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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

Penser positif

29 Juin 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Mundial football, Coupe du Monde, Marx, opium, immigration, Régis Debray, Prométhée, Etats-Unis, seconde guerre mondiale

Il arrive que l’un ou l’autre me dise préférer les billets « positifs » c’est-à-dire optimistes ou porteurs d'amabilités (il s’agit le plus souvent de ce qui traite de l’art ou de la littérature), aux messages « négatifs », c’est-à-dire réalistes, amers ou dénonciateurs, donc forcément pessimistes (il s’agit en général de ce qui s’intéresse aux faits sociaux-politiques).

Il est indéniable que la chose politique est tellement préoccupante, tellement effrayante que la tentation est forte de dissimuler sous le tapis la poussière de notre impuissance, de notre ignorance, de notre angoisse.

Je crois comprendre cela. J’aimerais mieux, moi aussi, pouvoir ne contempler que le versant ensoleillé, plutôt que celui que ronge l’ombre. Mais l’ombre existe, elle gagne peu à peu en importance à mesure que décline le jour de notre utopie. Tenter d’esquiver l’estompage d’un revers de la main me parait dangereux, voire mortifère.

Récemment les réactions qui me sont parvenues après la publication de l’article « Allergie », où il est question du Mundial et de son emprise sur le reste de l’actualité, illustrent à merveille cette tendance à jouer l’autruche.

À part quelques accords globaux sans réserve (ce qui n’est nullement un but en soi), j’ai enregistré plusieurs remarques portant uniquement sur la partie du texte traitant explicitement du football. Muets sur ma neutralité vis-à-vis de ce jeu collectif, simple à pratiquer, très populaire, source parfois de vrais moments de beauté, les commentaires se sont surtout attachés à minorer, voire à évincer sous divers prétextes, les points de profond dégoût engendrés par le spectacle des ravages de la finance débridée dont les compétitions sont la détestable occasion. Rien, absolument rien, sur la scotomisation voulue et entretenue des problèmes politiques, sociaux, économiques, environnementaux, que les compétitions nationales et internationales soulèvent. Rien donc sur l’aliénation dont elles sont le vecteur.

Si Marx revenait parmi nous il ferait sans doute du foot le nouvel opium du peuple.

À quoi ce déni généralisé tient-il, au fond ?

Eh bien sans doute à la recherche effrénée d’un bonheur fataliste, et à l’injonction du penser positif (keep smiling and think positive – happy birthday, happy hour, happy new year, happy end...) directement importés des États-Unis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.[1]

Décider de ne porter l’accent que sur le bon côté des choses, permet de se délivrer de l’angoisse immédiate, donc de tenter d’oublier ce qui dérange, du moins de l’occulter temporairement.

L’immigration, par exemple :

- « Oui, le traitement du problème, la brutalité des réponses, l’inhumanité des mesures adoptées, sont intolérables. D’ailleurs tout le monde est d’accord là-dessus »...

Eh bien, NON, tout le monde n’est pas d’accord là-dessus, voilà pourquoi il faut en parler, il faut y revenir sans cesse ! Le minimum serait d'essayer d'élucider ce sur quoi précisément nous sommes d'accord ou pas.

L’indignation est un devoir permanent.  Évacuer, se taire, c’est se faire complice, c’est finir par entériner.

N’aborder que la face au soleil, c’est permettre à la face ombrée de se développer jusqu’à tout envahir, à l’abri d’une ignorance voulue, entretenue.

La nuit, le gel de la pensée. Le superficiel l’emporte.

Il s’agit en fait d’une sorte de théologie de l’espérance (Debray) d’autant plus attractive que les déconvenues accumulées depuis des décennies ferment la porte à tout espoir de court terme pour une Europe exténuée, désorientée, affaiblie, incohérente.

Prométhée enchaîné sur son rocher a sans doute perdu la capacité de croire en lui-même et en ses semblables. Il ne peut trouver d’espérance de survie que dans une Foi en l’imposture d’un homme providentiel. 

Parler, parler, écrire, écrire, pour tenter de rétablir les circuits neuronaux, avant dégénérescence complète.          

 

[1] Voir Régis Debray – Civilisation – à ce sujet.

 

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A
Bonjour,<br /> <br /> Effectivement la voie vers une certaine sagesse demande la part de lumière qui est là avec sa part d'ombre. Encore une fois rien de nouveau depuis les périodes du VII-VI ème siècle avant "notre ère" (à priori) où il semble que les Hommes de toutes les civilisations de la planète est posé dans le marbre les correspondances entre l'existence et la "Nature". Ici résumé :<br /> <br /> «La vie est un miroir<br /> Se reconnaître en lui,<br /> Tel est, pour ainsi le nommer, le désir premier,<br /> Auquel nous ne faisons qu'aspirer.»<br /> <br /> Friedrich NIETZSCHE, Pforta, 1858.<br /> <br /> La deuxième chose, il me semble est d'apprendre à penser contre soi-même, pour une meilleure fraternité.<br /> <br /> Simplement pour l'échange :<br /> <br /> - "la financiarisation du foot comme de l' art est une réalité" : en effet, obligatoirement vu que la valeur première de nos démocraties libérales (avec l'assentiment majoritaire des urnes) et l'argent et la possessions de biens et de pouvoirs.<br /> <br /> - "la question des migrants est complexe et ces damnés de la terre" : "damnés de la terre" par le bon vouloir du Saint-Esprit?<br /> <br /> Je donne ici un lien pour ceux que la question touareg intéresse. ( Hawad, Furigraphie)<br /> <br /> https://www.youtube.com/watch?v=SPejm_-K_kQ<br /> <br /> - " le négatif c'est à dire le non être " : là est une question très variable, l'astrophysique, la physique quantique a bien des choses à dire.<br /> <br /> Cordialement.
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P
la question n' est pas d" être plus ou moins positif , la question serait peut être de mesurer les situations . la financiarisation du foot comme de l' art est une réalité ( pas nouvelle d'ailleurs ) , la question des migrants est complexe et ces damnés de la terre veulent rejoindre malgré tout l' Europe et la France qui n' est pas quoique en disent certains libéral- fasciste !! les démocraties sont fragiles et contradictoires mais elles sont ! il faut réguler , organiser , être bienveillant tout en sachant réguler pour le bien des migrants eux mêmes . le négatif c' est à dire "le non être " ne régle pas les questions . j' ai évidemment une profonde divergence d' appréciation avec vous quand à Emmanuel Macron et son gouvernement et bien sûr celui doit infléchir socialement son projet . je me désolidarise totalement de ces discours extrêmes ( d' extrême droite comme d' extrême gauche qui n' apportent aucunes solutions sinon le pur plaisir de se croire plus puriste . La pauvreté , le chômage , les migrants sont des sujets sérieux qui ne doivent pas être instrumentalisés par des incantations . Etre positif c'est penser des réponses positives et non pas penser que le monde va à sa perte inexorablement et à une dépression généralisée . je pense croire aux forces du changement , réformateur maitrisé . La pire des choses c' est ce ministre d' extrême droite italien : extrême droite conte laquelle je me suis toujours battu . Et ce n' est pas en pensant que "tout se vaut " et que tout est foutu . paradoxe je m' envole dans quelques jours pour diriger un atelier de peinture dans une université en Chine , pays soit disant " communiste" en fait c' est l' Empire du milieu qui continue, convertit au capitalisme - libéral , le plus effréné ! Etre un peu positif c est ne pas sombrer dans le " constat " de faillite " permanent ( voir Régis Debray ) et y croire tant bien que mal . vive la peinture et l' Art
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S
À l'heure qu'il est, eu égard à la situation dans laquelle nous sommes (lire CATACLYSMES, entre autres), le Think positive à l'américaine est plus que jamais ce qu'il a toujours été : une foutaise et un crime contre l'humanité. Il n'y a jamais eu d'autre voie que la lucidité qui n'est rien autre que l'amour de la vérité sous toutes ses formes et l'effort permanent pour la rencontrer, seul moyen pour découvrir, capitale cerise sur le gâteau, la beauté dans toutes ses incarnations. On peut faire du vrai et du beau avec tout, aurait pu dire le camarade Shakespeare, mais non, tout n'est pas beau, tout n'est pas vrai. Le relativisme qu'implique la pensée "positive", mettant tout au même niveau, interdit toute prise sur le réel et partant tout progrès digne de ce nom. Confondre optimisme et autruchisme est la forme la plus répandue de trouble schizophrénique…
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