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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

Du Chiapas

11 Décembre 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Chiapas ; Mai 68 ; révoltes populaires ; Gilets Jaunes

Le moment est important. Quelque chose de profond s’instaure. Qu’en adviendra-t-il ? Nul sans doute ne saurait le dire. Des textes divers circulent, certains fort intéressants en voici un, en provenance du Chiapas, qui m’est parvenu, relayé par un ami ciné-photographe aux aguets.

 

Lettre à celles et ceux « qui ne sont rien », depuis le Chiapas rebelle

 

On l'entend partout ces jours-ci : c'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Et là où beaucoup s'affligeaient de ne voir que le marécage stagnant d'une majorité dite silencieuse et passive ont surgi mille torrents impétueux et imprévisibles, qui sortent de leur cours, ouvrent des voies inimaginables il y a un mois encore, renversent tout sur leur passage et, malgré quelques dévoiements initiaux, démontrent une maturité et une intelligence collective impressionnantes. C'est la force du peuple lorsqu'il se soulève, lorsqu'il reprend sa liberté. C'est une force extraordinaire et ce n'est pas pour rien que l'on invoque tant 1789, mais aussi 1793 et les sans-culottes. Ami.e.s gilets jaunes, vous avez déjà écrit une page glorieuse de l'histoire de notre pays. Et vous avez déjà démentis tous les pronostics d'une sociologie compassée sur le conformisme et l'aliénation du grand nombre.

 

Mais qu'est-ce donc que ce « peuple » qui, d'un coup, se réveille et se met à exister ? Rarement comme aujourd'hui le mot aura paru aussi juste, même à ceux d'entre nous qui pourraient le juger périmé, parce qu'il a trop souvent servi à capturer la souveraineté au profit du Pouvoir d'en-haut, et qu'il peut aujourd'hui faire le jeu des populismes de droite ou de gauche. Quoi qu'il en soit, dans le moment que nous vivons, c'est Macron lui-même qui a redonné au peuple à la fois son existence et sa plus juste définition. Le peuple qui se soulève aujourd'hui et qui est bien décidé à ne plus s'en laisser compter, c'est toutes celles et tous ceux qui, dans l'esprit dérangé des élites qui prétendent nous gouverner, ne sont rien. Cette arrogance et ce mépris de classe, on l'a dit mille fois déjà, sont l'une des raisons les plus fortes pour lesquelles Macron, hier adulé par certains, est aujourd'hui si profondément haï.

 

Voilà ce que le soulèvement en cours a déjà démontré : celles et ceux qui ne sont rien ont su réaffirmer leur dignité et, par la même occasion, leur liberté et leur intelligence collective. Et surtout, ils savent désormais – nous savons désormais que nous préférons n'être rien aux yeux d'un   Macron plutôt que de réussir dans son monde cynique et hors-sol. Voilà bien ce qui pourrait arriver de plus merveilleux : que plus personne ne veuille réussir dans ce monde-là et, par la même occasion, que plus personne ne veuille de ce monde-là. Ce monde où, pour que quelques-uns réussissent, il faut que des millions ne soient rien, rien que des populations à gérer, des surplus qu'on balade au gré des indices économiques, des déchets que l'on jette après les avoir pressé jusqu'à la moelle. Ce monde où la folie de l’Économie toute-puissante et l'exigence de profit sans limite aboutissent à un productivisme compulsif et dévastateur, c'est celui qui – il faut le dire aussi – nous conduit vers des hausses des températures continentales de 4 à 6 degrés, avec des effets absolument terribles dont les signes actuels du dérèglement climatique, pour sérieux qu'ils soient déjà, ne sauraient nous donner une idée juste et que nos enfants et petits-enfants auront à subir. Si ce n'est pas là l'urgence qui nous soulève aujourd'hui, c'est celle qui nous soulèvera demain si le mouvement actuel échoue à changer profondément les choses.

 

Parmi les autres détonateurs du soulèvement en cours, il y a l'injustice, fiscale d'abord et désormais plus largement sociale, qui est ressentie comme intolérable. Bien sûr, l'accentuation vertigineuse des inégalités résulte des politiques néolibérales menées depuis des décennies, mais jusque-là on avait toléré, accepté. Maintenant, non. Trop c'est trop. Et quand on commence à ne plus accepter l'inacceptable, on ne peut pas s'arrêter à mi-chemin... Mais, ici, il faut ajouter la chose suivante : Macron, notre pauvre Ju-par-terre, il fait juste son job. Il veut juste être le premier de la classe dans un système où les Etats sont subordonnés aux marchés financiers et où la seule façon pour un gouvernement de s'en sortir un peu moins mal que ses voisins est d'attirer davantage de capitaux. Alors, il faut faire le tapin, racoler en montrant ses plus beaux avantages fiscaux, balancer aux orties toutes les protections sociales, promettre aux investisseurs la main d’œuvre la plus consentante et le meilleur profit possible. C'est ce qui explique les cadeaux faits aux plus riches et aux grandes entreprises (bien plus que la fameuse théorie du ruissellement qui prend l'eau de toutes parts). La politique de Macron, et qu'un autre mènerait à sa place, est donc l'effet d'un système-monde dominé par la force de l'argent, l'exigence de rentabilité et de performance et la logique productiviste qui en découle. Ce que nous devons abattre va au-delà du petit Macron, tout cul par terre qu'il soit. Qu'il parte ne sera qu'un (très bon) début.

 

La puissance du soulèvement actuel tient également au refus de la représentation dont il a fait preuve jusqu'à présent. A son refus d'être représenté. A son refus de toute récupération politicienne. A sa conscience que la démocratie représentative est devenue une farce, qui consiste à choisir soi-même ceux qui vous trompent et vous méprisent, à se faire déposséder d'une capacité individuelle et collective dont on découvre maintenant qu'on peut la reprendre. Maintenir cette attitude avec fermeté, face à toutes les manœuvres déjà en cours, sera un rude défi. Mais pour l'heure, les appels à une démocratie véritable se multiplient : en clair, le pouvoir au peuple, pour le peuple, par le peuple. Les initiatives fleurissent partout : appel à former des comités populaires, avec leurs assemblées régulières, à construire des maisons du peuple sur les places publiques pour débattre mais surtout pour s'organiser concrètement. On parle de destitution. On parle de sécession. On parle de communes libres. On souligne qu'il ne faudra surtout pas, une fois Macron parti, le remplacer par un autre, puisqu'il s'agit de reprendre en main, par nous-mêmes, l'organisation de nos vies. On parle de s'inspirer de la cité athénienne, de la Commune de Paris, du Chiapas et du Rojava.

 

Et c'est pourquoi j'écris cette lettre, depuis le Chiapas. Parce qu'ici, au sud du Mexique, la rébellion fleurit depuis 25 ans. Il y a 25 ans, le 1er janvier 1994, les indiens mayas zapatistes, ceux qui n'étaient rien, les plus petits, les invisibles de toujours, ceux qui ont dû se couvrir le visage pour qu'on les voit enfin, se sont soulevés au cri de « YA BASTA ! ». « Ça suffit ! » aux politiques néolibérales et au Traité de Libre Commerce d'Amérique du Nord qui entrait en vigueur ce jour-là ; « ça suffit » au pouvoir tyrannique qui s'imposait au peuple depuis 70 ans ; « ça suffit » à cinq siècles de racisme, de mépris et d'oppression coloniale. Pendant un temps, les zapatistes ont négocié avec le gouvernement mexicain et ont même obtenu la signature d'un accord en 1996 ; mais les  gouvernements successifs ne l'ont jamais mis en pratique. Alors, les zapatistes ont décidé de mettre en œuvre par eux-mêmes leur aspiration à l'autonomie, qui n'est pas du tout une manière de se séparer d'un pays qui est le leur, mais une sécession par rapport à une certaine forme d'organisation politique et institutionnelle. Ce qu'ils ont mis en place, c'est précisément un véritable gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. Un auto-gouvernement des gens ordinaires, impliquant une dé-spécialisation de la politique. Ils ont formés leurs propres instances de gouvernement et leur assemblées, au niveau des communes libres mais aussi au niveau des régions. Leurs propres instances de justice qui résolvent les problèmes par la médiation. Leurs propres écoles et leurs propres centres de soin, dont ils ont entièrement repensé le mode de fonctionnement.

 

Et ils le font non pas pour répondre aux nécessités d'un système national et mondial fondé sur le profit et le pouvoir de quelques-uns. Ils ne cherchent pas à être performants. Ils ne cherchent pas à être compétitifs. Ils ne cherchent pas à réussir dans le monde des technocrates et des gestionnaires de tous poils. Ils veulent seulement que toutes et tous puissent vivre modestement mais dignement. Que tous et toutes soient non seulement écouté.e.s mais participent activement à l'organisation de la vie collective. Ils veulent seulement que la logique folle de l’Économie ne laisse pas à leurs enfants et aux nôtres un monde dévasté et invivable ; et, pour cela, ils se préparent à résister à la tourmente qui s'approche.

 

Alors, oui, il est démontré, au Chiapas, mais aussi ailleurs et dans bien des pages de l'histoire de France que le peuple qui se soulève peut reprendre son destin en main. Il n'a pas besoin des hommes politiques ni des institutions représentatives qui ne font rien d'autres que le déposséder de sa puissance. Il peut s'organiser par lui-même, former des communes libres, déterminer à nouveau frais la manière dont il entend vivre, car il est acquis qu'on ne veut plus vivre comme on l'a fait durant tant d'années. L'exercice de cette liberté n'a rien d'aisé, mais ce que je peux dire, depuis le Chiapas, c'est qu'il donne aux rebelles un formidable sentiment de fierté, fait éprouver la force de la dignité retrouvée et la joie qui s'attache à la découverte de ce que permet la puissance collective.

 

Justice. Vie digne pour tous et toutes. Pouvoir du peuple. Cela suppose de ne plus se laisser berner par la farce de la démocratie représentative – ni même par les promesses peut-être à venir d'une nouvelle constituante – et de ne plus consentir à reproduire un monde dominé par l'exigence productiviste et consumériste de l’Économie.

 

Vive la digne rage de celles et ceux qui ne sont rien !

Dehors les Macrons et autres apprentis-jupiter !

Mort au système inique, destructeur et inhumain qu'ils servent !

Vive la puissance du peuple qui se soulève et s'organise par lui-même et pour lui-même !

 

                                                                 San Cristobal de Las Casas, décembre 2018

An 25 du soulèvement zapatiste

An 1 du soulèvement des gilets jaunes et des colères de multiples couleurs

 

Jérôme Baschet (historien)

 

 

 

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J
Certes le mouvement des gilets jaunes a pu nous mettre un peu de baume au cœur. <br /> Tout comme les réflexions optimistes de cet article sur ce sursaut populaire sont revigorantes.<br /> Mais…<br /> Jupiter descend de son Olympe pour consentir quelques mesures bien loin de faire le compte.<br /> Et un salonard commet un attentat qui permet opportunément aux gens raisonnables d’en appeler à la sagesse et au retour au calme. <br /> Et puis les fêtes approchent, et le peuple qui soutenait jusqu’alors majoritairement les gilets jaunes trouve maintenant qu’il serait temps de penser un peu aux achats de Noël et pour ce faire de libérer les ronds-points et l’accès au supermarché.<br /> Je ne sais pas comment ça se passe au Chiapas, mais j’ai bien peur que chez nous le peuple rentre gentiment se mettre au chaud.
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J
Je suis d’assez loin le mouvement, mais je ne reconnais rien de ce qui en est vu par cet auteur depuis le Chiapas.<br /> Si la colère et la frustration sont bien réelles, elles ne semblent porter surtout sur deux aspects : des désirs insatisfaits (perte de pouvoir d’achat en résumé) et une difficulté à faire les efforts sur soi même nécessaires pour limiter la casse environnementale. Et la réponse du gouvernement est alignée sur cette vision : un peu d’argent, quelques reports, une couverture médiatique qui fait croire que la révolution est à nos portes et noie le fond à coup d’expertises qui me semblent fumeuses...<br /> Mais on me semble absolument à mille lieues (pour ce que je vois à l’instant) d’une révolution qui se nourrirait d’espoir. L’espoir, c’est ce qui nous porte à mettre en jeu et risquer de perdre le peu que nous avons pour aller vers un autre monde, c’est ce qui nous pousse à imaginer d’autres structures sociales... Je ne doute pas qu’il y ait des « gilets jaunes » qui y travaillent. Mais l’expérience de toutes les crises que nous avons connues ces dernières années (2007-8; nuit debout...) me laissent douter. <br /> Je crains (et regrette) qu’on ne soit essentiellement sur une gestion des désirs frustrés et une balle qui passe des riches aux pauvres et vice-versa pour qu’au fond rien ne change. <br /> Vediamo...
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C
Mr, en guise d'une information parmi d'autres.<br /> <br /> La revendication première désormais est un référendum d'initiative citoyenne (RIC), vers une démocratie directe sur les territoires et la mutualisation. en route pour une émancipation citoyenne, loin des politiques professionnels carriéristes, reprendre la main sur nos vies sans avoir a demander des miettes de la mondialisation a nos maîtres qui redeviendront tout un chacun.<br /> <br /> C'est un moment historique et réjouissant, alors sourire et fraternité. Oui cette fraternité retrouvée l'espace d'un temps sur les ronds-points, réunissant tout le spectre politique, apolitique, je ne dis pas là que tout est "bien" chez les jaunes, mais cela a de la gueule, de la gueule du vivant loin de la communication et des costumes de la société capitaliste militarisée à outrance, loin de la société du spectacle où l'habit fait les apparences et les paillettes. je vous invite à faire comme moi pour vous faire une idée sans a priori, aller prendre le poul de l'existant.<br /> <br /> Ce qui est sûr c'est que ce mouvement est de fond et son point de mire un renouveau démocratique par et pour le peuple. Ne pas se leurrer ce ne sera pas parfait. Que vivent les jaunes et la diversité des peuples, la biodiversité, l'environnement exceptionnel. Bien à vous. Réjouissant je vous dit loin bien loin de ce simulacre des valeurs actuelles.
A
Le Chiapas, ça marche, j'ai de la famille qui depuis des années vit là-bas. IL Y A DES ALTERNATIVES ! Mais il y a un sujet sur lequel il n'y a vraiment pas d'alternative : l'humanité ne survivra que si parvient à mettre fin au plus vite au système insensé de prédation mis en place par ces gamins immatures est pervers que sont hommes et femmes de pouvoir.
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