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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

Le musée Angladon, à Avignon, accueille Suzanne Hetzel

17 Septembre 2017 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Pierre Michon, Suzanne Hetzel, Musée Angladon, Avignon, Jacques Doucet

Pierre Michon, l’un des auteurs majeurs de notre temps,  explore avec patience les détours de ce qui fonde la mémoire des hommes. Il a orienté son travail sur des archives déterminantes par un retour à l’Histoire empreint d’un exigeant souci de vérité et d’authenticité. Son rapport à la peinture et à la poésie nourrit une œuvre importante initiée avec les Vies minuscules, à partir desquelles il tente de se situer.  Vie de Joseph Roulin (le facteur, modèle de Van Gogh), Rimbaud le fils, Le roi vient quand il veut, Les onze, quelques titres à retenir dans un ensemble remarquable.

 

A sa manière Suzanne Hetzel développe une démarche voisine. Artiste dont la photographie est l’outil privilégié, elle examine en permanence les espaces intermédiaires où se joue la relation entre l’apparent et l’intime. Elle s’attache à ce qui est temporairement négligé, aux scènes modestes, aux objets du quotidien, aux histoires réelles ou supposées, qu’elle tente de saisir avec délicatesse et pudeur en les rafraichissant. Elle signale la singularité de lieux et d’objets érodés par une trop grande accoutumance du regard. Ce faisant elle souligne la peau seconde qui détermine nos aveuglements.

La pratique de la photographie lui permet d’approcher et de fréquenter longuement les gens et les lieux  qu’elle rencontre vraiment.

Le travail qu’elle nous montre est toujours le fruit d’une longue patience nourrie d’écoute respectueuse, qu’il s’agisse de personnes, d’objets ou de paysages. Les objets, en particulier, l’intéressent pour ce qu’ils révèlent de ceux qui les ont utilisés.

A partir de la mémoire de ce qu’elle photographie, elle sollicite notre propre mémoire. Sa quête témoigne d’une évidence poétique.

 

Septembre 2016 – été 2017, Suzanne Hetzel a carte blanche pour accompagner la transformation du Musée Angladon, à Avignon. Elle est artiste résidente.

L’hôtel particulier qui fut la demeure de Jean et Paulette Angladon, artistes héritiers des collections Jacques Doucet, le célèbre couturier mécène, connait d’importants travaux de rénovation. Le troisième étage, ancien atelier voué ensuite à la conservation et à la documentation, deviendra espace d’expositions temporaires. Des milliers de pièces soigneusement emballées et étiquetées doivent être inventoriées, triées, classées et sélectionnées. Il s’agit de trésors intimes, lettres, photographies, objets divers, souvenirs de voyages, livres, outils, documents d’étude. Il convient alors d’ouvrir des placards, de regarder, de photographier. L’artiste est sollicitée, elle doit choisir ce qu’elle retient. Moments délicats. Ses photographies deviennent des Pièces d’attention, dont certaines sont éditées sous forme de cartes  postales. Un livret, Au troisième, rassemble des images de boites, objets et documents.

Une intervention, Au premier, Au deuxième, est installée de mi-septembre  au 31 décembre 2017.[1]

Les notions de patrimoine, d’héritage, de conservation et de scénographie muséale, de transmission et d’animation, sont interrogées par l’intervention de l’artiste.

Chaque salle du musée est considérée comme un ensemble clairement perceptible ouvert au dialogue Avec une extrême discrétion et une très juste élégance, Suzanne Hetzel a placé quelques-unes de ses photographies, ainsi qu’un petit nombre d’objets, en étroite correspondance avec les œuvres et le mobilier de chaque pièce.  Il s’agit de touches légères, sensibles, respectueuses de leur voisinage auquel elles rendent hommage. Rien n’est en trop, rien ne s’impose, rien ne cherche à prévaloir. Nulle surcharge, le musée est limpide. La sobre réussite d’un exercice souvent périlleux est frappante.

Chardin, Vernet, Van Gogh, Cézanne, Modigliani, Manet, Degas, Vuillard, Foujita (superbe), et d’autres, accueillent volontiers les œuvres nouvelles qui font écho à leur présence dans les collections d’amateurs passionnés.

 

[1] Musée Angladon, 5 rue Laboureur, 484000 Avignon, jusqu’au 31 décembre 2017.

Tél. 04 90 82 29 03 – www.angladon.com

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L
" elle souligne la peau seconde qui détermine nos aveuglements."<br /> quelle belle et profonde expressions, Jean, merci!<br /> L.R.
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