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19 mai 2016 4 19 /05 /mai /2016 14:01

Les idées dominantes ont un terrible pouvoir contagieux.

Frédéric Boyer, essayiste et romancier, développe ce thème dans un court écrit (99 pages) publié chez P.O.L. il y a un peu plus d’un an : Quelle terreur en nous ne veut pas finir ? (9 €).

Le style est passablement chantourné, cela ne devrait pas faire obstacle.

Ce livre pourrait constituer une tentative d’élaboration d’un traité de morale civique et sociale.

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L’entretien de la notion de peur développe en chacun des sentiments empêchant de passer à autre chose, de surpasser les angoisses du moment.

L’auteur dénonce l’esprit de fermeture dont le discours contemporain se repait inlassablement. Ce discours bloque la pensée qu’il réduit à un manichéisme primaire : positions correctes, admissibles et défendues en haut lieu, opposées à l’incorrect totalement irrecevable, donc à combattre bec et ongles.

Ces positions à combattre sans relâche selon le Pouvoir des clercs se nomment

- fermeture à la différence,

- identité menacée à retrouver,

- nécessité de l’exclusion des non pareils,

- limitation indispensable de tout accueil,

- fantasme du grand remplacement.

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Alors que toutes les grandes civilisations ont connu le changement, alors que nous sommes à un moment crucial de notre histoire, l’angoisse d’une mutation profonde inéluctable nourrit des discours incantatoires dans lesquels la peur ambiante, voire la terreur, trouvent leurs racines.

Tout est en place pour se voiler la face et masquer ce qui dérange les positions dominantes établies.

Le choix de la naïveté d’un questionnement jugé hors de propos apparait sans doute comme la seule garantie actuellement possible d’une défense de l’essentiel. Cela passe nécessairement par l’accueil de la présence de l’Autre.

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Quelques mises en bouche :

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« ... l’émotion suspend à sa manière le jugement attendu.

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... ce qui demande le plus de courage : ne pas rester entre soi ...

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... permettre toujours que quelque chose arrive (...), que l’inattendu soit toujours possible, que l’autre puisse apparaître.

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Il devient, croyons-nous, de plus en plus difficile de vivre ensemble, comme il devient apparemment impossible d’espérer une autre histoire possible.

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La mémoire est construction (...) On ne bâtit pas une civilisation sur le thème hallucinatoire de l’invasion et du remplacement. On ne fonde pas une communauté sur la suspicion d’autrui.

Vous ne constatez pas le Grand Remplacement, dit-on sans rire du tout. Le tour de passe-passe. L’agonie civilisationnelle – comme si les civilisations étaient les seules à pouvoir échapper à notre petite sœur la mort ...

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... ce sont toujours ... les plus pauvres, les plus malheureux, les plus faibles du monde, que nous repoussons, et sur le dos de qui nous bricolons et recollons nos déchets de morale (...) notre hypocrite identité accrochée finalement à la peur de disparaître.

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... la morale est (...) bien cachée derrière les certitudes soi-disant républicaines ...

... la vraie noblesse de toute tragédie est celle du oui à la tragédie.

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J’observe ... que ce sont toujours les moins que rien ... qui nous prendraient tout ...comme si ... nous n’avions pas pris aux uns et aux autres.

... est-ce que protéger ... c’est forcément exclure les autres ?

Que devient la République si elle se barricade pour ne pas avoir à s’ouvrir, à s’interroger, pour ne pas avoir à se remettre en cause de façon républicaine ?

... j’en entends me répondre, très informés, que je parle comme un enfant, que je ne comprends pas le monde où nous vivons. (...) Ne pas croire, ne pas savoir, refuser de savoir (...) la seule force, la seule valeur, la seule dignité, c’est de ne pas comprendre si comprendre nous fait renoncer à l’amour de l’autre.

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Traiter l’autre avec la correction qui s’impose, voilà qui semble la plus grande incorrection pour certains !

... réduire l’autre à une sorte de plaie sociale ou un embarras économique.

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