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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

A rebrousse-poil

4 Mars 2022 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal

A rebrousse-poil

                                                           Chronique aléatoire        

                                                  par O. Fouinard & H. Trébuchet

                                                                                                          N° 0      février-mars 2022

 

 

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Onésime Fouinard et Hyacinthe Trébuchet, chroniqueurs associés depuis des lustres sous des noms d‘emprunt bien avant l’ère Covid ont décidé de reprendre leur véritable identité pour créer une feuille périodique vouée à la traque du réel le moins frelaté possible. Cette feuille diffusée par la voie du réseau Internet sera livrée hors de tout abonnement. Elle a pour principal objet d’améliorer la vue des biens voyants en les aidant à contrôler les variations de leur tache aveugle, et d’éviter la castration définitive aux couillemolles mâles ou femelles, qui choisissent la cécité au nom du maintien illusoire d’un confort individuel de plus en plus précaire. Certes, chacun est encore  libre de soi pour ce qui est des apparences. Très nombreux sont encore ceux qui veulent ignorer combien nous sommes en permanence soumis à des contrôles par le biais de nos cartes numériques, de nos téléphones mobiles, des compteurs Linky, ou bien des détecteurs embarqués dans nos automobiles, sans parler du contenu des nouvelles cartes d’identité. Il suffirait d’un rien pour que ces dispositifs se transforment du jour au lendemain en instruments de la plus parfaite coercition. Quand on parie de complot et de complotistes, il importerait de regarder du côté de ceux qui crient au loup, là sont sans nul doute embusqués les vrais comploteurs du libéralisme économique mondialisé.

Déjà ouvertement présente dans de nombreux Etats, la dictature s’avance chez nous de manière insidieuse sous couvert du faux nez d’élections foireuses, de lois sécuritaires sans cesse reconduites dans le plus grand désintérêt, et d’appauvrissement du parlementarisme réduit à un enregistrement des volonté du Monarque élu par une minorité. On peut toujours faire comme s’il n’en était rien, le péril n’en est pas moins présent, les effets induits (lassitude, abandonisme, soumission, lâcheté, délation…) pas moins considérables.

Nous vivons à l’heure actuelle des événements voisins de ce que l’Allemagne a connu après la première guerre mondiale, où une semi dictature s’est mise en place au nom de la démocratie sous prétexte d'empêcher une véritable dictature, qui finit bien sûr par l’emporter.[1] Les rapprochements avec le début des années 30 sont tentants. Certes, les conditions ne sont pas exactement les mêmes, certes l’histoire ne se répète pas à l’identique, mais les mêmes tropismes se retrouvent, et la perte de mémoire est des plus dommageables. Cerise sur le gâteau, la menace du recours à l’arme nucléaire par un dictateur nostalgique de la puissance soviétique vient aujourd’hui ajouter à la saveur incomparable du menu. L’angélisme peine à trouver une place où se blottir.

Deux liens récents parmi beaucoup d’autres permettent de prélever des échantillons significatifs de la dégradation mentale et morale à laquelle nous sommes conviés, dont nous sommes malgré nous les agents anémiés. Il ne faudrait pas que la brutale escalade de la violence orchestrée en Ukraine par la Russie masque ces faits, terreau de notre asservissement progressif par accoutumance à la privation de liberté.

A chacun de choisir de prendre ou non le temps de s’informer, de réfléchir, de se déterminer. Refuser de savoir après les monstruosités du XXe siècle, ne saurait permettre de prétendre après coup qu’on ne savait pas.

BLOOM Association One Ocean Summit : lettre ouverte au Président de la République - BLOOM Association

INÉGALITÉS : LE RAPPORT LE PLUS CHOQUANT DE L’HISTOIRE D’OXFAM - YouTube

Exemple remarquable de la crétinisation sociétale en cours, un courriel du Ministère de la Santé, tout à fait exemplaire de l’hypocrisie sinon de la perversité du système oppressif à l’œuvre, est en cours de diffusion pour les assurés sociaux, c’est-à-dire la quasi-totalité de la population.

Chaque destinataire peut apprendre avec autant de bonheur que de stupéfaction que l’Etat ne lui veut que du bien, qu’il va même au-devant de la satisfaction de besoins qu’il ne se connait pas encore. En Français pure laine de République En Marche, cela s’appelle de la Bienveillance. Merci Patron !

Voici ce que révèle le message, qui dès les premières lignes signe le mépris dans lequel nous tiennent les crânes d’œufs aux manettes :

« Vous allez bénéficier de Mon espace santé.

Ce nouveau service public, numérique et sécurisé, hébergé en France, vous permet d'être acteur au quotidien de votre santé et de celle de vos proches.

Avec Mon espace santé, vous pouvez :

  • stocker, classer et décider avec qui vous partagez vos informations de santé ;
  • échanger avec les professionnels qui assurent votre suivi médical grâce à une messagerie de santé sécurisée

Et prochainement,

  • suivre vos événements de santé grâce à un agenda personnalisé
  • découvrir des services numériques utiles pour votre santé disponibles dans Mon espace santé. »

Jusqu’à présent, il semblait possible de se débrouiller seul, inconscients que nous étions de nos limites. Nous proposer de nous associer à notre propre vie et à celle de nos proches a quelque chose d’aussi exaltant qu’inattendu, de quoi être pris du vertige auto réalisateur du premier de cordée qui git tapi au plus profond de nous-mêmes. Qu’en termes galants…

Comment se peut-on mieux moquer du monde ? Cette énorme duperie supplémentaire ne signifierait-elle pas plutôt que le Ministère de la Santé a décidé de réunir des données propres à un gigantesque flicage des affaires de son ressort, de même que la création de fichiers à céder un jour à l’industrie pharmaco-médicale, ou aux groupes d’assurance, pour leurs opérations de marketing ? N’oublions pas que la privatisation généralisée est un des buts avoués du libéralisme financier.

Six semaines nous sont généreusement allouées pour accepter ou refuser l’offre via un portail dédié. Non aux financiers qui imposent aux marionnettes gouvernantes de nous imposer leurs volontés, une absence de réponse est le minimum à leur opposer.

 

IL vient enfin de se déclarer candidat à sa propre succession, mettant fin à un doute insoutenable.

Cinq ans de Macron : Mediapart fait le bilan - You Tube

Hyacinthe Trébuchet

 

 

 

UNE PROMENADE DE SANTE

Mauvaise pioche ! Le rayon Jeunesse me jette aux yeux ses rayonnages chargés jusqu'à la gueule de produits baroques, « livres » ou coffrets illuminés comme de petits arbres de Noël psychédéliques, dans un fouillis bariolé dont le goût de chiotte d'une ahurissante sûreté surpasse le bordel débridé des églises rococo les plus déjantées. Je jette un regard sur certaines couvertures, grouillantes de monstres hideux entrelacés. Ophtalmie et cauchemars garantis ! Vertige aussi, tant tout cela sonne faux, creux, inutile plus encore que malsain. Cette fois je trouve, à défaut du mien, le bonheur d'un adolescent épris d'Harry Potter, sous la forme de trois opuscules de sorcellerie à l'usage des mordus, emboîtés dans un cartonnage prodigieusement laid. D'un pas chancelant, serrant contre mon cœur le coffret diabolique en priant pour que le kaléidoscope de ses couleurs criardes ne dégorge pas sur mon blouson, je louvoie vers la caisse. Où débarque aussitôt mon adjudante préférée, qui semble avoir développé à force de zèle stakhanoviste un impressionnant don d'ubiquité. Histoire de briser la glace, je susurre derrière mon masque : « Toujours number one, Happy Roteur ! » Pour toute réponse, Stakhanova me tend un lecteur de carte bleue, que je frôle docilement de ma carte jaune sans contact et prend sa plus belle voix robotique pour me dire un au revoir machinal où j'entends clairement malgré le masque : « Vous pouvez disposer, au suivant, n'encombrez pas la caisse, svp ! ». Elle ne m'a pas proposé de sac, pensez, un seul livre ! Je renonce à en demander un, je ne veux rien leur devoir, à elle et à la FNAC. Mon masque me gêne, je respire mal, je perçois tout à coup cette salle comme un énorme masque étouffant, et tout le bâtiment qui l'entoure est maintenant un gigantesque masque de béton, de verre et d'acier, et peut-être aussi la ville autour, voire le pays tout entier, la planète geôle, notre prisonnière. Masquée par nos soins, défigurés, violée, piétinée. Je dois quitter ce lieu, je m'y sens mal, étranger à lui et à moi-même tant que j'y suffoquerai. Qui est malade, lui ou moi ? Je sors du magasin et me retrouve dans l'allée centrale du bâtiment, quasiment déserte en ce samedi matin. Vite, arracher ce masque ! Qui est malade, lui ou moi ? Ou le vigile qui sous son mufle-masque m'apostrophe, hurlant : « Le masque, mettez votre masque ! » Et il insiste, l'enfoiré, pour le calmer j'ai sorti le bout de tissu froissé et effiloché censé nous protéger, mais pas question d'amadouer le fic amateur, auquel se joint un autre sous-fifre tout aussi plein d'un zèle vengeur, et qui bande tout aussi fort à l'idée de faire chier un réfractaire, un bourge en plus, le pied ! « Mettez-le ! Mettez-le ! » qu'ils gueulent et sans ralentir ni tourner la tête je gueule à mon tour « Va te faire foutre ! » et je remets le maudit préservatif dans ma poche en ruminant des idées de meurtre. Qui est malade ? Lui et moi ? Dehors, il fait soleil, un peu de vent, la pression retombe, pourquoi tous ces connards font-ils tout pour nous gâcher la vie ? Surtout à Marseille, la ville de Pagnol, merde, la ville où elle est « plus belle, la vie » ! Je remonte la Canebière, un peu de monde, peu de masques, pas trop de bagnoles, on profite de cette fin de matinée d'un samedi ensoleillé, j'accueille un bienvenu retour à la douceur de vivre, celle qui a quitté la FNAC et tout ce qui lui ressemble, celle pour qui le mot commerce n'évoque que les relations entre êtres encore humains. N'empêche, je remâche cette dérisoire et sordide descente aux enfers de la con-sommation, je la rumine, pire, elle me rumine, tourne en boucle dans ma tête et mes tripes révoltées. Je remonte la rue en pente qui mène au Cours Julien, le bon vieux Court-Jus qui a jusqu'ici survécu à toutes les « normes », à tous les « aménagements » et même à toutes les « réhabilitations ». Qu'il est beau, ce mot là, dans la bouche des fils de pute qui veulent nous formater à leur image, un étage en-dessous tout de même, histoire de ne pas mélanger les torchons et les serviettes ! Rentrez dans le moule et peu importe s'il est fêlé et s'il vous brise, du moment que vous tenez dans la boîte une fois qu'elle est fermée. En passant devant la savonnerie artisanale, j'aperçois son enseigne : elle s'appelle La Licorne. Voilà mon second cadeau qui tombe du ciel ! La maman du jeune fanatique d'Harry Potter a justement choisi pour totem la licorne, une licorne sauvage et indomptable, et c'est à Dame Licorne que j'adresse mes messages. Adieu la géométrie, la raison démonstrative, les engrenages impitoyables, les angles droits, l'esprit de sérieux et les lits au carré ! Adieu le monde normé, me voici enfin de retour dans le monde normal, celui des analogies, des synchronicités, des hasards pleins de sens, des rencontres, de l'humour et des lits en portefeuille… Ça fait un bien fou, ce retour au désordre cohérent de la vraie vie, après l'immersion forcée dans l'ordre chaotique de la rationalité démente ! « Attention à vous! » me lance avec un sourire jovial le jeune homme qui sort de la boutique en poussant un chariot bourré de colis en équilibre instable, « Pas de problème ! » réponds-je avec un clin d'œil en pivotant habilement pour l'éviter, en même temps qu'il corrige la trajectoire de son engin avec la virtuosité d'un pilote de rallye. J'entre dans la boutique qui précède l'atelier de fabrication, les savons sont partout, multicolores et odorants, rangés avec le même soin fantaisiste que les épices dans les comptoirs des marchés orientaux, une fête pour l'œil et le nez, pour le toucher aussi, je les prends en main, les caresse, les renifle, cherche les plus beaux, ceux qui sont frappés d'une licorne des plus élégantes, ravi d'avance à l'idée de la surprise de mon amie. Autour de moi, le patron et sa femme, deux employés dont l'un est sans doute leur fils, s'activent tranquillement, viennent aimablement me demander s'ils peuvent m'aider à trouver ce que je souhaite. Associée aux parfums exhalés par savons et savonnettes une bonne humeur presque palpable flotte dans l'air, je baigne dans une atmosphère idyllique de paradis retrouvé presque caricaturale, mais le sourire qui s'épanouit sur mes lèvres est plus béat qu'ironique… En sortant, je pense à David et à Goliath. Instructive, ma promenade, en 1h30, le temps d'un film, j'ai vécu leur combat inégal, industrie et marketing contre artisanat et échange, inhumanité et survie mortifère contre humanisme et vie vécue. N'empêche, c'est David qui a gagné. Et pour soutenir ma tentative d'optimisme, avant de rentrer, à la nouvelle boulangerie ouverte par de jeunes passionnés, je me suis acheté un de leurs délicieux pains au chocolat

Onésime Fouinard

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Pour tout contact      jeanklepal@gmail.cpm        alain.sagault@free.fr

 

[1] Voir à ce sujet Sebastian Haffner, Histoire d’un Allemand, souvenirs (1914-1933), Babel 2004, 435 p. Une remarquable analyse du processus menant de la démocratie hésitante et mal assurée à la dictature nazie. Indispensable.

Voir également Viktor Klemperer, LTI la langue du IIIe Reich, Albin Michel 1996, 175 p. Un passionnant révélateur du rôle du langage dans la formation du comportement mental et physique.  

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