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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal
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Mother India

3 Février 2019 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Inde ; connaissance de soi ;relativisme ;ashram ; yoga ; misère - dénuement ; syncrétisme

Un trio de très proches m’informe de sa bonne arrivée à Chenaï (Madras).

Bonne occasion pour reprendre et parcourir mon Carnet indien paru en 2007, rédigé au terme de huit séjours en divers lieux répartis du Nord au Sud.

 

La confrontation avec le pays comme avec soi-même qu’implique tout voyage en Inde constitue une épreuve majeure. Certains parviennent à franchir les obstacles et à s’adapter, d’autre regimbent sans possibilité d‘appel.

Plus qu’un pays différent, l’Inde représente une autre planète qui nous est presque totalement étrangère. Là-bas nos points de repère défaillent, nos cadres de référence n’ont plus aucune signification. Nos certitudes concernant la notion de progrès, celles d’hygiène et de confort, les valeurs liées à la réussite sociale, l’importance des réglementations, nos habitudes de vie, volent en éclat. Notre arrogance à vouloir considérer que nos valeurs ont un caractère universel, se trouve immédiatement réduite à néant. D’entrée de jeu, le trouble est immense. L’Inde taraude au plus profond de l’être.

Aller en Inde, c’et se rendre dans un ailleurs mythique et redoutable. Nul ne saurait y séjourner impunément. Mother India, ainsi que la nomment ses habitants, n’a rien à voir avec quoi que ce soit de connu en quelque autre endroit du monde.

L’Inde, immense pays aujourd’hui peuplé de plus d‘un milliard d’individus, vaste comme l’Europe considérée de l’Atlantique à l’Oural, est la plus grande démocratie au monde, héritage sans doute de la conjonction de la présence britannique avec l’hindouisme, pétri de l’acceptation de la différence et de l’intégration des contraires (ce qui à l’évidence reste encore à réaliser dans les régions à dominante musulmane).

Lieu paradoxal, la modernité la plus absolue y côtoie des traditions millénaires.

La vie quotidienne imprime une empreinte indélébile, comme quelque chose d‘essentiel. La fréquentation de ce pays bouleverse tout. Nul besoin d’ashram ou de yoga. Il suffit de s’immerger et e se laisser aller au gré des événements et des rencontres. L’absence de repères apporte du bonheur. Le Moi-éponge absorbe tout ce qu’il se présente, retient tout ce qui est en suspension. Dans son chaos apparent l’Inde materne, protège, enrichit, facilite. Chacun chemine à sa mesure. Mother India.

Que faisons-nous en Occident de nos vies ? 

On dit là-bas la misère totale. Que signifie au juste le mot misère ? Où est le seuil ? Qui pourrait le situer ? Qui pourrait le nommer ? Dit-on assez chez nous la misère totale qui est la nôtre ? Mentale, spirituelle, humaine, l’absence de vie ouverte à l’autre, l’absence de vie ouverte à la vie, la barbarie des rapports quotidiens. Dans nos contrées les mots polluent le langage et érodent la pensée.

La misère est un état qui conduit à la dégradation de la personne. Cela se constate à l’évidence à Bombay. Mais dit-on assez le scandale de ceux qui, en France, dorment dans la rue ? Regardons d’abord à notre porte avant de qualifier l’ailleurs.

Ne surtout pas confondre misère et dénuement, qui est pauvreté, manque de moyens susceptibles de conférer de l’aisance. Les pécheurs de Rameshwaram, ceux de Vizinhjam, les cordiers de Kovalam, ne sont que dans le dénuement. Ils vivent et travaillent avec des moyens rudimentaires, mais ils sont debout, ils font face, ils pétillent d’intelligence. La misère atteint l’esprit, pas le dénuement. La grande misère de l’Occident prétentieux voudrait parfois occulter la profonde richesse de l’Inde. A Kovalam beach, il y a moins de mendiants que dans les rues de Paris ou de Marseille. La misère conduit à la destruction de la personne, le dénuement n’entrave en rien la dignité.

La misère est un crime contre l’esprit, un crime contre l’espèce, dont l’Occident, à l’évidence, se soucie bien peu.

Pour trouver un bien-être en Inde, il faut sans doute avoir connu soi-même une enfance première heureuse. On se laisse alors porter par la rêverie que nous propose Mother India.

Cette régression infantile permet de progresser, de renaître à soi-même. L’expérience indienne prend le relais des expériences négatives et les transforme. Vivre le présent opère dans l’intime.

Signe important : le dieu Krishna est tour à tour représenté comme un bébé heureux, un enfant, un adolescent ou un adulte. L’enfance, la jeunesse, ont une part considérable dans l’imaginaire de chacun.

Il ne s’agit nullement de Pouvoir, ni de réglementation, pas non plus de chronologie historique ou culturelle. Il s’agit de la possibilité de se laisser aller à la dérive d’un syncrétisme ignorant de la binaire logique d’exclusion christiano-cartésienne. Préculturelle, l’Inde est incontrôlable. Il n’y a pas de bornes.

Le rôle de la mère dans l’éducation de l’enfant est considérable. Il est sevré là-bas très tard. Le jeune puis l’adulte n’en finiront jamais de consommer des aliments semi-liquides, sortes de bouillies prolongées.

La réticence aux pratiques formelles des ashrams, à la fréquentation des gourous, à la pratique du yoga, n’interdit nullement une imprégnation profonde. Le rite ne serait peut-être que la mise en forme de l’initiation par le père. Lorsque celui-ci a fait défaut, il ne serait heureusement nul besoin de sa férule pour accéder à la mère.

L’Inde devient peu à peu un espace-temps intérieur, si bien qu’on peut la quitter temporairement, sans la perdre, sans souffrance. Elle engendre sans violence.

On s’expatrie progressivement de soi, mais on ne s’approprie pas l’Inde par des comportements mimétiques d’identification, simples mascarades. Elle ne peut devenir qu’une terre intérieure. D’où la permanence.

 (extraits de Carnet indien – 1973-2003 – Gros Textes éd. 2007)

 

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Mens sana in corpore sano (Juvénal)

29 Janvier 2019 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #spiritualisme ; matérialisme ; fin de vie

Il est difficile de faire face lorsque le corps se met à son compte, lorsque la carrosserie, les éléments moteurs et la tringlerie n’en font qu’à leur tête. Le pied devient incertain, le muscle fond, la jambe n’assure plus, l’équilibre vacille, l’ouïe défaille, le sphincter se relâche, la vue se trouble…

Kinésithérapie pour tenter de retarder le processus de délabrement, donc de resquiller un peu de temps sur l’éternité, totalement dérisoire. Mais sait-on jamais ?

 

Si tu t’imagines xa va, xa va durer toujours, ce que tu te goures, rigole Queneau, alors que Ionesco sous-titre Comment s’en débarrasser ? Pas évident d’imaginer mettre son  corps à la décharge pour procéder à un échange standard.

Tout se complique, le temps nécessaire à l’accomplissement des choses est démultiplié, il faut trouver des stratagèmes. Les palliatifs tels que béquilles, cannes anglaises, déambulateur, rollator, croquenots antidérapants, Saints-Sièges que sont fauteuil roulant ou chaise percée, se révèlent vite insuffisants.

Mens sana in corpore salaud.

Juvénal souhaitait un équilibre, il s’est trompé. Le corps a ses raisons que la raison ne connait pas.

 

Contrairement aux fables bien-pensantes, l’esprit ne parvient pas à dominer la matière, même si des exemples célèbres semblent dire le contraire : Toulouse-Lautrec, Monet, Proust, Beethoven, Stephen Hawking…

La dichotomie corps esprit offre une pâture propre à nourrir le mythe de l’existence d’une âme indépendante du corps, qui prévaudrait sur la matérialité.

Songe d’une nuit d’été, dirait peut-être Shakespeare.

Jolie fable, pure spéculation d’un esprit voulant sa revanche sur la matière.

Tu es poussière et tu retourneras en poussière, alors l’incinération. Foin de la pompe et des rituels vidés de leur sens à force de répétitions.

 

L’expérience est intéressante, sans être nécessaire pour autant. A condition aussi qu’elle ne se prolonge pas indéfiniment, l’expérimentateur lambda ayant assez vite compris les tenants et aboutissants de la chose.

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Des peluches face aux monstres

12 Janvier 2019 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Squat Marseille ; Mar seille Noailles, rue d'Aubagne ; Conseil Départemental 13 ; Région Provence ; violences, affrontements

Depuis le 8 décembre 2018, une bastide appartenant au Diocèse, ancien Foyer de Saint-Just, à Marseille, est squattée par le Collectif MIE 13 (Migrants Isolés Etrangers).

Dans une lettre ouverte du 9 janvier, le Collectif déclare : « Nous organisons cet hébergement alternatif non pour pallier durablement les carences du Conseil Départemental et de l’Office d’Immigration et d’Intégration (OFII), mais pour alerter une fois de plus sur leur volonté politique de surseoir à leurs obligations de protection de l’enfance et d’hébergement des demandeurs d’asile. En effet le CD reconnaît aujourd’hui avoir les moyens financiers d’accueillir dignement les jeunes, mais prétend qu’il s’agit de « politique migratoire » et que c’est donc à l’Etat de prendre la situation en charge. (…)

204 personnes (familles et mineurs isolés) séjournent dans le bâtiment dans lequel le Diocèse a décidé de remettre l’électricité et le chauffage (…). Nous remercions le Diocèse pour son engagement, alors qu’il appartient au CD et à l’OFII de supporter la charge que représente cette occupation. Nous luttons pour que le CD et les services de l’Etat remplissent leurs obligations légales. »

Surseoir aux obligations légales, les ignorer, mener une politique d‘éviction, tenter de se défausser de ses responsabilités, ignorer les personnes, s’entendre entre soi, ne sont pas l’apanage de Marseille, le mouvement des Gilets Jaunes en atteste.

Il n’en reste pas moins que dans la région Provence on fait fort.

Le Maire de Marseille a l’audace d’en appeler à la catastrophe naturelle pour situer le drame du quartier Noailles où huit personnes ont péri dans l’effondrement de deux immeubles, rue d’Aubagne ; où près de 2000 autres ont été délogées en un tournemain d’immeubles déclarés périlleux dans l’urgence de la panique, sans être ni convenablement relogées, ni accompagnées avec efficacité.

La Présidente du Conseil Départemental ferme les yeux sur les jeunes immigrés livrés à la rue, elle s’enferme dans des querelles casuistiques pour ne rien faire.

Le Président de la Région ouvre une souscription en faveur des malheureux policiers blessés par de sauvages agresseurs ivres de sang.

Ce à quoi fait écho un Ministre de l’Intérieur, ex Maire de Forcalquier, affecté d’un terrible rétrécissement du champ visuel, qui devrait lui interdire toute conduite de quoi que ce soit, y compris celle des affaires. « Quand on voit que certains perdent la raison et pensent qu'il faut financer l'action d'un casseur qui a brutalisé nos forces de sécurité, je souhaite rappeler où est l'ordre, la justice, car il n'y a pas de liberté sans forces de l'ordre", vient-il de  déclarer à la presse, ignorant délibérément l‘ultra violence systématique d’une police placée sous ses ordres. Nous sommes bien loin des « gardiens de la Paix » de mon enfance.

Ces gens-là n’ont rien d’humain. Ce sont des monstres froids.

Alors, que faire ? Répondre à leur violence par une contre-violence ? Certainement pas, cela ne pourrait que déboucher sur de très redoutables affrontements aux effets excessifs fort peu contrôlables.

Alors, quoi ? Le collectif MIE 13 a choisi la dérision et l’humour pour dénoncer incompétence et mauvaise volonté réunies. Armes si redoutables qu’elles laissent souvent sans voix leurs cibles, totalement prises au dépourvu lorsque leur vacuité et leur stérilité intellectuelles, ainsi que leur amoralisme sont mis en lumière.

Les Compagnons d‘Emmaüs ont offert  des jouets en peluche et en tissus. L’idée est vite apparue de les utiliser comme fer de lance de la dérision. Chaque objet est bientôt muni d’une étiquette   

A remettre à (Madame la Présidente)

Nous donnons ces peluches pour les enfants

que le Conseil Général laisse dormir dans la rue

en toute illégalité.

Ne jetez pas ces cadeaux. Transmettez-les !

Les solidaires et réfugiés du 59 Saint-Just

Une première distribution au personnel du Conseil Départemental, ainsi qu’une ornementation des accès au bâtiment a eu lieu hier, vendredi 10 janvier 2019, à l’occasion des vœux à la presse. Le lieu prend un air de décor pour "Alice au pays des Merveilles".

Quelle brute osera jeter des jouets au ruisseau ?

A suivre…

Des peluches face aux monstres
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Des vœux, encore et toujours…

8 Janvier 2019 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Voeux, cycle de la vie, Villon, Fucik, Gide, perspective

Signe de temps complexes, les vœux qui me sont parvenus jusqu’à présent sont moins niaiseux et bêtifiants qu’à l’accoutumée. Effet gilets jaunes, c’est-à-dire signe d’une prise de conscience en devenir ? Joli vœu à formuler et à transmettre.

L’année 2019 sera-t-elle pour moi la dernière ?

A considérer les dégâts physiques considérables dont la précédente fut le champ, l’hypothèse n’a rien de farfelu. Elle pourrait même rapidement devenir souhaitable si aucune restauration partielle du délabrement constaté n’intervenait. Elle le serait à coup sûr si la situation empirait. A quoi bon dès lors s‘acharner face à l’inéluctable ?

Ces propos peuvent être difficiles pour certains. Envisager la mort en face à face n’a cependant rien d’extraordinaire. Rien ne sert de se masquer, de se réfugier dans le non-dit, de tenter un  malheureux évitement. Elle est là, elle nous dévisage, elle nous attend. Étroitement liée à la vie, elle accomplit un achèvement. Le déni, fruit probable d’un bimillénaire de niaiseries christophoriques, ne change rien. Le cycle naturel se perpétue, nous sommes une de ses composantes. S’acharner à vouloir prolonger les courbes, quitte à sortir des limites de l’épure, recèle quelque chose d‘insensé.                                                                                                                                                                                        

L’après immédiat

- Frères humains, qui après nous vivez… (François Villon, Ballade des pendus)

- Hommes je vous aimais, soyez vigilants (Julius Fucik, écrivain tchèque exécuté par les nazis)

- Si le grain ne meurt… (André Gide)

 

Regards et situations

La perspective fauteuil roulant est l’antithèse de la perspective cavalière, qui élève et agrandit le champ de vision. Permet des repérages, des découvertes et des mises en relation inattendues. Offre un prolongement à l’immédiat perçu, et par là des ouvertures à la pensée. Ouvre sur un futur possible, à visiter. Propose une projection de l’individu (à l’origine militaire, cavalier ou artilleur) au-delà de sa propre bulle.

La perspective fauteuil roulant, devenue la mienne depuis l’été dernier, rétrécie et amoindrit. Elle ne permet aucune vision d’ensemble. Elle engendre un processus d‘involution de la pensée cacochyme. Le champ de vision s’amenuise jusqu’au nez à la vitre. Une réflexion en spirale mortifère l’accompagne.

Nullité et dépendance insupportables dans la durée.

 

De nombreux remerciements à adresser. Parents et  proches, relations exceptionnelles, amis anciens ou toujours actuels, artistes… Ils sont prêts. Il n’y aura plus qu’à les transmettre en mon nom.

Simple passage de témoin.

 

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"Ce soir on improvise" (Pirandello)

26 Décembre 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Apaisement; contestation ; gilets jaunes ; gouvernement ; ;

Touché, mais pas coulé.

Le Pouvoir vacille, il accuse les coups. Il tient bon et renforce ses défenses en musclant sa police avec des armes offensives très redoutables, en  criant urbi et orbi contre les violences intolérables qu’elle souffrirait seule.

A haute dose, les gaz lacrymogènes dispersent la foule. A petites dosettes de poudre de perlimpinpin devrait tomber la tension contestataire.

Une lettre circulaire du Ministère des Comptes et des Actions public, datée du 12 décembre 2018, vaut son pesant de cacahuètes. A de petits signes de ce genre on peut reconnaître les avant-coureurs d'un délabrement annoncé.

Le Ministre soi-même écrit à des assujettis à la taxe foncière :

- certains d’entre-vous se sont acquittés par un moyen de paiement autre que le paiement mensuel, le prélèvement à l’échéance ou le paiement en ligne. Or une loi de 2016 prévoit une majoration de 0,2% pour ceux qui ont le front d’utiliser un mode de règlement non autorisé, chèque notamment.

- sensible aux réactions, je les aie entendues et j’ai demandé à l’administration d’annuler cette majoration, pour cette année.

- si vous l’avez déjà payée, vous serez bientôt remboursé.

Il conclut par une mention manuscrite : Voilà une illustration concrète du « droit à l’erreur » voulu par le Président de la République.

C’est-y pas beau ça ?

C’est-y pas humain et généreux ?

C’est de l’écoute et de la compréhension de la base ou je m’y connais pas !

Quelle chance nous possédons d'avoir un gouvernement aussi,humble et lucide, tant à l'écoute des citoyens, si soucieux de bien faire, si prompt à reconnaître ses erreurs !

Bon bout d'an à chacun.

 

 

"Ce soir on improvise" (Pirandello)
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Carpe diem

21 Décembre 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Gilets jaunes ; mal logement ; immigrés ; Marseille

Convalescence, période intermédiaire entre maladie et retour à la santé. Voici deux mois et demi que je suis cloué chez moi dans cet intervalle. Journées ponctuées par un rituel intangible : infirmier puis kinésithérapeute, le matin, sieste l’après-midi, des visiteurs çà et là.

Temps de réflexion, temps de l’attente. Temps de préparation et d’acceptation.  Expérience empirique de la progression de l’ultime dont je suis le témoin agi et agissant.

Voici qui ne manque pas d’intérêt, tant que demeure la lucidité et une part d’autonomie.

L’expérientiel diraient les beaux esprits…

 

Pendant ce temps le monde poursuit son  orbe. Nullement à l’écart, comme il se pourrait. Des rumeurs me parviennent.

 

Sans logis et Gilets jaunes au premier plan.

Des proches, concernés, l’un d’entre eux très engagé dans un réseau de soutien, m’informent. Il s’agit principalement de Marseille et de la Vallée de l’Ubaye. Ce qui ressort surtout de leurs témoignages, c’est l’intensité de la parole circulant entre les personnes impliquées. Comme une sorte de découverte de l’Autre, de son existence, de son potentiel, de sa capacité de réflexion, de sa soif de solidarité. Comme une sorte de découverte de l’existence de chacun, autorisé à proposer, à prendre des initiatives.

Je me souviens d‘une époque où un slogan faisait florès au Québec : « Faut s’causer », pouvait-on lire à divers endroits de l’espace public. Il faut cela pour qu’apparaisse le plaisir de se trouver ensemble, et que se découvre la puissance potentielle d’un groupe soudé et déterminé, ainsi que le plaisir d’un être ensemble.

La libre circulation de la parole, l’échange non bridé, comme facteurs premiers d’une prise de conscience d’une réalisation de soi, en forte relation avec autrui. Tout le contraire du Premier de cordée ou de la compétition incessante.

Et puis aussi, l’impression que toute parole venue d‘en haut, comme une révélation, ou l’expression d’une Vérité immanente, est désormais inaudible, rejetée, comptée pour rien. Trop de mensonges accumulés ont déconsidéré le Pouvoir. Pour longtemps, se pourrait-il. Un certain thomisme l’emporte : assez des paroles, il suffit, des faits, des actes ! Voici donc le Pouvoir acculé, embourbé, pris au dépourvu, empêtré dans ses contradictions. Le « en même temps » a fait long feu. La sacro-sainte hiérarchie issue de l’onction d’un diplôme ou d’un statut social, en prend un sérieux coup.

Le vote devient inutile, il est remplacé par la discussion et la recherche d’un consensus bien plus solide que la soumission à une majorité.

Les hiérarques pontifiants apparaissent comme des zombies. A la trappe !

 

A Marseille, usé, déconfit, dépassé, le premier magistrat de la Ville, en est réduit à invoquer l’état de catastrophe naturelle pour masquer son incurie et celle de son équipe face au mal logement et aux drames consécutifs. Lamentable, obscène, parfaitement répugnant.

 

Une embellie serait-elle possible ?, ai-je intitulé mon papier du 15 novembre sur ce blogue.

Peut-être se pourrait-il. Quand, comment ?

Certainement avec beaucoup de difficultés, sans doute des affrontements notables, sachant que la violence la plus extrême vient d’abord des tenants du Pouvoir, qui durcissent de plus en plus leurs moyens de répression (emploi de grenades offensives, mutilantes, véritables engins de guerre), ainsi que leur offensive de décervelage (presse écrite et radio s’en donnent à cœur joie pour désinformer ou masquer la réalité).

Il n’en reste pas moins que, grâce à ces mouvements de colère spontanée et de découverte de types de relations différentes, demain sera probablement un autre jour.

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Du Chiapas

11 Décembre 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Chiapas ; Mai 68 ; révoltes populaires ; Gilets Jaunes

Le moment est important. Quelque chose de profond s’instaure. Qu’en adviendra-t-il ? Nul sans doute ne saurait le dire. Des textes divers circulent, certains fort intéressants en voici un, en provenance du Chiapas, qui m’est parvenu, relayé par un ami ciné-photographe aux aguets.

 

Lettre à celles et ceux « qui ne sont rien », depuis le Chiapas rebelle

 

On l'entend partout ces jours-ci : c'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Et là où beaucoup s'affligeaient de ne voir que le marécage stagnant d'une majorité dite silencieuse et passive ont surgi mille torrents impétueux et imprévisibles, qui sortent de leur cours, ouvrent des voies inimaginables il y a un mois encore, renversent tout sur leur passage et, malgré quelques dévoiements initiaux, démontrent une maturité et une intelligence collective impressionnantes. C'est la force du peuple lorsqu'il se soulève, lorsqu'il reprend sa liberté. C'est une force extraordinaire et ce n'est pas pour rien que l'on invoque tant 1789, mais aussi 1793 et les sans-culottes. Ami.e.s gilets jaunes, vous avez déjà écrit une page glorieuse de l'histoire de notre pays. Et vous avez déjà démentis tous les pronostics d'une sociologie compassée sur le conformisme et l'aliénation du grand nombre.

 

Mais qu'est-ce donc que ce « peuple » qui, d'un coup, se réveille et se met à exister ? Rarement comme aujourd'hui le mot aura paru aussi juste, même à ceux d'entre nous qui pourraient le juger périmé, parce qu'il a trop souvent servi à capturer la souveraineté au profit du Pouvoir d'en-haut, et qu'il peut aujourd'hui faire le jeu des populismes de droite ou de gauche. Quoi qu'il en soit, dans le moment que nous vivons, c'est Macron lui-même qui a redonné au peuple à la fois son existence et sa plus juste définition. Le peuple qui se soulève aujourd'hui et qui est bien décidé à ne plus s'en laisser compter, c'est toutes celles et tous ceux qui, dans l'esprit dérangé des élites qui prétendent nous gouverner, ne sont rien. Cette arrogance et ce mépris de classe, on l'a dit mille fois déjà, sont l'une des raisons les plus fortes pour lesquelles Macron, hier adulé par certains, est aujourd'hui si profondément haï.

 

Voilà ce que le soulèvement en cours a déjà démontré : celles et ceux qui ne sont rien ont su réaffirmer leur dignité et, par la même occasion, leur liberté et leur intelligence collective. Et surtout, ils savent désormais – nous savons désormais que nous préférons n'être rien aux yeux d'un   Macron plutôt que de réussir dans son monde cynique et hors-sol. Voilà bien ce qui pourrait arriver de plus merveilleux : que plus personne ne veuille réussir dans ce monde-là et, par la même occasion, que plus personne ne veuille de ce monde-là. Ce monde où, pour que quelques-uns réussissent, il faut que des millions ne soient rien, rien que des populations à gérer, des surplus qu'on balade au gré des indices économiques, des déchets que l'on jette après les avoir pressé jusqu'à la moelle. Ce monde où la folie de l’Économie toute-puissante et l'exigence de profit sans limite aboutissent à un productivisme compulsif et dévastateur, c'est celui qui – il faut le dire aussi – nous conduit vers des hausses des températures continentales de 4 à 6 degrés, avec des effets absolument terribles dont les signes actuels du dérèglement climatique, pour sérieux qu'ils soient déjà, ne sauraient nous donner une idée juste et que nos enfants et petits-enfants auront à subir. Si ce n'est pas là l'urgence qui nous soulève aujourd'hui, c'est celle qui nous soulèvera demain si le mouvement actuel échoue à changer profondément les choses.

 

Parmi les autres détonateurs du soulèvement en cours, il y a l'injustice, fiscale d'abord et désormais plus largement sociale, qui est ressentie comme intolérable. Bien sûr, l'accentuation vertigineuse des inégalités résulte des politiques néolibérales menées depuis des décennies, mais jusque-là on avait toléré, accepté. Maintenant, non. Trop c'est trop. Et quand on commence à ne plus accepter l'inacceptable, on ne peut pas s'arrêter à mi-chemin... Mais, ici, il faut ajouter la chose suivante : Macron, notre pauvre Ju-par-terre, il fait juste son job. Il veut juste être le premier de la classe dans un système où les Etats sont subordonnés aux marchés financiers et où la seule façon pour un gouvernement de s'en sortir un peu moins mal que ses voisins est d'attirer davantage de capitaux. Alors, il faut faire le tapin, racoler en montrant ses plus beaux avantages fiscaux, balancer aux orties toutes les protections sociales, promettre aux investisseurs la main d’œuvre la plus consentante et le meilleur profit possible. C'est ce qui explique les cadeaux faits aux plus riches et aux grandes entreprises (bien plus que la fameuse théorie du ruissellement qui prend l'eau de toutes parts). La politique de Macron, et qu'un autre mènerait à sa place, est donc l'effet d'un système-monde dominé par la force de l'argent, l'exigence de rentabilité et de performance et la logique productiviste qui en découle. Ce que nous devons abattre va au-delà du petit Macron, tout cul par terre qu'il soit. Qu'il parte ne sera qu'un (très bon) début.

 

La puissance du soulèvement actuel tient également au refus de la représentation dont il a fait preuve jusqu'à présent. A son refus d'être représenté. A son refus de toute récupération politicienne. A sa conscience que la démocratie représentative est devenue une farce, qui consiste à choisir soi-même ceux qui vous trompent et vous méprisent, à se faire déposséder d'une capacité individuelle et collective dont on découvre maintenant qu'on peut la reprendre. Maintenir cette attitude avec fermeté, face à toutes les manœuvres déjà en cours, sera un rude défi. Mais pour l'heure, les appels à une démocratie véritable se multiplient : en clair, le pouvoir au peuple, pour le peuple, par le peuple. Les initiatives fleurissent partout : appel à former des comités populaires, avec leurs assemblées régulières, à construire des maisons du peuple sur les places publiques pour débattre mais surtout pour s'organiser concrètement. On parle de destitution. On parle de sécession. On parle de communes libres. On souligne qu'il ne faudra surtout pas, une fois Macron parti, le remplacer par un autre, puisqu'il s'agit de reprendre en main, par nous-mêmes, l'organisation de nos vies. On parle de s'inspirer de la cité athénienne, de la Commune de Paris, du Chiapas et du Rojava.

 

Et c'est pourquoi j'écris cette lettre, depuis le Chiapas. Parce qu'ici, au sud du Mexique, la rébellion fleurit depuis 25 ans. Il y a 25 ans, le 1er janvier 1994, les indiens mayas zapatistes, ceux qui n'étaient rien, les plus petits, les invisibles de toujours, ceux qui ont dû se couvrir le visage pour qu'on les voit enfin, se sont soulevés au cri de « YA BASTA ! ». « Ça suffit ! » aux politiques néolibérales et au Traité de Libre Commerce d'Amérique du Nord qui entrait en vigueur ce jour-là ; « ça suffit » au pouvoir tyrannique qui s'imposait au peuple depuis 70 ans ; « ça suffit » à cinq siècles de racisme, de mépris et d'oppression coloniale. Pendant un temps, les zapatistes ont négocié avec le gouvernement mexicain et ont même obtenu la signature d'un accord en 1996 ; mais les  gouvernements successifs ne l'ont jamais mis en pratique. Alors, les zapatistes ont décidé de mettre en œuvre par eux-mêmes leur aspiration à l'autonomie, qui n'est pas du tout une manière de se séparer d'un pays qui est le leur, mais une sécession par rapport à une certaine forme d'organisation politique et institutionnelle. Ce qu'ils ont mis en place, c'est précisément un véritable gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. Un auto-gouvernement des gens ordinaires, impliquant une dé-spécialisation de la politique. Ils ont formés leurs propres instances de gouvernement et leur assemblées, au niveau des communes libres mais aussi au niveau des régions. Leurs propres instances de justice qui résolvent les problèmes par la médiation. Leurs propres écoles et leurs propres centres de soin, dont ils ont entièrement repensé le mode de fonctionnement.

 

Et ils le font non pas pour répondre aux nécessités d'un système national et mondial fondé sur le profit et le pouvoir de quelques-uns. Ils ne cherchent pas à être performants. Ils ne cherchent pas à être compétitifs. Ils ne cherchent pas à réussir dans le monde des technocrates et des gestionnaires de tous poils. Ils veulent seulement que toutes et tous puissent vivre modestement mais dignement. Que tous et toutes soient non seulement écouté.e.s mais participent activement à l'organisation de la vie collective. Ils veulent seulement que la logique folle de l’Économie ne laisse pas à leurs enfants et aux nôtres un monde dévasté et invivable ; et, pour cela, ils se préparent à résister à la tourmente qui s'approche.

 

Alors, oui, il est démontré, au Chiapas, mais aussi ailleurs et dans bien des pages de l'histoire de France que le peuple qui se soulève peut reprendre son destin en main. Il n'a pas besoin des hommes politiques ni des institutions représentatives qui ne font rien d'autres que le déposséder de sa puissance. Il peut s'organiser par lui-même, former des communes libres, déterminer à nouveau frais la manière dont il entend vivre, car il est acquis qu'on ne veut plus vivre comme on l'a fait durant tant d'années. L'exercice de cette liberté n'a rien d'aisé, mais ce que je peux dire, depuis le Chiapas, c'est qu'il donne aux rebelles un formidable sentiment de fierté, fait éprouver la force de la dignité retrouvée et la joie qui s'attache à la découverte de ce que permet la puissance collective.

 

Justice. Vie digne pour tous et toutes. Pouvoir du peuple. Cela suppose de ne plus se laisser berner par la farce de la démocratie représentative – ni même par les promesses peut-être à venir d'une nouvelle constituante – et de ne plus consentir à reproduire un monde dominé par l'exigence productiviste et consumériste de l’Économie.

 

Vive la digne rage de celles et ceux qui ne sont rien !

Dehors les Macrons et autres apprentis-jupiter !

Mort au système inique, destructeur et inhumain qu'ils servent !

Vive la puissance du peuple qui se soulève et s'organise par lui-même et pour lui-même !

 

                                                                 San Cristobal de Las Casas, décembre 2018

An 25 du soulèvement zapatiste

An 1 du soulèvement des gilets jaunes et des colères de multiples couleurs

 

Jérôme Baschet (historien)

 

 

 

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Montaigne, contemporain essentiel

24 Novembre 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Montaigne ; mort ; vie ; iconographie mortuaire Mrxique

L’été et l’amorce de l’automne de ce gracieux 2018 me procurèrent l’occasion d’une vaste randonnée hospitalière dont ce blogue s’est fait l’écho. Parcours unique, tumultueux, riche en expérimentations et réflexions diverses. Occasion privilégiée d’un examen de cohérence intime. 

Une fois de plus, Montaigne, maître et compagnon de longue date, m’a aidé, m’a soutenu.

Une fois de plus, j’ai plaisir à m’y référer, espérant que le lecteur éventuel trouvera dans ce papier pitance à sa mesure.

La fin de vie est évidemment indissociable de la vie elle-même. Elle en est la conséquence naturelle. Rien d’inquiétant à cela. La notion de décès par mort naturelle  éclaire ce point.

On est puny pour  s’opiniastrer à une place sans raison. Cette remarque concernant la défense inutile, car vouée à l’échec, d’une place forte peut renvoyer aujourd’hui à l’acharnement thérapeutique, et aux troubles qu’il génère pour les intéressés et leur entourage. La vaillance au combat a ses limites, l’obstination tient à la folie, nous dit Montaigne reconnaissant qu’il est difficile d’en fixer les bornes : malaiseez en vérité à choisir sur leurs confins.

Admettre l’inéluctable ne va pas de soi. S’y exercer pas à pas, c’est aussi se conforter. C’est alors seulement que l’on s’en approche que peut venir la tranquillité : Que philosopher c’est apprendre à mourir, affirme-t-il après Cicéron.

La vie ne se peut concevoir sans la mort, qui en est l’accomplissement : Le premier jour de votre naissance vous achemine à mourir comme à vivre. Je me souviens d’avoir pensé à sa mort, au moment même de la naissance de mon  premier enfant. Il n’y avait nulle angoisse à cela, simplement l’expression d’une curiosité sur la manière dont l’intervalle serait nourri, et comment nous nous comporterions l’un vis-à-vis de l’autre pour le temps que nous aurions à partager. 

Si (la mort) nous effraye, comme est-il possible d’aller un  pas en avant, sans fiebvre ? Le remède du vulgaire c’est de n’y penser pas. Mais de quelle brutale stupidité luy peut venir un si grossier aveuglement ? (...) On faict peur à nos gens, seulement de nommer la mort.

Ce propos, résonne d’une étrange actualité aujourd’hui encore, où l’entretien de toute peur apparait comme l’alpha et l’oméga de la gouvernance politique, où l’aveuglement, l’évitement, le déni de réalité, bref la couardise menant à la servitude volontaire, sont monnaie courante. Protester, oui, mais juste ce qu’il faut pour se donner bonne conscience, comme on signe une pétition parmi tant d’autres, manière de cacher les embarras poussiéreux sous le tapis des apparences ? S’engager vraiment est autre chose.

Il s’agit de regarder les choses en face, de considérer la réalité pour ce qu’elle est. Affronter la mort, s’y confronter, peut apporter du bien-être, outre la fascination. L’ici et le maintenant, c’est-à-dire la jouissance du présent, s’offrent alors à la délectation la plus entière. C’est peut-être ce qu’expriment les masques et travestissements mortuaires des festivités mexicaines.

Ce refus de la dissimulation et du faux semblant va à l’encontre de la soumission coutumière. Il tient à une pratique de la lucidité, à une accoutumance progressive à la nature éphémère de notre existence. Nous avons fort à y gagner, en effet : La préméditation de la mort est préméditation de la liberté. Qui a apris à mourir, il a desapris à servir. Le savoir mourir nous afranchit de toute subjection et contrainte.

Avec l’âge, se déprendre et prendre de la distance par rapport aux émotions premières devient progressivement possible. Un subtil phénomène de décantation opère heureusement, ce qui permet d’entrevoir quelque apaisement.

Apprendre à mourir et se défaire de l’angoisse artificiellement entretenue de diverses manières, pas seulement la religion, c’est évidemment apprendre à vivre avec quelque tranquillité.  C’est aussi admettre que la maladie peut aider au passage ultime et même faire appréhender la vie avec réserve : à mesure que je m’engage dans la maladie, j’entre naturellement en quelque desdein de la vie.

Combien est juste cette remarque, la sensation du départ imminent peut s’accompagner d’une certaine fascination, j’en ai personnellement fait l’expérience à deux reprises. Demeure alors la question si ardue du pourquoi la poursuite du séjour. Chercher à élucider cette question  est peut-être une réponse au Pourquoi.

À propos des fantasmes d’une vie post mortem, c’est-à-dire des angoisses de notre aval, une remarque fort judicieuse : c’est pareille folie de pleurer de ce que d’icy à cent ans nous ne vivrons pas, que de pleurer de ce que nous ne vivions pas il y a cent ans.

À quoi doit-on de tant se préoccuper de notre aval et si peu de notre amont ? À quoi bon les fables, chimères et autres billevesées relatives à l’après ?

De fait, la vie est  comparable à un  bon  repas. Il faut savoir se retirer de manière opportune : Si vous avez faict votre proufit de la vie, vous en estes repeu, allez vous en satisfaict.

Enfin, pour conclure cette rapide vision cavalière, deux remarques capitales, car décisives :

- Où que vostre vie finisse, elle y est toute. L’utilité du vivre n’est pas en l’espace, elle est en l’usage...

- Un petit homme est homme entier, comme un  grand.  

À l’époque de la découverte du Nouveau Monde, une vision universaliste commence à se mettre en place. Nous sommes loin d’en avoir fini.

La fréquentation assidue de Montaigne est un vrai bonheur. Elle est parfaitement roborative, elle enrichit.

Le lire au plus près de sa formulation  originale permet de goûter la saveur d’une langue directe, gouleyante à souhait, au service total du propos qu’elle défend.

L’actualité trans-séculaire des thèmes abordés, aussi bien que les analogies entre ce qu’il dit et les troubles de son  temps  avec le bel aujourd’hui  confondent l’esprit.

Commercer, converser avec Montaigne, voici un très recommandable exercice d’hygiène mentale.

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Une embellie serait-elle  possible ?

16 Novembre 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Marseille, Gaudin, Defferre, Gilets jaunes, Jaqueries,

À Marseille après le drame consécutif à l’effondrement de trois immeubles de la rue d’Aubagne, une prise de conscience se dessinerait. Des manifestations d’hostilité contre la municipalité et son principal représentant, Jean-Claude Gaudin, sont organisées par un collectif spontanément issu des événements. Des associations se regroupent dans une volonté commune de dénoncer le laxisme et les combines des tenants d’un pouvoir affairiste. Pratiques issues du système mis en place par Gaston Defferre à la Libération, dont Gaudin est le disciple exemplaire.

La mixité de la ville est présente dans les cortèges, toutes origines confondues, sans distinction d’âge de statut social, ni d’origine.

Le Marseille traditionnel se lève peu à peu pour protester et exiger un changement.  La fin du règne de Gaudin  tourne progressivement au chaos. Jusqu’où ira-t-on ?

Depuis des années cortèges et manifestations traditionnelles tournent à vide, essoufflés, sans imagination, empêtrés dans la stérilité de la reproduction du même.

Quelque chose est peut-être enfin en train de changer.

Ailleurs dans le pays le mécontentement gronde et prend des allures de Jacqueries.

Le mouvement des « gilets jaunes », que les professionnels de la contestation tentent de discréditer ou de récupérer, prendrait assez au dépourvu les tenants actuels du pouvoir dont la façade trompeuse commence à visiblement se lézarder. Adossé au porte-avions Charles de Gaulle, l’hôte de l’Élysée admet quelques erreurs de comportement depuis son accès à la Présidence. Serait-il un  tantinet ébranlé ?

S’agirait-il de l’amorce d’une prise de conscience collective et d’une volonté de contrôle des affaires les plus courantes, tant attendues ? S’agirait-il d’un sursaut de conscience politique ? S'agirait-il d'un regain de solidarité ?

Ou bien, à force de matraquage brutal et direct ou plus subtil par médias interposés, les citoyens finissent par lâcher prise et se soumettent. C’en est alors fini pour eux, pour longtemps.

Ou bien, exaspérés, un seuil peu définissable ayant été franchi, prennent-il conscience de l’enjeu, et alors la colère se manifeste, froidement déterminée, maîtresse d’elle-même, comme nous le voyons en ce moment à Marseille, où fusent huées et quolibets.

Voilà qui ne manque pas d'intérêt. Il convient de se montrer particulièrement attentif aux symptômes ces temps-ci.

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Petite chanson

10 Novembre 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #14-18 ; Pétain ; Macron ; Marseille ; Gaudin

Petite chanson dans l’air du temps, à compléter 

 

Celle de 14-18 
Il la montre, il l’a dit
Lui aussi la préfère
C’était la der des ders

 

Pétain
Putain 
Sans rechigner
Sans hésiter 
Faut savoir trier
Savoir trier
Y’a du bon pain
Y’a du bon pain

 

Pourquoi le nier ?
Adolphe lui-même c’est certain
Fut charmant bambin  -  charmant bambin
Pourquoi le nier ?

 

Y’a du bon pain
Y’a du bon pain
Partout 
Suffit d’le voir
Suffit d’vouloir

 

Pétain
Putain
Faut savoir trier
Savoir trier


(Marseille, près d’un quart de siècle de mandature ne suffit pas à surmonter les lourdeurs administratives, et la pluie s’en mêle... Malchance !)
 

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