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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

arie alimi, barbara stiegler, confinement, deconfinement, couvre-feu

Des yeux pour voir, des oreilles pour entendre ?

18 Février 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Arié Alimi, Barbara Stiegler, confinement, déconfinement, couvre-feu

 

Depuis environ un an, profitant de l’aubaine du développement de la pandémie, un processus de congélation de la pensée et d’infantilisation galopante des personnes s’est emparé du corps social.  Avons-nous encore des yeux pour voir et des oreilles pour entendre ? Deux publications très récentes (janvier 2021) peuvent aider à retrouver acuité visuelle et auditive. Il est grand temps de réagir pour ne pas laisser s’installer à jamais le handicap.

Arié Alimi, avocat pénaliste, vient de publier au Seuil Le coup d’Etat d’urgence – surveillance, répression et libertés – 176 p., 15 €.

Barbara Stiegler, universitaire, professeure de philosophie politique, signe dans la collection Tracts Gallimard De la démocratie en pandémie – santé, recherche, éducation – 59 p., 3,90 €.

Ils formulent des remarques saisissantes, et proposent des réflexions propres à nourrir la réflexion. Parcourons à grandes enjambées.

Arié Alimi

Il souligne d’entrée que l’état d’urgence, mécanisme juridique octroyant des pouvoirs exceptionnels à l’exécutif, est un danger car d’exceptionnel, il tend à progressivement devenir la règle, pour finir par se substituer au droit commun.

L’état d’urgence sécuritaire rabote les libertés publiques, à terme seule demeure la liberté de travailler. Il s’agit alors plus d’un contrôle des comportements que des actes.

1 – Masque Covid.

Entrée dans la logique du soupçon. Cela après les cafouillages et contre-vérités dont on se souvient : 4 mars 2020, le masque est dangereux, il ne sert à rien (le gouvernement sait qu’il est en manque); août 2020, le masque est obligatoire dans l’espace public.

2 – Urgence sécuritaire, urgence sanitaire.

Restriction de la liberté d’aller et venir, de se réunir, de manifester, de mener une vie familiale normale. Transformation sournoise de l’équilibre institutionnel, politique et judiciaire.

Le confinement équivaut à une assignation à résidence pour l’ensemble de la population. Le sujet de droit disparait au profit d’un sujet virus potentiel. Répression et violences policières deviennent techniques de gouvernement. Les mécanismes traditionnels du droit sont mis à mal, le droit pénal est contaminé par le soupçon généralisé.

3 – Emploi de drones.

Par nature, l’Etat cherche à diminuer les libertés. L’efficacité de la surveillance s’oppose aux libertés fondamentales, la vie privée en pâtie, une stratégie d’illégalité se met en place.

Curieusement, cette aliénation progressive est plutôt consentie, une accoutumance s‘élabore assez rapidement. Pour durer, l’Etat se doit de soumettre la population.

4 – Stop Covid.

Le smartphone est envisagé comme un outil de surveillance généralisée. Il faut domestiquer l’humain, habituer l’opinion aux mécanismes de traçage. Si ça marche, le retour en arrière sera impossible.

5 – Penser au temps du Covid.

7 mars 2020, Macron appelle tous les Français à sortir. 16 mars 2020, confinement généralisé, aberration des attestations personnelles. L’imprécision des textes les concernant permet à la police de faire la loi. Incohérence et chaos, l’Etat de droit vole en éclats. La justice d’urgence est tétanisée par l’urgence. L’urgence justifie l’exception.

6 – Violences policières.

Employées dans les quartiers populaires, elles gagnent ailleurs.

Déséquilibre flagrant entre les poursuites engagées qu’il s’agisse de manifestants ou bien de membres des forces de l’ordre. Volonté d’invisibiliser les violences policières avec le projet d’interdiction de les photographier.

Tout individu est un délinquant potentiel, car susceptible de porter et de transmettre le virus.

7 – Etat d’urgence sociale.

L’habitat indigne rend impossible un confinement strict. Le télétravail est inenvisageable pour beaucoup : caissiers et caissières, éboueurs, manutentionnaires, ouvriers. Malgré cela, il offre l’occasion de profondément modifier le droit du travail (horaires, repos, congés, dates imposées…).

Afin de ménager l’économie, le gouvernement fait peser le risque sur les plus précaires. Les petits commerces agonisent, la distribution en ligne récupère la mise.

Barbara Stiegler

Elle nous propose constats, analyses et réflexions sur ce que nous vivons depuis l’apparition de la pandémie. Pour elle, rester le nez collé à la vitre de l’épidémie, ignorer les conditions environnementales qui l’ont rendue possible, est proprement stupide. Une telle attitude ne peut que conduire à la régression de citoyens, et non à l’éducation et à la prévention.

Le caractère de l’épidémie tient plus aux circonstances sociales et politiques qu’il révèle, qu’à son identité biologique. Le délabrement du système de santé, allié au développement très coûteux de l’industrie pharmaceutique internationale doivent impérativement être pris en compte. Nous constatons par ailleurs un basculement vers un autoritarisme et un système de contrôle à la chinoise. La démocratie devient un inconvénient, il convient de plus en plus  d’accepter sans discuter. Briser le mur du silence consensuel, de toute urgence.

17 mars – 10 mai 2020 : Confinement.

Le gouvernement est dans le déni, le virus est laissé à lui-même. La peur domine, peur panique du virus, peur de révolte sociale. Tout faire pour préserver l’économie.

Un tri est fait entre bonnes et mauvaises activités ou conduites. Nous assistons à une inversion des responsabilités. Panique des « élites », prétention au savoir de la part des dirigeants. Nous assistons au retour d’un Etat fort. Les torts sont toujours du côté de la population, seuls les comportements individuels sont responsables de la situation.

Toute critique est soit rejetée, soit suspendue. Les institutions républicaines sont malmenées, des groupuscules conseils, dépourvus de toute légitimité, sont mis en place. Instauration  de l’arbitraire. Hôpitaux et enseignement sont à nouveau mis à mal. La vie sociale disparait, l’enseignement se vide de sens.

Déconfinement 11 mai – 31 août.

Avoir peur du virus pour soi, pour les autres, est une marque de civisme. Manque de masques, pagaïe des tests. Aucune stratégie de santé publique, ni de plan de reconstruction du système sanitaire.

La pensée est pétrifiée : interdiction des assemblées, théâtres, cinémas, interdiction des manifestations, mais poursuite du commerce en grandes surfaces, et des transports en commun. Dissolution progressive de la vie sociale, distanciation, etc.

Organisation d’un faux-semblant, le Ségur de la santé (cf. le Grand débat face aux actions des gilets jaunes).

Reconfinement 1er septembre – 28 novembre 2020.

Pagaïe dans l’Université. Mise sous tutelle de la Recherche par le monde économique. Emprise du Marché sur la Science. Course au numérique. Le petit commerce est anéanti par les immenses plateformes de distribution, les étudiants sont abandonnés à leur sort, la vie culturelle est asphyxiée. L’arsenal sécuritaire fonctionne : couvre-feu, surveillance active.                                                                       

Il s’agit avant tout de s’adapter, plutôt que de lutter contre les causes de la situation mondiale.

Une promesse de vaccin (très difficile à honorer) pour calmer la colère naissante.

 

 

Qu'elle était verte ma vallée ! Le vagabond se prend à rêver d’un monde apaisé, convivial, consensuel. Il donne la main à des enfants, salue les passants, l’un d’entre eux lui offre une fleur, d’autres dansent la sardane. Sur l’écran, la Terre se lève comme un soleil resplendissant.

THE END

Des yeux pour voir, des oreilles pour entendre ?
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