il m’apparaît clairement qu’il désapprouve qu’un homme de mon âge puisse prendre le risque de se déplacer par une chaleur pareille. Amusé et intrigué, je le sens à deux doigts de me réprimander sévèrement.

Je tente maladroitement d’échanger quelques mots avec lui. Peine perdue, il bougonne, coupe court, je suis tombé sur un ronchon. Il est vrai que ce métier ne doit pas être facile.

La chaleur n’arrange rien. Il me conduit chez moi, n’en demandons pas plus. Déjà heureux qu’il ait accepté de me transporter car la course est courte.

Tout à coup :

- Il y a quelqu’un chez vous ?

- Ma femme est décédée récemment.

-...

Nous arrivons, le taxi ne peut pas accéder au pied de l’immeuble, la voie est piétonne.

- Vous habitez loin ?

- Non, l’immeuble est là-bas, à cinquante mètres...

Il gare son véhicule, en sort et se saisit de ma valise.

- Bon, allons-y, c’est à quel étage ?

- Pourquoi ?

- Ben, je vous porte votre bagage, bien sûr !

Je suis tellement pantois lorsqu’il s’éclipse après avoir posé ma valise devant la porte de l’appartement, que je parviens seulement à bredouiller un « Merci beaucoup».

Le retrouverai-je jamais ?

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2 – Marché paysan

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Sur ce marché si particulier, créé en 2001 par un groupe de paysans producteurs, au moment où nous avons choisi de nous établir à Marseille, chacun affiche origine et appartenance.

Certifiés Bio ou non, tous sont producteurs directs, tous défendent la Nature, le circuit court et la relation de proximité. Le boulanger cultive une partie des céréales qu’il utilise, l’éleveur et le volailler vendent les produits de leurs exploitations, le berger propose ses fromages. Il est clair qu’il s’agit d’une communauté associative résolue.

Aucun revendeur n’est présent. Une belle entraide anime ce marché paysan à l’ambiance si particulière.

Une clientèle convaincue et fidèle le fréquente assidument. Y faire ses courses constitue un acte de résistance à l’industrialisation vivrière. Personne ne se trouve ici par hasard, certains viennent de quartiers lointains. Des relations se nouent, des connivences s’élaborent.

L’événement hebdomadaire est une fête, il fait office de rituel, il entretient une offre agricole de voisinage et une réponse à la demande de citadins en quête de produits de qualité et de bien vivre. La cordialité y est de mise.

Présent chaque semaine, jovial, souriant, Christophe commercialise ce que son frère et lui récoltent ou préparent : moules, huitres, divers coquillages, dont les délicieuses tellines de Camargue, poissons et tielles sétoises, tourtes fourrées de poulpe ou de calamar. Produits cueillis, ramassés, pêchés ou cuisinées hier ou la nuit dernière, régulièrement offerts au chaland.

Sur son stand, une banderole sur laquelle on le voit tenir son frère par l’épaule, à côté d’une embarcation. Ils se nomment « paysans de la mer ».

Poignée de mains.

- Bonjour, comment va ? Alors, quelles sont les propositions de la semaine ?

- Bonjour, ça va merci ... j’ai des pisseurs, des baudroies, voyez...

Ce jour-là, chose rare, nulle presse devant l’étal.

- Que se passe-t-il aujourd’hui ? Peu de monde ?...

Il sourit, calme, détendu, tranquille, assuré :

- Bah... les clients, ça vient par vagues...

J’éclate de rire.

Visiblement ma réaction le prend au dépourvu, il ne saisit pas ce qui m’arrive.

La fraîcheur de son regard, sa candeur, m’emplissent d’aise.

Par une intervention aussi rapide que musclée il m’a sauvé un jour d’un pickpocket qu’il a surpris s’apprêtant à dérober mon porte-monnaie dans la poche de mon manteau lorsque j’achetais mon pain. Il est devenu mon ange gardien du marché.

Mes autres rendez-vous obligés :

Mes légumiers préférés, Bénédicte et Gérard, assistés de Robert, si généreux dans leurs pesées, ainsi que le cordial Jérôme et sa joyeuse équipe.

La serviable Magali, son père et Julien, éleveurs, avec leur assistante, Barbara, aimable étudiante en psychologie.

Tony, le beau boulanger et sa brochette de serveuses diligentes.

Les brousses de Luc, chevrier aux fortes moustaches et à la mine enjouée.

Les fleurs de plein champ de Philippe, homme délicat et attentif s’il en est.

Le volailler et son équipe, si lents à servir, qui délivrent informations sur l’élevage et certificats de naissance de leurs volatiles.

La bergère au beau sourire, ses délicieuses tomes et yaourts de brebis.

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3 – Sourire

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Le Courju forme un isolat d’où les véhicules sont à peu près bannis. Il y a plusieurs décennies, c’était l’emplacement des halles. Quelques beaux immeubles anciens, là où se trouvaient les négociants importateurs, de nombreux restaurants modestes, des commerces divers, outre son remarquable marché paysan du mercredi, des marchés épisodiques – livres anciens, artisanat, végétaux, vide-greniers...

Des groupes très mélangés sont souvent assis sur les marches des terrasses en plateformes ou les accès divers, rampes et murets. Il faut savoir négocier son chemin, ce qui ne pose jamais problème.

Ce jour-là, je revenais de la supérette d’en face, sur l’autre rive, avec mon panier à roulettes. J’avise un homme jeune assis sur un muret devant lequel je passe.

Il me sourit :

- Je vous connais sans doute...

- Non, je ne crois pas...

- Mais, vous me regardez en souriant...

- Normal, vous passez vous-même en souriant, alors je réponds, ça mérite bien ça !

Un autre jour, me voyant terminer péniblement l’ascension de l’escalier montant du Cours Lieutaud, un quidam lui aussi juvénile m’avise aimablement :

- Bravo, il fallait le faire...

- Oui, merci... Ça n’est pas évident. Un jour, ce sera vous, peut-être...

(Rires partagés)

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Published by Blogue-note de Jean Klépal - dans Marseille; Philippe Pujol;
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15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 17:54

Résonances

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Manuel Valls, « Expliquer, c’est excuser. » (09/01/2016)

Eugène Ionesco, Rhinocéros (parabole de la montée du totalitarisme), acte III :

- « … Tout est logique. Comprendre, c’est justifier. »

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« François Hollande n’aura donc pas réussi à l’appâter, malgré des gages sur de nombreux sujets sensibles, comme l’arrêt du projet d’aéroport de Note-Dame-des-Landes ou l’interdiction totale de l’exploration et de l’exploitation du gaz de schiste. » (Le Monde 04/02/2016)

Après le refus de Nicolas Hulot François Hollande vient de bricoler un gouvernement remanié auquel il agrège des écologistes en rupture de ban.

Un coup de badigeon sur la façade n’a jamais suffi à dissimuler les fissures.

Fantomatique, l’échéance majeure de 2017 perce dans la brume.

William Shakespeare, Richard III, acte V, scène 4 :

- « Mon royaume pour un cheval ».

Hamlet, acte I, scène 4 :

- « Il y a quelque chose de pourri dans le Royaume de Danemark ».

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12 février 2016 5 12 /02 /février /2016 19:02

MANOSQUE

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Pour la 29e fois la magie vient d’opérer à Manosque, où Pascal Privet s’acharne d’année en année à renouveler l’exploit de réunir des films de grande qualité, inédits, avant-premières, ou reprises d’œuvres marquantes devenues rares (Le Roi et l’Oiseau, Paul Grimault- Jacques Prévert, prix Louis Delluc 1979).

Pour la 29e fois, il a fait se rencontrer public et réalisateurs chevronnés ou non, invités à témoigner de leurs recherches, de leurs désirs, de leurs aventures.

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Parmi les inédits figurent les réalisations impressionnantes de trois étudiantes en « master métiers du film documentaire » de l’Université Aix-Marseille, avec lequel un partenariat est assuré.

J’en retiens notamment Les jours d’après (Clara Teper), qui nous introduit dans la coopérative ouvrière de production créée après quatre ans de lutte par les anciens salariés d’Unilever, devenus les Fralib. Transformer les conditions de son travail, c’est évidemment se transformer soi-même en profondeur. Nous retrouvons à cette occasion le souvenir de la lutte des Lip, les réalisations des équipes de Cinéluttes, les investigations de Denis Gheerbrant.

Non, rien n’est jamais acquis dans la durée, cependant l’espoir n’est pas totalement utopique. Oui, il est possible d’avoir le culot de tenter autre-chose, et... ça peut marcher. L’avenir pas à pas, sans cesse recommencés. Ne pas céder, impératif absolu.

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Autre inédits :

Un homme coréen, de Jeon Soo-il, film tourné en France en 2014. De Paris à Marseille, en passant par la Haute-Provence, la quête existentielle d’un homme à la recherche de sa femme soudainement disparue. Un road-movie très prenant, balançant entre réalité crue, rêves et fantasmes, rage et rencontres peu ordinaires. A ne pas manquer lors de sa sortie en salles.

Tsamo, film de Markku Lehmuskallio et Anastasia Lapsuy, cinéastes russo-finnois, prend prétexte de l’histoire d’une fillette née en 1854 en Alaska, vendue à huit ans à un ingénieur finlandais travaillant pour une compagnie russo-américaine. Décors et costumes introduisent une distanciation historique, alors que les thèmes sont très actuels : être brutalement séparé de ses origines, devenir un objet de curiosité, voire de compassion, supporter la pression des bons sentiments chrétiens, puissance des racines... Que signifient identité, soumission, intégration, assimilation ? Un grand film, des réalisateurs impressionnants attachés à la culture et à l’imaginaire des peuples du Grand Nord.

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Avant-premières (bientôt en salles) :

Le bois dont les rêves sont faits, un film de Claire Simon, nous emmène à la découverte d’un Bois de Vincennes insoupçonné. Bien sûr le sexe, présent, très présent, les fêtes communautaires, mais aussi des ermites, des marginaux, installés à l’écart, vivant à l’abri de la société, de la civilisation. Là, à deux pas du métro le plus proche. Quelque chose d’assez inimaginable, un outre monde caché dans les frondaisons. Document fort saisissant.

Volta à terra, João Pedro Plácido, dans un hameau du nord du Portugal demeure une poignée de paysans. Ce premier film d’un jeune réalisateur est une sidérante merveille de justesse. Tout y est parfait, photos, cadrages, dialogues, thématique. En quelques images magnifiques, en quelques mots très pertinents, tout est dit, tout est montré de la dureté de la vie rurale, mais aussi de sa fascinante puissance attractive, des traditions, de la beauté des paysages, de la tendresse humaine, de l’idiotie des gouvernants.

Une œuvre majeure à ne surtout pas rater lors de sa prochaine sortie en salles.

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Ces Rencontres Cinéma de Manosque, bientôt trentenaires, sont l’un des joyaux encore offerts çà et là dans les Régions. Des fous passionnés s’activent pour continuer à offrir en partage, vaille que vaille, les fruits de leurs découvertes. Souvent taxés d’élitisme par des élus incultes, détenteurs de crédits qui ne leur appartiennent pas, ils sont soumis à un chantage, à des pressions, insupportables. La perfidie du prétexte des réductions budgétaires agit à plein pour tenter de les réduire au silence, à partir de minables ratios financiers et de choix démagogiques au profit de la permanence de l’exercice d’un pouvoir personnel à très courte vue.

Des événements tels que ces Rencontres sont indispensables à une vie publique équilibrée, responsable, réfléchie, citoyenne. Nous devons une constante vigilance à leurs instigateurs, valeureux agents d’une lutte nécessaire à la survie de l’espèce.

Une collectivité locale soucieuse de la qualité de vie de ses administrés devrait se faire un point d’honneur d’aider au maximum des citoyens ainsi porteurs d’ambition pour leur lieu d’appartenance. Elle aurait tout intérêt à affirmer son soutien à leurs entreprises. Il advient heureusement parfois que ce point de vue soit compris.

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RODEZ

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Depuis son inauguration très médiatisée, en mai 2014, nul ne peut ignorer l’existence du musée Soulages à Rodez.

Comme le Guggenheim de Bilbao, ou le MuCem de Marseille, œuvres architecturales singulières, il s’est rapidement érigé en but de visite. L’attrait de cette architecture contemporaine désormais fin en soi constitue une véritable aubaine pour les cités d’accueil. Prétexte de la culture pour fouetter la vie économique locale. Culture prétexte dans la mesure où l’enveloppe l’emporte parfois sur le contenu. La bouteille de Coca-Cola est belle en soi, nul besoin de la remplir, ou alors peu importe ce qu’on y verse.

Aller faire un tour à Rodez se justifiait d’autant plus que l’équipée imposait de passer par le viaduc de Millau, époustouflante cathédrale des temps présents.

Austère, imposant, caparaçonné d’acier Corten, peu soucieux de séduire, le bâtiment est sagement posé sur un vaste espace, à deux pas du centre-ville. Nul ne peut l’ignorer, il ne dérange en rien, il est là, impassible, peut-être fier de lui.

Cela étant, il est sans doute permis de s’interroger sur la mégalomanie de l’époque. Gloire donc au quantitatif, nombre de m2, coût des réalisations, montant des enchères, nombre d’œuvres déposées ou offertes, nombre de visiteurs, etc.

La vastitude d’un tel édifice pour accueillir l’œuvre de Soulages pourrait poser une simple question d’équilibre. Si la réponse est démesure, alors pourquoi pas ?

Dans un écrit paru l’été dernier[1] je notais « ... Pierre Soulages fait système du noir comme piège à lumière. Il s’attache à la lumière pour elle-même, comme matière essentielle de sa peinture, et aussi comme sujet. Peut-être n’avons-nous là qu’une très habile utilisation d’une trouvaille technique propre à l’illusion. »

Son travail est volontiers élégant, son jeu de variations a souvent de quoi séduire (mais aussi lasser). Que ce soit sur papier ou sur toile, la question se pose de la nature de ce qu’il soumet au regardeur. Art concret, abstraction, la peinture pourquoi ?

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Au fait, si vous passez par Rodez, ne manquez surtout pas d’aller visiter le magnifique musée Fenaille. Vous y admirerez les plus anciennes sculptures monumentales connues en Europe occidentale, une exceptionnelle collection de dix-sept statues-menhir, sculptées il y a environ 5000 ans.

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[1] Jean Klépal – Gouttes de silence – (A2, 59 p., 2015)

Une escapade : Cinéma à Manosque, Soulages à Rodez
Une escapade : Cinéma à Manosque, Soulages à Rodez
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4 février 2016 4 04 /02 /février /2016 09:24

Candide ou l’Optimisme (1759)

Chapitre premier

Comment Candide fut élevé dans un beau château...

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«... Il avait le jugement assez droit, avec l’esprit le plus simple ; c’est, je crois, pour cette raison qu’on le nommait Candide. Les anciens domestiques de la maison soupçonnaient qu’il était fils de la sœur de monsieur le baron et d’un bon et honnête gentilhomme du voisinage, que cette demoiselle ne voulut jamais épouser parce qu’il n’avait pu prouver que soixante et onze quartiers, et que le reste de son arbre généalogique avait été perdu par l’injure du temps. »

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2016

France républicaine, démocratique, laïque, patrie des droits de l’homme, débat récurrent :

- Français de souche (nombre de quartiers requis ?)

- Français naturalisés

- Français issus de naturalisés

- Binationaux

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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 13:34

Bien que puissamment occultées par le silence médiatique, des raisons d’espérer existent.

Actes Sud a publié en novembre 2014 un livre d’entretiens particulièrement riche. [1] Lionel Astruc, journaliste écrivain spécialisé dans les thèmes de l’écologie, des filières de matières premières et de l’économie sociale et solidaire, est allé à la rencontre de Vandana Shiva, figure emblématique de l’écologie et du mouvement altermondialiste, qui s’inscrit dans la grande tradition indienne de résistance et de combat pour l’indépendance. Il s’agit dans son cas d’une opposition radicale à l’oppression de la mondialisation financière.

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Le livre fourmille de réflexions et, surtout, d’exemples de luttes menées, pas seulement en Inde, pour reconquérir la souveraineté alimentaire, notamment en favorisant les petites entreprises agricoles, mieux à même de produire davantage et de meilleure qualité que les conglomérats de la monoculture.

Il s’agit avant tout de reconstruire partout dans le monde une économie locale solide favorisant les circuits courts de proximité, ainsi que la consommation d’énergies fossiles. Cette préoccupation d’un démarche de transition se fait jour dans de nombreux pays. [2]

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PRINCIPALES SÉQUENCES DE L’OUVRAGE

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- L’imposition de méthodes agricoles chimiques intensives appauvrissent les sols et, à terme, diminuent les rendements des exploitations, alors que l’agroécologie préserve les ressources en eau, protège la biodiversité et lutte contre le réchauffement climatique.

Seule la taille humaine d’une exploitation permet l’attention pour autrui et pour la nature. L’industrialisation de l’agriculture et la gestion financière avide dégradent non seulement la nature, mais aussi la communauté des hommes.

C’est évidemment à nous, citoyens, qu’il appartient de nous débarrasser de la culture supermarché selon laquelle l’alimentation y est moins chère. Alors qu’en réalité les coûts cachés colossaux induits sont pris en charge au travers de nos impôts.

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- La question de l’approvisionnement alimentaire est si importante qu’elle suscite des violences redoutables, souvent indûment prêtées à d’autres facteurs. Exemples : La rébellion égyptienne a scellé son unité autour du slogan « Pain, liberté, justice sociale » ; ce sont des fermiers qui ont lancé ce mouvement en Syrie ; en Tunisie, l’immolation d’un vendeur de légumes fut le déclencheur du Printemps arabe ; au Penjab des émeutes ont eu lieu dans les années 60, la modernisation de l’agriculture avait détruit la sécurité alimentaire et attisé le terrorisme.

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- Reconquérir la souveraineté alimentaire, impératif majeur face à la biopiraterie du brevetage du vivant.

En liaison avec de nombreuses ONG et divers mouvements d’agriculture biologique, de nombreux combats ont été, sont encore, menés, certains victorieux. Exemples du riz basmati, du margousier (arbre utilisé en Inde pour ses vertus médicinales et antiseptiques), du blé indien pauvre en gluten, des diverses variétés d’aubergines, pour lesquels des procès ont été gagnés contre des géants de l’agrochimie, dont Monsanto

La lutte contre les règles du commerce international édictées par l’OMC, les lois hygiénistes dont l’objectif est de limiter les marchés de producteurs, la propriété intellectuelle du vivant, est impitoyable.

Des alternatives se mettent en place à travers la liberté des graines et les circuits courts. Exemple de la création de « jardins partagés » à... Rome.

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- La guerre des matières premières fait rage. L’accès à l’eau en est une illustration flagrante. La volonté de privatiser l’eau a donné lieu en Italie, en 2010, a un débat farouche. Le 28 juillet 2010, l’Assemblée générale de l’ONU a affirmé que l’accès à une eau potable est un droit fondamental. (Reste maintenant à faire valoir ce droit.)

Exemple de la lutte victorieuse menée en Inde contre une usine Coca-Cola épuisant les nappes phréatiques dans le Kerala. Le combat se poursuit actuellement dans d’autre Etats de l’Inde, Coca-Cola utilisant tous les moyens pour maintenir son activité dans le sous-continent. Nécessité donc d’une mobilisation permanente.

Autre exemple, l’intervention de l’armée pour imposer une aciérie dans le centre du pays. Ce conflit a entrainé d’effroyables violences à partir de 2005. [3]

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- La liberté des semences, enjeu capital.

Les mensonges publicitaires de Monsanto, la complicité des États, et les contre-performances des semences hybrides, comme des OGM, font l’objet d’un développement argumenté au terme duquel on comprend comment les paysans perdent peu à peu leurs liens avec la nature pour devenir des « exploitants » basculant insensiblement vers le non-sens. Ils se transforment peu à peu en simples consommateurs de graines très coûteuses, sources d’un endettement redoutable.

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- La biodiversité agricole s’oppose à la standardisation souvent imposée par le secteur de la distribution, uniquement soucieux de faciliter la transformation des produits.

Exemple des pommes, des pommes de terre, des tomates.

Un réseau de banques de semences paysannes, associé au mouvement antimondialiste centré sur l’apprentissage de l’agriculture biologique, compte des initiatives sur les cinq continents. La prise de conscience de la valeur de l’alimentation locale commence à progresser. Un jour elle parviendra à inquiéter sérieusement l’industrie agro-alimentaire.

« Rechercher des produits issus de l’agriculture biologique fait partie des actions positives que les citoyens occidentaux peuvent accomplir... »

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- Le lobby de l’industrie agrochimique veut faire des semences un marché captif grâce au « brevetage du vivant ». Depuis 1987, les laboratoires se sont regroupés et Monsanto a quasiment acheté tous les semenciers du monde. Dans le sillage du Mahatma Gandhi, Vandana Shiva a fait de la graine l’emblème de la lutte pour libérer les semences. Elle expose clairement en quoi le brevetage du vivant, qu’elle nomme biopiraterie, constitue une grave atteinte au droit des paysans, comme à la biodiversité. Puis elle détaille les différentes techniques du lobbying aux USA et en Europe.

Cela étant, force est de constater que très nombreux sont les pays opposés aux OGM. La bataille vaut donc d’être ardemment livrée.

Des « alternatives semencières » d’échange et de sélection des semences paysannes existent un peu partout dans le monde, y compris aux Etats-Unis. Un réseau de reproducteurs de semences libres se développe non seulement en Inde, mais aussi en Europe du sud et du nord, en Australie, en Nouvelle-Zélande et au Japon. Une « Alliance planétaire pour la liberté des semences » s’élabore. Faire connaître les initiatives pour démonter les mensonges pseudo-scientifiques est essentiel.

Un chapitre entier est consacré au rôle déterminant des femmes, et aux valeurs féminines, dans cette défense active de la nature et de la biodiversité.

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Le livre se termine sur un ensemble de réflexions relatives à la pratique d’une démocratie véritable et à l’activisme coopératif que cela suppose.

Mobilisation et désobéissance vont de pair. La désobéissance civile est « la traduction en actes » du concept de la non-violence, si cher à Gandhi. Chacun est détenteur d’une part de la responsabilité universelle qui nous incombe vis-à-vis de notre entourage, de notre pays, et de la planète.

« Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde » (Gandhi).[4]

« Notre société contemporaine est organisée autour d’un mensonge. Or, le mensonge est comme une solution chimique sursaturée : déposez une seule goutte de vérité et l’ensemble se cristallise tout entier autour d’elle, inéluctablement » (Vandana Shiva).

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Un livre majeur à lire et à faire connaître.

Un livre porteur d’un espoir raisonnable.

Un livre proprement roboratif prouvant que la mélancolie télégénique d’Alain Finkielkraut ne saurait l’emporter.

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[1] Lionel Astruc : « Vandana Shiva, pour une désobéissance créatrice – entretiens » Actes Sud éd. 2014, 191 p., 19 €

[2] A son modeste niveau, le remarquable marché paysan hebdomadaire que je fréquente assidument à Marseille s’inscrit dans cette problématique. Avec ses 28 producteurs soutenus par une clientèle convaincue, il incarne une évidente volonté politique, si dérangeante que les institutions locales cherchent à le contenir en limitant son extension. L’un de ses créateurs anime une association d’appui à la formation agricole au Cameroun.

[3] Cette volonté d’accaparer des terres agricoles n’est pas seulement propre à l’Inde. Elle se manifeste notamment en Afrique mais aussi chez nous ou les Zones A Défendre (ZAD) sont nombreuse, Notre-Dame des Landes, barrage de Sivens, entre autres.

[4] Prétexter l’inertie du système n’est qu’un argument fallacieux pour s’autoriser à ne rien faire.

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26 janvier 2016 2 26 /01 /janvier /2016 09:54

Une suffisance imbécile porte un homme politique de temporaire premier plan à déclarer « expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser. »

Cet éloge de l’obscurantisme me pousse par un curieux détour à réfléchir aux conséquences de certaines démarches artistiques.

Y a-t-il une relation, n’y en a-t-il pas ?

Peu importe, des œuvres m’apparaissent de manière fugace, l’occasion est à saisir. Une réflexion, si stupide soit-elle, peut ouvrir une voie imprévue. Saisissons-là.

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Grossièrement, parlant de peinture, une classification à coups de serpe s’installe.

Certains artistes me donnent l’impression de fermer les portes après eux, parfois même de les verrouiller à leur insu. Cela tient peut-être au fait qu’ils ont accédé à l’indépassable, qu’ils s’en rendent probablement compte, et que ce faisant ils revendiquent leur exemplarité, sans pour autant vouloir nécessairement faire le vide après eux. Leur virtuosité, leur maîtrise, leur soif insatiable d’expérimentation, peuvent constituer autant d’obstacles, et n’engendrer alors que des épigones, trop souvent médiocres hélas.

D’autres ouvrent des voies, sans toujours le savoir, proposent, hésitent, bousculent, témoignent de leurs recherches et de leurs expérimentations. Ce qui ne les rend pas forcément ni moins ambitieux, ni moins péremptoires que les premiers.

Ceux-là fondent parfois des parentés, sinon des lignées. Ils défrichent, ils ont alors une postérité.

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Nulle hiérarchie, simplement un regard différencié, très personnel donc subjectif et parfaitement contestable, sur ce qui établit nos écarts au monde.

Par bonheur, l’intérêt porté aux œuvres ne dépend nullement de cet ordonnancement simplificateur.

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Parmi les premiers, ceux qui ferment, je citerai quelques noms, à titre d’exemples, à titres divers :

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- Inscrit dans le sillage du Caravage, Georges de Latour, et sa diabolique habileté à jouer de la lumière et de ses effets. Il atteint en permanence un point d’orgue. Il ne peut qu’être copié, en aucun cas prolongé. Il est là en majesté, où on ne peut pas aller plus loin.

- William Turner, son audace proprement éblouissante éclate comme une évidence imparable. Comment se confronter à lui sans s’appauvrir ? Turner, c’est un choc violent asséné en pleine face. On en sort groggy. Le seul moyen de s’en remettre, c’est de le contourner, de l’éviter, tout inoubliable qu’il soit. Trop fort, trop brutal, trop exalté, pour envisager de se mesurer à lui.

- A un niveau bien plus modeste, Pierre Soulages, dont la virtuose trouvaille technique trouve en elle-même son accomplissement. Exemple du découvreur atteignant rapidement la limite de sa découverte.

- Répond aussi à l’appel Georges Braque, dont une récente rétrospective à Paris a remarquablement servi l’extraordinaire unité d’une œuvre aussi forte qu’opiniâtre. Sa rigueur intellectuelle s’exerce évidemment au détriment d’appropriations déductives. Massif, solitaire et déterminé, il est là, témoigne, et n’en demande pas plus.

- Curieusement, Van Gogh prend place dans cette liste. Ses déchirants éclats, ses diffractions, n’appartiennent qu’à lui. Comète au ciel de la peinture, il irradie de sa marque ce qu’il tente. Il engendre un désir de prolongement, mais ne donne naissance qu’à des épigones travaillant laborieusement sur tel ou tel aspect de sa quête. Il est trop grand.

Viennent ensuite deux cas singuliers : Magritte, Picasso.

- René Magritte, exemple parfait d’un artiste pas spécialement doué, mais doté d’une intelligence aussi brillante qu’incisive. Il s’efforce de peindre la pensée et ses détours. Ses énigmes et jeux de mots ravissent l’esprit. Ils pétillent mais n’en demeurent pas moins des exercices de style, parfaitement réussis, clos sur eux-mêmes. Magritte ouvre larges les portes à l’esprit vivace, il les lui claque à la gueule sitôt que franchies. Bravo, rideau, silence.

- Pablo Picasso, monstre dévoreur hyper doué, ne laisse aucun relief à déguster après son passage. Et comme il passe partout... Rien ne lui échappe, sa boulimie est totale. Il explore et jardine ses maîtres, sans aucune retenue. Il repère, capture, détourne, transforme, s’approprie toute forme artistique passant à sa portée. Rien ne le retient, il réussit en tout, partout. Un culot monstre. Il a constamment forcé dans leurs limites tout ce qui tombait sous sa patte. Vertigineux. Il montre que tout est possible et va au bout de tout.

Il ne peut que susciter des imitateurs, nécessairement pâlots. Mieux vaut l’éviter, si on est peintre.

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Voyons un peu maintenant l’autre versant, celui à partir duquel apparaissent des voies à explorer. Nombreux sont les noms qui se pressent. Brièvement :

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- Caravage se présente en premier lieu. Sa liberté d’interprétation des textes sacrés, le choix de modèles pris dans son entourage immédiat, et non pas idéalisés, son désir d’affranchissement des contraintes, son traitement contrasté des ombres et de la lumière, ont fait de lui l’un des artistes dont le sillage a profondément marqué des générations de successeurs. Il est un point de départ.

- La subtilité de Nicolas Poussin, Romain d’adoption, sa recherche de la simplicité et de l’équilibre, retentiront jusqu’à l’époque contemporaine, chez Cézanne en particulier.

- Cézanne, donc, qui se disait « le primitif d’un art nouveau », à propos duquel Picasso s’exclamera « Il était comme notre père à nous tous. C’est lui qui nous protégeait... ». Cézanne l’ouvreur de portes par excellence.

- Avec sa façon de considérer la nature, l’humain et les édifices érigés par lui comme un ensemble mystérieux, Giorgione a inauguré un immense terrain de recherche pour la peinture. Il se situe à un point d’origine. Il introduit le syncrétisme dans l’art.

- Visionnaire, maître du fantastique, Dürer a joué un rôle de passeur capital entre la culture médiévale et les apports de la Renaissance, entre l’idéal méditerranéen et la tradition germanique.

- Par sa miraculeuse modestie, son refus de l’anecdote et du pompeux, Vermeer nous invite à la contemplation de la tranquille beauté du familier. Il renouvelle et apaise le regard. Il procure un silence méditatif à la peinture. Peut-être n’a-t-il jamais représenté que des natures mortes où la douceur humaine et la solidité des objets se confondent. Ce faisant, ses œuvres sont toutes d’ouverture.

- Une étape décisive fut franchie notamment grâce à Claude Monet, qui conquit définitivement la liberté pour les peintres et la peinture, en offrant à chacun, artistes et public, le bonheur de s’immerger dans l’art.

- Il faudrait aussi citer plus précisément Goya, Frantz Halls, Francis Bacon, Pierre Bonnard, Vélasquez et Rembrandt certainement...

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Pourquoi cette évocation à mailles très lâches ?

Sans doute parce que la pression des idioties, comme des atrocités, requiert un souffle second.

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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 11:16

Des photos de la « jungle » de Calais, début janvier 2016.

La vie s’organise, elle est plus forte que la coercition de l’État.

Une société se construit en marge, un grillage la sépare. Atrocité du cynisme officiel.

Il s’agit de la reconnaissance du droit à une existence individuelle.

Depuis les origines l’art et la culture sont essentiels, ils procèdent des besoins premiers.

Ils participent à la survie, au maintien de la dignité humaine.

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18 janvier 2016, le démantèlement de la « jungle » est engagé.

(Photos Alain Nahum – D.R.)

 « L’art c’est la vie » « L’art c’est la vie »
 « L’art c’est la vie » « L’art c’est la vie »
 « L’art c’est la vie » « L’art c’est la vie »
 « L’art c’est la vie » « L’art c’est la vie »
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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 16:02


Langage, écriture, et tout ce que nous nommons art voire culture, existent depuis des millénaires. Les notions de progrès, de croissance et de développement n’ont aucun sens dans ces domaines.

Il ne s’agit au mieux que de changements de points de vue, simplement propres à aborder les choses de manières différentes. Il s’agit de mises en perspective variables. Du plongeur de Paestum à Matisse et Picasso, du cascadeur d’Héraklion aux statuettes de Giacometti, de la Vénus de Lespugue aux Nanas de Niki de Saint-Phalle, de l’art pariétal au street art, etc.

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(Remarquons que ce n’est que depuis le quattrocento italien que l’art s’est paré d’une majuscule et qu’est apparue la notion d’artiste.[1] )

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Aujourd’hui, la pratique de l’art devrait pouvoir se comprendre comme une métaphore de la vie avec laquelle elle devrait naturellement se confondre. Langage, écriture, culture et art nous sont légués d’entrée de jeu. Le petit d’homme s’en saisit peu à peu, dès son jeune âge. Il en fait patiemment l’apprentissage, à mesure de ses découvertes.

Chacun s’en empare, et s’y confronte, pour entrer dans le jeu des relations sociales. Certains tentent quelques inflexions (abords créatifs, regard aiguisé, discours personnel...) susceptibles d’en modifier l’usage. Nous nommons artistes quelques-uns de ceux-là.

La vie nous est donnée, chacun en use à sa manière. Les conditions sont différentes, plus souvent imposées que délibérément choisies, chacun tente de faire avec, du mieux possible.

L’art, comme la vie, est tissé de contraintes. Partout des limites, des interdits sur lesquels rebondir. Depuis des lustres la recherche de détours pour enrichir la démarche nourrit l’expression artistique. Du Caravage avec le choix de ses modèles, en passant par les Impressionnistes, le cubisme et les diverses écoles du XXe siècle, jusqu’à nos jours.

L’art est par conséquent bien autre chose que ce produit labellisé art contemporain, qui n’est jamais qu’un hochet commercial de luxe figé parmi beaucoup d’autres, soumis aux aléas de la mode et des appétits de consommation superflue, uniquement préoccupé d’attirer l’attention.

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La puissance inégalable de l’Art réside dans sa capacité à provoquer du différé.

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[1] Voir Edouard Pommier – Comment l’art devient l’Art dans l’Italie de la Renaissance. Gallimard 2007, 539 p.

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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 15:52

C’est un petit livre écrit par un historien, professeur au Collège de France, et un cinéaste écrivain, à la suite des assassinats de janvier 2015, à Paris[1].

Mon propos consiste uniquement en une série de citations, passages soulignés au fil de la lecture. Donc propos partial.

Les auteurs parlent de la présentation d’un état d’esprit susceptible d’engendrer un débat. J’espère modestement y contribuer :

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« (Nous étions évidemment passés auparavant) par une série de décompositions démocratiques profondes.

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(Le 7 janvier) Chacun des petits personnages de ce qui s’écrira d’emblée comme « page d’histoire » va dire « Je suis Charlie » ... ils ne vont pas nous tuer tous quand même ? D’une certaine façon si...

Il y avait des morts ... faire le compte de ce qu’ils endeuillaient en nous.... la guerre, elle nous désoriente et nous ensauvage.

L’effet anesthésiant de ces flux d’images, déversés par les chaînes d’information continue...

Le plus effrayant : il y eut quelqu’un pour filmer cela de son balcon.

On s’est ingénié dans les jours qui suivirent à prouver que la liberté d’expression ne pouvait pas mourir – mais en est-on certain ?

La colère vient des années soixante-dix : le recours à la violence d’une partie de l’extrême gauche (mais aussi de l’extrême droite, en Italie particulièrement).

Perception (officielle) d’une dérive suicidaire pour occulter la masse des questions (adressées à la société).

>

(Depuis lors) Accroissement de la violence symbolique exercée sur les individus par le capitalisme.

... les guerres lointaines du monde occidental ne peuvent se dire et se voir qu’à la manière d’opérations de police ... dans deux jours, on se surprendra à crier de bon cœur « Vive la police ! » pour rendre hommage aux dessinateurs assassinés de Charlie hebdo.

Nos corps poreux se laissent gagner par le lexique guerrier.

(À propos des « théâtres d‘opérations extérieures ») Théâtre : on y est spectateur et les rôles sont joués par des professionnels – Opération : la guerre une technique chirurgicale – Extérieure : au plus loin.

>

(A Toulouse mars 2012) Assassinat d’un parachutiste français d’origine marocaine, deux militaires français d’origine algérienne, un militaire français d’origine guadeloupéenne est laissé pour mort, professeurs et rabbin, des élèves...

(Le musée juif de Bruxelles, mai 2014) après tout cela qu’avons-nous fait, sinon commencer à nous y habituer ? C’est ce qu’ils veulent.

>

(Les tueurs de janvier 2015) La misère ? Peut-être, mais pas celle de la relégation, de l’exclusion ou de la pauvreté. La misère houellebecquienne des sentiments, des valeurs et des identités ... mélange de sentimentalisme et de désir d’action (qui) ne trouve pas d’autre issue que la grande cause mondiale de l’islamisme politique.

(Khaled Kelkal en 1995, Mohammed Merah en 2012) la vie banale, hésitante et fragile de jeunes Français de confession musulmane.

>

(Le 11 janvier) La mention « Je suis Juif » ou « Je suis flic » était plus fréquemment brandie que « Je suis musulman » ... l’identité la plus absente était « Je suis athée ».

Spectacle stupéfiant que de voir l’ovation faite aux forces, armées et de l’ordre, et, à travers elles, le compliment adressé au trio Hollande, Valls, Cazeneuve. ... La situation a de l’envergure, elle les hisse au diapason.

Une quarantaine de chefs d’Etat et de gouvernement sont venus des quatre coins du monde fouler une centaine de mètres du pavé parisien, être là une dizaine de minutes, aux côtés des milliers et milliers de Parisiens, et incarner cette vision moderne du corps du roi, dans les rues de Paris les corps des manants ne sont pas à la traîne, ce sont plutôt les rois qui le sont.

Le blasphème comme la caricature sont une hygiène de la pensée...

On parle des dix-sept morts de ces trois rudes journées, alors qu’ils sont vingt. Il y a, incontestablement, dix-sept victimes, mais vingt morts ... personne n’en voulait de ces trois corps là.

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(14 janvier) assassiner des Juifs, des musulmans sous l’uniforme français et des journalistes de Charlie hebdo, c’était frapper ceux que l’on n’aime vraiment pas sans pouvoir se l’avouer, c’était raviver de vieilles blessures, administrer aux foules assemblées une fulgurante leçon

d’histoire.

Le djihadisme nous oblige à considérer le fait que le carnage organisé s’est inventé en même temps que la démocratie.

Laïcité : qui dira que ce que nous exigeons des musulmans, aujourd’hui, jamais la République ne l’a obtenu des catholiques...

Il arrive aussi que les dangers annoncés ne soient pas ceux qui font le plus de mal, et que c’est en croyant les prévenir qu’on précipite le pire.

Du 7 au 11 janvier, les représentants politiques de la France ont porté une parole publique que l’on aurait pu croire plus irrémédiablement dégradée ... voyez, depuis, comment ils se relâchent : c’est que nous les serrons plus d’assez près ... le temps presse ... Tout est à refaire.

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[1] Patrick Boucheron / Mathieu Riboulet – Prendre dates (Paris, 6 janvier-14 janvier 2015) – Verdier 2015, 137 p.

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