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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

Encombrement

19 Décembre 2020 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Descartes, J-F Revel, fin de vie, euthanasie

Deux de mes amis de jeunesse se sont suicidés aux alentours de la quarantaine. Quel refus de la monotonie routinière du vivre machinal a pu les conduire à cette extrémité ?

Vivre ne correspond plus qu’à une simple habitude, une sorte de réflexe conditionné, lorsque, détournant une expression de Descartes,  l’homme devient un animal machine…

(Descartes inutile et incertain, intitulait un de ses pamphlets Jean-François Revel. Descartes auquel la superbe du « génie » français aurait bien des comptes à demander !)

 

Généralement, l’âge, la maladie, un accident, se conjuguent pour installer la perte progressive d’autonomie. Cela peut se présenter  très tôt, ou bien attendre patiemment que survienne l’événement déclencheur inopiné.

D’abord, souvent de l’anodin ou de l’anecdotique mobilisent un minimum d’attention. Tiens, tiens, que m’arrive-t-il ? Rien d’important, nous verrons bien… Erreur coutumière fréquemment issue d’un déni de réalité latent.

Parfois, au contraire, une brutalité sidérante, qui laisse comme assommé. Soins palliatifs, tentatives de récupération, espoirs, avancées, reculs, déceptions. Scénario ultra connu, totalement éculé, très opérationnel cependant.

Les beaux discours, les niaiseries masquant l’indifférence ou l’absence de réflexion, les conseils non sollicités, les analogies insolites, rien n’est en général épargné. Parler pour tenir en respect le dérangement du grand obstacle du silence attentif. Pris au dépourvu, directement concerné dans son être même, l’entourage bruisse d’inutile ou de superflu.

De vraies marques d‘intérêt, voire d’attachement, fulgurent cependant, il est vrai, et cela bouleverse, surprend, et fortifie. La face au soleil irradie alors.

 

Surgissent parfois des moments où l’idée de l’ultime cède le pas à l’obsédant encombrement de la vie. Cet encombrement peut parvenir à brouiller toutes les pistes de réflexion. Il peut même conduire à de véritables aberrations.

Complications matérielles du quotidien le plus routinier, le plus intime, le plus dérisoire, soucis, angoisse même, relatifs à l’inéluctable involution physique, comme aussi bien à l’amenuisement des ressources financières. Les difficultés ne peuvent qu’aller croissant. Comment poursuivre, dans quelles conditions, où ? Se retirer dans un trou à rat, mouroir confortable, adapté, vendu sur papier glacé, ou bien rester à domicile ? Mais alors comment s’organiser, comment trouver quelque tranquillité ? Vrai défi à la raison.

La vie n’est pas une fin en soi. Il faut constamment trier, mettre au jour, se préparer sans gâcher en futiles mascarades le temps encore disponible. La déprise de tout ce qui en fin de compte n’est qu’accessoire s’impose sans la moindre équivoque. L’avoir pratiqué peu ou prou en amont, ne peut qu’aider, au mieux.

Parler, parler de tout cela avec quelque très proche. Ouvrir des dossiers négligés, administration, banque, tenter de comprendre, situer les données, réfléchir, décider, surtout prendre de la distance, désaffectiver. Déterminer l’essentiel véritable, le reconnaitre, l’admettre, composer avec lui.

S’efforcer de mettre en place les moyens de garder la main sur l’événement le plus longtemps possible, et s’attacher à obtenir l’assurance que le courant sera coupé sitôt perçus les signes premiers du naufrage.

Le désencombrement nécessaire au maintien d’une certaine tranquillité est sans doute à ce prix.

 

 

 

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A
Jean, comme à votre habitude un texte utile de philosophie en action, d'action en philosophie. Je viens de terminer le "Quarto Gallimard" consacré à Antoine de Saint-Exupéry. J'en ressors ébloui par l'homme et son oeuvre. Sincères salutations compagnon de quart.
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A
Je ne suis pas spécialiste, il y a effectivement "une certaine condamnation de certains gaullistes" envers St-Ex. Je n'ai pas le vécu, les compétences pour me faire une opinion certaine et aucune légitimité pour imposer un avis. Cependant St-Ex a été dans l'action de la guerre (sur deux périodes, dès le début pour la 1ère période), il y a mis son corps et en est mort. Pendant ce temps de "grands intellectuels" qui le dénigraient étaient bien au chaud en Amérique (où St-Ex fut entre ces deux engagements "au combat"). Pour ce qui est de son oeuvre, quel humanisme, quelle poésie au service de ce que je nommerais une philosophie dans la lignée des sagesses antiques, de Montaigne. Aussi, je vois dans "Citadelle", entre autre, une parenté, une sorte de Zarathoustra. Ce que j'aime chez St-Ex c'est qu'il a été un homme d'action, pas seulement un intellectuel qui cherche la vie dans les livres et les fauteuils feutrés des Idées. J'aime "les intellectuels, les artistes" qui existent au plus près du quotidien, en y mettant leurs chairs, leurs présences. Pour ceux qui ne restent que dans les limbes du Sublime, du Beau, des Idées, pour moi il manque souvent quelque chose dans leurs oeuvres. Santé Jean.
B
Il se pourrait bien que St-Ex soit mal estimé.
Merci et bon bout d'an !
M
L'autre jour, quelqu'un me téléphone pour me demander si j'étais "Les encombrants de la mairie". J'ai ri, mais peut-être que l'humour n'est plus de mise pour moi aussi. Suis-je "un encombrant" ?
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M
N'as-tu pas encore des passions et des colères à exprimer, à partager. N'as-tu pas encore ce besoin qui démange ta main de dire encore ce qui te tient à coeur, ce qui vaut le coup de vivre ? Ce qui a été ton petit moteur pour traverser les chemins qui t'ont enrichi ? Bon, de toute façon, Montaigne a dit qu'il faut faire ce que doit jusqu'au bout, quitte à ce que la camarde nous trouve en train de planter nos choux Pardon de ne pas trouver la citation exacte et magnifique.
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