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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

Etant donné le Covid

14 Décembre 2020 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal

Très éprouvante expérience, le Covid envahit tout. Il s’accompagne d’un stupéfiant épuisement physique traduisant tout geste, toute volonté gestuelle même, en effort souvent dissuasif. Perte de réaction, passivité, dépendance totale au monde extérieur immédiat, soumission à l’instant, mal être constant, composent le bouquet peu avenant du bouleversement quotidien. Vouloir rester maitre à bord relève de l’utopie et perd rapidement de son attirante saveur.

Combien étrange ce constat de manque d’intérêt vis-à-vis de ce qui il y a peu ossaturait mon rapport au monde. Ailleurs devient un lieu anonyme non identifié. Le temps s’effiloche, un état pâteux nappe ma niche biologique, m’envahit.

Inhibition.

Il m’aurait déplu de quitter ce monde à l’occasion d’un phénomène devenu aussi banal et vulgaire. Il me semble qu’un tel événement requiert un peu plus de lustre. L’idée que l’on se fait de soi dit peut-être quelque chose de la capacité à ne pas tout admettre.

  

Des échos assourdis d’un outre monde percent de temps à autre. Des silhouettes dérisoires gesticulent sur fond de violence permanente, niée et cependant bien réelle. Cette violence émane d’abord de pantins dépassés, affolés, irréfléchis, tétanisés par le maintien de leur pouvoir. Dénués du sens de l’essentiel, le recours incessant à l’argument d’autorité leur tient lieu de compétence.

Si contradictoires soient-elles, leurs décisions ne valent que parce qu’elles sont leurs décisions. Scrogneugneu, en colonne, couvrez ! clamait l’adjudant-chef abruti de ma jeunesse, pour lequel tout appel à la réflexion était preuve manifeste d’insoumission, donc à réprimer.

Une involution collective dissolvant toute capacité de réaction, rongeant de manière incessante le corps social, mais aussi les corps biologiques, est soigneusement cultivée. Perspectives, échappées, anticipations, espoir et rêverie, des notions grossières désormais bannies.

Le sentiment d’être véritablement assommé pas seulement par les matraques parait prendre de l’ampleur. Une population toute entière risque de se trouver bientôt conditionnée à la servitude de la contrainte collective assumée par les intéressés eux-mêmes. L’avenir auquel devraient sourire les audacieux, risque fort de se trouver réduit à un fichage, une immatriculation, un parcage gardienné par des nervis, et des itinéraires de promenade (entendez parcours autorisés de manifestation) soigneusement contraints.

Immondes, abjectes, tandis que le monde s’écroule, les envolées officielles de mots creux, parfaitement inutiles, servent de placebos. Seuls les zozos, les complices ou les salauds peuvent les prendre à leur compte.

Les crapules de BFMTV vont jusqu’à filmer un manifestant blessé, ensanglanté, le déclarant agitateur extrémiste, maquillé pour les besoins de son inqualifiable cause alors que la Police est si vertueuse et exemplaire. (Des excuses aussi limitées que tardives interviendront plus tard entre de nouvelles bordées de mensonges)

Aucune lueur à l’horizon.

Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines?

Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu'on enchaîne?

 

De nombreux messages me parviennent. Je remercie leurs auteurs et leur demande de bien vouloir excuser ma fréquente absence de réponse. Mon état de fatigue permanente en est la cause. Par l’émission d’un billet tel que celui de ce jour, je m’efforce de donner des nouvelles partielles.

 

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D
Si remonter la pente est lent et difficile, la conscience n'est pas absente, bien au contraire, même si l'horizon enchanteur espéré s'éloigne. Devant les

"Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu'on enchaîne ?..."

Avec beaucoup d'autres et Montaigne "Aimons la vie " et son combat permanent : "« C’est une absolue perfection, et comme divine, de savoir jouir loyalement de son être. »

Amitiés
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S
Effrayant constat, que je ne peux que partager. Au-delà des simagrées de la révolte encadrée, grâce auxquelles la manifestation d'un refus et d'une volonté de changement se traduisent par des défilés résignés de troupeau moutonnier dûment masqué et encadré par les forces du désordre comme une colonne de prisonniers de guerre, vivante image de la contestation soumise, reste encore tout de même la possibilité de tisser des liens et d'engager des actions minuscules mais moins momentanées et superficielles. Travail de longue haleine, peu glorieux, mais qui petit à petit modifie en profondeur l'atmosphère, par l'exemple. Que chacun décide enfin d'être soi-même et de reconnaître l'autre pour lui-même suffirait à nous libérer, dirait peut-être aujourd'hui La Boétie.
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