Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

Musée musées

22 Octobre 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Télérama, O. Cena, A. Malraux, musée imaginaire, vox du silence,

Télérama publie assez régulièrement des « hors-série » consacrés aux arts, à des artistes ou à des événements particuliers. La direction éditoriale est assurée par Olivier Cena, l’intérêt de ces dossiers est souvent réel. Le dernier paru (octobre 2021) est intitulé « Un musée idéal ». Il vaut le détour, dirait le Guide.

La notion de musée idéal s’inscrit évidemment dans le sillage de l’essai magistral d’André Malraux, « Le Musée imaginaire », publié en 1947 et repris en 1951 comme première partie des « Voix du silence ». Pour Malraux, le musée - dont l’existence ne remonte aujourd’hui qu’à seulement deux siècles – correspond à un mode d’approche occidental de l’art et de la culture, qui est de détourner des objets de leur finalité première, utilitaire, religieuse, magique, pour les transformer en œuvres d’art hors contexte, classifiées de manière aussi étrange qu’étanche. L’irruption de la photographie et la diffusion des images ont bouleversé la donne. Il n’est plus besoin d’avoir réellement vu une œuvre pour la connaître, la comparer à d’autres et s’en souvenir. Par ses effets de loupe et ses cadrages, la photo permet des découvertes inattendues. Le champ des possibles devient quasi infini, des parentés secrètes  se révèlent, les barrières géo historico culturelles tombent. «… un musée imaginaire s’est ouvert, on va pousser à l’extrême l’incomplète confrontation imposée par les vrais musées… ». Malraux le visionnaire exalté a vu juste.

Images, sonorités, sites, personnages de fiction ou non, chacun possède son musée personnel et portatif. Grottes et temples d’Ellora et Ajanta, site de Hampi, le pont de Brooklyn, petit plongeur de Paestum, Aurige de Delphes, Demoiselles de Sigiriya, Giorgione et La Tempête, Morandi, Scuola degli Schiavoni avec Carpaccio, les Nymphéas, etc. Un musée personnel pour la peinture, la sculpture et le dessin, un autre pour l’architecture et les sites, puis pour la musique, la littérature, la photo. Des passerelles, des cloisons perméables, porosité. Télescopages et carambolages à la pelle !

En un dossier de 96 pages grand format, abondamment illustrées, avec des commentaires clairs, simples, accessibles à chacun, Olivier Cena nous présente son musée idéal, forcément partiel mais très satisfaisant. Il reconnait des manques, s’en justifie, et les compense de manière convaincante. Il s’intéresse bien plus à l’art et à son histoire qu’à la marchandisation effrénée du n’importe quoi néo pseudo crypto artistique dont on nous rebat les oreilles à coup de publicités obscènes et de manifestations spectaculaires dénuées de sens.

Un outil attractif, aisé à manier nous est proposé. Nous pouvons grâce à lui nous rafraîchir la mémoire ou bien exciter notre curiosité, exercices salubres en cette période morose. Son mérite principal est de célébrer l’art et la peinture véritable, si malmenés depuis quelques décennies par des institutions officielles totalement dévoyées après qu’un ministre flamboyant eut occupé la place dans les années 80.

 

Musée musées
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article