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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 10:21

Nous sommes en été, saison du tourisme culturel tous azimuts.

Livres de l’été, l’été des festivals...

1 -

Culture, un des mots les plus piégés et les plus galvaudés qui soient.

De quoi parle-t-on ?

D’une Culture stable, empreinte de certitudes, soclée sur des siècles, voire des millénaires, dominatrice, arrogante, forte comme une citadelle ? Officielle, établie sur des dogmes, comme les religions ? D’une Culture de la transmission, de la reproduction, de l’académisme, productrice d’icônes pétrifiées, source de domaines réservés et de chasses gardées (ce qui implique évidemment le risque de nécroses) ?

Ou bien

D’une Culture de l’incertitude, nourrie d’instabilité comme d’irrespect ? Donc nécessairement évolutive, marginale, adepte des pas de côté ? Génératrice d’archipels de pensées où la fécondation résulte de transgressions et de découvertes (ce qui entraine évidemment le risque du n’importe quoi) ?

2 -

Un Ministère de la Culture, qui compte des Directions régionales des « affaires culturelles » (Les affaires sont les affaires) peut-il être autre chose qu’un Ministère de la police chargée de régenter son domaine ? Les affaires culturelles sont les affaires, cela va de soi.

Penser à la remarque d’Hannah Arendt pour laquelle la diffusion massique de la culture commercialisée ne peut en rien améliorer le niveau culturel général.

3 -

Piège de l’opposition entre culture populaire et « élitisme », c’est-à-dire entre Culture stable et Culture de l’incertitude.

La culture populaire, populacière, ne peut aller que dans le sens de la facilité et de la démagogique variété (le football et une « grande » exposition se situent au même plan). Elle s’oppose nécessairement à toute création, à toute recherche. Elle industrialise le déjà vu, le déjà connu ; elle fige dans le passé et favorise la censure en entretenant, voire en honorant, la paresse intellectuelle. Seule l’immuable lui convient vraiment.

La culture soit disant élitiste stimule l’esprit en prenant le risque de tentatives dans des voies nouvelles tout en s’appropriant les acquis du passé. Elle ne peut aujourd’hui que s’installer dans la résistance, en marge

4 -.

Au lieu de l’entretien d’un conflit irréductible et bassement électoraliste entre ces deux aspects, les décisionnaires cultureux devraient s’ingénier à favoriser des passages de l’un à l’autre pour que s’établisse une fertilisante communication.

Paul Klee remarquait que la dimension du tableau n’en fait pas la grandeur, il serait temps d’admettre que ce ne sont ni le nombre de spectateurs, ni l’affluence de visiteurs qui font l’intérêt d’un spectacle ou d’une exposition, pas plus que le chiffre des ventes d’un ouvrage. Adopter un tel point de vue serait bouleversant. Le Pouvoir s’y oppose depuis des décennies, quel que soit son coloratur.

5 -

Autre aspect, culture et dépossession progressive : ne pas confondre magasinage d’un vaste savoir et culture, c'est-à-dire constitution patiente de repères personnels, apprentissage du regard, d’une grammaire, d’une langue, mise en mouvement et mobilité mentale.

Et puis, aussi, faire la part de l’indicible.

Syllogisme improbable

L’art est le facteur absolu de la mise en commun et du partage.

Les États renoncent de plus en plus au ferment de la culture.

La barbarie gagne partout du terrain.

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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 07:54

« C’est bien, mais c’est trop élitiste » - « Intéressant, mais j’ai peur que cela paraisse trop intellectuel »...

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Propos infâmes trop souvent entendus, depuis trop longtemps, tenus par de misérables Trissotins adeptes de fadaises. J’ai connu cela du temps que j’animais une galerie dans le Luberon. Un certain souci de qualité et de diversité passait mal auprès de quelques roitelets locaux et de leurs thuriféraires.

La curiosité d’esprit est incompatible avec le souci du maintien de l’existant en son état.

Tout récemment, j’ai rapporté sur ce blogue comment un processus d’asphyxie financière progressive est venu à bout des Rencontres Cinéma de Manosque, après trois décennies d’activité largement appréciée.

Vivent les Kermesses, les Fêtes commerciales, l’obscénité des illuminations de fin d’année et les feux d’artifice. Panem et circenses. Les zombis pensent au renouvellement de leurs mandats, ils ne savent même pas mettre à profit le potentiel créateur disponible.

Les exemples abondent, hélas.

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Dans le journal La Provence du vendredi 24 février 2017, une rencontre avec Roland Hayrabedian, directeur de l’ensemble Musicatreize. Cet ensemble qui vient de fêter son trentième anniversaire doit beaucoup à l’énergie de son directeur-créateur, ainsi qu’aux encouragements initiaux de Maurice Ohana. Cette formation est sans conteste possible l’un des fleurons de la ville de Marseille, son lieu de résidence habituel. Très prisé en France et à l’étranger, nombreuses tournées internationales d’années en années, Europe, deux Amériques, la cité phocéenne et la Région brillent par leur discrétion à son égard. Ce groupe serait... élitiste.

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Voici lâchée l’accusation majeure proférée par tous les jocrisses, minables desservants de toute absence d’ambition autre que le court terme du nez à la vitre et de la béate contemplation de leur propre médiocrité.

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Culture hors-sol

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« Dans le cas des cultures hors-sol, les cultures se déroulent sans terre, se libérant ainsi des contraintes liées aux cultures terriennes classiques. » (Wikipedia)

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Belle définition pouvant s’appliquer à une grande partie de nos élites politiques.

A chacun de discerner qui s’apparente davantage à la tomate, à la laitue, au concombre, à la courgette ou au poivron.

Une chose est certaine, c’est l’aisance naturelle avec laquelle ils se libèrent des contraintes du commun. Pour ceux qui ont connu au préalable une (courte) expérience de la vie quotidienne et du travail rémunéré, l’oubli opère rapidement. 

Cumul des mandats, immunité parlementaire ou vociférations contre le système qu’ils ont non seulement mis en place, mais dont ils sont les représentants incontestables, facilitent leur perte de mémoire ainsi que leur ignorance de la réalité du terrain.

Nourris au goute à goute de fonds secrets ou d’indemnités exceptionnelles, s’estimant d’une autre essence que le vulgum pecus, ils ont des avis sur tout, et savent discerner le Bien du Mal. Ils savent donc débusquer et combattre l’élitisme là où il sévit.

Quelque chose admirable, séraphique, niche en eux. Ils le croient profondément, et veillent à nous faire partager leur conviction, puisque c’est en notre nom qu’ils se prononcent.

Quels braves gens si attentifs aux glébeux que nous sommes !

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De longue date, la diffusion des produits de la pensée, artistique surtout, connait bien des difficultés. Elle n’est pas seulement entravée par la marchandisation généralisée. Des facteurs plus spécifiques, de l’ordre des mécanismes individuels de défense, sont en jeu. Aller au-devant du public n’est pas une mince affaire. Jean Vilar, puis Antoine Vitez (« du théâtre élitaire pour tous »), l’ont magistralement démontré.

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Une indigence d’esprit, très fréquente chez des décideurs soigneusement élevés hors sol ou en batteries, détenteurs de pouvoirs financiers arbitrairement monopolisés alors qu’ils sont issus des contributions citoyennes, agit comme un frein puissant.

L’onction électorale confère une capacité épiphanique à juger de tout. En particulier de ce dont ces décideurs sont souvent le moins à même d’apprécier. Mais leur œcuménisme n’a pas de limite.

C’est bien connu, la fonction rend légitime en tous domaines. Le titre, le grade, parfois le diplôme (dans ce cas il ne s’agit que d’anciens combattants du diplôme), le costume, servent de bouclier aux fragilités personnelles.

Admettre qu’on ne sait pas, quand on possède un titre, ou qu’on occupe une fonction, est souvent de l’ordre de l’impossible. Puisque le Verbe s’est fait chair, mieux on est situé dans la hiérarchie, plus on détient Vérité et Savoir discrétionnaire. Moins on supporte d’être mis en question, voire simplement interpellé, et détenir des budgets assoit un pouvoir formidable, car indiscutable.

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Alors que les institutions publiques devraient relayer, elles s’en abstiennent généralement puisqu’elles ne sont que l’expression de leurs représentants.

Une grande difficulté propre aux artistes et à certains de leurs représentants, galeristes, éditeurs singuliers, tient à leur malaisance à établir des relations au-delà du cercle nécessairement restreint des aficionados.

Ils ne savent généralement pas faire, et s’en gardent même parfois avec répugnance. D’où une fragilité de personnes fréquemment désarmées face aux mauvaises grâces de quelque filou incompétent, organisateur de manifestations culturelles.

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Tandis que l’accent n’est pas mis sur l’urgence de rétablir le primat de la pensée, de favoriser la réflexion et la curiosité personnelle, il y a là un très vaste chantier délibérément laissé en friche, auquel il serait urgent de s’attacher. Cela va bien au-delà d’une discussion sur la nécessité ou non de maintenir sous une tente à oxygène un inutile Ministère de la Culture et ses pseudopodes (DRAC, FRAC, et autres micmacs).

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17 mai 2015 7 17 /05 /mai /2015 09:41

Dans le Diplo du mois de mai, un article de Gérard Mordillat à signaler et à méditer urbi et orbi.

En quelques paragraphes, il enfonce un peu plus le clou, on ne tapera jamais assez.

L’essentiel de son propos tient en quelques remarques de bon sens, que je traduis à ma manière.

- Il est clair depuis longtemps qu’il n’y a généralement RIEN A VOIR dans les productions les plus vantées, les plus à la mode.

MAIS il faut considérer ce rien comme la forme la plus aboutie de l’art, et se soumettre sans la moindre hésitation à la règle imposée, profèrent les marchands du Temple et leurs mandataires respectueusement asservis. Toute forme de scepticisme ne peut émaner que de gougnafiers.

- La peinture est aujourd’hui totalement ignorée par les Pouvoirs Publics, méprisée par la critique. Persister à se déclarer peintre, et en profiter pour peindre, relève d’un incompréhensible acharnement mortifère propre à ne séduire que des attardés.

- L’Art Contemporain c’est avant tout l’art de bâtir des fortunes avec du vent. Il existe des maîtres pour cela, ils sont encensés par les plus hautes instances de l’État, depuis plusieurs décennies, en parfait accord avec quelques spéculateurs-mécènes hautement révérés.

L’autorité absolue du succès financier a engendré une nouvelle forme d’expression artistique, le Financial Art, qui balaie tout sur son passage.

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Contempler une toile, la regarder attentivement, engage l’être tout entier. La démarche, la prise de possession par le regard, est d’abord profondément physique. L’émotion précède évidemment le raisonnement, l’intellectuel. Le sensible prime, tout véritable amateur connait cela.

Un seul regard peut entrainer un bouleversement propre à transformer la vision que nous avons du monde. Et cela n’a pas de prix.

Mordillat aborde cela dans son article. Il a profondément raison.

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Nicole Esterolle est un pseudonyme sous lequel se cache, fin bretteur, un redoutable analyste de l’AC. Cette impitoyable Nicole publie depuis 2009 une lettre mensuelle dont la saveur et la pertinence retiennent l’attention - www.nicole-esterolle.com. Elle vient de publier un recueil de ses chroniques les plus marquantes : « La bouffonnerie de l’art contemporain - ses malheureuses victimes, ses bienheureux bénéficiaires »

S’y reporter est non seulement roboratif, mais aussi très riche d’enseignements.

Je ne saurais résister au plaisir d’en citer la conclusion :

« La dictature de cet « art contemporain », qui détruit la création réelle, est l’inévitable corollaire de la dictature de la finance mondiale qui détruit l’économie réelle et qui ruine des pays entiers...Alors oui, résistons à cette bouffonnerie ubuesque destructrice d’humanité ! »

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Bonne lecture à chacun ! Tenons l’œil en éveil !
L’Art contemporain (AC pour les initiés), une fois encore...  Vanitas vanitatum, et omnia vanitas (citation anonyme et apocryphe d'une quelconque agent du Ministère de l'Inculture)
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