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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

Note sur l’architecture

9 Octobre 2019 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Architecture, architecte, cistercien

La spectularisation de l’architecture et de certaines vedettes internationales mène à une pollution des esprits, mais aussi à la dénaturation d’espaces naturels méprisés, sinon violentés. Sous prétexte d’audace et d’originalité, oubliant sa finalité, l’architecture publique a trop souvent pour objet son autocélébration et celle de son talentueux concepteur.

Se prenant elle-même pour sa propre fin, elle propose fréquemment d’extravagantes coquilles vides à usage improbable.

Les thuriféraires parlent alors d’objet ou de geste architectural. Cela ne veut strictement rien dire. Cela ne sert qu’à masquer une prétention parfaitement ridicule, un simple tape à l’œil, une fantaisie racoleuse. Vanitas vanitatum.

Point n’est besoin d’aller loin, en Asie ou aux Emirats, pour rencontrer des réalisations de la sorte. En France, à Paris, Montpellier, Arles, Marseille (où le MuCem est une incontestable réussite), en Espagne, à Barcelone, Valence, Madrid, Bilbao, nombreux sont les exemples de ces dérives vaniteuses plantées là abusivement au détriment du paysage séculaire existant par des pseudo-artistes jouant un défi aussi puéril qu’inutile. La recherche de l’exploit technique, la performance pour la performance, est rarement intéressante.

Notre époque n’est pas la première à connaître de telles outrances. Gothique flamboyant, Classicisme autoritaire, Romantisme échevelé, Art déco bavard, ont frayé la voie. Il s’agit à chaque fois de montrer ses biceps, donc d’affirmer son pouvoir, et de faire tinter l’importance de sa cassette. Nous sommes loin de l’humilité cistercienne allant se nicher au creux d’un paysage paisible, respecté avec beaucoup d‘égards.

Considérons l’évidente majestueuse beauté de certaines fermes où l’équilibre des formes va de pair avec la destination des corps de bâtiments et des aires extérieures, tant il est vrai que les abords concourent à l’ensemble. Aujourd’hui, quand on conçoit un immeuble, se soucie-t-on de la rue, des trottoirs, et des accès en général ? Qui commande ? Le paysage immédiat, ou le bâtisseur si préoccupé de la valeur foncière et de la plus-value ?

L’architecture est avant tout un regard sur la vie, avide, rapace, ou généreux.

Que signifie être architecte aujourd’hui ? Quelles ambiguïtés et quelles contradictions convient-il de gérer ?

Epouser le contexte, c’est-à-dire respecter les lieux et les origines, s’interroger sur la valeur d’usage au quotidien et dans la durée de ce que l’on édifie, ont-ils toujours un sens suffisamment profond pour déterminer les choix ? Ou bien ne s’agit-il plus que de questions mondaines ?

Il me semble que, grosso modo, deux conceptions s’affrontent avec une acuité de plus en plus forte. Si ces points de vue ne sont pas nouveaux, c’est la violence de leur antagonisme nourrie par l’âpreté de la pression financière, qui l’est.

D’un côté, l’architecture autoritaire, dominatrice, voire totalitaire, ordonnée par la Puissance Publique soucieuse d’affirmer son pouvoir.

De l’autre, une architecture que j’appellerais volontiers partenaire, soucieuse de faciliter la vie et les échanges sociaux-économiques qu’elle exige. Une architecture acceptant de ne pas s’imposer au premier regard, soucieuse de la patine du temps, c’est à dire ménager les conditions d’un vieillissement harmonieux

Le titre que confère le diplôme ne renseigne jamais sur le rapport au monde qu’entretient son titulaire, pas plus que sur la qualité de ses réflexions. Il n’est sans doute pas très étonnant que cette profession, aussi noble et respectable qu’elle soit, connaisse une profonde crise d'identité, ainsi que me le donnent à penser ceux de ses membres que je pratique avec quelque régularité.

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P
La puissance publique s'exerce encore un peu à montrer sa puissance. Toutefois, il n'est pas inutile de se demander si cette force publique a encore bien le cœur à l'ouvrage. N'y a-t-il pas plutôt une attitude de traitement des affaires courantes sans autre ambition ?<br /> Rem Koolhaas disait "pas d'argent, pas de détail". Pour la puissance publique ça pourrait donner " pas d’idée, pas d'architecture"<br /> En revanche la puissance privée ne dort pas : Un musée par jour s'ouvre sur terre ! La plupart des fondations privées... les motivations ? Comme la voiture : il a une Maserati, j'aurai une Rolls Royce ? S'anoblir par l'investissement dans l'art et l'enveloppe architecturale adéquat? Est-ce mieux que d'acheter un club de football? <br /> Cet avènement si rarement éprouvé ; la grâce, ce moment sublime ou nous sommes dans un espace et à la fois déjà en dehors, transporté, emporté, bref bien plus que l'émotion. <br /> Peut-on encore parler d'architecture qui provoque ceci, qu'il s'agisse d'architecture publique ou privée ? C’est au mieux du bâtiment. <br /> Dans ma ville natale Gand, il y a trois tours dans le centre historique, chacune représente un pouvoir et sa puissance : le civil (beffroi), le religieux (la cathédrale), la puissance économique du port médiéval (église st Nicolas). Nous avons attendu les années 30 pour voir une quatrième tour : la bibliothèque de Henry van de Velde pour l'université (le pouvoir des sciences). <br /> Dans la première décennie du 21ème siècle une Cinquième tour s'est ajoutée (heureusement en banlieue) : elle est l'œuvre d'une institution bancaire .... Elle a réussi un défi extraordinaire : le dégout de tout habitant de la ville. <br /> Aucune moralité, juste une illustration. <br /> No sens, no architecture.
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P
L ' art et l' architecture aussi depuis toujours ont oscillé entre une certaine vanité d' inscrire des " gestes " forts qui témoignent d' une certaine "célébrations des pouvoirs : cela peut donner des chefs d' oeuvres ou des pures vanités ; les sociétés et leurs humains ont parfois besoin de se reconnaitre dans des signes qui marquent une époque , d' un autre côté il y a ceux ou celles plus modestes et plus sociaux qui pensent le lien entre l' art , l' architecture en relation avec le quotidien . ces deux opposés sont ils définitivement antagonistes ou pas ? a propos des cisterciens n ' oublions pas que ces magnifiques architecture effectivement sobres et épurées étaient au sevice d' une transcendance religieuse et nous continuons à les admirer ; l' art et l' architecture a toujours eu besoin de cette transcendance . Au service de qui et de quoi : la est une des questions .
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J
Le dénonciateur de l'architecture autoritaire (série des paysages, fragments de paysage et garde-fous) te remercie !
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