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12 février 2016 5 12 /02 /février /2016 19:02

MANOSQUE

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Pour la 29e fois la magie vient d’opérer à Manosque, où Pascal Privet s’acharne d’année en année à renouveler l’exploit de réunir des films de grande qualité, inédits, avant-premières, ou reprises d’œuvres marquantes devenues rares (Le Roi et l’Oiseau, Paul Grimault- Jacques Prévert, prix Louis Delluc 1979).

Pour la 29e fois, il a fait se rencontrer public et réalisateurs chevronnés ou non, invités à témoigner de leurs recherches, de leurs désirs, de leurs aventures.

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Parmi les inédits figurent les réalisations impressionnantes de trois étudiantes en « master métiers du film documentaire » de l’Université Aix-Marseille, avec lequel un partenariat est assuré.

J’en retiens notamment Les jours d’après (Clara Teper), qui nous introduit dans la coopérative ouvrière de production créée après quatre ans de lutte par les anciens salariés d’Unilever, devenus les Fralib. Transformer les conditions de son travail, c’est évidemment se transformer soi-même en profondeur. Nous retrouvons à cette occasion le souvenir de la lutte des Lip, les réalisations des équipes de Cinéluttes, les investigations de Denis Gheerbrant.

Non, rien n’est jamais acquis dans la durée, cependant l’espoir n’est pas totalement utopique. Oui, il est possible d’avoir le culot de tenter autre-chose, et... ça peut marcher. L’avenir pas à pas, sans cesse recommencés. Ne pas céder, impératif absolu.

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Autre inédits :

Un homme coréen, de Jeon Soo-il, film tourné en France en 2014. De Paris à Marseille, en passant par la Haute-Provence, la quête existentielle d’un homme à la recherche de sa femme soudainement disparue. Un road-movie très prenant, balançant entre réalité crue, rêves et fantasmes, rage et rencontres peu ordinaires. A ne pas manquer lors de sa sortie en salles.

Tsamo, film de Markku Lehmuskallio et Anastasia Lapsuy, cinéastes russo-finnois, prend prétexte de l’histoire d’une fillette née en 1854 en Alaska, vendue à huit ans à un ingénieur finlandais travaillant pour une compagnie russo-américaine. Décors et costumes introduisent une distanciation historique, alors que les thèmes sont très actuels : être brutalement séparé de ses origines, devenir un objet de curiosité, voire de compassion, supporter la pression des bons sentiments chrétiens, puissance des racines... Que signifient identité, soumission, intégration, assimilation ? Un grand film, des réalisateurs impressionnants attachés à la culture et à l’imaginaire des peuples du Grand Nord.

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Avant-premières (bientôt en salles) :

Le bois dont les rêves sont faits, un film de Claire Simon, nous emmène à la découverte d’un Bois de Vincennes insoupçonné. Bien sûr le sexe, présent, très présent, les fêtes communautaires, mais aussi des ermites, des marginaux, installés à l’écart, vivant à l’abri de la société, de la civilisation. Là, à deux pas du métro le plus proche. Quelque chose d’assez inimaginable, un outre monde caché dans les frondaisons. Document fort saisissant.

Volta à terra, João Pedro Plácido, dans un hameau du nord du Portugal demeure une poignée de paysans. Ce premier film d’un jeune réalisateur est une sidérante merveille de justesse. Tout y est parfait, photos, cadrages, dialogues, thématique. En quelques images magnifiques, en quelques mots très pertinents, tout est dit, tout est montré de la dureté de la vie rurale, mais aussi de sa fascinante puissance attractive, des traditions, de la beauté des paysages, de la tendresse humaine, de l’idiotie des gouvernants.

Une œuvre majeure à ne surtout pas rater lors de sa prochaine sortie en salles.

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Ces Rencontres Cinéma de Manosque, bientôt trentenaires, sont l’un des joyaux encore offerts çà et là dans les Régions. Des fous passionnés s’activent pour continuer à offrir en partage, vaille que vaille, les fruits de leurs découvertes. Souvent taxés d’élitisme par des élus incultes, détenteurs de crédits qui ne leur appartiennent pas, ils sont soumis à un chantage, à des pressions, insupportables. La perfidie du prétexte des réductions budgétaires agit à plein pour tenter de les réduire au silence, à partir de minables ratios financiers et de choix démagogiques au profit de la permanence de l’exercice d’un pouvoir personnel à très courte vue.

Des événements tels que ces Rencontres sont indispensables à une vie publique équilibrée, responsable, réfléchie, citoyenne. Nous devons une constante vigilance à leurs instigateurs, valeureux agents d’une lutte nécessaire à la survie de l’espèce.

Une collectivité locale soucieuse de la qualité de vie de ses administrés devrait se faire un point d’honneur d’aider au maximum des citoyens ainsi porteurs d’ambition pour leur lieu d’appartenance. Elle aurait tout intérêt à affirmer son soutien à leurs entreprises. Il advient heureusement parfois que ce point de vue soit compris.

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RODEZ

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Depuis son inauguration très médiatisée, en mai 2014, nul ne peut ignorer l’existence du musée Soulages à Rodez.

Comme le Guggenheim de Bilbao, ou le MuCem de Marseille, œuvres architecturales singulières, il s’est rapidement érigé en but de visite. L’attrait de cette architecture contemporaine désormais fin en soi constitue une véritable aubaine pour les cités d’accueil. Prétexte de la culture pour fouetter la vie économique locale. Culture prétexte dans la mesure où l’enveloppe l’emporte parfois sur le contenu. La bouteille de Coca-Cola est belle en soi, nul besoin de la remplir, ou alors peu importe ce qu’on y verse.

Aller faire un tour à Rodez se justifiait d’autant plus que l’équipée imposait de passer par le viaduc de Millau, époustouflante cathédrale des temps présents.

Austère, imposant, caparaçonné d’acier Corten, peu soucieux de séduire, le bâtiment est sagement posé sur un vaste espace, à deux pas du centre-ville. Nul ne peut l’ignorer, il ne dérange en rien, il est là, impassible, peut-être fier de lui.

Cela étant, il est sans doute permis de s’interroger sur la mégalomanie de l’époque. Gloire donc au quantitatif, nombre de m2, coût des réalisations, montant des enchères, nombre d’œuvres déposées ou offertes, nombre de visiteurs, etc.

La vastitude d’un tel édifice pour accueillir l’œuvre de Soulages pourrait poser une simple question d’équilibre. Si la réponse est démesure, alors pourquoi pas ?

Dans un écrit paru l’été dernier[1] je notais « ... Pierre Soulages fait système du noir comme piège à lumière. Il s’attache à la lumière pour elle-même, comme matière essentielle de sa peinture, et aussi comme sujet. Peut-être n’avons-nous là qu’une très habile utilisation d’une trouvaille technique propre à l’illusion. »

Son travail est volontiers élégant, son jeu de variations a souvent de quoi séduire (mais aussi lasser). Que ce soit sur papier ou sur toile, la question se pose de la nature de ce qu’il soumet au regardeur. Art concret, abstraction, la peinture pourquoi ?

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Au fait, si vous passez par Rodez, ne manquez surtout pas d’aller visiter le magnifique musée Fenaille. Vous y admirerez les plus anciennes sculptures monumentales connues en Europe occidentale, une exceptionnelle collection de dix-sept statues-menhir, sculptées il y a environ 5000 ans.

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[1] Jean Klépal – Gouttes de silence – (A2, 59 p., 2015)

Une escapade : Cinéma à Manosque, Soulages à Rodez
Une escapade : Cinéma à Manosque, Soulages à Rodez
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