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20 novembre 2013 3 20 /11 /novembre /2013 07:35

La peinture est finie, la peinture est morte, la peinture est un art décadent. L’art est mort, tout est art.

On connaît la musique, depuis plus d’un siècle retentissent les furieux coups de boutoir de Marcel Duchamp et des duchampiens, confortés par les audaces des premiers papiers collés de Braque. Remises en question, mises en cause certainement justifiées, nécessaires, mais nullement fin en soi.

Depuis plus d‘un siècle, cependant, se succèdent les découvreurs de l’eau chaude à la petite semaine.

La peinture est finie, à cela près que Duchamp a continué à peindre, tandis que Braque n’a jamais cessé.

Une fois le ver dans le fruit, les Écoles d’art ont désappris le dessin, le maniement des outils et la préparation des matières au profit d’un discours qui a progressivement remplacé un savoir-faire taxé de trivialité. Peu à peu fleurirent installations et performances ainsi que bidouillages techno-vidéothiques. Jusqu’au point où, marchandisation et spéculation financière aidant, la célébration des objets manufacturés permit à de véritables entreprises commerciales aux produits soigneusement labellisées made in Artland de s’emparer aussi bien du parc et du château de Versailles que de quelques palais vénitiens, pour le plus grand bien de hobereaux de la Plus-value.

Comment s’étonner dès lors de la prolifération d’artistes tous azimuts, parfois autoproclamés, ou produits d’élevage de la bureaucratie culturelle les engraissant en batteries à l’aide de commandes et de subventions arbitraires souvent dispensées par des ignares méprisants ? Artistes interpellant la société, posant des questions évidemment essentielles, fondamentales, considérables, mais… toujours moins importantes que celui qui les pose.

Comment s’étonner dès lors d’œuvres qui ne doivent leur existence qu’au pompeux galimatias qui les socle ?

Comment s’étonner du profond désarroi d’un public qui n’y peut rien, n’y comprend rien, doute, se laisse souvent abuser, ou bien se détourne et rejette sans appel ? Une partie du public demeure néanmoins avide, les « grandes » expositions où chacun se presse en fournissent la preuve.

L’art est mort ? Sans doute non, mais un certain art actuel est bien malade, moribond peut-être. Malade de ce qui l’officialise en une pseudo sacralisation par quelques happy few, grands sachants révélés et révérés.

Ce qui est mort comme du bois sec, c’est ce qui fait la mode internationale. La mode comme exemple du fugace, du périssable, du futile, de l’absence de questionnement. La mode comme prétentieuse sieste de la pensée.

Alors ? Eh bien l’art vivant, l’art frémissant, en train de se faire, de se perpétuer, vit au rythme des travaux de nombreux artistes passionnés, attachés à creuser leur sillon dans le respect de tout ce qui les précède, de tout ce qui justifie leur quête. On les rencontre dans des lieux à leur image, petites galeries combatives, artothèques, locaux associatifs, humbles musées régionaux, librairies attachées à la vocation de passeurs de connaissances, etc. Tous lieux animés par des gens habités d’un fort désir de partage. Contrairement à certains faiseurs actuels, leur culture est immense, leur sensibilité est un aiguillon. Les fréquenter est un constant bienfait. Laborieux, humbles, déterminés, ils vivent à l’ombre des sunlights. Ils s’acharnent et il leur faut une force peu commune pour continuer malgré le dédain des commissaires politiques de l’art officiel. Il se pourrait que paradoxalement ce mépris soit leur sauvegarde et celle de l’art.

Songeant sans doute à ces ferments, lui-même convaincu de la nécessité d’un combat permanent pour la défense de l’art, Serge Plagnol *, artiste confirmé, à la renommée inégalement reconnue par les hérauts de la mode malgré un talent célébré, déclare dans un texte accompagnant une exposition en cours (novembre-décembre 2013) : « La peinture est une présence, ici, maintenant, pour aujourd’hui, elle se tient debout dans le présent de notre monde, mais elle est aussi travaillée de l’intérieur par son histoire, par la mémoire des formes. Un sentiment personnel me fait penser qu’il faut aujourd’hui « redresser » la figure, la couleur, l’espace, le tableau, les célébrer, pour sortir de la « Chute » et du nihilisme ambiant. »

Paroles d’espoir et de nécessité agissant comme un baume bienfaisant. Là, comme dans d’autres domaines de la société, sommes-nous, espérons-le du moins, aux aurores d’un indispensable renouveau ?

L’art et la société dans leurs jeux de miroirs ont à l’évidence partie liée. La trame se recompose en permanence avec des allées et venues bien souvent chaotiques.

* Serge Plagnol compte de nombreuses expositions dont certaines prestigieuses : Fondation Cartier, Chapelle de la Salpêtrière, Villa Noailles, Orangerie du Sénat, Villa Tamaris. La Galerie Area le représente à Paris. De nombreux écrits de poètes, critiques, romanciers ou essayistes parmi lesquels un livre récent (Secrets d’alcôve, Jean Klépal – Area/Descartes & Cie - 2013) sont consacrés à son travail.

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