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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

Le sel de la vie

15 Avril 2019 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Hammershøi ; musée Jacquemart-André ; peinture ; silence ; lumière

De tous les arts, la peinture est sans doute le plus énigmatique.

Oui, il y a bien sûr la poésie, mais il s’agit alors d’un choix délibéré, très mental (Mallarmé, Valéry, Char…), pas nécessairement lié de manière naturelle à ce mode d’expression.

L’énigme de la peinture tient au fait qu’elle se présuppose ouverte et lisible d’emblée, alors qu’à mesure qu’on y entre le mystère s’épaissit. Miroir réfléchissant devenant peu à peu opaque, contraignant à un regard aiguisé, la peinture s’offre et se dérobe presque dans le même temps. D’où cette folle excitation amoureuse qu’un tableau peut susciter.

Une fois pénétré cet immense territoire, le piège se referme et on n’en a jamais fini. Il ne s’agit plus guère de vivre avec la peinture, mais de vivre en peinture.

Peintres et œuvres forment une cohorte complexe, toutes perspectives temporelles abolies. Relations fortes, parfois tumultueuses, il y a beaucoup de passion dans cette aventure où la curiosité et l’appétit de la vie sont sans cesse en éveil. Aussi l‘émoi est grand lorsque m’apparait une œuvre d’un peintre que j’ignore, et que l’intérêt de la rencontre s’impose d’emblée.

 

De mars à juillet, le musée Jacquemart-André présente à Paris une rétrospective Hammershøi. Je n’ai pu en voir que des photos, « monter » à Paris ne m’est plus envisageable, simple détail.

Ces photos suffisent à déclencher un attrait certain, et cela affaite aimablement mes journées. Lorsque la saveur est délicate, l’envie de prolonger pour préciser s’affirme.

 

Tombé dans l’oubli après sa mort en 1916, il n’était pas à la mode des audaces iconoclastes d’alors, Hammershøi n’a suscité un nouvel intérêt qu’à la toute fin du siècle dernier, et fut peu montré hors Scandinavie, où il est considéré comme le maître de la peinture danoise. Un bel aperçu de son travail est visible sur Google, faute de mieux. 

 

Nous sommes livrés à une peinture de silence et de lumière. La palette est très réduite, faite de nuances fort subtiles de gris et de blanc, propres à la méditation.

Intérieurs vides, parfois la présence d’une femme vue de dos, paysages dénués de tout pittoresque, ligne d’horizon piquetée d’arbres tirant vers l’abstraction.

Un dépouillement radical fonde la représentation du répétitif quotidien, nécessaire à la permanence du vivant.

Cette peinture portrait du temps suspendu possède une troublante étrangeté, bien en accord avec la période de recouvrance que j’explore attentivement depuis quelques mois.

Les détails sont bannis au profit de paysages intimes. Il s’agit d’aller à l’essentiel.

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C
J'aime beaucoup la délicatesse des clairs obscurs de cet artiste et la quiétude qui s'en dégage .<br /> Amicalement
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M
PROPRE À LA MÉDITATION <br /> Je me suis précipitée vers les vidéos disponibles en ligne et j'ai passé un moment de pur bonheur tranquille en voyant ces tableaux. Je me permettrais d'ajouter à la méditation, la solitude tranquille... <br /> MERCI JEAN D'AVOIR PRIS LE TEMPS DE PARTAGER CETTE DÉCOUVERTE.
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