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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

Emmanuel Ruben, un écrivain à découvrir

13 Juillet 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Emmanuel Ruben, Julien Gracq, Balkans, Yougoslavie, Schengen, éditions La Contre Allée

Découvrir un véritable écrivain est rare et source de bonheur. Le faire savoir est loin d’être vain, grossier encore moins.

C’est par la lecture d’un texte assez bref que je viens d’entrer en relation avec Emmanuel Ruben : Le Cœur de l’Europe, 90 p., éditions La Contre Allée, 2018, 15 €.

Les éditions de La Contre Allée, publient ce livre dans leur collection « Fictions d’Europe »,  inédits sur les fondations et refondations européennes.

Né en 1980, agrégé de géographie, notre homme a vécu plusieurs années à l’étranger en tant que lecteur de français, ou professeur d’histoire-géographie. Italie, Turquie, Ukraine, Lettonie, l’accueillirent tour à tour.

La publication d’un premier roman l’a décidé à se consacrer à l’écriture et au dessin. Depuis la fin de 2017, il dirige la Maison Julien Gracq à Saint-Florent-le-Vieil (Maine et Loire), lieu de résidences d’écrivains francophones, d’artistes et de chercheurs. Curieuse coïncidence, en est-ce vraiment une, Louis Poirier fut géographe avant de devenir Julien Gracq, l’écrivain que l’on sait.

 

Il s’agit ici du journal de voyage d’un géographe arpenteur de l’histoire géopolitique de l’ex-Yougoslavie débouchant sur les monstruosités politiques actuelles d’une Europe totalement désorientée, dépassée, confondue, acculée par ses contradictions.

C’est foisonnant, solidement écrit, clairement embrouillé, empreint d’une irréalité concrète touchant à l’onirisme, donc propre à la réflexion. D’une certaine manière, ce livre provoque le lecteur qu’il prend au sérieux.

 

Nous sommes témoins d’un hommage attentif rendu à une région d’Europe aussi fascinante que méconnue.

Tout est mêlé, tout est mélangé, ponts et tunnels tentent de franchir les obstacles à la compréhension, paysages majestueux et villes meurtries défilent à la fenêtre du train, ou à la portière de la voiture. Nous sommes dans une région de confins, dans un chaudron géographique où les frontières se fondent et se défont depuis les origines, où les territoires sont des champs de bataille depuis des siècles, où l’éclatement de l’ex-Yougoslavie et les massacres qui s’ensuivirent ont partout laissé leurs stigmates.

Littérature, bandes dessinées, cinéma, les nombreuses références culturelles sont sollicitées pour tenter d’approcher au plus près émotions et sentiments. L’auteur décrit parfois, il ressent et interroge en permanence. Il se débat, il scrute et taraude pour essayer de comprendre. Il est de cette race d’écrivains qui ne se satisfait pas de bien conter. Certes, il présente et décrit, mais pour mieux tenter de parvenir aux origines, pour remonter le courant au lieu d’accompagner ses découvertes  au fil de l’eau.

 

La conclusion est nette, sans appel possible. L’amnésie et l’ignorance de « L’Europe de Schengen et de l’euro » sont dénoncées pour ce qu’elles sont :

« L’été 2015 nous aura appris qu’un pays peut être exclu de l’Union parce qu’il vire à gauche et ne veut plus de sa fausse monnaie tandis qu’un autre pays peut refouler des réfugiés, ériger contre eux des barbelés, virer à droite toute sans craindre la moindre menace d’exclusion. L’été 2015 nous aura appris que nous, les Européens, sommes redevenus des païens dans le pire sens du terme : des adorateurs du veau d’or, des êtres peu charitables, des sacrificateurs, des barbares en somme. »

 

Emanuel Ruben est un écrivain voyageur peu commun

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