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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

Trou d'air

16 Septembre 2020 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Trou d'air, La folle du logis, Alain Propos sur le bonheur, Faulkner Le bruit et la fureur

 

Quiconque a voyagé en avion a pu connaître ces moments désagréables, un brin anxiogènes, de brusque décrochage accompagné de malaise physique, alors que l’appareil traverse une zone de turbulence. Le ressenti accroît toujours considérablement la réalité : impression de chute brutale importante, alors qu’il ne s’agit que d’un simple cahot comparable au franchissement d’un dos d’âne en voiture.   

L’imaginaire l’emporte sur le réel anodin. Il grossit le moindre incident, envahit l’être tout entier et confond la raison. La folle du logis, selon la formule prêtée à Malebranche, nous manipule de bien des façons, elle joue avec l’instabilité de notre équilibre face à l’inconnue permanente du vivre. Il suffit d’une simple variation de la tension artérielle pour que s’anime le théâtre d’ombres. Or, cette variation n’est qu’un indice fourni par un appareil dénué de réflexion.

« Cherchez l’épingle » recommande Alain dans l’un de ses Propos sur le bonheur pour identifier la cause réelle souvent dérisoire de nos malheurs. Certains, comme Bucéphale, le cheval d’Alexandre le Grand, ne se rendent pas compte que c’est de leur propre ombre qu’ils ont peur.

La force morale d’une personne pourrait être comparée aux preuves de solidité et aux marques d’authenticité que prétendent ces façades soigneusement épargnées par les promoteurs ravageurs immobiliers en quête de respectabilité. Sauvegarder la façade est le prix à consentir pour bâtir du n’importe quoi susceptible de plus-value, ce n’est que du tape-à-l’œil. L’artifice vole en éclats sitôt que s’aiguise un peu le regard. Quelles mômeries se cachent-elles derrière les apparences et les pseudo prises de position ?

Avec l’âge les effets d’optique tendent à perdre de leur pouvoir d‘illusion, un discernement progressif se met en place et parvient à apaiser les outrances de croyances fantasmagoriques irraisonnées. Une certaine distance s’établit heureusement avec les choses. Il ne s’agit nullement d’indifférence, mais bien plutôt de l’émergence d’un sens du relatif propre à calmer le jeu.

Puisque l’issue est connue, inévitable, puisqu’elle est le lot de chacun, quelles que soient les situations individuelles et les colifichets glanés çà et là au cours de l’excursion, pourquoi s’émouvoir outre mesure ? La seule question qui importe vraiment n’est guère que celle des modalités, ce qui n’est pas rien. L’amont ne compte pas plus que l’aval, seul le trajet est à considérer, et laisser des traces à son sujet, ne serait-ce qu’un témoignage de tranquillité, peut mériter quelque attention. L’emportement permanent, pour courant et immédiatement libérateur qu’il soit, ne saurait avoir valeur d’exemple encore moins de référence, car il ne débouche pas sur grand-chose.

Il n’est pas ici question de la production d’un auto-satisfecit, mais plutôt du souci d’une parole mesurée.

S’il convient de dénoncer ce monde de bruit et de fureur, comme l’écrit Faulkner reprenant les termes de Shakespeare[1], l’idée ne va pas sans admettre la nécessité d’une véritable déprise de soi, qui est en fait authentique maîtrise de soi.

A ce prix, l’abord, et sans doute le franchissement de la dernière frontière peuvent s’envisager sans appréhension notable.

Seuls le fanatisme et le mauvais vin sont intolérables, avait coutume de déclarer un vieil ami ayant pris congé à la fin du siècle dernier.

 

[1] Macbeth V, 5 : Life … : it is a tale / Told by an idiot, full of sound and fury / Signifying nothing.

La vie est un conte plein de bruit et de fureur, sans aucune signification, déclamé par un imbécile.

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