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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

Vivre en compagnie de l’Art

20 Juin 2020 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Pays d'Apt, biennale de Venise, white cube, Diderot

 

Pendant des années, dans un village du pays d’Apt, une vie exaltante tissée de relations au monde de l’Art, de l’art au quotidien.  

Création à domicile d’une galerie dénommée Maison d’art avec paysage, par un jeune artiste napolitain enthousiaste ami des lieux, qui ne soupçonnait pas qu’il serait un jour l’un des représentants de son pays à la Biennale de Venise. Manière de démontrer que vivre avec l’art est non seulement possible et n’a rien d’exceptionnel, est à la portée d’un grand nombre pour peu que s’ouvrent les yeux pour découvrir et accueillir avec curiosité ce qui nous entoure et survient sans prévenir.

Passe le temps, se présentèrent les aléas normaux de l’existence, une installation  à Marseille suggéra un prolongement à inventer, sous forme de rencontres épisodiques avec un artiste venu présenter sa démarche. L’intérêt s’émoussa vite, la ville est peu favorable au temps long de la dégustation voluptueuse. Les transpositions défaillent, elles exigent de véritables renaissances.

 

L’appartement est vaste, il permet d’accueillir famille et proches actuels ou à venir, une des conditions du luxe de la vie. Rares sont les meubles. Il est encombré d’œuvres, de livres, d’objets divers. Il y en a trop, beaucoup trop, partout, mais comment faire autrement ? Chacun correspond à une rencontre, à un moment, un voyage, une anecdote. Ils jalonnent l’espace d’une vie. Ils ne peuvent que très difficilement être rangés, placardisés. Au nom de quoi faudrait-il s’amputer ? Nous sommes à l’opposé du white cube, totalement inconcevable ici bien qu’apprécié ailleurs, parfois même secrètement désiré, ainsi que le révèlera la très forte expérience d’un long séjour hospitalier. Désir-non désir ; Etre, ne pas être

 

La vie l’emporte et dépose partout ses traces, précieuse patine, ineffaçable transformatrice propre à révéler la face cachée du temps. L’occupant s’y sent aussi à l’aise que Diderot a pu l’être dans sa vieille robe de chambre. Chaque visiteur peut ressentir cela, il lui suffit d’être disponible et réceptif.

Ici se déroule un surprenant singulier qui dépeint un occupant très peu soucieux des modes et du clinquant de la notoriété. Les signatures lui importent bien moins que les émotions ressenties. S’il y a conjonction, tant mieux, sinon peu importe. L’authenticité du vécu prime à coup sûr.

Lieu de vie, cet appartement constate le rôle essentiel, rôle fondateur, rôle d’étayage, rôle d’apport constant, de la présence permanente de l’Art dans une existence.

La fréquentation assidue de celui-ci, voire son simple côtoiement, permettent aussi bien une ouverture quasi permanente à la surprise, accueillie comme une opportunité d’autant plus bienvenue qu’inattendue. Cette ouverture autorise une liberté de choix, nécessaire à la dégustation des  libertés essentielles, piments savoureux et délicats du quotidien. Le doute qui accompagne en permanence ces pratiques induit presque à chaque fois un très tonique élargissement des possibles, si nécessaire à une respiration aisée. L’Art comme chemin privilégié de la vérité des relations à soi, comme à autrui.

 

Vivre en compagnie de l’art, c‘est vivre en toute clarté une très durable histoire d’amour jalonnée de compagnons fidèles et attentifs, dont les rapports intimes sont porteurs de sens. Ces rapports entre les œuvres et leur environnement, porte, fenêtre, échappée visuelle sur la ville, source de lumière, variations d’éclairages,  procèdent d’un accrochage parfois intuitif, préalable à la prise de conscience de leur évidence. Y parvenir nécessite souvent des essais et des choix laborieux. Où telle œuvre peut-elle nidifier au mieux ? Quelle œuvre pour cet endroit précis, quels rapports peut-elle établir avec son entourage ? Des essayages, des tâtonnements, comme naguère chez le tailleur ou la couturière vérifiant que le costume tombe bien.

Chaque proposition nouvelle peut bouleverser un ensemble auquel elle est soumise. L’évidence ne va jamais de soi.

L’ensemble patiemment constitué, fruit de rencontres fortuites, de connivences, de refus parfois indignés, d’émotions et de joies profondes, finit à la longue par faire œuvre. Peut-on parler de collection, pour autant ? Sans doute pas, espérons-le. Une collection suppose un propos de suite cohérente délibérée, et de recherche incessante de pièces manquantes. Ce n’est nullement le cas ici, où il s’agit plutôt de rencontres inopinées et de coups de cœur durables : « nous nous sommes rencontrés, ce fut un éblouissement et devint une tendre et fidèle amitié bénéfique indispensable, partagée avec chacun des partenaires».

La cohérence, si elle existe, est postérieure, c’est un résultat qui tient uniquement à la personne occupant les lieux et à sa vision de l’être au monde.

Une fois décelées, l’unité de l’ensemble, celle de chaque pièce, les transitions, deviennent source de beauté. Une histoire, des histoires, des questions, se mettent en place. Libre à chacun de les exprimer, de les proposer à qui il veut.

La pertinence d’un regard étranger cherchant à percer le secret bouscule ou conforte ; elle enrichit toujours par ce qu’elle révèle.

L’Art et les artistes nous apprennent à voir.

 

(Notes à propos d’un travail en cours avec une artiste attachée à une réflexion sur l’épaisseur, la complexité, et la richesse de nos liens avec l’Art)

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