Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

Mythologies de l’Economie

26 Mars 2019 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #mythologie, économistes atterrés, Thomas Porcher, Eloi Laurent, marché libre, productivité, théorie du ruissellement, théorie du grand remplacement, xénophobie, économie verte, #carambouille

Dans Propagandastafell, un papier du 19 février 2019 sur ce blogue, je soulignais  combien les informations diffusées par la presse écrite ou parlée relèvent de la propagande et du bourrage de crânes, selon les techniques éprouvées de la Com’ officielle.

Le domaine de l’Economie est particulièrement propice à ce genre de joyeusetés mensongères. Bien que l’usage des mathématiques puisse lui en donner l’apparence, l’Economie est fort éloignée du domaine scientifique. « L’Economie n’est pas une science » (Thomas Porcher, économiste).

Quelques articles ou quelques livres écrits par des économistes à la pensée libre et critique tentent de briser la spirale pathogène des contre-vérités. Ils sont bien sûr soigneusement occultés, tournés en dérision ou insultés par le discours dominant.

Devenue l’impératif social d’une politique dont l’expression ne porte plus, le discours économique s’impose en majesté. Faire l’économiste, comme ces commentateurs ignares et suffisants dont raffolent radios et télés, confère de l’importance à tous propos, aussi débiles soient-ils.

Les bêtises les plus grossières deviennent l’alpha et l’oméga de la pensée courante.

 

Eloi Laurent, enseignant à Sciences-Po et à l’Université de Stanford, tente de démonter « Nos mythologies économiques » dans un essai publié par Actes Sud (collection Babel – 103 p., 6,90 €).

Retenons que parler de mythologie, c’est parler de croyances communes dans un ensemble de données estimées fondées, donc réputées crédibles…[1]

 

Allons y voir un peu.

 

- Opposer innocence du marché libre à la contrainte de l’Etat oppresseur relève de la fable la plus pure. En effet c’est l’Etat qui crée des marchés par les contraintes qu’il impose ou non, et qu’il régule par sa politique.

La mondialisation ne relève nullement du libre-échange, mais des régulations publiques qui la rendent possible. Cette régulation publique se présente sous deux aspects : intervention ou non intervention. Fiscalité ou absence de fiscalité oriente à l’évidence les choix et les comportements. C’est ainsi que la très faible fiscalité liée à l’usage des ressources naturelles entraîne pollution envahissante et non stimulation des comportements écologiques.

Une telle ambiguïté pousse évidemment les champions du marché libre à exiger de l’Etat que les règles d’intervention de la puissance publique leurs soient de plus en plus favorables.

Lorsqu’il se sent en mauvaise posture auprès de l’opinion publique, le gouvernement prétend alors avec  un cynisme à toute épreuve que les marchés lui imposent des choix sociaux douloureux ! Apologie du mensonge permanent.

La « crise » telle que nous la connaissons n’est que le fait du passage d’une assurance sociale apportée aux travailleurs, à une garantie financière apportée aux banques. Simple changement de paradigme…

 

- « Il faut produire des richesses avant de les distribuer »

Cette  pétition de principe feint la naïveté et défie le bon sens. En effet, les entreprises et leurs dirigeants paient-ils leur juste part des financements publics des équipements et infrastructures nécessaires à la vie économique de la Nation ? La réponse est évidemment Non.

Ne pas payer suffisamment d’impôts, mal rémunérer le travail, relèvent d’un modèle économique dominant parfaitement admis par l’Etat, défendu par lui.

La théorie du ruissellement est une de ces fables dont on nous rebat les oreilles.

Notons à ce sujet que les inégalités ne sont pas un mal nécessaire. En effet :

- elles sont injustes

- elles provoquent des crises financières

- elles préfèrent la rente à l’innovation

- elles empêchent l’essor de la santé et de l’éducation

- elles figent des positions sociales

- elles paralysent la démocratie

- elles aggravent la dégradation environnementale, par manque d’entretien

- elles nourrissent les crises écologiques

 

- « L’Etat doit être géré comme un ménage, comme une entreprise »

Autre pétition de principe. L’Etat a pour lui d’être durable. Il doit donc échapper aux horizons temporels limités des familles ou des entreprises. Il est en danger d’affaiblissement mortifère s’il est soumis aux règles de la comptabilité privée (ce qui est sans doute le but recherché : vente au privé des autoroutes, d’installations portuaires, d'aéroports). On prend alors des risques considérables envers la stabilité sociale : tarissement de l’investissement public ; transformation des phases de récession en dépression sociale ; prolongation des phases de stagnation. La restriction de la dépense publique ajoute au marasme.

Ajoutons à cela l’incompatibilité des régimes sociaux tels que nous les connaissons avec une fatalité financière ne pouvant pas les admettre.

 

- « Les réformes structurelles visent à l’augmentation de la compétitivité, clé de la prospérité »

Un mantra, formule magique d’auto conviction. Ce mythe des réformes structurelles est partagé par tous les politiques. Mais qu’est-ce au juste que la productivité ? Il n’existe pas de réponse satisfaisante.

Le flou qui accompagne ce concept entraîne de fait une baisse du niveau de vie.

 

- L’angoisse identitaire xénophobe

Nous avons là le terreau le plus ancien de l’extrême droite, son fonds de commerce.

L’attachement des européens à leur modèle devient une arme contre les étrangers, les immigrés, et leurs descendants. Nous sommes en pleine social-xénophobie.

- Estimés incontrôlables, les flux migratoires actuels engendrent la fumeuse théorie du « grand remplacement ». Or, les immigrants proprement dits ne représentent que 3% de la population mondiale ; le « grand remplacement » n’est pas pour demain, il est même inconcevable. Ce qui est en cause, le vrai problème, résulte du manque d’intégration sociale des immigrés et de leurs enfants.

- On nous parle également  du coût économique de l’immigration. Aujourd’hui les immigrants sont en général jeunes, adultes et éduqués. Ils constituent un renfort pour l’économie. C’est leur non intégration qui coûte cher (gâchis des compétences, des talents, de l’envie de s’intégrer).

- Les immigrés représenteraient une énorme charge sociale. Ils sont en  fait des contributeurs sociaux réels, et ils enrichissent la France de diverses manières, ne serait-ce que par l’ouverture sur la diversité.

- Des territoires oubliés de la République existeraient entend-on aussi. Pure légende destinée à masquer la ségrégation entretenue dans les espaces urbains. Ajouté à cela, le postulat que l’intégration est impossible pour des raisons culturelles. En réalité, les personnes issues de l’immigration n’ont pas les mêmes chances que les autres pour devenir socialement français, alors qu’elles le sont juridiquement. Ce qui conduit à un enfermement dans des identités de substitution.

 

-  L’écolo-scepticisme

Si le déclin politique des Verts semble général en Europe, le mépris des travaux scientifiques relatifs aux crises écologiques est tout aussi général.

Les marchés et la croissance seraient La solution. Pétition de principe totalement erronée. Le marché du pétrole, par exemple, en démontre la fausseté. Ce marché est un frein puissant au développement des énergies renouvelables, dès lors que le prix du pétrole baisse. Il en va de même pour le charbon, qui connait un regain en Chine et en Inde.

Force est de constater que développement économique et développement de la pollution vont de pair. Une nécessaire réorientation du système économique de production et de consommation est un impératif absolu.

Assertion aussi grotesque que ridicule : l’écologie serait ennemie de l’innovation et de l’emploi. Il est évident que la transition énergétique est hautement compatible avec développement et création d’emplois nouveaux. Les contraintes environnementales peuvent devenir un levier pour des activités à découvrir.

La transition écologique est un véritable défi pour l’intelligence.

Apprenons à parler d’Economie verte et non pas de Croissance verte.

Ce point souligne l’importance considérable des politiques publiques.

La transition écologique induit une transition sociale, c’est-à-dire l’invention d’une transition social-écologique.

 

Au terme de cette rapide évocation, nous voyons bien que les mythes ne sont que de fausses évidences destinées à détourner l’attention des citoyens. Il s’agit donc de mystifications politiques délibérées, dont l’existence rend urgente l’apparition d’une parole politique enfin différente, proférée par d‘autres que les très nuisibles et redoutables aristocrates de la carambouille, qui nous gouvernent et font des lois au détriment du plus grand nombre.

 

[1] On pourra également consulter avec intérêt : Thomas Porcher – Traité d’économie hérétique – Poche ; Hachette Pluriel, 232 p., 8€

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
A
Bonjour,<br /> <br /> Pour ma part une "des choses qui me déroute" depuis un certain temps est que le néo-libéralisme, le tout économique-financier semble s'épanouir au mieux dans nos démocraties, nos républiques occidentales. Comme si le meilleur système sociétal, le meilleur terreau au néo-libéralisme totalitaire était nos démocraties. Entendons-nous bien, un peu, un minimum, je suis un démocrate, un républicain, un pro-européen, mais où il y a anguille, c'est qu'est-ce que l'on entend par ces termes et dans quel but?<br /> <br /> Effectivement, pour moi notre république, notre démocratie n'est qu'à un état embryonnaire voir en état de simulacre, quant à ce système européen...Je dirais d'ailleurs que pour moi ce qui caractérise nos auto-proclamés progressistes-premiers de cordée démocrates : "on a souvent tendance à confondre les belles paroles et les bonnes actions", en effet il suffit d'être un prestidigitateur en com'. Être écolo sans jamais remettre en cause le plus de croissance par exemple. <br /> Pour huiler les rouages de ce tandem néo-libéralisme-démocratie, il ne faut plus des Hommes d'Etat avec une vision mais des gestionnaires, techniciens et maîtres en communication et fabrique d'opinion. Il apparaît qu'à cette table, les places sont bonnes...<br /> <br /> Cordialement
Répondre