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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

De Diderot à maintenant

9 Mars 2020 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Diderot ; Voltaire

 

Il est là-haut, sur ce rayon de la bibliothèque, je me souviens de sa couverture grise toilée, l’édition est celle du club français du livre, elle doit dater des années cinquante. Oui, voilà, c’est ça, je l’aperçois. Repéré, voici bientôt Jacques le fataliste et son maître sur ma table de travail, pages un peu jaunies, non feuilletées depuis au moins, si ce n’est…

En ces temps de certitudes toutes incertaines, la lecture de cet  insensé roman dialogué ou de ce foutraque dialogue romancé issu des songeries de Diderot me semble de parfait aloi.

Il y est question bien sûr de destin, de déterminisme, du relatif, ainsi que du libre arbitre. Diderot se joue de ses personnages, comme il se joue de ses lecteurs, interpellés, sollicités, placés devant la réalité de leurs habitudes et de leurs préjugés. C’est brillant, caustique, roboratif, peut-être même transposable vers notre actualité.

Dès le premier mot le décor est planté. Il s’agira de précision, d’imprécision, d’accessoire, d’essentiel, de destinée, de banalité quotidienne, et d’idées préconçues.

« Comment s’étaient-ils rencontré ? Par hasard, comme tout le monde. Comment s’appelaient-ils ? Que vous importe ? D’où venaient-ils ? Du lieu le plus prochain. Où allaient-ils ? Est-ce que l’on sait où l’on va ? Que disaient-ils ? Le maître ne disait rien ; et Jacques disait que son capitaine disait que tout ce qui nous arrive de bien et de mal ici-bas était écrit là-haut. »  

Diderot auteur devient un des protagonistes du conte. Il nous implique, recherche notre avis de lecteur, exprime ses incertitudes, ses hypothèses, et reprend tout à coup ses personnages, pour mener une partie de cache-cache entre réalité de l’imaginaire et imaginaire de la réalité. Dispositif ingénieux pour faire aimablement passer les idées auxquelles il tient. Diderot philosophe des Lumières pense sans doute sérieusement que la philosophie manque de sérieux. Il serait donc dangereux de s’y laisser aller sans garde-corps.

Que cet ouvrage pourrait-il nous dire de notre monde ?

Bien des choses en somme. 

Tenez, par exemple, ceci qu’une célébrité, tête de gondole, concurrente comme le fut Voltaire pour Diderot, n’a pas forcément raison en tout, et qu’elle ne saurait constituer une référence absolue. Ecrire, parler, promettre, affirmer sans références ou arguments sérieux sont actions à soumettre au contrôle permanent des poids et mesures.

Que l’excès de certitude est dangereux pour la santé, voire tout à fait nocif, létal même.

Ou bien encore que l’abondance et la prétendue précision des informations tournant en boucle relève soit de l’inutile ridicule, soit du dressage intensif. Alors s’établit la mise en condition rampante de cervelles soigneusement amollies.

Egalement que s’en remettre beaucoup à autrui pour ce qui est de soi et des autres s’apparente à un confort un brin suicidaire.

Il nous indique également que l’apparence de raison, le goût porté à la quantité au détriment de la qualité, du rêve et de la fantaisie, vont au détriment de la vie vivante et de ses découvertes.

Il en va de même pour ce qui est de vouloir cantonner chacun à un statut ou à un rôle précis, défini et déterminé à l’avance.

Etc. Au lecteur de choisir son pollen et de faire son propre miel.

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A
Excellente présentation du meilleur livre de Diderot, de loin. Vivant, joyeux, mutin, profond avec légèreté. On n'est jamais meilleur que quand on s'amuse !
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