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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

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Déni de réalité - réalité du déni

24 Juillet 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #déni de réalité, J-C Michéa,, enseignement de l'ignorance, mise en examen, vaccination anti Covid,Bertolt Brecht, Arturo Ui,

 

(Contribution aux prolégomènes à toute discussion fondamentale sur les conditions d’une vie partagée et responsable)

La destruction de tout régime de pensée critique, à vrai dire de toute velléité de penser, est à l’œuvre depuis lurette. La fabrication de l’ignorance par les médias comme par le système éducatif fait l’objet d’études sérieuses depuis au moins deux décennies. En 2006, J-C Michéa démontre combien L’enseignement de l’ignorance (titre de son ouvrage) par le biais de réformes successives correspond depuis environ trente ans à un amoindrissement systématique de l’esprit critique et à un appauvrissement de la langue dans le but de défendre la primauté de l’ordre financier. La baisse du niveau général n’est pas le fait de réformes avortées, mais  bien plutôt le fruit d’une volonté délibérée d’asservissement du plus grand nombre, l‘école républicaine ayant trop longtemps représenté un îlot de résistance à la soumission au monde du profit.

Plus récemment, nous assistons à l’emprise de grands groupes privés sur les médias, presse papier, radios, chaines de télévision. Ce qui se traduit par un contrôle massif des programmes et des informations dispensées. Dès 2004, le PDG du geoupeTF1 déclare en toute quiétude Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. Son cynisme a banalisé une situation délétère dont beaucoup hélas s’accommodent, voire se satisfont, aujourd’hui. L’électroencéphalogramme plat est pour bientôt, les quelques récalcitrants seront alors réduits à merci, à force de règlements coercitifs élaborés à la va-vite par quelque comité d’urgence sanitaire incontrôlé.

Ces faits sont connus, documentés, avérés. Les nier, serait nier l’évidence, peut-être même s‘en rendre involontairement complice, ou bien, se situant sur un paradigme totalement étranger à celui qui est proposé, justifier un mode de soumission confortable à l’existant. Toute discussion deviendrait alors vaine, en raison d’une irréductible étrangeté, donc d’une impossibilité d’échange.

Parmi le grand nombre des insatisfaits, de nombreux points d’accord apparent dessinent des contours variables, mais néanmoins susceptibles de porter une volonté de changement. Réalité ou illusion ? Différé, le désaccord intervient généralement lorsqu’il s’agit de nommer, donc de qualifier, le fait examiné en le rattachant à une famille d’appartenance problématique.  

Nombreux accords apparents sur les dérives autoritaires, l’atteinte durable aux libertés, les mensonges à répétition, l’à-peu-près des décisions, les contradictions de nos gouvernants. La vérité d’un jour est rarement celle du lendemain, l’approximatif des modalités d’application de mesures annoncées à la hâte par des dirigeants très soucieux de ménager leur image, autant de circonstances où abondent les exemples. Tenter d’y voir clair, et d’élaborer son propre inventaire des situations problématiques, serait déjà un début de reprise en main.

Nombreux accords apparents sur l’accentuation depuis le début du quinquennat du phénomène d‘improvisation, d’absence d‘anticipation, de manque de réflexion prospective, puisque l’essentiel est délégué à un seul, de mépris des questionnements considérés comme inutiles, voire hostiles. L’amorce de conscientisation entreprise précédemment devrait aider la réalisation de cette phase.

Nombreux accords apparents sur les marques de droitisation extrêmes de la part de la quasi-totalité de la classe politique. L’étrange participation de représentants des Verts, du Parti Communiste, du Parti Socialiste, dont Madame la Maire de Paris, à la manifestation organisée devant l’Assemblé Nationale par les syndicats de Police contestant l’action du Ministère de la Justice, illustre cette dérive mortifère. Notons au passage que non seulement les participants, mais aussi leurs organisations qui ne les ont pas désavoués, ont perdu en cette affaire le peu de crédibilité qui leur restait. Tout ce qu’ils diront, feront ou prétendront, dans les mois à venir ne vaudra pas tripette. Affaire de mémoire et de vigilance.

Nombreux accords apparents sur l’insolite du maintien en fonction d’un Ministre de la Justice mis en examen, soutenu par un exécutif s’estimant hors de toute atteinte, donc supérieur à tout, y compris au principe fondamental de la séparation des pouvoirs. Exemple de dérive totalitaire majeure, s’il en est besoin. Totalement inédit, signal du franchissement d‘un seuil essentiel.

Accord apparent possible, quoique quelque peu malaisé, sur le fait que les récentes mesures en faveur d’une vaccination anti Covid, obligatoire, sans l’être, tout en l’étant, puissent introduire en catimini une sorte d’apartheid entre résidents dont certains seront relégués dans une cohorte bannie. Horrible évocation insupportable de situations monstrueuses.

Une fois établi un terrain d’entente sur quelques-uns de ces constats, peut-on aller un peu plus loin et tenter d‘élaborer quelques règles de sauvegarde ? Autrement dit, quels enseignements pratiques tirer, quelles conduites tenir, quelles décisions opératoires prendre ?

Hic jacet lupus. C’est bien ici que se terre l’embrouille. Le passage du Dire au Faire, de l’Avoir (des informations, des connaissances…) à l’Etre (debout, réagissant, résistant, fragile, incertain…) est si périlleux qu’il entraîne bien des reculades face à des évidences souvent inconcevables car insupportables. Comment admettre qu’au vu et au su de ce qui arrive chaque jour, nous sommes de fait plongés dans une période de préfascisation ?

Avec La résistible ascension d’Arturo Ui, Bertolt Brecht a décrit et démonté la dynamique du processus mafieux qui s’est joué en Allemagne dans les années 30, qui de manière assez voisine se développe actuellement sur l’ensemble de la planète.

L’horreur annoncée ne peut pas se profiler sans un rejet immédiat, passionnel, naïf, opposé comme un talisman face au monstre. Apparaît alors le fameux Oui – Mais, où le mais, c’est à dire le refus, l’emporte largement sur le oui, ouvrant la voie à la soumission. Mieux vaut se passer soi-même la laisse au cou, l’impression d’un choix libre l’emporte. Continuons à voter pour élire des gens qui n’auront aucun compte à rendre en cours de mandat, continuons à entretenir un système qui nous asservis, faute d’imaginer d’autres perspectives, faute de chercher à en imaginer. Seule alternative disponible si l’on s’en tient à ce cas de figure, me souffle une amie : muter ou mourir.

Que le cercle de ceux avec lesquels l’échange, la mise en commun, le débat d’idées la discussion approfondie, respectueuse des différences, loin de toute mise en cause ad hominem, s’amenuise, ne constitue en rien une raison pour baisser les bras.  Les attaques personnelles ne font en rien avancer le débat. Un Tu exagères non argumenté, un haussement d’épaules ou un geste de rejet permettent d’épingler l’interlocuteur dérangeant dans une boite à papillons, de l’ignorer et de neutraliser ses propos. Ils ne favorisent en rien la réflexion, ils plombent le débat et le coupent court

Il est des moments où la relation à l’existant s’écrit compromis et se prononce compromission.

Les périodes extrêmes, celle que nous vivons en est une (extinction progressive des conditions de la vie sur la planète : nuisance, poltronnerie et médiocrité de la plupart des responsables politiques mondiaux), ne peuvent admettre le moindre compromis pour ce qui concerne lucidité et conclusions à tirer de l’examen du réel. Courber l’échine et se taire est suicidaire pour soi, mortifère pour autrui.

L’intransigeance devient de plus en plus le seul viatique ; le prix affectif à payer peut se révéler non négligeable, il ne devrait pas pour autant constituer un obstacle à la rigueur.

Mourir (oui, car c’est une dimension de la vie), mais debout !

« Vous, apprenez à voir, plutôt que de rester les yeux ronds... Le ventre est encore fécond, d'où a surgi la bête immonde » (B. Brecht- Arturo Ui)

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