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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

Art contemporain ?

23 Avril 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Revue Ligeia, Art contemporain, Impressionnistes,, #Art moderne, Marcel Duchamp, Jack Lang, DRAC, FRAC,, #Château de Versailes

 

Art moderne, art contemporain, art actuel ? A partir de la confusion autour de la notion d’art, de la qualification artistique, et du flou des discours officiels, il est permis de se demander s’il sera jamais possible de retrouver cette jouissance de l’Art tissée de fortes relations sociales, de réelle convivialité, de sensibilités aimablement partagées dont l’Art est le souverain moteur.   

Le n° 185-188 de la revue Ligeia, janvier-juin 2021, se penche sur la question avec un copieux dossier, propre à intéresser amateurs et artistes. L’art abusivement dit contemporain est au centre des contributions. Utiles et très bénéfiques précisions. www.revue-ligeia.com

Alors qu’art moderne réfère à la période allant des Impressionnistes aux années 1930/40, l’émergence du concept d’art contemporain il y a maintenant une soixantaine d’années signe un total bouleversement du monde de l’art. Pour le néolibéralisme, il s’est agi d’élaborer un outil et un produit financier au-delà de l’art lui-même. Ceci dans le cadre de la quête effrénée d’une domination totale du capitalisme dans sa lutte contre les revendications collectives, populaires et démocratiques. A ce titre, un processus de déni idéologique pour neutraliser l’art et même  en nier l’existence en tant que mode d’expression indépendant et contestataire a pris place dans le sillage de ce qui ne fut peut-être qu’un canular duchampien. Facétie trop prise au sérieux par le chef d’un groupe littéraire et artistique dominant la première moitié du 20e siècle ? N’oublions pas que Duchamp n’a jamais cessé de peindre…

On se souvient de l’émergence du Pop’art, culture populaire d’emprunt favorisant une mercantilisation adaptative propice à l’instauration de la primauté du système libéral et du marché. Le succédané remplace l’authentique, l’opportunisme l’emporte et entraîne la démission artistique au profit du n’importe quoi baptisé expression artistique.

Les institutions européennes emboîtèrent le pas. Museler les contenus critiques, organiser la vie artistique selon des critères économiques et idéologiques supra nationaux devint le maître mot. Désormais les artistes devront accepter la tutelle de l’Etat ou bien se préparer à une marginalité permanente. Hors la soumission à la mode officielle, point de salut !

En 1981, Jack Lang contribuera nettement à mettre en conformité les productions artistiques avec les formes de l’idéologie mondialiste. Création des commissariats politico-artistiques que sont les Directions Régionales des Affaires Culturelles (excusez du peu, les affaires sont les affaires), et les Fonds Régionaux d’Art Contemporain – DRAC et FRAC. Le spectaculaire s’impose peu à peu comme finalité artistique incontournable, la volonté affichée d’animer les régions à partir de leurs ressources propres s’étiole bien vite.

L’Art Contemporain (« AC » pour les initiés) devient l’art du simulacre et du faux présentés comme authentiques, avec toute la superficialité et le mépris que cela implique. Il s’agit avant tout de pratiques de faussaires. De manière totalitaire, les slogans publicitaires délogent tout ce qui tente de faire sens. Pour le marché et les inventeurs de l'eau chaude, rien d'important n'a existé avant eux.

Le lecteur trouvera dans la revue de nombreux exemples de dérives de cette nature. Les expositions et les compromissions spectaculaires mettant à profit le cadre du Château de Versailles pour promouvoir la cote de tel ou tel fabricant de bimbeloteries ou de gadgets luxueux, sont présentes dans toutes les mémoires.

Au fil des pages et des articles, nous découvrons à quel point cette notion d’art contemporain défend et illustre  une idéologie de la stabilité et de la continuité d’un ordre social réputé indépassable, tel le capitalisme mondialisé dans sa toute-puissance mortifère. Nous voyons combien cet « art » est fermé sur lui-même, comment il nie le passé, l’histoire de l’art, et l’ouverture à la différence. Comment il se soucie de l’Art comme d’une guigne, et ne considère que la cote du Marché.

Sont désormais réputés œuvre d’art tout objet ou toute action publique pour lesquels l‘onction institutionnelle et le prix exorbitant fondent la qualité artistique.  Il s’agit de faire de l’artiste un artisan producteur d’esthétique marchande sans aucune signification, et du spectateur un consommateur dénué de tout sens critique. Il convient avant tout de produire des leurres spectaculaires, un brin provocateurs, toujours divertissants, afin d’alléger leur vulgarité. Pour assurer une commercialisation satisfaisante, la conformité s’impose, la marque commerciale garantit  la qualité et la valeur du produit,  qu’il s’agisse d’une paire de baskets ou d’une « œuvre ». La logique de l’industrie culturelle néolibérale a pris le pouvoir. L’opportunisme permet d’occuper le terrain, tous les terrains, pour affirmer la supériorité prestigieuse d’une démarche totalitaire hors normes.

Porter intérêt à notre environnement immédiat, celui où se développe patiemment l’art actuel, prêter attention à ces artistes laborieux, niés, occultés, méprisés,  que nous savons à notre porte, ou presque. Opiniâtres, ils continuent d’explorer avec rigueur, sensibilité un sillon millénaire, celui de l’interrogation incessante des questions fondamentales de la destinée humaine confrontée à l’Univers. Ils ne trichent pas. Ils en payent le prix au quotidien.

Voici une manière non négligeable d’entretenir l’intransigeance permanente qu’exigent la pratique et la fréquentation du monde de l’art, comme la réflexion politique, indissolublement liées. 

 

Art contemporain ?
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A
Peut-on penser qu'aujourd'hui les artistes les plus considérés sont ceux qui se trouvent au centre même de l'économie de l'Art et incarnent les valeurs de son système ? Comme un parallèle d'ailleurs avec l'époque de la Renaissance. <br /> Il me semble que dans un effet dialectique le XIXe siècle et le début du XXe siècle admiraient de préférence les artistes qui se tenaient à la périphérie de l'Art et cherchaient à en étendre le royaume.<br /> <br /> Notre siècle n'est-il pas celui d'une raison technologique et techniciste ?<br /> <br /> Tout ira bien si l'Homme vit en harmonie dans "le même" globalisé, tant qu'il est possible de manger un mac do, faire du parachute ascensionnel tiré par une vedette pour un séjour dans un palace de Jakarta à Reykjavik. Le spirituel désormais est le cloud, la base de données, l'extension de nos mémoires par disque dur, la recherche par intelligence artificielle. Bref l'Homme sacrément augmenté. Le marché est bienveillant comme Dieu dans d'autres temps. La sincérité, la probité amenant un certain courage ne sont plus dans la vitrine des valeurs, ceci aidant cela. Mieux vos être au chaud et vacciné avant process. À force de se regarder le nombril homo economicus mue vers homo deus n'ayant plus rien à regarder au ciel. <br /> <br /> Il n'y a rien, soyons tout. <br /> <br /> Ayant admis une fois pour toutes que la technologie est le nouveau messie, indépendamment de tout facteur naturel, l'Homme en tant qu'Homme se veut Dieu vers le cosmos où il essaimera. <br /> La phrase de Pascal : « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas. » devient - en référence à une de vos épistoles où vous écrivez à propos des Fleurs du Mal : « (…) simple intérêt historique. » - (pour tout dire je n'ai jamais ressenti de correspondance avec l'écriture de Baudelaire, je dois aussi être passé à côté).<br /> <br /> « Jean-Jacques Rousseau se posa la plupart des questions que se posait son époque et y répondit. Il étudia la civilisation et s'aperçut qu'elle constituait une sorte de carcan qui empêchait l'Homme de s'épanouir normalement. Mais il était clair que, dans un passé très lointain, les Hommes avaient créé la société pour leur bénéfice mutuel. Si certains Hommes tenaient les reines du pouvoir, c'était de la volonté de tous et pour le bien général. Mais si les dirigeants ne gouvernaient pas dans ce sens, le contrat implicite qui les liait et en vertu duquel ils jouissaient d'une position particulière pouvait être considéré comme rompu, et l'on devait prendre de nouvelles dispositions. » Norbert Lynton, ancien directeur de la Chelsea School of Art de Londres.<br /> <br /> Vous me direz, peut-être, qu'il y a les élections pour cela. D'accord. Pour allez où et comment ?
Répondre
B
Je ne dirai certainement pas qu"il y a des élections" pour répondre ou traiter les situations problématique. Surtout pas !