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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

Dans la lumière des peintres

10 Juillet 2019 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Fondation Maeght, art du 20e siècle, Aimé et Marguerite Maeght, Adrien Maeght, Maison de la Pensée française, marché de l'art contemporain

Dans la lumière des peintres, une vie avec Bonnard, Matisse, Miró, Chagall… s’intitule le livre d’Adrien Maeght tout juste publié chez JC Lattès (juin 2019, 445 p.).

Adrien, né le 17 mars 1930, est le fils d’Aimé et Marguerite Maeght, les créateurs de la Fondation éponyme à Saint-Paul de Vence, première en Europe dédiée à l’art contemporain, universellement connue.

Au fil des pages, l’auteur relate le parcours entamé très jeune au contact des principaux maitres de l’art du XXe siècle. On y croise Pierre Bonnard, Henri Matisse, Georges Braque, Alberto Giacometti, Raoul Ubac, Fernand Léger, Marc Chagall, Joan Miró, Alexander Calder, et bien d’autres, artistes ou écrivains, tels Jacques Prévert ou Pierre Reverdy, Yves Montand, Ella Fitzgerald ou Duke Ellington.

Nous voyons le fils de ce couple exceptionnel se construire peu à peu, s’efforcer de trouver sa voie propre, en dépit de relations tumultueuses avec son père, et prendre appui sur l’exemple maternel. Autodidacte comme son père, Adrien Maeght deviendra éditeur, imprimeur, collectionneur et galeriste lui-même. Il s’efforcera toujours d’agir en complément fidèle des activités parentales avec lesquelles il se tiendra de rivaliser, malgré les difficultés relationnelles père-fils. « Au nom du père », un sous-titre possible…

Les artistes assidument fréquentés deviendront rapidement ses maitres à penser, ses références intellectuelles et morales essentielles. Des amis vigilants porteurs de respect mutuel.

En parallèle avec les deux galeries parisiennes, rive droite et rive gauche, nous assistons à la naissance et au développement des prestigieuses éditions Maeght, revues, catalogues, livres de bibliophilie.

L’époque couverte correspond en gros à la période d’initiation et de confirmation que j’ai personnellement parcourue. Bien des évocations réveillent des souvenirs ardents. Une référence à la Maison de la Pensée française, située dès l’après-guerre dans le quartier de l’Elysée à Paris, me rappelle l’hommage ultime à Paul Eluard où j’ai côtoyé Pierre Seghers, ainsi que l’exposition des Bâtisseurs de Fernand Léger. Période de découvertes et de maturation personnelle.

Inaugurée le 28 juillet 1964 à Saint-Paul-de-Vence, la Fondation Maeght me fut des décennies durant un lieu culte de référence absolue, en quelque sorte un lieu d’apprentissage. Devenu un temps membre de l’association des amis, j’ai eu le privilège de participer à des visites remarquablement commentées par Jean-Louis Prat, comme d’assister à de prestigieux concerts dans la cour Giacometti. J’ai souvent emmené mes enfants dans ce lieu. Ma dernière fille a grandi en gambadant dans le labyrinthe Miró. Elle s’en souvient et se propose de bientôt le faire découvrir à sa propre fille. Lieu magique, lieu vivant, creuset décisif. C’est sans doute à partir de là que j’ai puisé la naïveté et la force qui m’ont permis de nouer des relations essentielles avec les artistes auxquels je tiens toujours.

La lecture de cet ouvrage irrigue et rafraichit l’esprit comme l’eau qui anime la fontaine de Pol Bury dans le jardin.

Dès le préambule, l’auteur expose ses intentions. À la fin de l’ouvrage, il affine les remarques et les enseignements de son existence. Des citations s’imposent tant l’évidence des propos me parait indiscutable.

Préambule

« Dès mes premiers jours, j’ai baigné dans cette exceptionnelle aventure. D’abord assistant, puis imprimeur, galeriste, éditeur, marchand et finalement héritier de cette épopée, ami et compagnon de maîtres de l’art moderne et contemporain (…) Je veux (…) raconter ce que j’ai vécu, ce que j’ai vu et entendu, ce que j’ai aimé, ce que j’ai retenu, moi, l’autodidacte ayant grandi dans les pas de ces géants (…), leurs preuves d’amitié et l’envers inévitable, les sentiment d’angoisse et les crises de jalousie. Tous les peintres qui sont entrés dans la famille Maeght ont toujours souligné à quel point l’art et l’amour étaient indissociables, que leurs explorations artistiques n’étaient au fond qu’une recherche sur les secrets de l’existence. »

Puis, pour conclure

« J’apprécie les leçons des historiens de l’art (…) mais je ressens un tableau à travers mes sensations physiques. Je vis l’art avec l’âme, je suis quelqu’un qui considère que les objets ont leur poésie propre.

(…) je crains que l’histoire de l’art ne se souvienne guère de (….) ceux qui répètent les ready made, satisfaisant les envies des nouveaux collectionneurs vierges d’une vraie connaissance, d’une vraie expérience de l’art. (…) Tout concourt aujourd’hui à réduire l’incertitude de l’art : l’importance grandissante des objets dans nos sociétés, cette part envahissante du commerce, du business. (…)

Je n’aime pas du tout qu’une œuvre soit liée à son époque car si cette œuvre est forte, elle échappe à son temps. (…) Je ne m’autorise que des comptes rendus d’émotions et je tiens compte aussi des évolutions de ma vie et de ma pensée. (…)

L’art, pour moi, c’est d’abord un geste (…) Le geste artistique n’est jamais terminé (exemple de Pierre Bonnard qui retouchait ses tableaux jusque sur le lieu de leur exposition).

… la peinture en tant que geste (construit) un monde inédit, mouvant, mystérieux. Un monde sans cesse recommencé aussi bien par l’artiste qui le fait que par tous ceux qui regardent. (…)

L’important est moins de posséder que de découvrir. (…)

Je sais que la spéculation artistique a toujours existé, mais les proportions atteintes aujourd’hui me paraissent effrayantes. »

 

Ce livre est précieux en ce qu’il expose à quel point l’engagement passionné pour l’Art peut être moteur. Combien montrer, rendre accessible, faire connaitre, susciter le débat, sont des leviers essentiels à une société policée, face à l’arrogance du « Marché-de-l’Art-Contemporain », trivial, gadgétisé et impérial.

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M
Impossible de ne pas être nostalgique aux souvenirs de promenades - visite avec ta famille et nous les Canadiens, à Saint Paul de Vence. C'était dans les années '80. Que de jolis souvenirs. Et toi en guide attentionné et animé. Hier encore, j'avais..... hmm 30, 40, 50 60 ans.
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