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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

Incertitudes, désappointement

14 Mai 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Julien Gracq, Baudelaire, Commémorations,, Elections départementales et régionales, Déconfinement, Loi climat, Bruno Latour, Gaza-Israël

 

Ce mois de Mai peu propice à la joliesse printanière car pluie, vent, froidure le caractérisent, est loin d’être joli jusqu’à présent. Alors tout va à l’encan, tout rivalise dans le désappointement.

Lectures d’abord :

- Le forme d’une ville, réflexions de Julien Gracq septuagénaire, à la rencontre de ses souvenirs de lycéen. Nantes, son passé, sa structure, ses changements, ses laisser-aller, font la trame de ce livre séduisant et décevant à la fois. La séduction tient au style incomparable de ce remarquable prosateur, qu’il convient de lire à petites lampées pour en savourer toutes les subtilités et l’élégance permanente ; la déception procède de la même origine. Julien Gracq me donne l’impression de s’abandonner sur le tard à un excès de virtuosité proche de la préciosité. J’ai déjà éprouvé ce même sentiment à la lecture d’œuvres posthumes tout juste publiées. Ecrivain parfait il aurait peut-être fini par manquer d’exigence à son propre égard. Mais tout ceci n’enlève rien à l’auteur du Balcon en forêt et du Rivage des Syrtes.

- Baudelaire, Les fleurs du mal et Le spleen de Paris. A vrai dire, je n’avais jamais vraiment lu ces ouvrages Tout justes parcourus à grande enjambées. Eh bien, cette fois encore. L’un après l’autre, oserai-je l’avouer, ils me sont tombés des mains, ils m’ont fatigué les yeux. Le scandale des Fleurs du mal, comme c’est loin tout ça, devenu totalement exotique. Et la forme poétique à la métrique rigoureuse, corsetée, désormais infréquentable. Les poèmes en prose du Spleen ? Oui, simple intérêt historique, très réel cependant. De la littérature littéraire, beaucoup trop. Des gloires passées comme des couleurs délavées, des bouquets fanés, du second rayon.

Commémorations ensuite :

- Nausée napoléonienne. Les deux héros tutélaires de la France, Louis XIV et Napoléon, sont deux nuisibles de première grandeur, nous pourrions dire aujourd’hui deux dictateurs des plus avides. L’un a entamé le déclin de la France avec l’appauvrissement et la soumission des provinces grâce à la centralisation versaillaise, ainsi qu’avec la Révocation de l’Edit de Nantes, qui fit la fortune des pays voisins. L’autre a anéanti les acquis de la Révolution, a saigné la nation, réinstallé l’esclavage, rétabli l’Ancien Régime en créant une noblesse nouvelle, nié les droits de la femme, n’a eu de cesse que d’enrichir les membres de La bande à Bonape, véritable groupe de gangsters mafieux faisant main basse sur l’Europe.

- Béatification insensée du Couple Mitterrand-Lang, chantres de l’audace culturelle, dont les artistes non complices n’ont pas fini de payer l’addition. Il est vrai que par rapport à l’électroencéphalogramme plat du Ministère de la Culture depuis lors…

- Débat lamentable autour de l’éventuelle panthéonisation de Gisèle Halimi, exceptionnelle avocate de la cause des femmes, à laquelle quelques pisse-vinaigre reprochent son remarquable courage contestataire lors de la guerre d’Algérie. Panthéon ou pas, là n’est pas la question, le préfascisme dans lequel nous baignons, voir les déclarations de militaires retraités ou en activité repris par Valeurs actuelles et madame Le Pen, est bien plus préoccupant, assorti aux dérives extrémistes du pouvoir et de ses affidés.

Puis, la pantalonnade des élections départementales et régionales :

- Pas de clercs en régions Sud, Provence, et  dans les Hauts de France. La droite se déchire, mais ne se déchire pas ; le Premier Ministre se prend les pieds dans le tapis tout en revendiquant son bon équilibre. Messieurs Muselier, Bertrand, Dupont-Moretti, héros d’un jour comme naguère les Reines d’un jour de Jean Nohain, animateur sirupeux des débuts de la télé.

- Hoquets maladifs d’une gauche incapable de trouver un terrain d‘entente, toujours apte aux reniements chroniques, dont quelques signes avant-coureurs sont hélas perceptibles à Marseille.

Et, cerise sur le gâteau :

- Incohérences d’un déconfinement brouillon marqué par le désir de s’affirmer en vaillant décideur, pour assoir une campagne présidentielle déjà lancée. L’économie et la politique d’abord, l’intérêt des populations plus tard.

- Loi climat présentée au Parlement totalement émasculée. Occasion de noter cette remarque de Frédérik Jameson, critique littéraire et enseignant US, cité par Bruno Latour, « Il est désormais plus facile d’imaginer la fin du monde, que la fin du capitalisme. »

Enfin,  pour couronner le tout, la reprise des affrontements Gaza/Israël :

- Occasion inespérée pour l’infâme du Ministère de l’Intérieur d’interdire des manifestations de solidarité avec les Gazaouites, au prétexte « qu’aucune manifestation antisémite ne saurait être admise sur le territoire français ». Odieux amalgame selon lequel contester le gouvernement totalitaire d’Israël relèverait de l’antisémitisme. N’est-ce pas le même qui récemment trouvait madame Le Pen « un peu molle » ?

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S
"Le scandale des Fleurs du mal, comme c’est loin tout ça, devenu totalement exotique. Et la forme poétique à la métrique rigoureuse, corsetée, désormais infréquentable."<br /> "De la littérature littéraire, beaucoup trop. Des gloires passées comme des couleurs délavées, des bouquets fanés, du second rayon."<br /> Jugement il y a bien, et des plus lapidaires. Erroné de plus, à mon sens, comme j'ai tenté de le signaler. Quant à l'éructation, le CNRTL en propose le sens figuré suivant : "Au figuré. Action d'exprimer bruyamment, grossièrement, une idée ou un sentiment."<br /> Tu n'as pas fait dans la nuance…<br /> J'ai répondu sur le même ton, histoire de te rendre la monnaie de ta pièce, tombant ainsi avec volupté dans le même panneau polémique, que j'adore, y compris chez toi !<br /> Je comprends qu'on reste étranger à Baudelaire, je suis largement étranger à Hugo comme à Rimbaud, et ne me gêne pas, dans l'occasion, pour leur refiler un coup de sagot, pardon de sabot, façon mule du Pape, que leurs thuriféraires jugeraient à tort ou à raison comme l'éructation d'un vieillard cacochyme…<br /> Le cas Baudelaire est essentiel parce qu'il relève de ce si symptomatique mal de vivre romantique né de la révolution industrielle bien davantage que de la révolution bourgeoise qui l'a accompagnée. Le Capitalocène et son cortège de désastres suicidaires dont le Covid est le dernier en date expliquent qu'une certaine jeunesse ressente une fraternité de douleur et de révolte avec ce poète d'une impitoyable lucidité et d'une musicalité qui séduit leur génération à la fois éprise de musique et sevrée de vrai chant de l'âme.
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S
Je partage nombre de tes remarques, sauf ton éructation sur Baudelaire, digne des pires vilenies des frères Goncourt ! La meilleure réponse à faire à ce jugement lapidaire mais nullement gravé dans le marbre, c'est de te signaler qu'au moment où tu m'appelais hier soir, un jeune chanteur, s'accompagnant à l'accordéon de façon aussi moderne qu'impressionnante, donnait de l'un des plus beaux poèmes du grand Charles une interprétation bouleversante, tant elle incarnait la force du message baudelairien, plus actuel que jamais en cette période lugubre, sinistre, pervertie, décadente qu'il avait si justement stigmatisée. Puissance d'un verbe inspiré, nous étions là une dizaine soudain réduits au silence, sidérés. Moyenne d'âge, une petite trentaine. Moralité : la jeunesse sait encore reconnaître ce qui échappe aux barbons scrogneugneu !
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B
Nulle "éructation" sur Baudelaire, ni "jugement lapidaire". Simplement l'expression de mon incapacité à entrer en contact profond avec lui Je savais qu'écrivant ce que j'ai osé publier je risquais de provoquer des hourvaris. Fait notable, hélas, tu es le seul à avoir pris le temps de me tancer. J'aimerais que nous en parlions à l'occasions, tu pourras sans doute éclairer ma lanterne.