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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

alain nahum, dynastie tang, grande muraille, serge pey, henri brgson,

Le dos du temps

24 Octobre 2019 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Alain Nahum, dynastie Tang, Grande muraille, Serge Pey, Henri Brgson,

Un récent séjour en Chine a permis à Alain Nahum (les Epistoles ont signalé à plusieurs reprises la qualité de son travail d'artiste) d’aller visiter la Grande Muraille, au nord de Pékin. Accéder au site par un téléférique l’a rebuté, il a préféré marcher, musarder, gravir d’interminables escaliers dérobés, et ce qu’il a découvert l’a ébloui.

Pratiquant une archéologie à rebours, le temps lui est apparu. Le temps et ce qu’il recèle.

Pour l’observateur, ses incroyables photos ont une extraordinaire puissance d’évocation. Céder au jeu des analogies et des réminiscences, la peinture de paysages chinois de la période correspondant à notre Moyen-âge, serait tentant (cf. images de la dynastie Tang, sur Google). Il est presque difficile d’y résister, mais là n’est pas l’essentiel.

A chacun de se laisser aller à ses évocations, selon ses goûts, ses humeurs, sa culture.

 

Ce qui nous est donné à voir c’est avant tout du temps.

Du temps qui ne s’écoule pas, du temps qui s’empile, qui coagule.

Archéologie à rebours, disais-je m’inspirant de Serge Pey.

Il ne s’agit pas de fouiller, de décaper, de tenter de dater, mais beaucoup plus simplement de cueillir ce qui s’ajoute en se modifiant.

Le temps construit, élabore et propose. Relatif, il dépend du regard de l’observateur, qu’il organise en se liant à l’espace.

Ce qui ne bouge pas n’a pas de temps.

Matière et mémoire titrait Bergson. Mémoire non datée, donc permanente – vouloir la dater serait la vouer à la disparition -, le temps introduit le mythe et l’esthétique. D’où l’étonnante puissance émotionnelle de l’étonnement devant les images.

Passé, présent, avenir, n’ont aucun sens esthétique. Il ne peut s’agir que du présent du passé (ce que capture le photographe lorsqu’il appuie sur le déclencheur), du présent du présent, ou du présent du futur. Le temps ne peut que s’apprécier ou se raconter, il n’existe qu’au présent. Vouloir le mesurer conduirait à masquer le dos du temps.

Les sténogrammes du temps permanent s’écrivent avec les traces écaillées.

Une partie de notre réel nous est offerte : ce que l’homme ne pourrait jamais parvenir à faire autrement qu’en reproduisant.

Les images offertes au regard clament la liberté de la nature à l’air libre, un enchantement.

 

cl. A. Nahum

cl. A. Nahum

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