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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

deconfinement, klemperer, confinement

Tu causes, tu causes...

24 Mai 2020 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Déconfinement, Klemperer, confinement

 

Après une brusque plongée tout à fait inattendue dans les eaux profondes du confinement et de ses règles évolutives, nous voici précipités par une voix de derrière les nuages, sans aucun pallier de décompression identifiable, en période de déconfinement. Nous voici livrés à des décisions intempestives dont la logique interne et les articulations demeurent mystérieuses au plus grand nombre. C’est un peu comme le passage de l’heure d’hiver à l’heure d’été. Rien n’a vraiment changé, et cependant tout change.

Que dire ?

Que faire ?

Quoi penser ? A quoi penser ?

Curieuse période de transition (vers quoi ?), où chacun semble désorienté, encombré, sinon perdu sans repères, voué à un empirisme erratique.

Quelque chose de l’ordre de la confiance, de l’espoir, semble profondément atteint. Une anxiété sourde est établie.

« Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés… »

Le Covid 19 est-il l’unique, seul responsable ?

Le déluge de mots, de chiffres, de proclamations, de sentences, depuis plus de deux mois, montre à quel point le langage est le plus insidieux virus dont il faut absolument se garder. Il est si virulent que, ça y est nous y sommes, parler ne veut plus rien dire. Les symptômes étaient là depuis des lustres, nous n’y avons pas assez pris garde, nous avons refusé de les voir cachés que nous étions derrière notre petit doigt. Parler est un geste que nous avons négligé, et là où la parole se dénature s’engouffrent tous les germes possibles. Si la langue se meurt, si elle est en permanence violentée, la pensée, et avec elle toute possibilité de réactions efficaces à court terme, disparaissent.

Dans la foulée de la Langue du Troisième Reich étudiée par Viktor Klemperer, cela a commencé chez-nous avec des euphémisations destinées à masquer la réalité, comme dans les années 30 en Allemagne :

Exploitant agricole pour agriculteur ou paysan,

Non voyant ou mal entendant pour aveugle ou sourd,

Frappe chirurgicale pour bombardement

Troisième âge ou bel âge, pour vieillesse,

Plan de Paix pour état de guerre,

Partenariat pour dépossession du secteur public au bénéfice du privé,

Forces de l’ordre pour agents de police ou gardiens de la Paix,

Plan social pour licenciement collectif,

Ressources humaines pour main d’œuvre ou personnel,

Dégâts collatéraux pour massacres

Phénomène d’ajustement pour récession économique, etc.

Faux sens et antinomies sont devenus les principaux agents de la perte de substance du langage et de son remplacement par une bouillie verbale strictement réflexe, exempte de tout effort de pensée, écrivais-je en 2012.

A quoi nous pouvons ajouter le caractère superflu des mots abstraits, devenus presque  inutiles, sans contenu opératoire, gargarismes logorrhéiques, symptômes de sévère dérèglement mental  chez le locuteur.

Mots orphelins, devenant encombrants, vestiges langagier. Mots vidés de sens, d’identité.

Liberté - Égalité - Fraternité, tu parles !  Délire mensonger d’un langage trompeur.

Démocratie, mot de bonimenteur boulevardier, mot prétexte sorte de passe-partout. Camelote que des gens sans scrupule cherchent à mettre à toutes les sauces. Paravent propre à dissimuler la tromperie.

Nature, n’est qu’un mot de citadin. Parlons plutôt de bois, de prés, torrents, rivières, roches, vent, pluie, soleil, orages, animaux...

Culture, mot postiche par excellence, mot racoleur, utilisé comme cache-sexe par des incultes soucieux de paraître.

L’insigne progrès thérapeutique, sur cette lancée, est d’être parvenus à la parfaite innocuité (croient-ils) des mensonges, contre-vérités, omissions, et autres joyeusetés pratiquées par des nains soucieux de paraître grands de ce monde.

Abreuvés en permanence comme nous le sommes par des torrents boueux de mensonges, d’approximations, d‘analogies douteuses, de contradictions, de chiffres non référencés, de statistiques bancales comment pourrions-nous être assurés, rassurés ; comment pourrions-nous éviter l’anxiété, voire la colère d’être aussi mal traités ?

Masques, pas masques (les photos officielles témoignent d’un usage aléatoire), les écoles accueillent les élèves, mais pas tous, les salles de théâtre, les cinémas, les restaurants, sont fermés, mais les lieux de culte sont ouverts, mais le spectacle du Puy du Fou va reprendre… Comprenne qui pourra.

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