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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

Naples et le monde de l’édition

30 Juillet 2019 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Editions La Tempête, Naples, Walter Benjamin, Alfred Sihn-Rethel

 

Dans le monde de l’édition, mis à part GalliGraSeuil et quelques autres  grosses pointures, il existe de nombreux petits éditeurs curieux, besogneux, amoureux des beaux papiers, soucieux de mises en page de qualité, d’un choix de caractères harmonieux, bref amoureux de leur travail. Ils sont répartis sur l’ensemble du territoire, parfois en des lieux un peu reculés.

Parallèlement, des libraires curieux, audacieux, entreprenants, luttent pour survivre et continuer à proposer à leur public des ouvrages hors des sentiers labellisés par Lemarché. Il convient bien sûr de les encourager, de les accompagner, d’interroger leurs propositions. Sachant que tout ce qui est proposé par ailleurs n’est pas à jeter systématiquement pour autant. Simple méfiance à l’égard des têtes de gondoles et du « vu à la télé ».

 

Les Editions La Tempête, fondées en 2015 à Bordeaux, se consacrent surtout à la recherche et à la publication de textes à caractère philosophique ou bien relatifs à l’histoire politique. Si leur catalogue est encore peu fourni, il est prometteur.  Y figurent entre autres les noms de George Lukàcs, René Daumal, Simone Weil. Leurs livraisons sont soignées, d’une qualité certaine.

En décembre 2018, des textes de Walter Benjamin, et d’Alfred Sohn-Rethel, ont fait l’objet d’un recueil intitulé Sur Naples (116 p., 10€).

De Benjamin, outre ses écrits sur l’art, on connaît bien ses flâneries urbaines parisiennes, les célèbres Passages. Arpenter la ville, la pratiquer, est pour lui l’occasion de réflexions esthétiques, sociologiques et littéraires. La ville est un support de sa pensée.

Les textes retenus par La Tempête rappellent que Naples fut aussi l’objet des réflexions de Benjamin. Nous sommes confrontés, en 1924-26, à une ville grouillante, inquiétante, excessive, à coup sûr très surprenante et à nulle autre pareille. Religion, religiosité, totale porosité des mœurs et du bâti, ville capable de dissoudre toutes les convictions, tous les a priori, de brouiller tous les repères, où le spectaculaire est permanent. Naples où on n’a vraiment pas le temps de s’intéresser à ce que devient le Vésuve. Naples où les jours de fête et le quotidien s’entrelacent en permanence. Naples où la Camorra est omni présente. Naples peut-être impossible à appréhender.

Alfred Sohn-Rethel, quant à lui, nous rapporte notamment avec beaucoup d’humour combien la perfection technique et les apparences soignées d’un objet quelconque sont parfaitement incompatibles avec l’esprit napolitain. Le rapport permanent avec la technique est si incongru que seul le cassé représente l’idéal propre à faire éclater l’ingéniosité de chacun pour que ça marche, vaille que vaille. Un objet neuf en bon état est tout simplement inconcevable ici, presque attentatoire. La modernité ?

(Deux courts séjours à Naples lors desquels il m’est apparu qu’un véhicule intact relève de l’insulte au génie des lieux, me font penser que les choses n’ont guère changé depuis lors.)

Il est aussi question d’une ascension  nocturne du Vésuve et d’un blocage total d’une des artères principales de la ville, dû au mauvais vouloir d’un bourricot refusant de tirer la charrette à laquelle il était attelé. Occasion pour une foule hurlante de retrouver ses origines rurales en essayant divers stratagèmes pour convaincre l’animal le plus buté qu’il se puisse rencontrer.

Nous avons en permanence le choix entre l’agro-alimentaire, la néfaste food, et le marché paysan ou le rayon « bio ». De même, il nous appartient de réapprendre la saveur du goût, de nous défier des grandes surfaces à prétention culturelle, et de scruter le rayon édition et culture alternatives de notre libraire, là où se trouvent des produits de pensée amoureusement accueillis.

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