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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

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Dialogue

29 Septembre 2017 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Art, hygiène, Georges Braque, art contemporain (AC), mémoire, Voltaire, La Boétie, histoire de l’art, Impressionnisme, progrès, Lascaux, Altamira, Paestum, Ellorâ, Ajanta, biosphère, Robur le conquérant

- Vous parlez souvent d’art, est-ce si important pour vous ?

 

- L’art est ce qui a suscité quelques-unes de mes plus grandes émotions. Cela depuis longtemps, je dirais sans doute depuis mon adolescence. L’art est une de mes chances.

 

- Vraiment, à ce point ?

 

- Oui, tout à fait, l’art m’offre des moments de plénitude.

 

- Oh, là !

 

- Fréquenter l’art, cultiver cette fréquentation, c’est s’ouvrir l’esprit, c’est rester éveillé, vigilant, c’est une question d’hygiène.

 

- L’art et l’hygiène ?

 

- A coup sûr. S’entretenir, entretenir des relations véritables, authentiques, voilà qui contribue, qui détermine la qualité d’une existence. Avec l’art, l’art véritable, aucun faux-semblant n’est possible, on est vite au cœur des choses.

Braque l’a déclaré un jour, je le vérifie en permanence : avec l’âge, l’art et la vie ne font plus qu’un.

 

- L’art véritable ?

 

- Oui. Celui qui ne se soucie pas de suivre aveuglément la mode, celui qui n’a pas grand-chose à voir avec la marchandisation et la spéculation financière, celui qui répond à un besoin profond et non pas à la voracité de quelques prédateurs. Bref, l’art non considéré comme un simple produit marchand à promouvoir parmi tant d’autres. Quelle dérision ! On appelle couramment cette forme d’art prétendu l’Art Contemporain, l’AC... (lassé, oui vraiment, il y a de quoi.)

Considérons l’art qui s’intéresse aux artistes et non pas aux seules têtes de gondole. Considérons le rôle social des artistes, leurs apports là où ils se trouvent, leur situation économique, et le mépris dans lequel les tiennent la plupart des professionnels de la profession, qui ne sont souvent que des maquignons.

 

- Bien, bien, revenons à la notion d’hygiène.

 

- Soit. L’art c’est bon pour la santé, comme aurait pu dire Voltaire, ne serait-ce que parce qu’il favorise l’entretien de la mémoire. Sans mémoire, le risque majeur d’affections mentales et comportementales graves est entier. La plus fréquente d’entre elles est la soumission volontaire, que La Boétie dénonçait déjà avant hier, il n’y a que cinq cents ans environ. Il parlait alors de « servitude volontaire »

 

- Oui, oui...

 

-  La mémoire est à coup sûr le levain de la pensée, elle organise la réflexion, et grâce aux efforts sur nous-mêmes qu’elle requiert, elle nous rend plus humains. La connaissance de nos amonts favorise l’identification de nos origines, elle nous permet donc de nous situer. Le sentiment du temps qui s’écoule contribue à l’unité de la personne, il nous ouvre à tout un ensemble de relations intimes souvent éclairantes. Enfin, la mémoire, si elle n’est pas instrumentalisée par des commémorations pipées, est un précieux outil de partage social...

 

- Il y a beaucoup de choses là-dedans. Cela mériterait sans doute réflexion.

 

- La mémoire implique évidemment la durée. La fréquentation de l’art entretient la sensibilité comme l’enthousiasme pour la découverte. Elle est une véritable jouvence. Cette fréquentation ponctuée d’une succession de coups de cœur, se traduit par un art de vivre au quotidien. Des histoires d’amour successives...

 

- Un art de vivre des histoires d’amour au quotidien ?

 

- Absolument. Echanger du mot, dialoguer, entretenir des chemins de connaissance, voilà de quoi il s’agit le plus souvent. C’est ainsi que l’on rencontre des moments rares, exaltants. C’est ainsi que l’on accède au cœur des choses. Des moments décisifs ponctuent alors le quotidien.

L’art comme un déclencheur, un révélateur du Moi de chacun.

 

- Je vois, je vois...

 

- Introduire une œuvre chez soi, c’est non seulement modifier l’espace, c’est se modifier soi-même. C’est par l’art que l’homme se fait humain. Que serait une vie sans art, que seraient un ciel totalement vide, une forêt sans arbres ?

Et puis, la fréquentation des artistes aide à mieux vivre par ce qu’elle autorise de véritable. A moins d’artistes empaillés, les mondanités sont exclues.

 

- Vous mettez résolument l’accent sur la relation personnelle, affective, mais l’Histoire de l’Art ?

 

- L’Histoire de l’Art est capitale, indispensable à pratiquer, au moins à fréquenter, mais elle n’ouvre en rien à l’Art dans sa relation sensible à chacun. Elle permet de connaître, comprendre et référer, ce qui n’est pas rien. Elle permet donc d’enrichir le savoir, de situer et de se situer, étapes capitales, certainement nécessaires, mais nullement suffisantes.

D’abord le sensible, l’émotion, la surprise, la stupeur, ensuite, mais ensuite seulement, la nécessité de comprendre, d’expliquer peut-être, et puis la connaissance éclairante du contexte historique.

Un professeur d’Histoire n’est pas nécessairement un historien, un professeur de l’histoire de la philosophie, n’est pas ipso facto un philosophe, un professeur d’Histoire de l’Art peut être parfaitement insensible et n’être qu’un historien des idées, ou des techniques. La seule connaissance ne fertilise pas nécessairement. La culture s’appuie sur des données, elle ne résulte nullement de leur simple stockage. Ce sont les mises en relation et les trouvailles qu’elles permettent qui la fondent.

Un artiste ne peut pas faire autre chose que d’être artiste, il en va de même pour l’amateur fervent.

La relation à l’Art serait d’abord d’ordre passionnel, ensuite seulement d’ordre rationnel ou démonstratif.

 

- Et la notion de progrès ?

 

- Question bateau. Il ne saurait y avoir de progrès en Art, il n’y a que des évolutions techniques ou matérielles, assorties de la prise en charge de l’évolution des mentalités entrainant des modifications du regard. Rien de plus. Peut-on parler de progrès artistique depuis Lascaux, Altamira, Paestum,  l’Egypte et la Grèce anciennes, où les temples  d’Ellorâ et Ajanta, en Inde ?

L’invention de la peinture à l’huile, par exemple, permit des pratiques et des effets nouveaux (repentirs, transparences...) que la fresque ne laissait même pas envisager, le conditionnement de la peinture en tubes favorisa l’émergence de l’Impressionnisme (on pouvait désormais peindre directement sur le motif), aujourd’hui l’acrylique, les matières plastiques, et d’autres nouveautés, souvent des gadgets, offrent des possibilités de variations inattendues. Peut-on parler de progrès pour autant ? Certainement pas.

Si l’on considère attentivement l’ensemble des conséquences induites, la notion de progrès dans quelque domaine que ce soit n’est d’ailleurs la plupart du temps qu’un leurre, souvent un faux nez,

 

- Le progrès en médecine, par exemple, un faux nez ?

 

- Parfaitement. L’allongement de la dure de la vie, certes, mais que fait-on de la vieillesse, comment la traite-t-on ? En quoi les conditions d’existence des plus pauvres s’améliorent-elles ? La conquête de l’espace aérien, mais quid de la destruction de la biosphère ? La pseudo domestication de l’atome, mais pas de ses déchets, etc.

Le progrès au nom du progrès c’est effroyable ! La maitrise du vivant, que l’on veut breveter ! Vous vous rendez compte ?

D’abord Robur le Conquérant, puis la pavlovisation  et maintenant les robots...

Alors clamons haut et fort la nécessité absolue de l’Art, qui est refus de toutes ces déviations mortifères, qui poursuit fièrement sa route contre vents et marées, qui dit l’humain sacré, où qu’il soit.

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