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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

HORS CHAMP

12 Février 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #conquête spatiale ; certitudes ; Blaise Pascal ; André Suarès ; jeux vidéo ; virtuel; Don Quichotte ;

HORS CHAMP regroupe deux volets – Spatial et Virtuel –  qui ont peut-être quelque raison de se trouver réunis. Ne serait-ce que parce que leur rédaction est consécutive.

A la suite d’une réflexion sur la Curiosité, ils abordent rêve, fantasme, et réalité.

 

1 - SPATIAL

20 juillet 1969, soirée et partie de la nuit consacrés à faire des aller et retours entre l’extérieur pour contempler le ciel et le poste de télévision. L’alunissage des membres de la mission Apollo était diffusé en direct. L’homme mettait le pied sur la Lune, c’était à la fois vrai et tout à fait incroyable.

Les émotions ressenties affleurent encore aujourd’hui.

3 février 2018, l’écran de l’ordinateur révèle une série de photos d’un robot piloté depuis la Terre, évoluant sur Mars depuis août 2012. Des millions de kilomètres le séparent de ceux qui lui transmettent des instructions. Il a fallu lancer la fusée porteuse, la diriger, commander les opérations d’ « atterrissage » et la suite, recevoir, traiter, interpréter et monter les clichés.

L’inimaginable apparait dans la réalité de son existence. L’inimaginable et la notion de limites sont pulvérisés. Des paysages évoquant l’Afghanistan existent ailleurs dans l’Univers, c’est vrai, on peut le voir ! Une presque banalité stupéfiante, quoi de plus déstabilisant ? Un équilibre est-il possible, demeure-t-il envisageable ?

Exploit scientifique et technique ? L’expression est bien fade, des mots pourraient-ils suffisamment rendre compte ?

Ces images bouleversantes n’ont plus le même impact que celles découvertes il y a près de cinquante ans. Nous nous serions globalement « habitués », esprits érodés par l’afflux d’informations délivrées en vrac de façon continue, esprits accablés par la succession des déconvenues.

Cependant je demeure tout autant curieux et abasourdi. Me situant bien au-delà de l’étonnement, peut-être proche de l’effroi. Gouffre des possibles. La béance est considérable entre ce que nous tenons pour solidement établi et l’inconnu de l’Univers. Illimité, que cela signifie-t-il au juste ?

Ces considérations renvoient immanquablement à notre quotidien auquel, pour dérisoire qu’il soit souvent, nous ne pouvons guère échapper.

Que valent toutes ces marionnettes pomponnées et emperruquées montées sur talons hauts, petits marquis de l’autosuffisance, princes de l’absolutisme, pérorant à voix de faussets de leurs soi-disant connaissances de la marche du monde, comme de leurs certitudes ?

Quelle valeur accorder à ce concept ridicule, de quoi en effet peut-on jamais se prétendre certain ? « Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-delà », remarquait déjà Pascal.

Les prouesses dont nous sommes témoins révèlent à la fois l’absence de bornes à l’envie de connaître et de comprendre, comme l’absurdité de toute prétention à la sapience.

Combien faut-il d’humilité au scientifique de pointe pour affronter de tels défis !

Que sont ces nains vénérés, tireurs de ficelles politiques et financières, face à ce visionnaire ? Au mieux, des handicapés mentaux, nuisibles destructeurs d’une infime composante de l’Univers : l’humanité. Ils ont le nez fixé à la vitre de leurs intérêts, incapables de sortir de leur pré carré, ils usent de l’ensemble de leurs ressources pour tenir à distance toute curiosité, ils laminent les esprits sur lesquels ils appliquent un placage uniforme. Leur logique est suicidaire, ils n’en ont cure. La Lune leur échappe à jamais, ils ne voient que leur doigt devenu l’aiguille de la boussole.

Aucun répit n’est possible. Bien qu’il soit déjà très tard, mettre hors d’état de nuire ces fous délirants, destructeurs des conditions de vie sur la planète Terre, est l’urgence absolue. Le rejet s’impose en toute occasion. Point fondamental auprès duquel toute cuisine politicienne n’est que brouet.

Cette utopique affirmation d’un autrement possible devient parfois réalité. Il arrive que le Pouvoir revienne sur une décision aberrante, cela vient de se produire du côté de Nantes. Quelques rares précédents existent, le Larzac entre autres. Le désespoir absolu connaît en ces moments un soupçon de répit temporaire. De graves séquelles demeurent cependant toujours redoutables, elles appellent à ne jamais baisser la garde.

« Il faut que les hommes ouvrent enfin les yeux, qu’ils voient et qu’ils comprennent. (...) Mais où fut l’esprit ... si la catastrophe bouleverse et dissocie la forme, le désordre est un attentat : le chaos n’est plus la matrice, mais l’immonde négation de toute l’expérience humaine, et l’antre même de la mort. » André Suarès, Temples grecs maisons des Dieux, 1937.

 

2 - VIRTUEL

Dans un lieu dont je ne souhaite pas me souvenir vivait un homme jeune que j’avais connu enfant. Bien qu’un peu turbulent, il paraissait équilibré et sain d’esprit. Depuis peu, il passait des heures, nocturnes le plus souvent, agrippé à une batterie d’ordinateurs par laquelle il avait accès à divers jeux. Cette activité prenait le pas sur toute autre occupation. Naguère ouvert et curieux, il s’enfermait dans sa cellule et son discours perdait vite quelque intérêt que ce soit. Il parlait une langue comparable à la mienne, mais ses mots avaient un sens de plus en plus indéchiffrable. Il vivait avec intensité dans un monde différent lui permettant de rêver et d’oublier les contraintes courantes. Il se nourrissait à peine et prenait le minimum de soin de sa personne. Il vivait seul, avait quelques contacts féminins toujours insatisfaisants, et rêvait d’une improbable rencontre avec l’Inconnue auréolée de vertus rares, susceptible de devenir la Dame de sa dévotion.

Une partie de son entourage constatait avec un effroi grandissant son déclin, et ne savait plus guère comment l’aborder.

Un peu plus tard, de savants docteurs déclarèrent son affection Addiction au monde virtuel.

Constat et nomination leur convinrent, pouvoir classifier suffit souvent aux entomologistes les plus doctes.

Ce mal susceptible de répandre la terreur s’en vint à toucher un important contingent de population. Les pouvoirs publics n’estimèrent pas devoir intervenir. Il ne s’agissait pas d’une épidémie, tout juste une légère difficulté à s’adapter au Progrès. Le Temps en ferait litière, tout simplement.

Toutefois, des intellectuels en peine de sujet débattirent mollement sur les ondes d’une radio à vocation culturelle.

L’un, brillant sabreur, allait soutenant que tout partait à vau-l’eau, et que seul un retour drastique à l’ancien pourrait éventuellement sauver l’espèce menacée par de détestables trublions héritiers d’une époque déjà lointaine où l’imagination prétendait au pouvoir. Il était urgent de revoir le système éducatif de la cave au grenier, clamait-il à tout propos.

L’autre, sémillant octogénaire, vantait les mérites à venir d’une véritable révolution des esprits en train de se produire. Il avançait que la technique est nécessairement synonyme de progrès et que nous devons lui faire confiance pour rester en lien avec la jeunesse et retarder notre propre sénescence.

Un troisième, ne disant mot jusqu’alors, prit soudain la parole et déclara :

« Sans doute avez-vous l’un et l’autre quelque raison à affirmer ce que vous dites avec le talent qui est le vôtre. Vous départager me semble bien difficile, et je crois même, hors de propos, car la question n’est pas là où vous la situez.

Cette affaire d’addiction et de monde fantasmé n’a rien de bien nouveau... »

Il se mit à conter l’histoire de Don Quichotte, totalement ignorant du monde réel de son époque, vivant dans un monde imaginaire issu de sa passion pour les romans de chevalerie, à tel point qu’il finit par en perdre la raison.

Alors qu’il tentait de parler du déni de réalité et de ses conséquences humaines, sociales, morales et politiques, une panne intervint, la radio cessa d’émettre.

 

 

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J
J’ai bien aimé ton texte sur la curiosité et l’enrichissement qu’elle apporte quand on voyage : cela me rappelle de très bons souvenirs qui illustrent parfaitement ton propos.<br /> Dans le même esprit, je partage également tout ce que tu dis des inimaginables performances du spatial.<br /> <br /> Même si certains décideurs (politiques ou non) sont parfois critiquables (d’un certain point de vue qui n’exprime pas nécessairement la vérité absolue !), il faut reconnaître que trancher dans le monde réel et face à des points de vue aussi divers qu’intransigeants, n’est pas chose aisée. La majorité d’entre eux mérite d’être au moins respectée et, parfois remerciée.<br /> <br /> Dans ce deuxième papier, tu soulignes le danger de l’addiction au virtuel : le débat sur l’intelligence artificielle est bien ouvert et c’est heureux. C’est un domaine que les anciens, comme nous, maîtrisent assez mal mais qui est pourtant inéluctable. Tous les progrès scientifiques présentent des risques qu’il faut prévenir grâce à une réflexion collective et à des mesures de précaution. Pour l’IA, c’est plus difficile que pour la voiture ou le chemin de fer, au moins aussi complexe que pour le nucléaire. Si on est optimiste, on peut faire confiance au génie humain qui a toujours su s’adapter (pas toujours sans dommage !) et qui, depuis des millénaires, n’a cessé d’inventer l’inimaginable.
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B
"La courbe est inversée désormais."<br /> Je ne sais pas si la courbe est vraiment inversée comme le suppose Micheline. Les chose sont peut-être encore plus effrayantes. Si l'espérance de vie tend à diminuer en de nombreux endroits de la planète à cause de toutes les saloperies que nous ingérons malgré nous, les savants Cosinus et autres professeurs Nimbus de la science et de la technologie mettent au point des pièces détachées de remplacement (prothèses et implants) susceptibles de réparer la machine et de prolonger son fonctionnement tant bien que mal. Par contre, il se pourrait que les données soient radicalement perturbées pour tout ce qui concerne l'existence même de l'espèce homo sapiens. Et là il ne s'agit plus alors d'inversion des courbes. Il n'y aura plus de courbes du tout !
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M
Comment cesser de détruire la beauté du monde? Pourquoi continuer à rendre honneur à la Nature où qu'on puisse encore la fréquenter? <br /> Et le monde des technologies: celui qui va faire que le petit Américain d'aujourd'hui vivra moins longtemps que ses parents qui eux vivront moins longtemps que leurs propres parents. La courbe est inversée désormais. Dans un avion pour Cuba, récemment, j'ai pu observer un gamin de trois ans à <br /> peine complètement s c o t c h é à une petite tablette de jeux. Ses yeux fixaient ce mini écran comme si rien d'autre au monde n'existait. Ça m'a laissée songeuse....
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