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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

Le Président de club, les élus, et le retour du refoulé

1 Mai 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Yacht Club de la Pointe Rouge, Métropole Aix-Marseille-Provence, retour du refoulé, Réflexions sur la question juive, racisme

 

Le Yachting club de la Pointe Rouge (YCPR) est réputé bien au-delà de Marseille pour son importance et l’intérêt de ses activités. Son représentant siège de plein droit au Conseil des ports de plaisance mis en place par la Métropole Aix-Marseille-Provence.

Les feux de l’actualité viennent d’illuminer outre mesure ce club nautique, suite à une intervention aussi inconsidérée qu’inadmissible de son Président lors d’une réunion censée examiner des problèmes récurrents sur un des parkings lui appartenant.

Homme a priori suffisamment équilibré, compréhensif et mesuré, tolérant et soucieux de consensus, - chacun sait qu’à Marseille plus qu’ailleurs, on ne saurait occuper pendant vingt-cinq ans un même poste électif sans compétences exceptionnelles - monsieur le Président du club s’est brusquement laissé aller à un délire raciste de première grandeur lors d’une réunion du Conseil des ports.

Un malencontreux hasard a voulu que ses propos fussent enregistrés et transmis à la presse locale, qui n’a pas manqué de souligner le mutisme des élus présents, trop inexpérimentés ou pris au dépourvu pour réagir immédiatement, ainsi qu’ils l’ont suggéré.

L’affaire a provoqué une émotion telle que l’intéressé s’est vu contraint de démissionner dare-dare, peut-être poussé par un entourage pris de panique.

Quelques-unes des déclarations nauséabondes, rapportées dans les mêmes termes par différents supports :

- Alors, je ne suis pas raciste, mais maintenant il y en a marre des Arabes. Tu peux plus rien faire sans qu’un arabe vienne te faire chier … en plus, que des melons, que des Arabes. Pas un blond, un blanc, un qui est bien comme il faut, non, que des Arabes. (Divine supériorité de la « race » blanche !)

- Le port ressemble à Alger bis, et je n’ai eu des problèmes qu’avec eux. Moi, je suis de la Cayolle, j’ai grandi avec des Arabes, mais à un moment il faut dire stop. Je vais pas dire que c’est des blonds aux yeux bleus. 

- Ils sont en dehors de notre façon de vivre. Alors oui, je suis raciste. (Nous y sommes : la différence est intolérable.)

- Le jour où il faudra s’armer, je serai le premier à aller faire de la ratonnade. (Quand peut-on parler d’appel à  la violence ?)

Cet échantillon constitue un exemple parfait de ce que Freud dénomma retour du refoulé. C’est-à-dire l’émergence brutale, non maîtrisée, de sentiments enfouis dans l’inconscient, car difficilement publiables. Rêves, actes manqués, lapsus, les révèlent à l’occasion d’une fêlure émotionnelle. Ici, nous sommes en présence d’un énorme lapsus, d’un ensemble de mots qui échappent, et ce faisant libèrent des pulsions à l’état brut. La bave de la fureur, de la déraison, brûle tout comme la lave du volcan en éruption. L’impensé dévaste l’être tout entier.

Le dangereux imbécile refuse la publication spontanée de son moi profond, il espère à chaque fois se dédouaner en se disant victime d’un flot verbal l’envahissant à son insu. Tout salaud agit ainsi. Par salaud, entendons avec J-P Sartre celui qui se ment à lui-même, qui profère de gros mensonges en se cherchant des excuses pour masquer sa vilenie. Contesté, il ose en appeler à la morale dans les plis de laquelle il se réfugie, et, immonde tour de passe-passe, il peut aller jusqu’à prétendre bafouée la liberté d’expression, refusant d’admettre que racisme et appel au meurtre sont des délits. Il finit donc par se présenter en victime d’autant plus vertueuse que mal comprise.

Ce qu’une cascade de précisions confirme :

- Mes mots ont dépassé ma pensée. Je regrette ce que j’ai dit. Je suis président bénévole, je n’ai rien à gagner avec ce parking, je ne vais pas m’amuser à aller tuer des gens. (Le bénévolat comme gage de probité et de désintéressement.)

- Suite aux propos malencontreux qui ont dépassé ma pensée lors de la réunion du conseil portuaire, et le séisme sur les réseaux sociaux, je me dois de préserver avant tout les intérêts de notre club, écrit-il dans sa lettre de démission.

-  des propos inadmissibles (...) mais je l'ai fait dans un contexte pour attirer l'attention des politiques...  Je ne sais pas pourquoi m'a échappé ce mot de ratonnade, ce n'est pas le mot bien adapté à cette situation (...) je regrette profondément ce que j'ai dit, ce n'était pas une haine raciale sur les Maghrébins (...) c'était un coup de gueule mal positionné

- (parlant de sa démission) … au vu de la tournure qu'ont pris mes propos qui ont dépassé ma pensée. J'ai heurté pas mal de gens, y compris certains de mes amis musulmans et je le regrette. Je fais aussi ça par respect pour l'activité de mon club, dont l'image a beaucoup trop souffert de la polémique. Je ne fuis pas. Simplement, c'est plus loyal de partir, même si j'y tiens beaucoup. (Je me sacrifie pour sauver les miens, vision christique de l’affaire. J’ai des amis musulmans, ceci doit me disculper de toute accusation malveillante)

En parallèle, fusent des interventions on ne peut plus faux-cul d’élus participants à la réunion, un Vice-président de la Métropole et une Adjointe au Maire de Marseille :

- Je le dis et je le redis, il y a un message qui n'est pas acceptable et que nous avons laissé passer. (Simple absence de vigilance, une vétille tout à fait pardonnable.)

- Sur le moment, c’est déjà violent à entendre. J’étais d’abord abasourdie. Je suis restée estomaquée, très choquée par les propos qui étaient tenus, qui sont inacceptables (…) Ensuite, quels moyens, concrètement, pouvais-je avoir ? (A l’évidence, gravement perturbée et démunie, je suis restée sans ressource. S’insurger à l’instant et interpeller tout de go l’assemblée, requiert un long temps de réflexion hors de portée au moment. - Heureusement, sitôt qu’informé par la presse, le Maire de Marseille a réagi avec la vigueur requise -)

La presse locale a fortement dénoncé le scandale avec une unanimité feinte ou réelle, ce  dont la classe politique s’est globalement gardée, frilosité pré-électorale aidant.

Alors qu’une loi existe sanctionnant tout appel à la haine ou à la violence envers des personnes en raison de leur origine, de leur appartenance, ou de leur religion, voici où nous en sommes, pas seulement à Marseille, après tant d’années de cancérisation des esprits : métastases partout, haine bestiale chimiquement pure. Il serait niaiseux de croire qu’une partie du problème est réglée parce qu’en un lieu précis un nuisible est contraint à se démettre. Il est évident qu’un entourage favorable, partageant ses fantasmes, agissant comme un terreau fertile, lui a permis d’exister. Le mal est profond, aussi bien dans la classe politique que dans la société civile ou militaire. La gangrène a gagné jusqu’aux plus hauts niveaux de l’Etat, la création sarkozienne d’un ministère de l’identité nationale est encore dans toutes les mémoires, une récente déclaration d’officiers généraux a opportunément rappelé que les putschistes sont aux aguets.

Comme l’a précisé Sartre dès 1944 avec ses Réflexions sur la question juive, la source du  racisme ne peut être recherchée que dans l’examen des comportements obsessionnels, c’est-à-dire pathologiques, des racistes et non pas dans les faits et gestes de ceux auxquels ils font grief de l’altérité dans laquelle ils sont soigneusement entretenus, afin de mieux les dénoncer.

 

 

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A
Inacceptable et sanctionnable.
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