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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

Lueur à l'Ouest

1 Avril 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #St-Rémy de Provence, Vigneux de Bretagne, N-D des Lndes, Démocratie participative, E-M Remarque

 

De même que j’ai signalé en février dernier une lueur à Saint-Rémy-de-Provence, je fais aujourd’hui écho à un événement porteur d’espoir dont j’ai été précisément informé. Les faits se sont déroulés à Vigneux-de-Bretagne, commune de 6 000 habitants, proche de Nantes, en bordure de la célèbre zone de Notre-Dame-des-Landes.

A Vigneux, les élections municipales du printemps dernier ont donné lieu à la nomination presque par défaut d’un Maire de 41 ans semblant digne de confiance. Moins d’un an après son élection il a dû démissionner face au désaveu de la plupart de ses adjoints et conseillers membres de sa majorité, sans parler du milieu associatif local. La bronca suscitée par ses méthodes et son comportement l’avait privé de soutien suffisant.

La presse conservatrice régionale n’a pas manqué de cultiver allusions malveillantes et commentaires hasardeux à l’encontre de conjurés de plus en plus hostiles au Maire, présenté comme victime d’un misérable complot. Jamais la question du pourquoi nous en sommes arrivés là n’a été posée. Aucun journaliste ne s’est interrogé sur la responsabilité de l’intéressé à propos de  ce qui lui est arrivé.

Le nauséabond se vend toujours bien parait-il. Il permet de surcroît d’économiser la pensée, avantage non négligeable en ces temps ténébreux.

Que s’est-il passé ?

La révélation inattendue d’un comportement césariste a pris de court la plus grande partie des membres de la liste majoritaire. Le découragement a commencé à poindre dans les services communaux privés de repères stables. Un adjoint d’importance a démissionné de son poste en publiant son désaveu. Arrogance, autoritarisme, moralisation permanente, associés à un manque de considération des règles élémentaires de relations entre les personnes, et à une certaine légèreté face aux directives du Code des collectivités locales, ont conduit à une progressive prise de conscience collective de graves sources de malentendus estimés irrémédiables à force de non prise en compte. La surdité récurrente aux remarques formulées, les dénis et accusations personnelles prononcées contre les auteurs de critiques ou de simples réserves ont favorisé l’accélération du processus de désagrégation interne. Ceci jusqu’à un point de non-retour illustré par une demande collective de démission immédiate que l’intéressé a tenté d’ignorer par des subterfuges. La pression s’est alors accrue, la démission considérée comme seule issue vint enfin, libératrice mais aussi lourde de questionnements quant aux conséquences.

Dans les rangs de l’opposition municipale, comme dans la bouche du Maire désormais démissionnaire la notion de putsch fut évoquée. Curieuse erreur de raisonnement, singulière volonté de dénaturer la réalité, grave confusion sémantique. Au lieu d’un putsch, c’est-à-dire une action violente illégale pour s’approprier le pouvoir par la force, il s’est agi d’un processus de contrôle parfaitement démocratique par lequel des comptes sont demandés à un mandataire défaillant, donc disqualifié car hautement contestable. Nulle violence là-dedans, simplement une exigence intransigeante à l’égard d’un abusif détenteur de pouvoir. L’élu exige le respect certes, mais il doit pouvoir être révocable. Une des formes de la démocratie participative, et non dévote, que nous ne pouvons qu’appeler de nos vœux.

Il y a là quelque chose de très sain, d’exemplaire même. La rareté du fait en constitue le prix. Voici un précédent qui devrait contribuer à mettre en question la sclérose du système électoral, où les élus une fois désignés deviennent quasiment intouchables donc auréolés d’une puissance hors de propos. 

Vigneux-de-Bretagne nous donne la preuve qu’à l’échelon local peuvent se jouer des choses essentielles pour peu qu’un groupe déterminé, uni par une durable volonté partagée, un courage individuel indéniable, se donne un but, même s’il parait utopique à l’origine.

A l’ouest rien de nouveau, titrait en 1929 son roman E-M Remarque, écrivain pacifiste allemand honni par les nazis. Eh bien presque cent ans après dans des circonstances fort différentes, mais avec en fond de scène un même tableau de totalitarisme mortifère, à l’Ouest il y a du nouveau propre à constituer un intéressant précédent : on peut demander des comptes à un responsable très insatisfaisant, on peut même parvenir à l’évincer. Le titre, le galon, le statut engagent au plus haut point. Etre mauvais n’est pas condamnable en soi, pour autant que l’on ne  s’attribue pas des vertus inexistantes, et que l’on ne prétende pas exercer des responsabilités majeures. Sinon l’intransigeance s’impose, sitôt franchi le seuil d’incompétence. En cela réside l’exemplarité de ce qui vient de se dérouler à Vigneux-de-Bretagne.

La servitude volontaire n’est pas inéluctable. Il ne tient qu’à chacun.

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A
Aucun élu ne dispose d'un blanc-seing, contrairement à l'usage désormais consacré dans la prétendue Ve République, qui n'a jamais été qu'une caricature de démocratie mise en place pour assurer la domination perpétuelle des puissants en violant tant l'esprit que la lettre des principes de la Déclaration des Droits de l'Homme.
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F
Je viens de lire et de relire ce texte. C’est une synthèse fidèle d'événements que j’ai pu suivre pas à pas. Puisse cette issue heureuse, courageusement menée, donner aussi courage à tant d'autres qui subissent.
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