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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

Trois lectures

8 Janvier 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Eric Vuillard, Goncourt, Olivier Guez, Josej Mengele, Piranèse, Marguerite Yourcenar, Fernand Pouillon

Parmi les livres lus cette dernière quinzaine, j’en retiens plus particulièrement trois, unis par leurs différences d’écriture. Nulle hiérarchie entre eux, ils ont assez retenu mon attention pour que pointe le désir d’en parler.

- L’ordre du jour, Eric Vuillard, récit paru chez Actes Sud, a obtenu le Prix Goncourt 2017. D’ordinaire les distinctions me tiennent à distance, pas cette fois, tant la rumeur était favorable.

Il s’agit d’un survol très documenté, habilement mené, des coulisses de l’enclenchement de la seconde guerre mondiale. Où l’on voit combien financiers et industriels sont serviles lorsqu’il s’agit de ménager les intérêts de leurs affaires personnelles. Où l’on voit également combien sont aveugles les responsables politiques lorsque les règles de la bienséante sauvegarde des apparences sont piétinées par une bande de crapules arrogantes dénuées de tout scrupule. Le jeu de dupes est mis en lumière, propre à frapper un lecteur à la mémoire défaillante ou bien encore juvénile.

Ce livre consacré aux méfaits de la compromission décortique l’enchainement ayant abouti à l’atroce triomphe de la barbarie nazie.

Conçu comme une bande annonce de l’histoire des prémices de la seconde guerre mondiale, il est fait de plans-séquences efficaces très spectaculaires, bien que dénués de révélation. C’est une bonne initiation, doublée d’une incitation à la réflexion analogique. A ce titre il est bienvenu  car permettant quelques indispensables parallèles avec le temps que nous vivons aujourd’hui.

Une réserve personnelle tient au style orné de l’auteur qui festonne son expression, jusqu’à frôler les excès du baroque. A trop vouloir s’afficher comme un écrivain cultivé on peut prendre le risque d’indisposer son lecteur.

- La disparition de Josef Mengele, Olivier Guez, roman paru chez Grasset, a obtenu le Prix Renaudot 2017. Il m’a été justement offert au hasard de la fin d’année.

Nous avons là une enquête minutieuse menée par un journaliste sérieusement documenté, semble-t-il.

Josef Mengele est connu comme le « médecin » criminel, bourreau d’Auschwitz. Les conditions de sa longue cavale d’après-guerre en Amérique latine, Argentine, Paraguay, Brésil, de son arrivée en 1949 à sa mort mystérieuse en 1979, sont ici étonnamment révélées.  

Le livre est passionnant. Des phrases courtes entretiennent la tension d’un invraisemblable polar aux rebondissements multiples. Une errance incessante, une angoisse constante, des péripéties à base de fanatisme, de cupidité, de vaines tentatives pour échapper à l’inexorable de ténèbres envahissantes.

Le style est d’une efficacité certaine, nerveux, dépouillé, souvent haletant.

L’auteur enquêteur ne prend jamais la première place. Il rapporte des faits et pilote son sujet au plus près. Le livre est solide comme un document, il sert bien l’Histoire récente d’u monde chaotique.

- Le cerveau noir de Piranèse, Marguerite Yourcenar, texte sur Les Prisons imaginaires, accompagné de seize gravures de Piranèse, Pagine d’Arte éditeur, 2016, mérite une attention particulière.

Il s’agit d’une recherche de correspondances entre l’écriture et l’architecture des ténèbres inventée par Piranèse au XVIIIe siècle. Sous un format modeste se présente un véritable livre d’art. Nous sommes témoins d’une vraie rencontre entre un auteur et un artiste du passé.

L’écriture classique, très travaillée mais apparemment limpide et déliée permet une approche aisée abordant des notions complexes ou fort subtiles de manière souvent si pertinente qu’il convient de rester sur ses gardes et de demeurer vigilant au risque d’un abord superficiel de la part d’un lecteur trop pressé.

Nous pouvons véritablement parler ici de littérature, denrée devenue rare de nos jours. L’intelligence éclairée fouille avec une savante simplicité les 16 gravures des Carcerie d’invenzione ou s’affrontent noirceur infernale et lumières intemporelles, effroi et tranquillité, détails infimes et délires monumentaux.        

P.S. :

Relevant d’un tout autre centre d’intérêt, j’ai également plaisir à signaler Fernand Pouillon, l’homme à abattre, Bernard Marrey, éditions du Linteau, 2010.

Un magistral petit livre où l’on voit comment un architecte de talent, qui construit plus vite et moins cher qu’à l’accoutumée, tout en ayant le souci de la qualité durable et d’un cadre de vie harmonieux, mais prêtant le flanc aux attaques fielleuses, s’attire les foudres de la profession, prête à tout pour lui faire la peau.

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P
le livre de Maylis de Kérangal s' appelle " A ce stade de la nuit " éditions verticales " 2015 : c' est très beau , elle a aussi écrit " Réparer les vivants " éditions Folio , c' est très intense comme écriture
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P
"radoteuses" le mot est mal placé et excessif .....<br /> chez les 3 écrivaines citées Desbiolles , Laurens , De Kerangal , le passé , son histoire , ses tragédies viennent se nouer aus destins dans le présent de l' écriture . Desbiolles évoque la guerre d' Algérie et la rupture du barrage de Malpasset , Laurens revient sur cette figure de danseuse de la fin du 19e et nous plonge dans une réflexion sur le statut de ces femmes , De Kérangal part du mot Lampedusa entendu à la radio et du drame actuel des migrants et fait rejaillir des mémoires des sensations associées à ce mot ....Je vais lire prochainement le livre d' Eric Vuillard ; Pouillon , lui était un personnage- architecte singulier et très intéressant ' les pierres sauvages " , les réalisations de Tipaza en Algérie
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P
précision : moins radoteuses et plus vivantes : je ne mets pas en cause la valeur de ces écrivains ( Vuillard etc .. que je n' ai pas lu ) c' est certainement très bien , je me sens plus proche d' une écriture qui intégrant le passé historique me parle d' émotions , de récits d' aujourd' hui
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B
Merci de ce commentaire et de la précision qui le prolonge.<br /> Il s'agit bien là du propos d'un artiste, auquel je souscris complètement : l'Histoire, le passé, oui, nous en sommes imbibés, il éclairent notre aujourd'hui et nous permettent souvent de mieux saisir nos émotions. Faute de cette projection sur l'écran de notre actualité, le fruit risque de demeurer sec.
P
Maryline Desbiolles " Rupture " éditions Flammarion , un magnifique roman à l' écriture épurée , poétique , sensuelle , amoureuse de la matière du monde , des corps - paysage ; des destins individuels qui sont traversés par le tragique de l' histoire ( la guerre d' Algérie , le drame du barrage de Malpasset à Fréjus ) rien de morbide , tout en délicatesse des mots . Pour les écrivaines , lire aussi bien sûr Camille Laurens sur la danseuse de Degas et Maylis de Kérangal sur Lampedusa . Ces femmes sont sans doute beaucoup moins radoteuses et plus vivantes que ces hommes ....
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