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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

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24 Octobre 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal

De nombreux messages, auteurs parfois inconnus, me sont directement parvenus après la publication de mes récentes aventures hospitalières. Preuve que les questions abordées concernent chacun, et que le fait de les aborder de front revêt quelque aspect libératoire.

 

Si la préparation du retour à domicile s’est effectuée facilement, la réaccoutumance ne va pas de soi. Un avant et un après apparaissent clairement. La gerbe de couleurs attendue n’est pas à la rencontre. Césure essentielle ouvrant sur la phase ultime, alors pourquoi prolonger sachant la dégradation physique imparable ?

 

Aujourd’hui, l’appartement parait sombre, encombré, vétuste et malcommode. Des modifications de détail sont intervenues pour faciliter cette rentrée, des objets ne sont plus à leur place, donc devenus introuvables.  Une chambre modifiée par l’apport de matériel para médical, un lit notamment, offre un aspect sinistre, renvoyant à une douloureuse période antérieure.

Ajouté à un grand embarras physique, le manque d’aisance est total. L’encombrement domine, le plaisir est absent. Grisaille, un brouillard assez permanent tient le regard à distance.

Incontournable, le temps de la réacclimatation impose le non négociable. Tout semble lourd, vain, inutile. Qu’est un tunnel sans fin, sinon un gouffre dans lequel s’abîmer ?

Issue connue, tout commentaire, toute parole rassurante, ne sont que vaticination, marques de faiblesse.

Affronter, seule possibilité raisonnable face au ridicule de la négation. Que cessent les propos abusivement optimistes, sachons  regarder la réalité en face. Une manière de rester debout.

La seule hypothèse valide est  de tenter de ralentir le déclin, rien d’autre. «  Nous sommes vieux de plus en plus tard, mais envie d’être vieux en bonne santé ça veut dire quoi ? », m’écrit fort justement un ami.

 

L’attention désormais se porte sur des détails, des indices. Tel geste, tel mouvement ou posture, redeviennent plus ou moins possibles, hier des petits pas jusque-là, aujourd’hui jusqu’ici. Victoire dérisoire, hochet propre à faire temporairement écran, manière ridicule de masquer le temps. Se  satisfaire de cela parait inimaginable, la question est plutôt celle des points d’appui à partir desquels entretenir autant qu’il se peut la curiosité et le goût de la vie. La pratique de l’art et de quelques  artistes fréquentables, la lecture d’auteurs véritables, la rencontre et les échanges sans fard ni apprêt, dénués de complaisance, avec une poignée d’amis, l’intérêt porté à l’évolution des enfants et petits-enfants, autant de repères sur lesquels porter le regard avant que ne se brouille totalement la vue.

 

Tout est normal, prévu, annoncé, rien de surprenant, l’ordre naturel est en marche depuis les origines, nul soupir, nul regret, nulle inquiétude ne peuvent le troubler. Il en est ainsi, comme il se doit, rien de surprenant, simplement veiller à être prêt, si par hasard il n’en est pas ainsi, il est trop tard. Chacun possède une vie pour se préparer. Partir, c’est mourir un peu, dit-on. Parvenir sereinement au terme témoigne peut-être d’une forme de réussite.

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K
je suppose que tu connais la légende du colibri ...<br /> https://youtu.be/nQ9fCekVr8o
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M
"La où la mort est, je ne suis pas. Là où je suis, elle n'est pas" Montaigne<br /> "Quand je danse, je danse" Montaigne<br /> Je subis le bagne de la Radiothérapie, mais je peins et j'écris aussi. J'espère, jean, que vous continuez à écrire et poursuivez vos créations quotidiennes et succulez (vieux mot français que j'adore) la beauté et la religion de l'Art comme si vous et nous étions immortels.
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B
Oui,la radiothérapie est une horreur, comme cette maladie qu'elle prétend combattre;<br /> Loin de m'être jamais cru immortel, ne serait-ce qu'un instant, j'aimerais bien succuler à nouveau.<br /> Merci de ce message de proximité.
J
A la suite d’une opération, j’ai dû rester un mois alité et immobile. Durant toute cette période, mon chat Léo est resté contre moi, ne me quittant brièvement que pour satisfaire ses besoins essentiels. Il avait compris que le seul réconfort qu’il puisse m’apporter était cette présence discrète et silencieuse.
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M
Il y a tellement à méditer. Ce qui m'inspire et je devrai y revenir et réfléchir pour chacun des points suivants: Affronter la réalité en restant debout....... Conserver la curiosité et (entretenir) le goût de la vie.... L'odre naturel...... ( car oui, en effet, nos personnes s'inscrivent dans la nature au sens large).... veiller à être prêt.... une vie pour se préparer...... <br /> Je me disais en pensant à un oncle de 99 ans et à une tante de 97ans qu'ils ont en commun l'échéance prévisible mais que tout les sépare. L'une a une attitude négative; elle a toujours été égoïste et bornée. L'autre a eu la chance (qu'il s'est donnée) d'étudier, de voyager et de se conserver des amis. Pour elle, sa vie, c'est l'enfer. Pour lui, c'est l'imminence d'une fête pour ses 100 ans.
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B
Très jolie cette histoire d'oncle et de tante que tout sépare. <br /> Un fabuliste pourrait s'en emparer.
K
Pas facile d'écrire quelque chose d'intelligent derrière tes mots de l'onirisme et du concret.. <br /> Ta plume fabuleuse, qui je l'espère n'est pas celle d'un cygne..Je t'embrasse. Karine
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