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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

Conviction, persuasion

27 Mai 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #5e République, En Marche, Sagault Blogue d'un Homme moyen, convaincre, persuader, Joubert Pensées, La Fontaine Fables

Après des années de flétrissure et de tambouille tacticienne, qui peut continuer à s’intéresser aux produits des appareils politiques, comme à ces appareils eux-mêmes ? Les Sarkozy, Valls, Hollande, et tutti cuanti d’où qu’ils sortent n’ont plus aucun attrait. Morts vivants, véritables zombis, ils sont totalement démonétisés. Pathétique de les voir continuer à agiter leurs petites menottes pour tenter d’attirer un peu d’attention.

En toile de fond, une Constitution monarchienne et un appareil d’État formé au service de l’Incarnation de l’État.

Lassitude, écœurement généralisé, difficultés économiques et sociales, troubles invasifs, font que le climat est propice au changement. Se présente un « homme nouveau », dénué d’appareil politique à l’ancienne, soutenu par une forme molle dénommée Mouvement, douée de l’attrait d’un inattendu inespéré. Un héroïque chevalier blanc auréolé de sa fougue juvénile et de son aimable apparence vient piqueter le cours de l’Histoire. Des inconnus dénués de solides références politiques ou culturelles se mobilisent, désireux d’actions concrètes. Ils s’engagent dans une aventure exaltante car propre à dépoussiérer le train-train habituel. Souffle le vent de la conquête d’un espace à réhabiliter. Attirés par l’espoir d’une reconnaissance trop attendue, des ralliements d’aventuriers déçus inscrivent leurs noms à l’affiche. Cette épiphanie fait immédiatement l’objet d’une croyance d’autant plus difficile à récuser qu’elle bouscule les dogmes éculés.

 

Les choses en sont désormais là où nous savons. C’est-à-dire que les raisons de débattre et de s’indigner sont multiples. Cependant, passé le premier cercle, réduit, de ceux avec lesquels l’accord est entendu, franchir un pas de plus s’avère fort difficile, sinon impossible jusqu’à présent.

Un mien ami, outré, ulcéré, des vilénies quotidiennes dont nous sommes témoins, tire à boulets rouges à partir de son blogue « d’un homme moyen. En pure perte, je crois. Pourquoi ? Tentons de comprendre, ne serait-ce qu’un peu.

 

La question n’est pas tant celle de la pertinence des arguments, voire des moyens, employés. Elle tient essentiellement au fonctionnement de l’étrange bestiau que nous sommes, pour lequel le bon sens de la raison n’est pas la chose la mieux partagée.

Convaincre, louable intention sans doute, n’est pas persuader. Donner des preuves ne suffit pas pour amener à reconnaître des évidences.

Plus on affirme, plus on étale de preuves, plus on convainc parfois du contraire de ce que l’on souhaiterait.

La conviction est en fait une opinion assumée, ce qui la rapproche de la croyance. C’est-à-dire de l’irrationnel. Et persuader passe par l’adhésion, donc aussi par l’affectif.

« On peut convaincre les autres par ses propres raisons ; mais on ne les persuade que par les leurs » note Joseph Joubert dans ses Pensées.

« Patience et longueur de temps

Font plus que force ni que rage »

Remarque La Fontaine à propos de la rencontre entre Le lion et le rat.

 

Établir les faits, les rapporter et les soumettre à l’appréciation d’autrui, suppose à l’évidence lucidité, patience et opiniâtreté. En aucun cas ni l’invective, ni le recours à l’argument d’autorité, ne feront avancer la cause qui nous est chère. Peut-être, au contraire, convient-il d’agir par touches légères, sans chercher à rien imposer, prêt à rompre dès que l’autre regimbe. Symptôme significatif : un acquiescement aussitôt suivi d’un mais...

 

« On ne saurait faire boire un âne, s’il n’a pas soif. »

La discussion, la confrontation, ne sont fructueuses que si une part de doute existe en chacun. Sinon, c’est pure perte, alors employons notre énergie ailleurs, autrement.

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A
Bonjour Mr Klépal,<br /> <br /> Pour tout dire je n'en finis pas de me rapprocher, de me reconnaître dans une certaine sagesse (détachement diront certains) pré-socratique et orientale. Pendant ce temps là j'approfondis Montaigne, Montesquieu, Voltaire et Rousseau.<br /> <br /> Lors de mes itinérances surfistiques en van, je passe souvent voir un couple d'amis et nous en revenant souvent lors de nos discussions à l'équilibre entre la politique pour faire système, pour faire global et le "c'est à chacun(e) de changer sa vie en faisant dans son périmètre, à son niveau". Dans mon cas je suis tiraillé entre le global et l'individuel. Comment concilier les deux, les deux sont-ils conciliables? Et dans quel système? Un pan entier de la révolution française (girondisme, jacobinisme) est en suspend, mais comme un courant de baïne en profondeur, tiraille nos sociétés.<br /> <br /> Je crois qu'un point d'achoppement de ce qui pourrait faire système se trouve déjà dans le conflit qui oppose Voltaire et Rousseau. Je ne développerai pas davantage ma pensée,cela est trop tôt. <br /> <br /> Un bon résumé se trouve déjà dans la collection littéraire Lagarde et Michard, j'incite vraiment à (re)lire tout le volume sur le 18ème siècle et bien-sûr les oeuvres. Quel sens du discernement et quelle troublante contemporanéité dans la rédaction de cet ouvrage. <br /> <br /> Simplement quelque jets de vapeurs du moment :<br /> <br /> - Les interventions médiatiques de Daniel Cohn-Bendit. Heureusement que je ne m'ouvre que trés peu à la société du spectacle médiatique car ce Mr me fait voir rouge loin de ma concentration vers une certaine sérénité.<br /> <br /> "À chaque fois que Daniel Cohn-Bendit parle dans les médias, une rue de Paris est entièrement repavée". (Siné Hebdo)<br /> <br /> - Léo Ferré.<br /> <br /> https://www.youtube.com/watch?v=cqTysWm-l1E (sur cette vidéo apparaît Libertarien TV ce qui ne me définis pas, je préfère préciser). <br /> <br /> Cordialement
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B
Merci Micheline de cette contribution. Elle coïncide parfaitement avec mon propos : une réflexion bien conduite est impuissante face à l'affectif, qui l'emporte in fine.<br /> Une bonne part des méfaits du libéralisme et du mondialisme est nommée :<br /> - l'armement unilatéral est le seul licite (il permet la domination absolue du reste du monde) ;<br /> - le nationalisme et les frontières qu'il défend bec et ongles (bunkérisation face aux migrations provoquées par le totalitarisme financier).<br /> (Il faudrait ajouter une rubrique écologie et destruction de la planète.)<br /> Face à cela : <br /> - la séduction spectaculaire (tout pour l'image, tout par l'image) d'un discours de notre Président gomme l'incohérence entre l'image ultra proprette projetée et le hiatus de la réalité politique (brutalités policières répressives, autisme et autoritarisme permanent, régression sociale, mépris de l'écologie, etc.) ;<br /> - la belle émotion d'un partage avec un chauffeur de taxi (l'importance considérable des relations de proximité pour fonder et sauvegarder de l'humanité en nous). <br /> Nous sommes exactement au point où la jointure réflexion/affectif ne se fait pas, et bloque donc la prise de conscience indispensable.
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B
Oui, je suis bien d'accord. Mais il faudrait cependant que l'on trouve un moyen de faire savoir à ceux qui se refusent à réfléchir un tout petit peu que le libéralisme porte en lui le fascisme (même si le terme n'est pas forcément le bon)et ce, avant qu'il ne soit trop tard.
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B
Voici pointée une donnée essentielle. En effet le choix des mots est déterminant et certains, le fascisme est l'un d'eux, font si peur qu'ils entrainent ipso facto la pétrification du déni. Se voiler la face pour éviter de regarder la réalité en face. Comment s'y prendre face à cela est une question fondamentale, face à laquelle nous sommes nombreux à être impuissants. Témoigner, témoigner, toujours témoigner...
M
Le libéralisme, la mondialisation, le commerce des armes... ??? Étant voisins des Etats-Unis d'Amérique, la Canadienne, identifie comme problème dominant les autres problèmes: les armes, celles qui tuent dans les écoles mais aussi celles qui permettent d'intimider ou de résister. Qui sommes-nous pour vouloir exiger que les autres pays se désarment alors que nous ne l'avons pas fait nous-mêmes? À ce que je sache les <br /> Américains conservent leur pouvoir de frappe mais les Iraniens et les Coréens devraient s'en priver? Je peine à comprendre. J'ai vu cette semaine au cinéma un film sur le Pape François. Cet homme-là a osé parler courageusement devant le Congrès américain. Je crois que votre actuel président a eu ce culot là aussi et ça m'a fait un baume au coeur. Plus que des opinions fondées, j'éprouve les réalités complexes à travers les émotions et je ne peux plus affirmer que mon seul sentiment sur certaines questions ou sur les événements. J'ai partagé récemment un moment de pur bonheur en disant quelques phrases dans sa langue à un chauffeur de taxi tunisien qui m'a raconté que son père était professeur de langue arabe. Quand je lui ai dit en croyant ce que je disais, moi la vieille prof, que son père a dû être un homme heureux, il en a eu les larmes aux yeux. Nous avons eu un échange que je n'oublierai pas de si tôt. Un moment de pure émotion . L'affectif peut reprendre ses droits quand il conduit vers l'ouverture, l'accueil véritable, la rencontre humaine. La France, l'Europe, le Canada, tous, comme l'indiquait récemment Madame Arbour (ancienne de la Cour internationale des droits humains, si je me souviens bien) devrons passer à l'étape suivante: les déplacés du monde le seront pour des raisons climatiques et je ne vois pas quelle argutie politique ou nationaliste pourra empêcher les uns de permettre aux autres de circuler. Nos frontières politiques n'ont plus de sens et nous peinons à l'admettre.