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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

La Belle et la Bête

26 Janvier 2020 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Jean Cocteau, Jean Marais, La Belle et La Bête, prix Louis Delluc, Georges Auric, Alain Sagault, Rudyard Kipling

 

Lecteur fidèle ou occasionnel ne t’effraie pas en vain, je ne vais pas te parler de la relation vénéneuse entre la Démocratie vacillante et l’actuel pouvoir autoritaire. C’est du film culte de Jean Cocteau que j’ai dessein de t’entretenir.

Restauré, il passe à nouveau dans les salles. Ne l’ayant jamais vu auparavant, l’occasion m’en fut donnée il y a peu, ce dont je me réjouis quelles que soient mes impressions.

Tourné en 1945, sorti en 1946, immédiatement lauré du Prix Louis Delluc, il passe aux yeux de certains pour un chef-d’œuvre du cinéma fantastique.

Images en noir et blanc très contrastés, musique criarde de Georges Auric, il m’est apparu presque irregardable. Surprise et déception.

Pour moi, ce n’est aujourd’hui qu’un navet prétentieux et ridicule. Conte de fées indigent se prenant pour ce qu’il n’est pas, une œuvre de réflexion tissée de merveilleux.

Cocteau, aimable mondain touche à tout, littérature, cinéma, peinture, théâtre, apparaît ici comme un poète des apparences épris de superficielle profondeur.

Cette magie de pacotille caractéristique du film est bloquée par l’évidence de sa construction délibérée où s’engouffrent tous les poncifs du genre, miroirs infidèles ou prémonitoires, murs traversables, apparitions-disparitions, horreur et fascination, etc.

 

C’était il y a plusieurs années, une exposition de peintures et dessins de Jean Cocteau. Outre la répétition de procédés, ce qui en soi ne fait nullement obstacle car il peut s’agir de souci  d’approfondissement, le souvenir principal qui m’en reste est celui d’une desséchante cérébralité.

C’est là sans doute le point faible, qui tient à distance de son œuvre cinématographique, notamment. Le film La Belle et la Bête me semble fondé sur la surprise. Surprise des situations, des décors, des représentations, des oppositions (Jean Marais interprète non seulement La Bête, mais aussi deux autres personnages à visage découvert, où éclate sa singulière beauté physique d’alors).

La surprise est plutôt d’ordre cérébral, elle porte essentiellement sur le quoi, l’extériorité, contrairement à l’étonnement, qui saisit l’être tout entier en portant sur le comment, l’intériorité. La surprise se réfère au champ restreint de l’ossuaire culturel dont chacun est gardien. Bien sûr ce champ peut être enrichi, mais uniquement par juxtaposition, comme une collection, matérialité détournée, souffle de la vie défaillant. L’être du gardien est souvent étranger à la collection dont il constitue cependant une pièce manquante.

L’étonnement, provoquant un bouleversement émotionnel, implique la personne toute entière. Il permet d’accéder au rêve et aux affects les plus fondamentaux. Il permet d’envisager l’inatteignable sobrement suggéré, c’est à dire l’au-delà de l’ici et maintenant.

La légèreté apparente de l’aquarelle telle que la pratique Alain Sagault y convient à merveille. Aucun besoin d’effets spéciaux.

Mais ceci est une autre histoire, dirait Rudyard Kipling, qui s’y connaissait, comme chacun sait.

 

Alain Sagault, aquarelle 2019

Alain Sagault, aquarelle 2019

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D
Surprise et déception. Si l'idée de la Belle et de la Bête me semble interessante, sans doute la prétention artistique est démesurée. Cette version a été complètement remplacée par celle des Studios Disney qui ne comporte d'entrée de jeu aucune prétention artistique comme ses autres productions mais connait un succés public et financier sans comparaison.
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