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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

Une alternative est-elle encore possible ?

11 Janvier 2022 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Massada, Stefn Zweig, Walter Benjamin, Costa-Gavras, Conseil de l'Europe, Crise grecque, Yannis Varoufakis, Pandémie Covid, Présidentielles

 

Au terme de plusieurs années de siège, les habitants de la forteresse de Massada, en Judée, décidèrent de se supprimer plutôt que de tomber aux mains des Légions romaines sur le point de franchir leur muraille.

Après un long et difficile exil, puis une errance imposée par la montée du nazisme, Stefan Zweig et Walter Benjamin parmi d’autres alors, désespérant de l’état du monde, décidèrent de mettre fin à leurs jours pour ne pas être livrés aux barbares. Aucune autre issue ne leur semblait envisageable.

En 2019, Costa-Gavras présente un film, Adults in the Room, véritable thriller politique relatant la lutte implacable menée par le Conseil de l’Europe et les divers Ministres des Finances (Rome et ses Légions) contre le gouvernement et le peuple grec coupable d’insubordination (les habitants de Massada). Ce film implacable[1], fondé sur des faits indubitables soigneusement documentés, montre la vilenie des politiques, Ministres des Finances de France (le socialiste Michel Sapin) et d’Allemagne surtout (Wolfgang Schäuble). Monstruosité du pouvoir européen, inhumanité des institutions mondiales, pressions les plus cyniques, le Premier Ministre grec finira par se soumettre contre la volonté réaffirmée de son peuple, et le Ministre des Finances, Yannis Varoufakis, sera contraint à la démission.

Il semble difficile de mieux dépeindre le rouleau compresseur auquel nous sommes tous promis par la horde politico-financière depuis quelques lustres. Ce rouleau compresseur qui écrase tout et interdit toute alternative. Dévastation comparable à celle prêtée aux Huns d’Attila, après le passage desquels l’herbe était censée ne plus repousser.

La pandémie qui ravage la planète joue un rôle comparable. Des gouvernements, le nôtre notamment, ne comprennent rien, tentent de jouer l’illusion de la détermination, et de l’efficacité, cultivent le secret et entretiennent une peur favorable à la soumission. Ceci se double de l’emploi d’un langage appauvri et d’une inadmissible volonté de discrimination entre citoyens convenables et citoyens déclassés à rebuter. L’occasion est soigneusement mise à profit pour faire passer sournoisement aux petites heures de la nuit des mesures liberticides, contraintes et obligations temporairement définitives (outre un état d’urgence permanent ; police sanitaire exigeant la possession de divers documents rapidement obsolètes ; zones d’ambiguïté :  l’obligation vaccinale n’existe pas, mais qui n’est pas vacciné est banni). Les effets induits sont considérables. En voici quelques-uns : perte ou amenuisement sensible des relations entre personnes ; déstructuration de la vie courante ; fatigue et lassitude envahissantes ; disparition de la capacité à entreprendre ; perte de confiance généralisée ; tendance au fatalisme ; abandon de soi, perte de réflexion et soumission aux stimuli manipulatoires du Pouvoir. Le terrain est de plus en plus propice à l’affirmation d’un pouvoir autoritaire néo-fasciste. L’hypothèse commence d‘ailleurs à percer de ci de là chez certains observateurs. Croquignolet tout ça ! Si l’Histoire ne se répète pas, des constantes existent.

 

A ce point précis commencent à se poser des questions essentielles allant jusqu’à celle, incontournable, du suicide comme seul moyen de conserver un embryon de liberté individuelle.

A quoi sert-il de rapporter des faits, de signaler des excès, de proposer des pistes de réflexion, puisque la faculté d’indignation et la capacité de réflexion semblent avoir disparues ?

A quoi sert-il de diffuser des produits de pensée, alors que le rabotage permanent des cerveaux permet une vaste implantation de pensées préfabriquées et autres bimbeloteries décervelantes ?

A quoi sert-il d’amorcer des discussions, alors que l’aveuglement, la mauvaise foi, le fanatisme, l’obscurantisme, l’emportent ? A de rares exceptions près, nous avons à faire avec un magma pâteux de partenaires réduits à un ensemble bestial promis à un abattoir consenti.

A quoi bon tenter quoi que ce soit, alors que les pôles fondent, que le climat s’affole et qu’il est désormais trop tard pour empêcher que la planète ne retourne rapidement à son origine minérale ?

Comment peut-on continuer à donner le jour à des enfants promis au cataclysme imminent ?

L’Hydre financière mondiale ne cesse de se reproduire, chaque attaque semble la fortifier, chaque attaque est pour elle occasion d’une transformation toujours plus redoutable. Les foucades protestataires ne comptent pour rien, elles ne sont que des coups d’épingle. Seule une lame de fond d’immense envergure, internationale… Utopie délectable, sans plus.

Les organisations existantes, issues du passé, engluées dans leurs présupposés et leurs rivalités, sont toutes hors-jeu. Elles ne peuvent en aucun cas contribuer à un basculement.

Nul soutien à quelque prétendant au Pouvoir n’est plus envisageable. Issus d‘un monde à l’agonie, chacun est soit incompétent, périmé, failli, complaisant, falsificateur, ou terriblement dangereux. Aucun ne mérite confiance.

Où que porte le regard, aucun outil de changement radical n’est disponible.

Trop tard, il est semble-t-il beaucoup trop tard.

 

 

[1] Disponible en DVD

Massada, la mer Morte au fond

Massada, la mer Morte au fond

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S
Tu poses bien le problème du découragement face à un processus global qui nous dépasse. Nous reste la possibilité d'agir sur nous-mêmes et nos proches, si ténue et fragile soit-elle.<br /> Le simple fait de témoigner n'est pas indifférent. Non seulement c'est prendre date, mais c'est rappeler que la lucidité, si elle peut tuer l'action en imposant un pessimisme bien légitime, n'en est pas moins la condition sine qua non d'une action efficace !<br /> J'en reviens toujours à Guillaume d'Orange : "Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer". C'est juste plus difficile, mais c'est ça ou… rien !<br /> Les gouvernements ne comprennent rien, dis-tu. Sur ce point, je te contredis formellement. À mon sens, ils savent très bien ce qu'ils font, la stratégie du chaos se déploie avec une parfaite rigueur, le libéral-nazisme s'installe tranquillement, par petites touches, en alternant carotte et bâton, bon flic et méchant flic, la technique est rodée, et le peuple consentant ou bâillonné. Je ne saurais trop t'engager à lire "Histoire d'un allemand" de Sebastain Haffner, qui complète admirablement l'analyse de Klemperer, "LTI, la langue du 3e Reich", que tu as à juste titre évoqué à plusieurs reprises.<br /> Que par ailleurs, tout autant que les nazis, ils soient littéralement cinglés ne fait aucun doute à mes yeux. Qu'ils ne comprennent absolument rien à la vie, que ce soient donc très exactement de parfaits petits cons, c'est évident. Mais leur logiciel de conquête et de conservation du pouvoir, aussi simpliste qu'efficace, fonctionne à la perfection sur une humanité désormais à la fois dénaturée et inculte, réduite en conséquence à l'état de zombie, encéphalogramme plat et vie artificielle. La race des saigneurs a su créer de nouveau la race des esclaves en promettant le mirage du surhomme transhumaniste aux morts vivants qu'elle manipule et exploite.<br /> Il n'est donc pas inutile, et d'une certaine façon c'est un devoir, un devoir de conscience, de témoigner de sa vérité, si étroite soit-elle, et de réaffirmer les valeurs et les engagements qui donnent sens, si peu que ce soit, à nos vies.<br /> Ce qui n'exclut nullement de trop compréhensibles moments de découragement ! Mais nous ne sommes pas totalement seuls, autant le global est lamentable, autant, dans l'individuel, les belles personnes sont nombreuses et agissantes. Cela ne suffit pas, mais c'est de là qu'il faut partir.
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B
Merci
A
J’ai lu avec un grand intérêt la dernière epistole.<br /> il y a une seule réponse que je puisse faire à ce texte qui est un vrai cri d’alarme sur l’état de notre monde :<br /> <br /> Si nous décidons de quitter la planète, faisons la fête, et un grand feu d’artifice avec nos corps et nos vies...
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B
Massada ! <br /> Le suicide individuel me parait aujourd'hui peu défendable : c'est une solution extrême qui nie notre être à autrui..