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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

Limites

8 Avril 2019 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #intransigeance ; démocratie libérale ; tolérance ; communautarisme ; Montaigne ; laïcité

Réagissant à une prise de position sur l’écriture, un lecteur commente « Nous sommes trop vieux pour juger les autres ; essayons de les admettre comme existant et se manifestant aussi librement que nous ».  Apparemment un bel éloge de la tolérance. Eh bien je me récrie contre cette grossière bien-pensante naïveté, qui, notons-le, prône l’ascèse de l’autocensure, et parle de jugement alors qu’il était seulement question d’appréciation dans mon propos, sans penser à une quelconque condamnation pénale, comme le suppose le fait de juger. Le silence devrait suffire, inutile de donner des noms, ce serait commencer à les servir.

J’ajoute que cet appel à la bienséante tolérance est enveloppé  dans un papier cadeau me supposant victime d’une « poussée de prétention ou de vanité ». Ainsi, pour être de bon goût, il faudrait n’en avoir point et s’écraser. Allons donc !

Tout admettre équivaudrait alors à se soumettre. Inadmissible !

Tout admettre ? Admettons… sauf l’inadmissible, la laideur et le saccage de notre environnement, la destruction de la planète au nom d’intérêts financiers, l’appauvrissement de la population,  la xénophobie et le mensonge généralisé, la montée du totalitarisme et de la répression policière, l‘injustice fiscale, etc.

 

Le père Hugo a montré la voie :

Si l’on n’est plus que mille, eh ! bien, j’en suis ! Si même 

Ils ne sont plus que cent, je brave encore Sylla ; 

S’il en demeure dix, je serai le dixième ; 

Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là ! 

 

L’intransigeance devient une nécessité première face au scandale philosophique de la reddition de l’esprit devant les dogmes des soi-disant lois de l’économie ou de la « démocratie libérale ».

La tolérance apparait à l’évidence comme une fausse barbe destinée à masquer le caractère irréductible d’identités résolument opposées les unes aux autres, et la volonté des uns de bouffer les autres, vaille que vaille. Ne peut en naître qu’une mosaïque d’appartenances et d‘intérêts incompatibles avec une collectivité civique. Elle dénature la vie en société, et empoisonne la vie sociale en renforçant la capacité de nuisance des groupes confessionnels constitués en groupes de pression, donc d’oppression.

L’existence de communautés s’érige au détriment des individus et de leur liberté d’expression. Les communautés divisent. Comme les religions, elles s’établissent au nom du Plus Grand Commun Diviseur. A contrario, la laïcité représente le seul principe de fonctionnement équitable et équilibré. Mais qu’entend-on au juste par laïcité ?

 

Il ne s’agit pas de nier ou d’occulter les différences et les obstacles réels ou fantasmés, il s’agit de travailler sur ce qui peut fonder un accord possible pour le vivre ensemble, sans exiger quelque reniement que ce soit. Respect de l’altérité avant tout, mais l’altérité ne saurait primer.

 

Dans le domaine de l’Art, il apparait de plus en plus que tout artiste qui n’est pas intransigeant risque de se commettre dans les rets de la marchandisation à outrance, et ainsi de se perdre avec son art.

Tout comme la liberté, l’art vivant se conquiert par un effort continu de lucidité intransigeante et de curiosité insatiable. L’essentiel est rarement là où Panurge et la mode le prétendent.

 

Il n’est désir plus naturel que le désir de connoissance. Nous essayons tous les moyens qui nous y peuvent mener. (Montaigne)

[Remarquons au passage le joli coup de botte donné à la doxa religieuse, mystères et vérités révélées compris.]

 

L’intransigeance et la rigueur qui l’accompagne sont une pratique salutaire hors des sentiers battus et des idées reçues, idées jetables par nature.

Admettre le moindre compromis sur des choses essentielles telles que l’art, la politique, la vie en société, ou les fatrasies que l’on nomme abusivement littérature, en omettant de chercher ce qui existe ailleurs et mérite attention, c’est prendre le risque délibéré de dangereusement baisser les bras.

Même mal assuré, même branlant, il m’importe de demeurer le plus possible en équilibre et réactif.

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A
Bonjour,<br /> <br /> « Nous sommes trop vieux pour juger les autres ; essayons de les admettre comme existant et se manifestant aussi librement que nous ».<br /> <br /> J'aurais tendance à souscrire, mais cet "autre" énoncé ici admet-il que "d'autres" souhaitent une autre vie sociale et sociétale?<br /> <br /> Quelques réflexions empruntées :<br /> <br /> « Nul ne peut contester qu'en un laps de temps relativement court (en comparaison de l'histoire et surtout de la préhistoire de l'humanité) les sciences et les techniques ont transformé notre planète au point d'ébranler des équilibres écologiques et ethnologiques immémoriaux, au point surtout de faire douter l'homme du sens de son existence et de ses travaux, jusqu'à faire vaciller sa propre identité » Dominique Janicaud<br /> <br /> Là où Nietzsche voit la manifestation de la domination de l'homme sur la nature, Heidegger perçoit tout au contraire la dernière étape de sa dépossession au long d'une histoire de la métaphysique, des époques et des modes de dévoilement de l'être. Plus l'homme se prend pour le « seigneur de la terre », plus il devient une simple pièce du « dispositif technique ».<br /> <br /> Cordialement;
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T
En somme, il faut en revenir à ce que Dwight Macdonald appelait la radicalité pour redevenir un acrate. Je préfère ce terme à celui d'anarchiste car tout ce qui finit en "isme" fait peur à tout être dépolitisé et l'on sait que la montée de l'insignifiance est plus rapide que la volonté de faire société dans la liberté. <br /> Mais pour en finir avec ce qui fait domination soit la société marchande, appelée un temps le capitalisme dont tout un chacun nomme comme libéralisme, néolibéralisme ou postcapitalisme, le seul mouvement à même de reprendre cette critique radicale est celui de la critique de la valeur.
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S
Je souscris sans réserve, tu t'en doutes !
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