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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

De l’actualité d’un certain art actuel

22 Septembre 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Christo, Christine Sourgins, AC art contemporain

 

Christo, surtout connu du grand public pour son emballage du Pont Neuf à Paris en 1985, est décédé en 2020. D’outre-tombe il gratifie Paris d’un emballage éphémère de l’Arc de Triomphe. De quoi s’agit-il ? Art, provocation, marketing pour la vente très lucrative d’objets dérivés (estampes, photos, films, reliques post installation…), nous sommes face à une colossale opération de dénaturation de l’art, du langage, du sens commun, une de ces mystifications dont ce que l’on dénomme Art contemporain (AC pour les initiés, pour ne pas confondre avec tout ce qui se fait aujourd’hui dans les ateliers d’artistes non médiatisés) se repait depuis des décennies. Un de ces moments où la langue de bois du conceptualisme narcissique s’en donne à cœur joie.

Ça marche, ça plait aux gogos, ça permet à l’inculture grossière des politiques de donner le change en espérant se faire mousser. « L’Arc de triomphe empaqueté est un formidable présent aux Parisiens, aux Français et, au-delà, à tous les amateurs de l’art », a déclaré la ministre de la culture, dans un de ces moments de niaiserie absolue où elle excelle, lors de la présentation de l’œuvre, nous apprend Le Monde du 18 septembre 2021.

Le grotesque ne connait aucune limite. Jeff Koons n‘est-ilArcde Triomphe pas un maître-étalon pour l’époque?

Christine Sourgins, vigoureuse chroniqueuse de l’art dit contemporain (AC), rédige et publie un pertinent  « Grain de sel », un mardi sur deux depuis des années. Il s‘agit d’un blog auquel l’inscription est gratuite.

Je me permets de relayer le tout dernier, citation intégrale.

mardi 21 septembre  2021 :

Une rentrée emballante ?

 

 

Malgré des reports et sa mort, Christo a réussi à empaqueter  l’Arc de triomphe. D’où des images spectaculaires de cordistes aux prises avec l’énorme métrage de tissu : prouesse technique et savoir-faire des « manuels » sont toujours impressionnants en soi, cependant accordons à Christo le choix du plissé, des reflets, du flotté, bref de possibles effets esthétiques. Mais pour dire quoi ? Occulter un pareil bâtiment historique et symbolique suppose d’être à la hauteur, d’exprimer haut et fort … quoi donc ? On nous parle d’un geste poétique, provisoire, éphémère, pure « gratuité ». Chez Christo pas d’articulation de la forme et du fond : la forme est le fond (1) ou plutôt il n’y a plus de fond, juste une surface, un emballage, une présentation à apprécier  en mode « do it yourself » : car dans l’AC « ce sont les regardeurs qui font les tableaux »  et donc aussi l’emballage. Or les avis s’emballent : catafalque mortuaire pour Vème République finissante, « chancre mou », voire « burqa » (une séquelle de la chute de Kaboul ?) mais aussi « paquet cadeau » généreusement offert à Paris, avec les râleurs taxés d’ingrats. Empoignade générale : ce lieu étoilé de réconciliation nationale devient soudain clivant comme si la société française ne l’était pas assez, clivée.

Mais, nous dit-on, c’est gratuit et vous être libres d’y voir ce que vous voulez : le nec plus ultra de la démocratie ! Certains n’ont toujours pas compris que  « quand c’est gratuit, c’est toi le produit » : ce que Christo commence par dissimuler est une privatisation de l’espace public. Soit une opération d’Art financier (2) d’un montant de 14 millions d’euros alors qu'on nous suggère un don émouvant à la collectivité  via une fondation (en France les fondations ne font pas de profits) or celle de Christo et Marie-Jeanne est une holding basée… dans le paradis fiscal de l'État du Delaware.

Une célèbre sociologue acquiesce, puisque l’AC se doit de « transgresser les attentes du sens commun concernant ce que doit être une œuvre ». Soit une ficelle, pardon, un gros cordage vieux de plus de 50 ans : jouer avec désinvolture d’un symbole national se concevait peut-être en 1961, date du « rêve » de Christo, quand la France des 30 glorieuses était respectée mais aujourd’hui ? L’actualité est cinglante, le jour où cet Arc en berne est inauguré,  la France reçoit une claque diplomatique monumentale qui retentit jusqu’en Chine  et en Australie (2). L’ordre symbolique se venge-t-il des petits jeux conceptuels des happy few ? Pire, la préparation a montré des groupes sculptés, dont la Marseillaise de Rude, en cage, coincée en des protections quadrillées. Ces symboles de Liberté sont mis sous le boisseau au moment où sévit le pass sanitaire. Je n’ai ni envie ni compétence d’en discuter mais reconnaissons qu’il inaugure chez nous  un début de « crédit social » à la chinoise. Coïncidence cruelle, troublante prémonition d’un ordre nouveau à son lever de rideau ?

Pendant ce temps-là, les chaises musicales continuent dans l’entre-soi culturel : Emma Lavigne qui présidait depuis 2019 aux destinées du Palais de Tokyo (financement mixte privé/public), s’en va à la Pinault collection. Remplaçant  à ce poste Jean-Jacques Aillagon, un ancien président du Centre Pompidou, ex ministre de la Culture : que voulez-vous,  le ballet du domaine public avec les intérêts privés a ses étoiles…

Sinon, la casse de l’enseignement continue aux Beaux-Arts, l’atelier de gravure de Toulouse est menacé, vous pouvez signer la pétition qui tente d’y parer. Le reste de l’été n’a pas été folichon, décès de Boltanski, héros de l’AC et du peintre et graveur Sergio Birga dont on a moins parlé, lui qui appartint (comme Fromanger disparu en juin) à la Figuration narrative. Côté reconnaissance de la Peinture une petite éclaircie : on annonce pour septembre 2022 une grande exposition Garouste au centre Pompidou. Certes, tous les peintres n’ont pas la chance d’avoir le diligent Daniel Templon pour marchand mais qu’on apprécie ou non l’œuvre de Garouste, c’est un peintre. Et  les rares fois où Beaubourg s’avise qu’il y a toujours des peintres en France, cela reste un événement !

Christine Sourgins

• (1) Mac Luhan disait ‘le médium est le message ».

•  (2) Voir Ch. Sourgins « Brève histoire de l’Art financier » in « Les mirages de l’Art contemporain », réédition de 2018, La Table Ronde.

• (3) L’annulation brutale par l’Australie du « contrat du siècle », dépossédant la France au profit de l’Amérique d’une mirifique commande de sous-marins…

 

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A
Affreux. Stupide. Dégâts pour la planète avec ces kilos de tissus
Emballement tout public et presse surtout…pognon toujours
Cette horreur doit paraît il faire admirer l’arc qu’en est-il du vrai ARC De Trionphe…avec ses sculptures
Bref je suis outrée
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M
Pour moi, l'emballage d'un monument historique participe de la ''cancel culture''.

et annonce en douce... le début d'une dictature...

Quand on annule l'Histoire, comme on tente de le faire en Amérique par rapport à l'Histoire
des Noirs aux Etats - Unis et à celle des peuples autochtones ici, quand on cherche à réécrire
l'Histoire, comme certains Québecois voudraient faire en rayant tout ce qui leur déplaît des
manuels scolaires, y inclus, les références à l'Histoire de France ou d'Angleterre, bref, on
entre dans une ambiance de dictature et on confirme les désirs d'enfoncer le peuple dans
l'ignorance. Le monde commencerait ici et maintenant et on peut se permettre de tout
gommer de l'avant. Tout cela fait peur...et a peu d'intérêt en fait.
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