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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal
Articles récents

Dies irae (jour de colère)

21 Janvier 2020 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Dies irae, Monsanto, Bayer, violences, Chant des Partisans

Au nom de la Finance internationale,

des marchés mondialisés,

et de l’ultra capitalisme,

prions Mon Sainto et Bayer

pour l’accroissement des dividendes

et le déclin de la démocratie,

source de tous nos maux.

Oremus

Entonnons le Credo des crédules.

 

- Pour la guerre de religions, s’il vous plait ?

- C’est par ici.

- Et pour la guerre civile ?

- Même direction, vous ne pouvez pas vous tromper, tous les chemins mènent au Capital.

 

Au nom de la Très Sainte Rentabilité, luttons contre l’humanisme ravageur,

bénissons la Sainte Violence rédemptrice,

louons Police et Répression, les deux mamelles de Sainte Légalité,

bastonnez-les tous, Mon Sainto et Bayer tout puissants reconnaitront les leurs.

 

Salve lacrymogena

Ad majorem gloriam matraquae et grenadae

 

 

Bonne année !   

Paris, vendredi 3 janvier 2020, un livreur à scooter est violemment tabassé au pied de la Tour Eiffel, il succombera à ses blessures quelques jours plus tard.

Paris, samedi 18 janvier 2020, visage ensanglanté, solidement maintenu à terre, un manifestant est roué de coups par plusieurs policiers, il est inculpé de violences volontaires contre la police.

 

Cérémonies des vœux :

Des avocats jettent leur robe aux pieds de la Ministre de la Justice.

Des profs jettent cartables et manuels par-dessus les grilles ministérielles.

Des personnels du Mobilier National déposent leurs outils sur les marches du podium directorial.

Des fonctionnaires de la police scientifique jettent leurs scaphandres de protection dans la cour du ministère.

Le chœur de Radio France réduit au silence la Présidente de l’institution.

Le corps social rend peu à peu son tablier à un pouvoir sourd et totalitaire.

(Source @rrêt sur images – Daniel Schneidermann -  16/01/20)

Grèves et manifestations ne cessent pas.

Où sommes-nous entraînés ?

 

« Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu'on enchaîne… »

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Pot Pourri

13 Janvier 2020 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Jules César, Napoléon Bonaparte, Badinguet,, Margaret Tatcher, Alfred Jarry, Eugène Ionesco, Pierre Dac

Tentative théâtrale ; Pochade tragi-comique malléable

 

Silhouettes

 

Achtung Verboten, préfet

Angeline Deguerlasse, sinistre des Armées

Burin, artiste de cour, gilet rayé prolifique

Cristobal Lacastagne, pyromane de l’Intérieur, porte-coton

Edgar Duport, fondé de pouvoir, premier sinistre

Fifrelin, maître de la pompe à phynances

Magnus, robot inoxydable

Madame Magnus, son épouse à tout faire

Motus, porte-parole, manieur d’orgue de barbarie

Sapiens, conseiller spécial de Magnus

 

Ombres : Jules César, Napoléon Bonaparte, Badinguet, Marguerite Karcher

Gardes du corps : policiers et céhèresses

Le chœur : gilets jaunes, éclopés, manifestants

Souffleurs : Alfred Jarry, Eugène Ionesco, Pierre Dac

 

Au lecteur d’attribuer les répliques au personnage de son choix, ce qui confère un caractère interactif à cette tentative théâtrale inédite.

Au lecteur, de même, d’attribuer des caractéristiques (âge, sexe, apparence physique) à chacun des personnages.

Au lecteur, encore, de prolonger à sa guise.

 

(La scène est plongée dans le noir. Des bruits sourds lointains, quelques éclairs. Tout à coup une forte détonation, lumière, des fumigènes envahissent l’espace. Il faut que ce soit vraiment suffocant. Des ouvreuses distribuent des masques, au public de décider de rester ou pas.)

 

(Le chœur entonne Le chant des esclaves de Nabucco au moment même où Magnus entre en scène. Celui-ci feint l’indifférence. Le chant terminé, le chœur se retire.)

 

- Décidemment, tout est pourri dans le royaume de Danemark ! De l’ordre, de l’ordre, des réformes, des mises au pas, voilà ce qu’il leur faut ! Je vais leur en foutre plein les badigoinces, bordel de merdre !

Duport, Lacastagne, à ma botte, sacré nom de Dieu !

- (ensemble - ils arrivent l’échine courbée jusqu’à terre) Tout de suite Maître !

- Vous êtes des chiens, des porcs, des bâtards, vous ne maîtrisez rien ! Je vais vous faire flageller par Achtung Verboten.

- Allons, mon Magnus chéri ne te mets pas dans cet état, ça n’en vaut pas la peine, tu le sais, tu es unique.

- Certes, certes, mais alors que faire ? Comme disait Lénine.

- Laissez pisser le mérinos, comme disait votre prédécesseur, Louis XIV.

- Il est minuit chrétiens… (La pendule sonne onze coups, puis un douzième, après-coup)

- Je puis vous dire que si l’on n’a rien à dire, il va sans dire que le dire en public c’est déjà beaucoup dire.

- C’est juste, mas nous ne jouons pas dans le même camp.

- Cornegidouille, palsambleu, vous me gonflez sérieusement.

 

- Bonjour, c’est pour les compteurs Linky, des compteurs à points qui ne tombent pas toujours à point !

- Dégage minable, va plutôt assister au rut des éléphants, à Baga, avec le Comité des anciens.

- La dette, la dette, nous n’avons plus les moyens d’endormir suffisamment les pauvres et d’apaiser à peine les riches.

- C’est flou, on n’y comprend rien. Là où ya du flou ya des loups.

- Manu, ta réforme elle est foutue

Et si ça continue,

Tu pourras t’la mettre au…

(Bis)

- A la trappe ! A la trappe, tout de suite ! Mettez-les à la trappe !

Ce sont des minables, des gagne-petit, des profiteurs sans talent, des bouches inutiles, des assistés, des derniers de cordée. De l’air ! De l’air !

(Bruits d‘os brisés par des matraques, cris, jurons divers, plaintes, silence, rancunes)

 

- Ô dette, ô désespoir, phynance ennemie !

- Justement, c’est fait pour ça. La roue tourne et revient à sa place. Si tu te déplaces, on te remplace. Ah, Ah !

- Merdre, j’ai perdu tous mes aliments de langage.

- Tiens, attrape, c’est un sandwich ciré pour manger sous une pluie de grenades.

- Parfait, grenade dîne, un sirop pour les enfants.

- Et les compteurs Linky ?

- Il faut les repeindre, je n’aime pas le jaune.

- Alors mon minet, et la Planète ?

- Elle n’a jamais été aussi belle qu’à l’heure où fleurissent les lacrymos et blanchit le bitume.

(La pendule explose et laisse échapper un vol de colombe)

 

- Là-bas tous ces braillards…

- Un passant tabassé à mort, un manifestant tiré à bout portant, ils finiront bien par comprendre les vertus de la démocratie.

- Que faisaient-ils là ? Ils n’ont fait que provoquer leur destin.

- Motus, dis-nous comment donner au mensonge un air de vérité.

- Fastoche, il suffit de parler de démocratie.

- La démocratie est une fable propre à endormir les enfants, quel que soit leur âge. Ils rêveront d’élections, ce qui les gardera des mictions nocturnes.

- Merveilleux, nous abordons au pays des merveilles.

- Fouette cocher, gondolier, charmant gondolier chante-nous ta barcarolle.

- C’est pour toi, mon minet, écoute attentivement.

- La démocratie ? Comment s’en débarrasser ?

 

- Linky, demandez votre Linky, qui n’a pas son Linky ?

 

- Des émeutiers s’annoncent, ils veulent entrer…

- Dispersez-les sans ménagement !

Nous les recevrons dans trois semaines, dites-leur que toutes les mesures sont abrogées dès maintenant, reportées à plus tard, comme il convient. Nous les recevrons pour discuter des modalités déjà  arrêtées.

Rien ne presse, le pays peut attendre le retour de la canicule comme celui des hirondelles.

- Il n’y a plus d’hirondelles, les pesticides les ont tuées.

- A merveille ! Nous nous prolongeons. Vive la fin du monde, les plus égaux des égaux vont enfin pouvoir trinquer !

- Quel panache !

 

- (Tous)

Dinero y tiempo para gastar lo !

Monney is beautiful !

Eradiquons l’humain, ce gêneur nuisible !

Des robots, il nous faut des robots, la nature est en trop !

Vive les ordonnances !

Vive Manu !

 

- Quelle belle sauterie à venir ! Viens mon minet, prend ta lyre…

 

(Pétards, cotillons, feux de Bengale – La scène est peu à peu envahie de bouchons de champagne - Noir - Rideau définitif)

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A la manière de...

6 Janvier 2020 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Alfred Jarry, Ubu Roi

Personnages

Manu, roitelet

Mère Manu, son épouse à tout faire

Capitaine Bordure, Ministre de l’Intérieur

Bougrelas, Premier Ministre

Ladislas, Ministricule

Motus, messager, porte-parole

Eclopés, mutilés, manifestants, parasites en tous genres, allant et venant sans raison apparente, foutant de temps à autre un joyeux bordel parmi les dorures palatiales.

 

……………………………………………………………………………..

 

- Merdre de merdre, jusqu’où iront-ils ?

- Que se passe-t-il ? Ils ont encore franchi les bornes ?

- Tous les voiturins publics, les enseignants, les médicos, les braillards du Palais, les raffineurs de sauce véhiculaire, les éclairagistes... tous ces inutiles sont en grève.

Je me demande bien ce qu’ils me veulent, à moi, Chef des armées, ex-ami du roi Trumpolino avec lequel j’ai fait du Mano a Mano à Tampico, décoré de la Grande Gigouille, Banquier honoraire, que veulent-ils de mieux ?

- Qui t’empêche de les massacrer tous ?

- Bordure, cet incapable !

Vivement que je sois enfin Roi et qu’on n’en parle plus.

Les nerfs me gagnent, ce bougre de Bougrelas tarde à trouver une solution.

 

- Nos invités arrivent pour la concertation.

- Motus, accueille-les et sert-leurs des aliments de langage. Je crève de faim, j’ai envie de les dévorer.

- Manu, mon Manu, si tu bouffes nos invités tu tomberas malade et tu n’auras plus personne sur qui régner.

- C’est juste, alors servez-leur du veau d’or jusqu’à ce qu’ils en crèvent de mort naturelle. Ça évitera les histoires avec les voisins.

- Capitaine Bordure lisez-nous le Menu !

- Omelette aux gaz, soufflé aux amendes, vessies en lanternes, consommé de faciès, côtes cassées, mains à l’arraché, et pour finir grenades flambées à la sauce céhéresse, le tout arrosé d’un grand cru Graves Pollution.

- Tout ça est  très bien, mais ça va bousiller le budget.

- Va falloir fixer un seuil. Pas plus de 64% d’éclopés.

- Bougrelas démerdez-vous, vous êtes payé pour ça. Vite, faites vite, je sens monter ma colère… Faites-vous aider de Ladislas, il a déjà fait des merveilles dans le Nord du Pays.

Si vous réussissez, je vous fais duc de Moldavie occidentale.

- Pour tuer les meneurs, je dispose de bons drones.

- Vous êtes moins bête que vous ne le paraissez. Banco ! Vous allez passer tout de suite en cinquième semaine et vous pourrez concourir pour la cagnotte.

Allez Bougrelas, j’en ai fini avec vous, vous serez un jour prochain duc de Moldavie occidentale.

(Bougrelas sort)

- Bon, je suis fatigué, si ça tourne mal, je pourrai toujours dire que c’est la faute de la Mère Manu et de Bordure. On les a d’ailleurs souvent vus ensemble ces temps-ci.

 

- Manu, Manu, de grâce attend un peu. Un des chefs manifestants souhaite dissocier les aliments de langage pour préparer un Menu à part.

- Bien, bon, pas mal, mais faudrait pas me prendre pur une andouille, ce sera un Menu à parts inégales.

- Voilà qui est noble et vaillant !  Louons Manu, notre chef bien-aimé ! Gloria, Alléluia !

 

- Merdre, de par ma chandelle verte, c’est moi le Chef, il faut que tous ces rufians s’y fassent !

 

(Très libre adaptation du premier acte d’Ubu Roi, d’Alfred Jarry)

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En guise de vœux

29 Décembre 2019 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Vœux 2020

 

Pour éviter que ce nouveau deux-mille soit vain

Puissions-nous enfin ouvrir les yeux et prendre conscience

de l’état de la Planète

du déclin de la Démocratie

de la mondialisation du totalitarisme

de la régression généralisée

de la perte de repères

de la chute de la solidarité

de l’emprise du mépris et de l’arrogance

Puissions-nous enfin prendre conscience

du danger de la soumission et de la force du refus

 

 

Une lecture possible, parmi beaucoup d’autres : Vandana Shiva (militante féministe et écologiste indienne) - 1% - manifeste contre le pouvoir des multinationales et des ultra-riches, éd. Rue de l’échiquier)

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La cantatrice chauve [1]

21 Décembre 2019 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Eugène Ionesco, La Cantatrice chauve, Théâtre de l'Absurde, Dette, Mondialisation, Mal de Naples, Gilet jaune, Gilet rayé, Trêve

Personnages : M. et Mme Toulemonde ; Mme et M. Chacun : la Bonne ; Cristobal de la Castagne, capitaine des pompiers.

(La pendule sonne les douze coups de midi, heure d'été.)

- Tiens, il est enfin l’heure, l’heure heureuse de la retraite.

- Ah, la retraite de Russie, quelle belle époque ! J’aime beaucoup le caviar aux lentilles. Il parait que le marchand de fripes du coin en a des stocks.

- Il y a une chose qui me surprend.  Pourquoi parle-t-on toujours de transparence alors que l’atmosphère n’a jamais été aussi opaque ?

- A Pâques ou à la Trinité, il sera toujours temps de se poser la question, mais la station Trinité est fermée à cause des grèves. Il est vrai qu’il n’y a plus à Paris que deux lignes de métro, comme à Périgueux-lès-Deux-Alpes.

- Tiens, je l’ai entendu à la télé, il parait que Ferdinand Doublevoye est mort depuis deux ans et demi, il a d’ailleurs démissionné avant-hier.

- Pour quelle raison ?

- Une mémoire défaillante et trop de fautes d’orthographe.

- Bonjour, je suis la bonne, j’ai passé une journée très agréable, j’ai manifesté d‘un cortège à l’autre. J’ai joué à saute-cortège en quelque sorte. L’air était pur et délicat, lacrymogène partout, un vrai délice. On en pleurait de joie.

- C’est vrai, la presse en a parlé. Elle a rapporté aussi qu’il y avait peu de monde, tout juste des centaines de mille, un peu plus d’un million.

- Elle exagère, c’était beaucoup moins. La presse ment toujours. C’est un besoin congénital et permanent chez elle. Rappelez-vous : « Radio Pari ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand ».

- Vos invités sont à la porte, ils m’ont dit avoir rendez-vous à l’Hôtel Maquignon.

- Parfait, c’est ici, nous ne les attendions pas si tôt Qu’ils défilent d’abord !

- Je m’en vais le leur dire. Au fait quel itinéraire leur indiquer ?

- De Dunkerque à Tamanrasset, comme d’habitude.

- Bon, c’est bien, entrez maintenant, mais ne restez pas trop, cinquante minutes au maximum. Il n’y a jamais assez de place pour tout le monde. Ma porte est ouverte, fermez la fenêtre.

- Tiens, on sonne, c‘est sans doute le capitaine des pompiers.

- Bonjour, je suis Cristobal de la Castagne, capitaine des pompiers, expert en déclenchement d’incendies volontaires. Si vous aimez les desserts, j’ai des caisses de grenades à votre disposition. Si vous le voulez, je peux vous conter des histoires.

- Oui, oui, tout de suite !

- Voilà c’est l’histoire de l’âne, de la retraite, et du p’tit veau de soixante-quatre ans…

- Celle-là on la connait, c’est une fable. On en veut une qui vient à point.

- Tout dépendra de la valeur du point, alors parlons plutôt de l’Odette et de ses évasions fiscales.

- On la dit incontinente. Maudite soit la dette de l’Odette !

- Traversez la rue, vous trouverez tout ce dont vous manquez. Changer de trottoir pour changer de vie. Hop, à saute-ruisseau.

- Comme c’est étrange, ça me rappelle une histoire vécue.  Trop banal, autre chose ?

- Non, je n’en peux plus d’attendre mon heure, et puis j’ai une soudaine immigraine, j’ai attrapé un virus lors d’un séjour trop prolongé dans les pays du Sud. Au retour, j’ai voulu me baigner en Méditerranée, ça m’a été fatal.

- Le mal de Naples, sans doute.

- Excusez-moi, j’ai moi aussi une anecdote à vous raconter.

- Quel toupet, elle demande la parole, une femme seule, mais où va-t-on ? Ça n’est pas chez-nous, avec des gens normaux, qu’on verrait ça.

- Voilà, c’est l’histoire de gens qu’on laisse mourir à petit feu…

- Assez, assez,  c‘est obscène. Halte à la vulgarité de la violence populaire !

- Il faut que je parte, le devoir m’appelle, je dois réaliser d’ici ce soir mon rêve, mon idéal de mondialisation, tout chiffrer, tout contrôler, tout soumettre. Je vous quitte.

- N’oubliez pas votre gilet. Non, ne prenez pas le jaune, gardez celui qui est rayé.

- Et la trêve de Noël dans tout ça ?

- Elle aura bien lieu, les sévices spécialisés s’occupent en haut lieu de décider du moment le plus opportun pour Noël. Rien ne presse. Il faut que cette fête s’adapte et devienne mobile, question de flexibilité.

- Peut-être matière à référendum ?

- Pour quoi faire ? C’est comme ça et pas autrement. Rien ne sera changé, rien ne sera modifié, vous pouvez librement débattre des modalités.

(La pendule sonne les douze coups de minuit, heure d’hiver. Rideau, fin du pastiche.)

« TOUS  ENSEMBLE

C'est pas par-là, c'est par ici, c'est pas par-là, c'est par ici, c'est pas par-là, c'est par ici, c'est pas par-là, c'est par ici, c'est pas par-là, c'est par ici, c'est pas par-là, c'est par ici ! » (E. Ionesco - La Cantatrice… - tableau final)

 

[1] Très librement inspiré d’Eugène Ionesco, auteur emblématique du Théâtre de l’Absurde. « La cantatrice chauve » fut créée au Théâtre des Noctambules, à Paris, le 11 mai 1950.

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Heureuse initiative

16 Décembre 2019 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Maison des Artistes, Arts visuels, André Malraux, Ministère de la Culture, Art Contemporain (AC), Art conceptuel, Installations,

La Maison des Artistes exerce un rôle d‘aide sociale, de conseil, d'information, et d'assistance auprès des artistes, ainsi qu’une veille auprès des pouvoirs publics. Elle n’a pas toujours bonne presse parmi ceux qu’elle souhaite regrouper, souvent peu au courant de ses activités, parfois méfiants au nom de vieilles histoires difficiles à identifier, comme de on-dit variés.

Son Conseil d’Administration a changé en fin d‘année dernière, son Président actuel a pour ambition d’insuffler une vigueur renouvelée à l’institution. En février dernier, avec l’accord de son équipe, il a adressé une lettre ouverte au Président de la République, au Premier Ministre et à son Ministre de la Culture, ainsi qu’aux principaux élus de la Nation.

Cette lettre est intitulée « Arts Visuels / Stop au dirigisme institutionnel ». Une citation d’André Malraux l’introduit : « L’Etat n’est pas fait pour diriger la création, mais pour la servir»

Le développement expose clairement un état des lieux complètement bouleversés de l’après Malraux :

« Au fil du temps, le Ministère de la Culture et de la Communication s’est coupé intentionnellement de la base des artistes-auteurs (entendons par là artistes créateurs indépendants) par les orientations d’une politique culturelle préférant concentrer délibérément son attention sur quelques segments restreints du prisme de la création. » Il s’agit évidemment de la pédale forte enfoncée depuis des décennies au bénéfice de la promotion insensée de l’Art prétendument Contemporain, AC pour les initiés, au détriment de tout autre mode d’expression.

« … rejetés ou méprisé par une majorité d’émissaires institutionnels pétris de certitudes, les artistes-auteurs revendiquent une équité de choix (de la part des diverses commissions existantes)» poursuit-il.

A cette lettre est jointe une note synthétique exposant griefs majeurs et propositions de mesures concrètes propres à pallier les actuelles dérives sectaires et discriminatoires, si dommageables à l’art et aux artistes.

Répondant à une question suite à cette heureuse initiative, le Président de la Maison des Artistes, vient de m’écrire :

« Une petite quarantaine de réponses, dont seize demandant un rendez-vous. Ces rendez-vous se sont échelonnés de juillet à septembre.

Les élus ne connaissaient pas du tout le sujet, comme ils nous l’ont avoué, et étaient complètement estomaqués par ce que nous racontions.

Franck Riester (Ministre de la Culture et ci-devant concessionnaire Peugeot) a nommé dans la foulée un (…) ancien directeur de Beaubourg et de la BNF, que nous avons rencontré (…), et chargé de tracer la route d’une juste rémunération des artistes-auteurs. A suivre. »

Inutile, bien entendu, de se faire des illusions, les habitudes et les certitudes sont ancrées, le mal subi par l’art en train de se faire est considérable, le désarroi est profond, les repères ont volé en éclat, la marchandisation dévastatrice est  devenue l’alpha et l’oméga d’une armée de Trissotins asservis à une poignée de monstres de la finance aussi prétentieux qu’ignares.

Il n’en reste pas moins que voir des artistes et certains de leurs représentants se saisir du scandale que représente la mise à mort systématique de toute création hors des sentiers de la mode officielle labélisée de l’art conceptuel et des installations, fréquemment du n’importe quoi, a de quoi réjouir.

Malgré les efforts déployés par les nuisibles institutionnels, l’électroencéphalogramme plat n’est pas encore généralisé.

Une fois écartées les têtes de gondole laurées par un Pouvoir inculte et méprisant, ouvrons grands les yeux, efforçons nous de pratiquer les lieux alternatifs, les galeries indépendantes, de visiter les ateliers lorsqu’ils s’ouvrent au public, de saisir toutes les occasions possibles d’entrer en relation avec des artistes, peintres, photographes, sculpteurs…, là où ils se trouvent.

Gardons-nous des temples officiels propres à la bigoterie stérilisante, ainsi qu’au naufrage culturel et social.

Chacun ne peut qu’y gagner, la rencontre fertilise.

Le croisement de paroles et de regards différents est bien plus porteur que la soumission au consensus mercantile de la reproduction quasi industrielle du même, ad nauseam.

Surtout persister à donner de la voix.

 

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Cohérence

11 Décembre 2019 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Simone de Beauvoir, Les Bouches Inutiles, Barèmes Sécurité Sociale, réfomes

 

En octobre 1945, Simone de Beauvoir a créé son unique pièce de théâtre, Les bouches inutiles, deux actes et huit tableaux, au « Théâtre des Carrefours » (Bouffes du Nord), dans une mise en scène de Michel Vitold.

 

Il arrivait au Moyen Âge qu'une ville assiégée et menacée par la famine chassât hors de ses murs les vieillards, les infirmes, les enfants, et les femmes : bouches inutiles dont il convenait de se débarrasser pour continuer à tenir. L’assiégeant leur refusait évidemment passage, et ils mouraient à l’extérieur des remparts.

Espérant trouver le salut dans ce sacrifice, c'est à cette mesure extrême que se sont résignés les édiles d’une cité flamande, insurgée pour défendre contre son ancien duc les libertés qu'elle vient de conquérir. Il apparait bientôt aux protagonistes de la pièce que la place est en train de perdre tout ce pourquoi elle combattait.

La discrimination tyrannique exercée à l'égard des faibles justifie les oppressions de toutes natures. Si l'on commence à traiter certaines personnes comme des objets jetables, c'est l’humain tout entier qui paraît dénué de quelque valeur que ce soit. Il devient alors rapidement un excédent insupportable, inutile.

La pièce souligne que dès lors que seule commande la force bestiale de l’autorité, justice, liberté et solidarité étant niées, la finalité poursuivie risque d’être totalement perdue, car très rapidement dénaturée au profit du totalitarisme  

Autrement dit, la fin ne saurait en aucun cas justifier les moyens.

C’était en 1945, au sortir d’une guerre atroce, qui vit l’extermination industrielle et systématique des coupables d’être mal nés puisque juifs, d’être déviants sexuels, malades mentaux, opposants politiques, résistants de toutes natures, ou simples suspects.

 

Novembre 2019, 74 ans plus tard…

 

Je viens d’apprendre par les auxiliaires médicaux qui prennent quotidiennement soin de mon auguste personne, qu’à partir du 1er janvier 2020 les prestations relatives aux personnes âgées de 90 ans et plus leur seront rémunérées à un tarif minoré.

A eux donc de décider de la nature et de la qualité des soins dispensés.  Libre à eux de choisir entre rentabilité immédiate, respect du patient et perte de revenus. Voire accepter ou refuser certaines catégories de patients au prétexte qu’ils sont devenus « hors d’âge ». La déchetterie pour tous à partir de 90 ans, voilà une mesure triomphalement démocratique, égalitaire et  fraternelle !

La cohérence avec la préparation de retraites amoindries pour les générations à venir est flagrante. « Simplification » et « clarification » vont de pair, quoi qu’en puissent prétendre les esprits mal intentionnés, opposés par principe aux nécessaires « réformes » commandées par la dette, la mondialisation et le CAC 40.

Une fulgurante clarté d’esprit caractérise nos dirigeants. Chapeau !

Cette clarté est proprement sidérante.

Personne ne peut plus désormais affirmer que ces messieurs-dames se cachent. Ils opèrent au grand jour. Et ce n’est pas d’hier.

 

Est-il vraiment abusif de parler de libéral-nazisme ?

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Élections, tirage au sort ?

1 Décembre 2019 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Elections; Tirage au sort ; Referendum ; J-C Gaudin ; Martine Vassal ; Macron ; Napoleon Bonapart ; G. Orwell

 

Corine, gilet jaune entre autres qualités, l’a offert à mon ami Alain, qui me l’a prêté. Il ne me reste plus qu’à vous le faire connaître, impérativement. Ecrit par un enseignant de belle pointure, certainement doublé d’un excellent pédagogue, ce livre est le fruit d’un travail sérieux, il se lit aisément. Son intitulé ?

Étienne Chouard – Notre cause commune ; Instituer nous-mêmes la puissance politique qui nous manque – Max Milo éd. Paris, 2019, 123 p., 12 €.

C’est déjà à Étienne Chouard que nous devons les réflexions qui ont contribué au résultat négatif du referendum de 2005, allègrement désavoué par le pouvoir sarkosiste en 2008.

(Ce qui suit tient compte autant du texte que des réflexions personnelles suscitées.)

 

D’emblée l’auteur remarque que, faute d’identifier les causes profondes des maux qui rongent le corps social, faute donc de réflexion approfondie, la tendance générale est de se battre contre les conséquences de lacunes fondamentales. Revendications perdant de leur impact car trop souvent superficielles.

La véritable question à laquelle il convient de tenter de répondre est qu’est-ce qui rend possible les horreurs auxquelles nous sommes confrontés ? Une des explications possibles tient à la dépossession à laquelle nous consentons presque tous.

Considérons en premier lieu que ce n’est  pas aux hommes de pouvoir de rédiger les règles du pouvoir (la Constitution). En effet si nous admettons ce type d’aberration qui accepte que les hommes au pouvoir ne peuvent que rédiger des règles en leur faveur, nous sommes mal fondés ensuite à nous plaindre du sort qui nous est réservé. Apprenons à nous ériger en tant que citoyens autonomes plutôt qu’électeurs enfants politiques dépendant du bon vouloir d’autres que soi.

« Les enfants croient au Père Noël, les électeurs croient au suffrage universel. »

La démocratie moderne telle que nous la connaissons ne revient qu’au droit de désigner des maîtres parmi des gens que nous n’avons pas choisis, sans avoir aucun moyen de résister à une trahison entre deux élections (exemple flagrant du Non populaire de 2005, transformé en Oui parlementaire en 2008, revirements de Mitterrand).

Comment pourrait-on en sortir ? Par le recours au tirage au sort en lieu et place de l’élection (je me suis déjà exprimé là-dessus à diverses reprises sur ce blogue). Tirer au sort c‘est donner le pouvoir aux plus pauvres, élire c’est donner le pouvoir aux plus riches, offrir de gouverner aux pires égoïsmes.

Considérons attentivement que l’élection infantilise les citoyens en permettant aux élus de dominer les électeurs, un petit nombre commandant à un grand nombre. Elire c’est évidemment abdiquer le temps d’une mandature en s’en remettant corps et biens à d’autres dont les intérêts divergent rapidement. Procéder par tirage au sort, c’est revendiquer la souveraineté et la contrôler en permanence.

Elire parmi des candidats imposés, c’est nommer des représentants qui seront aussitôt les maîtres. Les électeurs ne sont pas citoyens, ils ne sont que des impuissants politiques. Non seulement le système électif infantilise, il déresponsabilise, et il entretient le mépris, l’arrogance et le cynisme (fondements du règne de Gaudin à Marseille pendant un quart de siècle, attributs de la candidate adoubée Martine Vassal, caractéristiques majeures de la Présidence de Macron). Au contraire, le tirage au sort, qui est désignation parmi des égaux, pousse à la responsabilité, les personnes désignées cherchent à être à la hauteur (cf. Jurys d’Assises).

Autre élément préoccupant : l’élection donne le pouvoir à ceux qui le veulent pour eux-mêmes (« la Présidence, j’y pense pas seulement en me rasant » répondit un jour Sarkozy à une journaliste TV). Il n’en va pas de même avec le tirage au sort.

Depuis 1789, le pouvoir n’a pratiquement pas changé de mains. Donner le pouvoir à ceux qui le veulent, c’est l’abandonner aux pires voracités. Elire parmi des candidats déclarés incite au mensonge permanent de leur part et de celle des partis qui les soutiennent (Hollande se déclarant ennemi de la Finance au cours d’un meeting mémorable, au Bourget, faux semblants du PS, Guy Mollet, de Gaulle, la guerre d‘Algérie, le sort fait aux harkis…). L’expérience pluriséculaire prouve que l’élection donne en permanence le pouvoir aux riches, les seuls susceptibles de réunir les appuis financiers nécessaires (exemple exacerbé des campagnes électorales aux Etats-Unis, et de leur influence sur les mœurs européennes).

L’absence de contrôle des élus favorise la corruption, la recherche de privilèges, et, presque plus grave, la professionnalisation de la politique, ferment de toutes les dérives (Gaudin encore, parmi beaucoup d’autres).

Au contraire, le tirage au sort impose la rotation des charges et interdit la professionnalisation. Il concerne un collectif de personnes, que l’on contrôle, pour un temps court, ce qui le différencie profondément du non contrôle du temps long de l’élection.

 

« La démocratie c’est l’exercice du contrôle des gouvernés sur les gouvernants. » (Alain)

 

Voici qui implique

- liberté d’expression ;

- référendum d’initiative partagée (cf. mise sous le boisseau du référendum relatif à la privatisation de l’aéroport de Paris, par le pouvoir macronien sabotant toute publicité à cet égard) ;

- statut protecteur des lanceurs d’alerte.

 

Quelques citations en guise de conclusion :

« Il y a ce qu’on dit et il y a ce qu’on fait. Il y a un vocabulaire à attraper, et il est facile avec quelques mots - liberté et indépendance nationale – de se faire écouter des imbéciles (…) Il faut parler paix et agir guerre. » (Bonaparte, 1795)

« Bien analysée, la liberté politique est une fable convenue, imaginée par les gouvernants pour endormir les gouvernés. (Napoléon)

« Le langage politique est conçu pour donner au mensonge des airs de vérité rendre le meurtre respectable, et faire passer pour solide ce qui n’est que du vent. » (G Orwell)

 

Mystification suprême, faire passer l’élection pour un devoir civique alors qu’elle n’est que consentement implicite à la soumission.

Élections, tirage au sort ?
Élections, tirage au sort ?
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Malaise

25 Novembre 2019 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Olympe de Gouges, droits de l'homme, Simone Veil, écriture inclusive, droits des femmes, ,

 

 

La révolte face à la situation féminine va croissant, puissamment relayée par les médias elle occupe temporairement une place de choix dans les informations générales. Diversion sans doute en grande partie, mais réalité cependant. Les violences (pas seulement physiques) faites aux femmes sont avérées.

 

Depuis qu’en 1791 Olympe de Gouges a rédigé, en écho à celle des « Droits de l’homme » (1789), la « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne », se souvient-on suffisamment de quelques étapes essentielles signalant la lenteur chaotique des évolutions jusqu’à aujourd’hui ?

- 1850, création obligatoire d’écoles de filles dans les communes de 800 habitants (Loi Falloux, premier accès à un savoir limité pour les femmes).

- 1920, la loi assimile la contraception à l’avortement, considéré comme un crime.

- 1924, uniformisation des programmes scolaires masculins et féminins, création d’un baccalauréat unique.

- 1938, suppression de l’incapacité juridique de la femme mariée.

- 1944, droit de vote et d’éligibilité pour les femmes (ordonnance du Comité français de Libération nationale), elles voteront pour la première fois l’année suivante.

- 1965, les femmes mariées sont dispensées de l’autorisation maritale pour exercer une profession.

- 1967, la loi Neuwirth autorise la contraception.

- 1975, la loi Veil autorise l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG, les entraves à l’application de cette loi seront nombreuses ; elles nécessiteront des dispositions complémentaires).

- 1976, mixité obligatoire pour tous les établissements scolaires publics.

- 2006, les salaires féminins sont inférieurs de 27% à ceux des hommes (source Ministère du Travail).

- 2017, alors qu’elles constituent 47,6% de la population active, les femmes représentent 38,8 % des élus du Palais-Bourbon, pourcentage record ; les diverses lois sur la parité sont suivies de peu d’effet, en raison peut-être de leur côté absurde, qui est de vouloir pallier par l’arithmétique la défaillance des esprits.

 

Tout cela est bien proche, c’était hier. Il y a donc de bonnes raisons à ce que revendications et manifestations pour les « droits des femmes » tiennent le haut du pavé.

Et cependant mon malaise est réel à l’énoncé de cette formulation. D’où cela provient-il ?

Il se pourrait que l’imprécision de la notion même de « droits » nourrisse ce ressenti, qu’elle aille dans le sens de ce langage appauvri, approximatif, si caractéristique de l’époque. Revendiquer des « droits » ne reviendrait-il pas à reconnaître de fait l’existence d’une subordination incontournable puisque immémoriale ? Zeus, Bouddha, sont des mâles, la Bible, comme le Coran, font de la femme originelle un sous-produit de l’homme, le catholicisme la respecte comme vierge et mère. Conceptions aujourd’hui parfaitement insupportables.

Un droit implique ce qui est exigible, licite dans une communauté humaine, donc permis. Par qui, au nom de quoi ?

Si hommes et femmes sont profondément différents, ils ont des rôles différents au sein de l’espèce, ils ont surtout en partage leur humanité. Les uns et les autres sont en charge du devenir de la planète, souci majeur.

 

Droits des femmes, certes, droits des hommes, des enfants, des ceci, des cela, voilà qui risque de vite nous conduire à une multitude de catégories ghettoïsantes, au communautarisme pur et dur.

Droits de la personne, quelle qu’elle soit, à coup sûr, le genre ne devrait pas avoir grand-chose à y faire. (Passons sur le ridicule absolu de l’écriture inclusive propre à rendre illisible le moindre texte. Fanatisme idéologique à l’état pur.)

Je vois vite poindre la guerre des sexes et l’agressivité d’un féminisme exacerbé que j’ai connue à Paris et à Montréal dans les années 1970, où le fait d’être un mec me faisait exclure de réunions ou d’assemblées dont les thèmes,  contraception, avortement, me concernaient pourtant.

Revendiquer des droits, oui. S’opposer à l’autre du fait de son altérité, non. Eviter soigneusement de réfléchir aux devoirs face aux droits, non plus.

Ma perplexité est réelle.

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Manipulation politique et conditionnement délibéré

18 Novembre 2019 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Noam Chomsky, retraites, durée du travail, dispositifs sécuritaires,, privatisation, baccalauréat, sondages d'opinion, publicité

 

 

Cet article est rédigé à partir de données qu’un lecteur assidu m’a aimablement transmises.

Noam Chomsky,  professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT) où il a enseigné pendant toute sa carrière, s’est surtout fait connaître, à la fois aux Etats-Unis et à l’étranger, par ses prises de position et ses analyses critiques.

Il a élaboré une liste de « Dix Stratégies de Manipulation » utilisées pr le Pouvoir en place, et couramment relayées par les médias. Ces stratégies sont recensées et brièvement commentées ci-dessous.

En prendre connaissance pour en tenir compte parait indispensable à tout esprit soucieux d’un minimum de lucidité sur le fonctionnement de la démocratie représentative.

1/ La stratégie de la distraction

Élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique.

« Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser…»

(Le foot, les jeux olympiques, les émissions sportives en général, les variétés, les journaux télévisés, les pseudo débats, l’exploitation démesurée d’événements tels que le décès de Johny ou celui de Chirac, etc…)

2/ Créer des problèmes, puis offrir des solutions

On crée d’abord un problème, une «situation» prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. 

(Par exemple : laisser se développer la violence urbaine, ou provoquer des dégradations, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires, quitte à malmener la liberté et l’Etat de droit.

Ou bien, susciter et entretenir une crise économique pour faire accepter l’austérité comme un mal nécessaire. Ou encore organiser l’appauvrissement d’un service public pour en justifier la privatisation.)

3/ La stratégie de la dégradation

Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.

(Aujourd’hui, baisse des retraites et allongement de la durée du travail.)

4/ La stratégie du différé

Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme douloureuse mais nécessaire, sans alternative, en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un effort immédiat. Le public a toujours tendance à espérer que tout ira mieux demain et que le sacrifice demandé pourra être évité.

Cela laisse du temps pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation, donc passivement,  lorsque le moment sera venu.

5/ S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge

La plupart des publicités destinées au grand public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton infantilisant, comme si le destinataire était un quasi débile mental. Plus on cherche à tromper le spectateur, plus on adopte un ton infantilisant. 

« Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celle d’une personne de 12 ans». 

6/ Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion

Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements conformes à la volonté du Pouvoir en place.

(Entretien de la peur : mise en place de dispositifs sécuritaires voyants ; appel présidentiel à la vigilance, instauration d’une suspicion généralisée très orientée. Exploitation maximale des scènes de violence imputables aux protestataires, et camouflage de la violence institutionnelle niée ou présentée comme légitime défense du régime existant. Priorité absolue donnée au fait divers.)

7/ Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise

Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. « La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures. »

(Le BAC est bradé et ne signifie plus grand-chose. 80 % des élèves des universités ou des grandes écoles sont issus des classes moyenne ou supérieure capables d’assurer un soutien efficace à leurs enfants. On organise le silence radio et une procédure informatique confuse à propos de l’organisation du referendum relatif à la privatisation de l’aéroport de Paris.)

 

8/ Encourager le public à se complaire dans la médiocrité

Encourager le public à trouver attractif le fait d’être ignorant, vulgaire, et inculte. Promotion de « vedettes » et «animateurs » emblématiques sur ce plan (Johnny, Nabila, starification des joueurs de football…).

(On crée de nouvelles modes dégradantes : tenues négligées, chaussures délassées, pantalons avachis et/ou déchirés, etc… Influence considérable de certaines émissions TV particulièrement ineptes.)

9/ Remplacer la révolte par la culpabilité

Faire croire à l’individu qu’il est l’unique responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts.  Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto dévalue et culpabilise, ce qui  engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Donc la tranquillité assurée pour le Pouvoir.

(Si vous êtes au chômage c’est que vous manquez de formation ou de capacité d’adaptation : Postulez  à un stage de réinsertion, et tout ira mieux).

 10/ Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes

Les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. 

Grâce à la biologie, la neurobiologie, la psychologie appliquée, et l’informatique, le «système» est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physique et psychologique. 

Cela signifie que dans la majorité des cas, l’Etat détient un très grand pouvoir de contrôle sur les individus, leurs comportements, et leurs pratiques. La surveillance devient l’alpha et l’oméga de la vie sociale.

(Les dirigeants politiques utilisent et rétribuent largement des instituts de sondages d’opinion ou de grandes sociétés de publicité. Ils utilisent les résultats comme un matraquage permanent, véritable formatage des esprits. Les sondages figurent désormais parmi les armes les plus efficaces d’un pouvoir de nature dictatoriale.)

 

(D’après Noam Chomsky, Armes silencieuses pour guerres tranquilles)

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