Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

A propos de l'aquarelle

21 Février 2020 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Aquarelle, Alain Sagault, Dürer, Turner, Cézanne, Pierre Schneider

 

 

Une réflexion en cours menée avec Alan Sagault sur l’aquarelle me pousse à considérer que celle-ci ne saurait se réduire à une technique particulière. L’aquarelle est en soi un langage spécifique élégant et délicat pratiqué par quelques talents singuliers, sans doute peu compatible avec d’autres formes de langage.

On parle d’oreille absolue pour la musique…

A part Cézanne, Turner, Dürer, il existerait bien peu de peintres qui soient en même temps pleinement aquarellistes, totalement libres alors de l’influence de l’emploi des outils et des matières de la peinture traditionnelle.

Pourrait-il arriver que l’excellence de l’aquarelle puisse parfois faire apparaître gauche la peinture ?

 

Au fil du parcours du livre remarquable de Pierre Schneider, Petite histoire de l’infini en peinture, quelques remarques affleurent, analogies ou transpositions issues d’une lecture détournée, comme il se doit sainement (« Les livres m’ont servi non tant d’instruction que d’exercitation » Montaigne – Essais, III, 12).

 

L’aquarelle connait habituellement une pratique conventionnelle de l’esquisse ou de la transcription paysagère où dessin et simulation réaliste prévalent. Ce qui pourrait hélas la faire passer comme un genre mineur, plutôt réservé aux apprentis ou aux amateurs.

L’aquarelliste est-il peintre à part entière ? Sans aucun doute, à mon sens.

 

Lorsqu’elle est dénuée du souci de représentation vériste, l’aquarelle peut se présenter comme une impressionnante tentative de saisie de la confrontation du limité à l’illimité. Elle devient alors un mode de capture émotionnelle propre à tenter de donner à voir l’impensable. Dans le meilleur des cas, l’immontrable va se montrer au travers d’une image capable de dissoudre en elle tout regardeur.

 

Dürer : « Je ne sais pas ce qu’est la beauté. L’art véritable est dans la nature, qui sait l’en extraire, le possède. »

Il est certainement le premier, ô combien précurseur, à avoir saisi l’étonnante capacité de cette technique à capturer les lumières, noyant en particulier les contours des paysages pour accentuer l’impression de profondeur de champ. Il traduit par des couleurs estompées, des fondus, des harmonies colorées, les jeux du ciel et de l’eau, leurs reflets changeants, l’amplitude des mouvements géologiques, la poésie des carrières de pierres (que reprendra Cézanne bien plus tard).

 

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/27/DURER-val-de_-Cembra.jpg Dürer Segonzano

 

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/ec/Durer-carriere-large.jpg Dürer Carrière de pierres

 

 

Turner ensuite, fou de lumière. Ses fascinantes expérimentations d'éblouissements disent d’abord la jouissance de faire. Il s’affranchit des règles en usage, à la mode de son temps, au profit d’une radicalité à toute épreuve, qui le distingue de son époque. Visionnaire, il annonce les temps à venir. Il se tient hors de toute référence historique.

 

https://www.musee-jacquemart-andre.com/sites/default/files/styles/oeuvre_lightbox/public/d32162_0.jpg?itok=Xd1E8Xl- Turner Vue sur la lagune à Venise

 

 

Cézanne enfin, avec sa manière de suggérer, d’évoquer, d’effleurer. Avec aussi l’importance du non peint, il ouvre vers l’essence des choses.

« La nature est toujours la même, mais rien ne demeure d’elle, de ce qui nous apparaît. Notre art doit, lui, donner le frisson de sa durée avec les éléments, l’apparence de tous ses  changements. Il doit nous la faire goûter éternelle. » (Cézanne)

 

 

 

 

Cézanne aquarelle sainte-Victoire

Cézanne aquarelle sainte-Victoire

Addendum

A peine publié, une lacune apparait dans cet article, qui tel quel devient réducteur.

Le jeu issu de la rencontre de l’eau et de pigments colorés ne saurait se limiter à l’exploration de la nature. Paul Klee est là pour en témoigner. L’aquarelle l’a occupé sa vie durant. Avec elle il a cherché non seulement des compléments de tonalités, mais aussi la saisie d’une lumière intérieure, ce qui l’a mené peu à peu à une tentative de représentation rythmée d’une transcendance de la relation homme nature, c’est à dire du mystère de la création elle-même.

Il faudrait aussi un temps pour se pencher sur la question du lavis dans la peinture chinoise.

Le champ de l’aquarelle relève de l’universel, donc de l’infini.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article