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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

alain badiou,bruno latour, barbra stiegler

Commedia dell'arte

10 Octobre 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Alain Badiou,Bruno Latour, Barbra Stiegler

Les temps sont de plus en plus difficiles pour les plus démunis et les couches moyennes, les repères font souvent défaut, la mémoire défaille, les moyens financiers nécessaires à l’entretien d‘une domesticité électorale (la classe moyenne) suffisante sont affectés à d’autres fins, donc le pouvoir s’achemine vers une politique affirmant la nécessité de l’autorité de l’Etat, sous prétexte de « réformes indispensables » au maintien et au renforcement du pouvoir des grands groupes financiers. Un lent glissement réactionnaire vers une dépolitisation gestionnaire autoritaire, voire fascisante parait inéluctable. D’autant plus que les mouvements de révolte, de Mai 68 aux Gilets Jaunes, en passant par la Place Tahir, Occupy Wall street , Nuit Debout, les Printemps arabes, etc., ont tous connus une issue décevante sinon sinistre, voire  catastrophique, faute d’élaboration collective de projets à long terme, à valeur universelle, sur les grands enjeux (liberté, justice, éducation, droits...) Des groupes spontanés de protestation, sans liens fédérateurs, n’ont aucune chance de l’emporter, d’autant plus que le pouvoir a toujours beau jeu de leur opposer un processus électoral réduisant l’idéal de la démocratie à une expression individuelle périodique formatée et encadrée par des procédures restrictives. Il est clair que se prêter à cette pantalonnade électorale ne peut qu’affermir dans son existant le pouvoir en place, sans même qu’il ait besoin de trafiquer les résultats, comme le font les Etats ouvertement totalitaires.  

L’écheveau est si bien maintenu embrouillé (la dette, les migrants, l’islam, etc.) qu’il est difficile de tenter de le démêler seul. En permanence s’offrent à nous aider un nombre considérable de beaux esprits auto-proclamés.  Pseudos journalistes relayeurs de dépêches d’agences de presse, experts de pacotille manipulateurs de statistiques sondagières, intellectuels de broussailles dont certains sont allégrement baptisés philosophes dès lors qu’ils enseignent l’histoire de la philosophie, les Arlequin, Polichinelle, Colombine, Pantalon et autres Scapin, connaisent le plein emploi. Ils ajoutent sans cesse de la confusion à la confusion. Ils se croisent, se répètent, courent de plateaux TV en plateaux TV, et nous bernent à loisir, parfois avec une bonne foi à la mesure de leur naïve inculte myopie. Cela étant, nous sommes nombreux à nous en satisfaire, en nous berçant de l’illusion d’une information réfléchie et du maintien de la possibilité d’expression d’une opinion personnelle alors que nous ne faisons que déglutir du prémâché. L’animal de compagnie choisit avec délice la couleur de sa laisse. L’oie regarde avec bienveillance celui qui la gave pour Noël.

Alors ? Ne pas baisser la garde. Demeurer exigeant, insatisfait, vigilant, voire intransigeant. Choisir ses sources, les examiner. « Ne recevoir aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle » (Descartes, Discours de la Méthode). Le doute systématique s’impose.

Choisir ses sources implique de s’interroger sur qui parle, à partir de quelle situation, pour transmettre quel type de message. On s’apercevra alors que la plupart des soi-disant philosophes ne sont que des portevoix ou bien des répétiteurs de pensée préfabriquée prête à l’emploi, donc à jeter comme un produit déjà périmé. N’est véritablement philosophe que celui qui élabore une pensée, celui qui cherche, travaille, creuse, et évolue manière cohérente, celui qui pose les questions essentielles, s’interroge sur ce que parler veut dire et par conséquent sur le pouvoir des mots. Parmi ceux qui se saisissent actuellement des questions auxquelles nous sommes confrontés pour les rapporter à l’essentiel de l’avenir de la vie et de ses conditions sur la planète, je retiendrai trois noms, sans pour autant suggérer qu’ils sont les seuls.

Alain Badiou, fort décrié par quelques-uns pour certains écrits semblant justifier l’inadmissible du stalinisme comme du maoïsme (il a depuis déclaré regretter ces propos), révélé au grand public par son pamphlet De quoi Sarkozy est-il le nom ?, entretient avec constance l’idée que le communisme véritable n’a pas encore été suffisamment exploré et expérimenté nulle part (n’en irait-il pas de même du christianisme, dont l’institution ecclésiale a toujours si remarquablement couvert les pires atrocités ?). Force est de constater que son auscultation claire et méticuleuse du fonctionnement du monde est très porteuse de réflexions essentielles, qu’elle participe à l’édification d’un cadre de lecture et d’interprétation. Il nous interroge sur ce qui fonde l’intérêt collectif, sur ce que sont les intérêts particuliers, comment peu à peu faire du commun (communisme). Où l’impasse du capitalisme mondialisé nous conduit-elle, quelle est la valeur du « prêche » écologique, les absurdités sociales, la concurrence, les hiérarchies, la notion de crise, etc. Un recueil de ses interventions de 2016 à 2020, vient de paraître aux éditions Fayard : Les possibles matins de la politique – 170 p., 16 €. C’est passionnant.

Outre Badiou, Bruno Latour Barbara Stiegler, nous aident à prendre du recul face au rideau de fumée de l’actualité. Ils nous aident à nous situer, à situer nos actions, dans un monde si hostile et déconcertant.

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