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15 octobre 2016 6 15 /10 /octobre /2016 10:33

L’auteure est célèbre, de petit format le livre, marginal l’éditeur.

L’ensemble mérite l’attention.

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Nancy Huston, Sois belle (48 p.) suivi de Soi fort (51 p.), éditions Parole, 83630 Artignac-sur-Verdon, 12 €.

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Ce double essai reprend deux conférences destinées à tenter de faire « mieux comprendre et accepter les forces et les faiblesses des hommes et des femmes, la part animale qui les assemble et les oppose ainsi que leurs souffrances respectives dans notre monde actuel. »

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Il s’agit avant tout de remarques d’un tel bon sens que leur évidence peut paraître choquante. Rappeler des notions élémentaires totalement enfouies dans la bienpensance des allants de soi solidement établis sur de pseudo certitudes se révèle perturbant, voire répréhensible sans doute pour certains.

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Sois belle

Nancy Huston s’efforce d’enfoncer des portes ouvertes soigneusement dissimulées par les toiles  d’araignée d’une pensée figée.

Elle commence par rappeler haut et fort la réalité animale de nos origines pour insister sur la différence corporelle fondamentale entre femme et homme et ce qu’elle induit en matière de comportements différenciés. L’auteur note au passage que la théorie du genre, qui donne la préférence à l’individu par rapport à l’espèce, nie la continuité biologique humain-règne animal.

La différence de destinée reproductrice avec tout ce qu’elle entraine au plan de la sexualité et du rapport à l’autre est renforcée par l’homonymie entre l’homme en tant qu’espèce et le genre masculin.

L’égalité sociale fondée sur une prétendue égalité biologique est à l’évidence une fausse piste qu’aucune disposition, paritarisme ou autre fadaise, ne saurait justifier.

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Les religions monothéistes ont établi une scission entre moi et mon corps. Pas étonnant, dès lors, que le corps féminin soit devenu une chose à laquelle les hommes réagissent. « ... le corps féminin s’est largement émancipé de ses anciennes servitudes, qu’elles soient sexuelles, procréatrices ou vestimentaires (...) le voilà soumis à des contraintes esthétiques plus régulières, plus impératives, plus anxiogènes qu’autrefois. »

« Théoriquement, notre réussite (comme celle des hommes) ne tient plus qu’à notre compétitivité, à notre volonté, à notre intelligence. Mais du matin au soir, les artefacts de notre culture nous assènent au contraire qu’elle dépend de notre apparence physique. »

L’image du corps est devenue plus importante que la sensation du corps.

Libre l’occidentale et aliénée l’orientale ? Est-ce bien sûr ?

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Sois fort

La féminité n’est pas à prouver, alors que la virilité l’est.

La perpétuation de la vie est l’affaire des femmes. La survie, celle des hommes, chasseurs dont l’armement est une assurance contre la peur. Entre eux, les hommes se sentent forts.

Les guerres sont décidées par des hommes, qui en sont majoritairement les victimes.

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Les humains mâles sont programmés pour la violence, et les femelles préfèrent les mâles agressifs, de nos jours hommes riches et puissants.

Nous constatons que la violence virile a des effets incontrôlables. Après nous avoir longtemps aidés à survivre, la violence et l’agressivité masculines sont devenues contre productives, puisqu’elles deviennent capables de nous anéantir.

La violence physique est déléguée à l’Etat dans l’occident moderne (guerre, police, outils répressifs). Les seules manifestations reconnues acceptables au plan individuel en sont désormais la réussite sociale, l’argent, le pouvoir.

Bien sûr, la violence directe des démunis existe et horrifie (terrorisme). N’oublions pas, ce faisant, notre responsabilité collective dans son émergence. La dévastation du monde et les désastres engendrés sont largement de notre fait.

La barbarie n’est pas inhumaine, elle fait partie de l’histoire de notre espèce.

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La société laïque fait l’impasse sur les problèmes que leur corps pose aux jeunes adultes, alors que les femmes sont habituées à en parler ensemble. Tandis que la sexualité masculine naissante est souvent obsédante. Le foot, les bagnoles, la politique, font écran, et la pornographie trouve le champ libre.

L’idée prévaut que l’homme est un guerrier déchaîné et la femme une chose à orner et à déshabiller (industrie cinématographique, publicité).

Face à ce désarroi, la femme a toujours un recours : devenir mère.

Pour l’homme, devenir père est plutôt affolant (faire face à ses responsabilités).

S’installent alors la rage et la haine d’une société dans laquelle aucun future n’existe. D’où le terrorisme aveugle et suicidaire.

Seule la guerre est en mesure de provoquer des émotions incomparables.

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Que faire pour sortir de ce cauchemar ?

Importance de l’éducation au partage et à la connaissance de l’autre.

Il faudrait « reconnaître comme étant réellement des points faibles certains traits que la domination masculine est parvenue à faire passer pour des signes de valeur. »

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« ... il serait possible de ne plus se barder de fiction manichéennes pour ne pas mourir de peur. (...) contre les excès délirants de violence que nous commettons actuellement contre les causes ultimes des guerres contemporaines – bagarres pour le pétrole, spéculation financière, industries de luxe, monopoles pharmaceutiques, agriculture transgénique, monocultures, abattoirs industriels, armements nucléaires, centrales nucléaires, montres en diamants, manteaux en vison – contre notre arrogante habitude de nous arroger les richesses des autres (...) nous pouvons beaucoup. Beaucoup. Beaucoup plus. »

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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 16:02


Langage, écriture, et tout ce que nous nommons art voire culture, existent depuis des millénaires. Les notions de progrès, de croissance et de développement n’ont aucun sens dans ces domaines.

Il ne s’agit au mieux que de changements de points de vue, simplement propres à aborder les choses de manières différentes. Il s’agit de mises en perspective variables. Du plongeur de Paestum à Matisse et Picasso, du cascadeur d’Héraklion aux statuettes de Giacometti, de la Vénus de Lespugue aux Nanas de Niki de Saint-Phalle, de l’art pariétal au street art, etc.

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(Remarquons que ce n’est que depuis le quattrocento italien que l’art s’est paré d’une majuscule et qu’est apparue la notion d’artiste.[1] )

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Aujourd’hui, la pratique de l’art devrait pouvoir se comprendre comme une métaphore de la vie avec laquelle elle devrait naturellement se confondre. Langage, écriture, culture et art nous sont légués d’entrée de jeu. Le petit d’homme s’en saisit peu à peu, dès son jeune âge. Il en fait patiemment l’apprentissage, à mesure de ses découvertes.

Chacun s’en empare, et s’y confronte, pour entrer dans le jeu des relations sociales. Certains tentent quelques inflexions (abords créatifs, regard aiguisé, discours personnel...) susceptibles d’en modifier l’usage. Nous nommons artistes quelques-uns de ceux-là.

La vie nous est donnée, chacun en use à sa manière. Les conditions sont différentes, plus souvent imposées que délibérément choisies, chacun tente de faire avec, du mieux possible.

L’art, comme la vie, est tissé de contraintes. Partout des limites, des interdits sur lesquels rebondir. Depuis des lustres la recherche de détours pour enrichir la démarche nourrit l’expression artistique. Du Caravage avec le choix de ses modèles, en passant par les Impressionnistes, le cubisme et les diverses écoles du XXe siècle, jusqu’à nos jours.

L’art est par conséquent bien autre chose que ce produit labellisé art contemporain, qui n’est jamais qu’un hochet commercial de luxe figé parmi beaucoup d’autres, soumis aux aléas de la mode et des appétits de consommation superflue, uniquement préoccupé d’attirer l’attention.

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La puissance inégalable de l’Art réside dans sa capacité à provoquer du différé.

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[1] Voir Edouard Pommier – Comment l’art devient l’Art dans l’Italie de la Renaissance. Gallimard 2007, 539 p.

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Published by Blogue-note de Jean Klépal - dans Art ; Progrès ; Evolution
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